Histoire 2

Prologue

Armande, viens avec moi, il faut que je te montre quelque chose.
Léonard te tire par la manche dans une rue adjacente.
Mais j’ai pas le droit de traîner après l’école, en plus j’ai cours de piano.
Ton emploi du temps est rempli comme un œuf. Pas de jachère, ni d’herbes folles. Tennis, équitation, danse classique, piano, chorale baroque. Il faut bien t’occuper.
Allez, viens, il y en a pour cinq minutes.
Mais on va où ?
Surprise.

Tu aimes ce qui sort de l’ordinaire, pourtant tu ressembles à toutes les jeunes filles de ton âge : sac à dos tombant sur l’épaule avec pagaille de porte-clés accrochés au fermoir, tee-shirt à motif, mini-chaussette sur bande de peau dépassant du jean slim et Stan Smith en bout de course, aujourd’hui rouge sur rouge, tu as toute la gamme de la collection.
Maman, c’est mieux les blanches sur fond noir ou les noires sur fond blanc ?
C’est pareil, dépêche-toi, prends-les toutes, j’ai pas le temps.

Comme d’habitude.
Ta mère est toujours débordée, toujours pendue au téléphone, à parler chiffres, à dicter commandes, et ton père, toujours derrière ses fourneaux trois étoiles, à râper du raifort, à fricasser du porc, tu détestes L’Alsace à Paris, la brasserie art-déco qui les occupe tous les soirs.
Vous longez les grilles du parc Monceau, dans le 8ème arrondissement de Paris. Une vieille dame distribue des miettes de brioche à une volée de pigeons, une petite fille hurle à sa nounou qu’elle en veut, elle aussi, de la brioche, de la brioche, les arbres commencent à jaunir dans le soleil d’automne. Tu te revois la tête en bas, pendue aux barres métalliques de la cage à écureuil, l’odeur de rouille au creux des mains. De nouveaux enfants se bousculent autour du toboggan. Ce n’est plus ton territoire.
C’est loin ton machin-truc ? J’ai faim.
Léonard-le-Goulu te donne un bout de son sandwich, c’est dire s’il tient à ce que tu viennes. Léonard, c’est ton frère de cœur, tu le connais depuis toujours.
Cette année, vous partagez la folie des cactus. Vous vous faîtes des échanges de boutures. Vous comparez piquants et fleurs. Vous les baptisez. Toi, tu en as déjà sept, posés sur ton bureau : Tignasse, Duvet, Rouflaquette, Tif, Velu, Frisette et Crâne d’oeuf.
C’est encore loin ?
Le cartable pèse lourd, on vient de vous remettre les livres pour l’année à venir, le brevet, le brevet, tous les professeurs en ont parlé, ça va, on a compris.
Antiquité, salon de thé, antiquité, salon de thé. Tu connais le quartier comme ta poche. Heureusement qu’il y a les pixels pour voyager. Tu passes des heures en cachette sur ton ipod, emmitouflée au creux des draps, avec Youtube à fond la caisse : Sexion d’assaut, Stromae, LEJ, Sianna, Nekfeu, Lefa, ta chambre est envahie de visages, piqués sur le net et imprimés en grand format, le résultat laisse à désirer, couleurs floutées, rayures blanches en travers de l’image, mais qu’importe, ils sont là, sur tes murs, pour creuser une brèche dans ton univers, pour t’enseigner la vie.
Et tout à coup, Léonard s’arrête devant un magasin d’antiquité.
C’est là, regarde.
Un globe terrestre, une chaise à bascule, un vase chinois, une gazelle empaillée, un vieux tableau encadré d’or.
Ton cœur se fige. Ton cœur se glace. Ton cœur boomerang dans ta poitrine.
Léonard te prend la main et la serre fort.

Histoire 2
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 2
Collège Honoré de Balzac

Une jumelle italienne

- Désolée, je ne me sens pas bien, je m’entraînerai plus chez moi.
- Demain, je t’interrogerai à nouveau.
- Oui monsieur !
Tu cours chez toi en oubliant la moitié de tes affaires dans la salle de musique. Tu es tellement excitée ! Quand tu arrives, tu t’installes directement devant ton ordinateur pour faire des recherches sur le tableau que t’as fait découvrir Léonard. Tu réfléchis à ce que tu vas écrire et chercher… Tu tapes finalement le nom du peintre, nom que tu as aperçu dans un coin du tableau, près du cadre doré : « Augustino Beltrano ». Tu vas sur Google images et là, tu trouves les œuvres du peintre. Il y a plein de tableaux, des centaines, sauf celui que tu cherches : le portrait de « ta jumelle ». Tu retentes autre chose : « Beltrano + portrait de femme ».
Tout à coup, le tableau apparaît.
Cela se confirme, tout te ressemble dans ce tableau : même forme de visage ovale, mêmes cheveux longs et bruns, même yeux verts sous des sourcils fins et bien tracés. Son nez est petit et fin, ses lèvres pulpeuses et rosées… comme les tiennes….
La jeune-fille du portrait est élégante, semble issue d’une riche famille : elle porte un diadème doré, une robe en satin aux bordures dorées qui descendent le long de l’encolure. Un collier d ‘argent décore son cou nu et blanc.
Mais sur le site, aucune information supplémentaire… rien ! Qui est cette fille qui te ressemble tellement ? Est-elle de ta famille ? est-ce une ancêtre ? Ces questions te tourmentent mais tu n’as aucun moyen d’avoir les réponses à tes questions : tu es seule, comme souvent, tes parents travaillent… tu vas dans ta chambre, tentes de passer à autre chose… tu enfiles tes écouteurs et écoutes en boucle ta playlist « rap français 2016 »… jusqu’à ce que tu tombes de sommeil, avales un sandwich, seule encore, et te couches.
Cette nuit, tu rêves : Tu te vois dans un miroir, mais portant des vêtements… anciens : une robe en satin aux bordures do…. C’est toi… c’est ta jumelle ! Elle te montre du doigt, te tend la main : elle t’invite à venir. Intriguée, tu t’approches. Mais tout à coup, tu es comme aspirée par le miroir…. FUUUUUUUUT…. ! Où es-tu ? tu ne reconnais pas ce que tu vois, ne sais pas où tu es. Ah ! tu aperçois alors ta jumelle. Elle se met à courir, tu la suis à travers des rues inconnues, étroites et sales, tu as peur de perdre ta jumelle, de te perdre dans cette ville mystérieuse. Non, la voilà : elle est dans un atelier, en face d’un homme. Autour d’eux, il y a des pots de peinture, des tableaux. Tu entres. On dirait que tout est vieux ici : les murs sont abîmés, le plafond s’effrite… Une odeur forte t’envahit, comme un concentré de peinture ou de dissolvant. Mais quelque chose t’alerte : personne ne semble te voir… tu es comme invisible. Tu as peur, tu cries, mais personne ne se retourne, personne ne t’entend ! Que faire ? t’enfuir ? risquer de te perdre dans ce monde inconnu ? Non, tu respires, tu reprends ton calme et prends le temps d’observer ce qui se passe autour de toi : ta jumelle est là, et pose. Elle pose pour le peintre qui est en face d’elle et qui fait son portrait, le portrait que tu as vu chez l’antiquaire cet après-midi ! Beltrano ! Un autre homme arrive du fond de l’atelier. Il se dirige vers un autre chevalet recouvert d’un drap blanc : il s’empare du drap, le soulève, et découvre alors un tableau, encadré d’or, sur lequel est peint… ma jumelle… La porte de l’atelier s’ouvre brusquement. C’est ta mère qui entre :
Armande ! Armande ! Tu vas encore être en retard au collège, il est déjà 7h30. Lève-toi !
Tu ouvres les yeux : ta mère est là, devant la porte de…ta chambre ! tu es de retour, tu es dans ta chambre. Ce n’était qu’un rêve… troublant.
Tu te lèves. Tu n’as pas faim, tu es très choquée de ce que tu as vu, de ce que tu as vécu dans ce rêve. Tu ne penses qu’au tableau, qu’à Beltrano, qu’à ta jumelle…. Tu enfiles tes Stan Smith (les bleues cette fois) et cours, direction : le collège.
Français, anglais… Enfin 10 heures : la récréation ! Tu files au CDI. Tu te postes devant le documentaliste M. Daouadji. Tu lui montres une photo du tableau, et tu lui demandes s’il l’a déjà vu. Miracle ! Il l’a justement étudié avec des 5ème l’an dernier. Il te donne rapidement quelques informations : la jeune-femme du tableau habitait Turin et s’appelait Armanda. Elle avait 14 ans lorsque le tableau a été peint. On dit qu’elle aurait été la maîtresse du peintre et qu’elle aurait été rudement punie pour cela…
Tu restes sans voix, à la fois heureuse et tellement troublée de ce que tu viens d’apprendre !

Histoire 2
Violaine Schwartz

3/ Vite, vite !

Fior di latte, ça veut dire quoi, Armande ?
Mais tu es fou ! Mais dépêche-toi, mais vite.
Bon alors, une boule de Nutella, per favore, signor.
Léonard n’a aucune conscience du danger. Il court mollement à tes côtés, les doigts dégoulinants de chocolat, alors que vous êtes poursuivis par le peintre Agostino Beltrano. Il a déjà sévèrement corrigé ta sœur jumelle, maintenant c’est votre tour. Le voilà qui déboule au coin de la rue pavée. Vous vous réfugiez, hors d’haleine, dans la première église venue. À Naples, ce n’est pas ce qui manque. Elle est remplie de fidèles. Que des femmes. Habillées comme toi. Coiffées comme toi. Elles portent toutes les mêmes boucles d’oreilles, celles que tu as héritées de Nonna. Tu pousses un hurlement. À ce moment-là, le peintre sort du confessionnal.
Tu te réveilles, couverte de sueur. Tu as très envie d’aller te glisser dans le lit de tes parents, comme hier, mais tu te raisonnes, tu ne vas pas les empêcher de dormir toutes les nuits quand même, ils ont déjà assez de soucis comme ça, avec l’Alsace à Paris.
Tu somnoles jusqu’à l’heure du réveil officiel, tu avales un bol de céréales face à ton père, déconfit.
Tu viens manger au resto ce midi ?
Ben oui, comme tous les mercredis.

Tu voudras bien goûter ma choucroute de la mer ? J’ai pas changé de recette. Pourquoi ils m’ont saqué, comme ça ?
Tu lui fais une grosse bise. Tu ne lui as pas encore parlé du fameux tableau, de l’achat du fameux tableau, de l’achat de Lucrèce qui coûte 6800 euros, il va falloir te décider.
Tu galopes jusqu’au collège.
Tu n’écoutes rien pendant les cours de maths, de musique, de français. Tu ne penses qu’à une seule chose : Comment faire pour trouver l’argent le plus vite possible ? Tu pourrais essayer de devenir modèle ?
Léonard, ça rapporte combien de poser dans une école d’art ?
Mademoiselle, pour demain, vous me recopierez 50 fois la phrase suivante :
L’écoute du professeur et l’attention portée au travail sont des devoirs impératifs auxquels il est inadmissible de déroger.

Il ne manquait plus que ça !
Papa, dsl, en retard, j’arrive.
Tu prends la ligne 2, puis la ligne 4, changement interminable à Barbès-Rochechouard, c’est laborieux, tu descends à Saint-Germain-des-Près, il commence à pleuvoir, tu remontes à toute allure la rue Bonaparte, voilà l’école des Beaux-Arts. Mais c’est gigantesque ! Des kilomètres de couloirs, des monceaux d’escaliers, des milliers d’étudiants. Tu ne sais pas très bien où te renseigner. Tu es trempée, perdue, tu remets ce beau projet à plus tard.
Tu fais le chemin en sens inverse, sous la pluie froide, tu marches et et tu marches jusqu’au restaurant de ton père. Dans la cuisine, il te sert une assiette de choucroute fumante.
Alors ? Trop fermentée ? Plus acide que d’habitude ? Tu as danse, aujourd’hui ?
Ben oui, comme tous les mercredis.

Juste avant de rejoindre le conservatoire, tu fais un petit détour, un petit écart, trois entrechats, pour aller revoir ta jumelle peinte dans le magasin d’antiquités.
Dans la vitrine, catastrophe, à la place du tableau, il y a un grand miroir ovale.

Histoire 2
Collège Alain

4/ En quête d’une révélation

Le tableau a disparu, remplacé par un misérable miroir. Tant de recherches, tant d’heures gaspillées pour retrouver un simple et stupide miroir ovale.
Tu vois ton reflet dans le miroir, tu es désespérée et écœurée, et tu ne peux rien y changer.
Tu veux absolument voir le tableau une dernière fois, car tu penses pouvoir y trouver un indice : dans ton rêve un message y était caché au dos.
L’antiquaire vient à ta rencontre et te voit avec le regard vide. Il comprend que quelque chose ne va pas. Il t’ interpelle :
- "Je te vois souvent par ici, mais aujourd’hui tu as l’air dépité. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je..je..Où est le tableau !!! Pourquoi a-t-il disparu ?
- Je l’ai vendu à un très vieux monsieur, très riche mais aussi ronchon
- Pourquoi avez-vous fait ça ? Ce tableau était très important pour moi !
- Tu sais bien que tout ce qu’il y a ici est là pour être vendu...Désolé. Mais si tu veux je peux te donner son adresse pour que tu puisses peut être le récupérer !
- Oui s’il vous plaît, vous me sauvez la vie. Merci !
- Mais je t’en prie, je le fais avec bon cœur, et sèche ces larmes de
crocodile ! Tu souris enfin, il sourit à son tour.
- Encore merci. Allez, à la prochaine !" Tu lui fais un signe de la main pour lui dire au revoir.
Tu t’éloignes, il te demande de faire attention et de ne rien faire d’imprudent. Tu lui cries en te retournant « Oui ! Ne vous inquiétez pas. »

Tu vas pouvoir retrouver ce fameux tableau. Donc l’adresse est dans le 8eme arrondissement, rue de Naples. Il est impératif que tu le retrouves pour ce fameux indice qui était derrière pour résoudre enfin le mystère.
45 minutes plus tard, tu arrives enfin à destination. En te mettant devant la fenêtre de cette magnifique demeure, tu vois un bout du tableau accroché au mur. Tu as enfin trouvé le vieux ronchon que l’antiquaire t’avait décrit.

Tu te trouves face à une cloche. Prenant ton courage à deux mains, tu sonnes. Le propriétaire s’approche en criant « J’ARRIVE ! »
La porte s’ouvre et tu découvres un grand monsieur, d’un certain âge. L’homme possède une grande moustache, une chemise blanche, un pantalon noir et porte une pipe à la bouche.
« Bonjour Monsieur !
- Que faites vous ici c’est une résidence privée ! Et je vous préviens, je ne donne rien pour les œuvres de charité !
- Non non Monsieur, je voudrais juste vous parler d’un tableau.
- J’ai plusieurs tableaux ici.
- Je n’en cherche qu’un seul et unique. Vous avez récemment acheté un tableau d’une jeune femme qui me ressemble n’est ce pas ?
- Eh bien oui comment savez vous cela ?
- Euh...Eh bien...j’aimerais vous demander si vous accepteriez de me prêter, donner ou même vendre ce tableau ?
- Je suis navré mais il en est hors de question.
- Mais… peut-être pouvez-vous me le montrer, seulement quelques minutes ?
- Non, la réponse est non.
- Mais… s’il vous plaît, j’en ai besoin !
- Non ! Non et NON ! Déjà, vous me dérangez en plein dimanche matin, juste au moment où je lis mon article préféré et surtout pendant le meilleur moment de ma Truite de Schubert !! Vous sonnez pour me demander mon dernier achat ! Et d’ailleurs, vous n’avez pas à vous immiscer dans ma vie privée ! »
La porte se claque sans que tu puisses dire un mot et tu t’en vas, en colère.
 
Après le refus de l’homme grincheux, tu décides de t’emparer du tableau par tous les moyens. Une seule solution : entrer par effraction ! Tu appelles ton acolyte Léonard, et ensemble vous élaborez un plan.

Une fois la nuit tombée, vous sortez de chez vous en laissant quelques coussins sous la couette pour que vos parents ne se doutent pas de votre absence. Dehors la lune est déjà haut dans le ciel, et vous vous retrouvez devant la demeure.
Après avoir franchi le mur du jardin, vous réfléchissez à un moyen d’entrer sans vous faire prendre. Tu remarques une fenêtre ouverte. Léonard qui a tout prévu ouvre son sac et sort une corde. Mais après plusieurs tentatives infructueuses, vous commencez à vous décourager.
Fatiguée, tu t’appuies par inadvertance contre le boîtier de l’alarme situé sur la façade devant la porte. Coup de théâtre, tu entends un « lalala » ! Tu comprends que ce ne sont pas des chiffres, mais des notes de musique qui la désactivent et par là même déverrouillent la porte d’entrée » !
Tu te remémores ta conversation avec le propriétaire, ses curieuses marottes : le journal et la truite de Schubert. Quelle idée, donner le nom d’un poisson à un air de musique !
Enfin, tes cours de piano vont te servir à quelque chose ! Tu appliques cette composition, et il se trouve que c’est la bonne mélodie ! Alors l’alarme se désactive et « clac » la porte se déverrouille. Vous vous dirigez à pas de velours vers le salon. Tu décroches le tableau, le retourne et là...

Histoire 2
Collège Laurent Mourguet

Destins croisés

Tout s’explique !
Tu décroches le tableau, le retournes et là tu découvres des inscriptions en différentes langues. Du français, de l’italien et une autre langue que tu n’as jamais vue, des mots qui n’ont aucun sens comme « sxqgku » ou « ehfxubyd ». Une chose est sûre : tu ne comprends pas un seul mot de ce paragraphe et tu ne parles seulement que quelques mots en italien. Tu relis ces mots. Ils te rappellent tes souvenirs d’enfance dans la grande maison de ta grand-mère en Italie, en particulier
un. Ce devait être l’année de tes sept ans. Tu te remémores tes après-midis à la plage, la sensation du sable chaud sur tes pieds, tes veillées le soir. Tu décides de vite lire la partie française.
« Je me trouve à trois endroits du Canada
Je suis au centre de la France... »
Tu es tirée de ta lecture par un bruit de pas qui se rapproche. Léonard te ramène à la réalité. Tu n’es pas censée être là.
- Armande vite ! Il faut y aller. Même si l’alarme s’est arrêtée, le propriétaire ne devrait pas tarder !
Allons-nous en maintenant !
Tu relèves la tête et regardes Léonard, l’air distraite. La crainte de te faire prendre le tableau dans les mains te fait frissonner. Tu prends avec ton téléphone une photo du tableau et de son dos, remets le cadre là où tu l’as pris et tournes les talons. Léonard éclaire la pièce à l’aide de sa lampe torche et vous marchez à pas de loup. Que veulent dire ces messages ? Tu te rappelles un jeu avec Léonard quand vous étiez petits. Vous transformiez des phrases pour que vous seuls puissiez comprendre ces messages chiffrés. Tu es envahie par un sentiment de nostalgie. Vous sortez du
bâtiment, et rentrez chez toi le plus vite possible. Une fois arrivés à destination, tu regardes l’énigme. « Je me trouve à trois endroits du Canada... ». Tu prends ton temps pour essayer de la déchiffrer. Soudain, tu comprends enfin. « Sans moi Paris serait pris » Paris, pris .... Il manque le « a » ! Tu es contente de toi, ta réponse coïncide avec les autres. Il y a trois « a » dans Canada, il y en a un aussi dans le mot France ! Le second texte est en italien, tu ne parles pas bien cette langue mais Léonard, si. Tu penses à votre voyage scolaire à Rome. Il s’était vraiment bien débrouillé pour
demander divers renseignements. Tu souris en repensant à tout ce que vous avez vécu ensemble.
Léonard te fait rire et quand tu y réfléchis, il est toujours là pour toi. Tes joues s’empourprent. Tu regardes une dernière fois les quelques lignes étrangères puis tu lui tends ton portable :
- Tu peux traduire s’il te plaît ?
Léonard lit à voix haute, tu entends « avocat ». Il t’explique : « A vaut K ». Vous réfléchissez sur le sens du message codé. Avocat peut donc correspondre au « code avocat » pour chiffrer des messages comme ceux de votre enfance. Tu regardes le texte et maintenant, tout devient clair.
- Les lettres « sxqgku »semblaient mises au hasard mais il se pourrait que ce soit les mots d’un dernier message.
- Hum... C’est une déclaration d’amour pour une certaine Emélia, dit Léonard après quelques minutes. Il enchaîne :
MA DOUCE E ET TENDRE EMILIA
A CHAQUE FOIS QUE TU PARS TU ME LAISSES ORPHELIN DE NOTRE AMOUR AUJOURD’HUI. JE NE GARDE DE TOI QUE CETTE TRACE INDÉLÉBILE SUR LAQUELLE JE T’ÉCRIS...
Léonard pose ton téléphone et frôle tes doigts avec les siens. Il reste silencieux un moment. Ton cœur accélère
- Ce nom m’est familier, je ne sais pas pourquoi.
...INSPIRATION IMPÉRISSABLE MUSE INTEMPORELLE JE FAIS LE VŒU DE TE GARDER A JAMAIS EN MON CŒUR LE VŒU QUE TES FORMES SUBLIMES NE PUISSENT SE PERDRE DANS LE TEMPS MAIS RENAÎTRE INDÉFINIMENT... »
- Emélia tu dis ? C’était le prénom de la mère de mon arrière grand-mère, j’en ai entendu parler et il parait que je lui ressemble beaucoup. Il s’agit sûrement d’un portrait d’elle, dans ce cas, tout s’explique !
Léonard t’annonce une surprise. Vous allez chez lui, il se précipite pour une raison inconnue au grenier, redescend peu de temps après avec une photo à la main. Il s’assied près de toi et la pose sur la table.
Regarde Armande ! C’est incroyable ! Le nom d’Emélia ne m’était pas non plus inconnu. C’est mon arrière arrière grand-père qui a peint ce tableau pour son amour de jeunesse ... Emelia !
Léonard montre un air sérieux et passionné que tu ne lui connais pas. Tu le regardes, muette. Tu n’arrives plus à parler, cette révélation sur vos ancêtres amoureux et le visage si doux de Léonard te rendent confuse. Léonard est aussi troublé que toi mais c’est pourtant lui qui fait le premier pas vers toi.

Histoire 2
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 2
Collège Honoré de Balzac

Une jumelle italienne

- Désolée, je ne me sens pas bien, je m’entraînerai plus chez moi.
- Demain, je t’interrogerai à nouveau.
- Oui monsieur !
Tu cours chez toi en oubliant la moitié de tes affaires dans la salle de musique. Tu es tellement excitée ! Quand tu arrives, tu t’installes directement devant ton ordinateur pour faire des recherches sur le tableau que t’as fait découvrir Léonard. Tu réfléchis à ce que tu vas écrire et chercher… Tu tapes finalement le nom du peintre, nom que tu as aperçu dans un coin du tableau, près du cadre doré : « Augustino Beltrano ». Tu vas sur Google images et là, tu trouves les œuvres du peintre. Il y a plein de tableaux, des centaines, sauf celui que tu cherches : le portrait de « ta jumelle ». Tu retentes autre chose : « Beltrano + portrait de femme ».
Tout à coup, le tableau apparaît.
Cela se confirme, tout te ressemble dans ce tableau : même forme de visage ovale, mêmes cheveux longs et bruns, même yeux verts sous des sourcils fins et bien tracés. Son nez est petit et fin, ses lèvres pulpeuses et rosées… comme les tiennes….
La jeune-fille du portrait est élégante, semble issue d’une riche famille : elle porte un diadème doré, une robe en satin aux bordures dorées qui descendent le long de l’encolure. Un collier d ‘argent décore son cou nu et blanc.
Mais sur le site, aucune information supplémentaire… rien ! Qui est cette fille qui te ressemble tellement ? Est-elle de ta famille ? est-ce une ancêtre ? Ces questions te tourmentent mais tu n’as aucun moyen d’avoir les réponses à tes questions : tu es seule, comme souvent, tes parents travaillent… tu vas dans ta chambre, tentes de passer à autre chose… tu enfiles tes écouteurs et écoutes en boucle ta playlist « rap français 2016 »… jusqu’à ce que tu tombes de sommeil, avales un sandwich, seule encore, et te couches.
Cette nuit, tu rêves : Tu te vois dans un miroir, mais portant des vêtements… anciens : une robe en satin aux bordures do…. C’est toi… c’est ta jumelle ! Elle te montre du doigt, te tend la main : elle t’invite à venir. Intriguée, tu t’approches. Mais tout à coup, tu es comme aspirée par le miroir…. FUUUUUUUUT…. ! Où es-tu ? tu ne reconnais pas ce que tu vois, ne sais pas où tu es. Ah ! tu aperçois alors ta jumelle. Elle se met à courir, tu la suis à travers des rues inconnues, étroites et sales, tu as peur de perdre ta jumelle, de te perdre dans cette ville mystérieuse. Non, la voilà : elle est dans un atelier, en face d’un homme. Autour d’eux, il y a des pots de peinture, des tableaux. Tu entres. On dirait que tout est vieux ici : les murs sont abîmés, le plafond s’effrite… Une odeur forte t’envahit, comme un concentré de peinture ou de dissolvant. Mais quelque chose t’alerte : personne ne semble te voir… tu es comme invisible. Tu as peur, tu cries, mais personne ne se retourne, personne ne t’entend ! Que faire ? t’enfuir ? risquer de te perdre dans ce monde inconnu ? Non, tu respires, tu reprends ton calme et prends le temps d’observer ce qui se passe autour de toi : ta jumelle est là, et pose. Elle pose pour le peintre qui est en face d’elle et qui fait son portrait, le portrait que tu as vu chez l’antiquaire cet après-midi ! Beltrano ! Un autre homme arrive du fond de l’atelier. Il se dirige vers un autre chevalet recouvert d’un drap blanc : il s’empare du drap, le soulève, et découvre alors un tableau, encadré d’or, sur lequel est peint… ma jumelle… La porte de l’atelier s’ouvre brusquement. C’est ta mère qui entre :
Armande ! Armande ! Tu vas encore être en retard au collège, il est déjà 7h30. Lève-toi !
Tu ouvres les yeux : ta mère est là, devant la porte de…ta chambre ! tu es de retour, tu es dans ta chambre. Ce n’était qu’un rêve… troublant.
Tu te lèves. Tu n’as pas faim, tu es très choquée de ce que tu as vu, de ce que tu as vécu dans ce rêve. Tu ne penses qu’au tableau, qu’à Beltrano, qu’à ta jumelle…. Tu enfiles tes Stan Smith (les bleues cette fois) et cours, direction : le collège.
Français, anglais… Enfin 10 heures : la récréation ! Tu files au CDI. Tu te postes devant le documentaliste M. Daouadji. Tu lui montres une photo du tableau, et tu lui demandes s’il l’a déjà vu. Miracle ! Il l’a justement étudié avec des 5ème l’an dernier. Il te donne rapidement quelques informations : la jeune-femme du tableau habitait Turin et s’appelait Armanda. Elle avait 14 ans lorsque le tableau a été peint. On dit qu’elle aurait été la maîtresse du peintre et qu’elle aurait été rudement punie pour cela…
Tu restes sans voix, à la fois heureuse et tellement troublée de ce que tu viens d’apprendre !

Histoire 2
Violaine Schwartz

3/ Vite, vite !

Fior di latte, ça veut dire quoi, Armande ?
Mais tu es fou ! Mais dépêche-toi, mais vite.
Bon alors, une boule de Nutella, per favore, signor.
Léonard n’a aucune conscience du danger. Il court mollement à tes côtés, les doigts dégoulinants de chocolat, alors que vous êtes poursuivis par le peintre Agostino Beltrano. Il a déjà sévèrement corrigé ta sœur jumelle, maintenant c’est votre tour. Le voilà qui déboule au coin de la rue pavée. Vous vous réfugiez, hors d’haleine, dans la première église venue. À Naples, ce n’est pas ce qui manque. Elle est remplie de fidèles. Que des femmes. Habillées comme toi. Coiffées comme toi. Elles portent toutes les mêmes boucles d’oreilles, celles que tu as héritées de Nonna. Tu pousses un hurlement. À ce moment-là, le peintre sort du confessionnal.
Tu te réveilles, couverte de sueur. Tu as très envie d’aller te glisser dans le lit de tes parents, comme hier, mais tu te raisonnes, tu ne vas pas les empêcher de dormir toutes les nuits quand même, ils ont déjà assez de soucis comme ça, avec l’Alsace à Paris.
Tu somnoles jusqu’à l’heure du réveil officiel, tu avales un bol de céréales face à ton père, déconfit.
Tu viens manger au resto ce midi ?
Ben oui, comme tous les mercredis.

Tu voudras bien goûter ma choucroute de la mer ? J’ai pas changé de recette. Pourquoi ils m’ont saqué, comme ça ?
Tu lui fais une grosse bise. Tu ne lui as pas encore parlé du fameux tableau, de l’achat du fameux tableau, de l’achat de Lucrèce qui coûte 6800 euros, il va falloir te décider.
Tu galopes jusqu’au collège.
Tu n’écoutes rien pendant les cours de maths, de musique, de français. Tu ne penses qu’à une seule chose : Comment faire pour trouver l’argent le plus vite possible ? Tu pourrais essayer de devenir modèle ?
Léonard, ça rapporte combien de poser dans une école d’art ?
Mademoiselle, pour demain, vous me recopierez 50 fois la phrase suivante :
L’écoute du professeur et l’attention portée au travail sont des devoirs impératifs auxquels il est inadmissible de déroger.

Il ne manquait plus que ça !
Papa, dsl, en retard, j’arrive.
Tu prends la ligne 2, puis la ligne 4, changement interminable à Barbès-Rochechouard, c’est laborieux, tu descends à Saint-Germain-des-Près, il commence à pleuvoir, tu remontes à toute allure la rue Bonaparte, voilà l’école des Beaux-Arts. Mais c’est gigantesque ! Des kilomètres de couloirs, des monceaux d’escaliers, des milliers d’étudiants. Tu ne sais pas très bien où te renseigner. Tu es trempée, perdue, tu remets ce beau projet à plus tard.
Tu fais le chemin en sens inverse, sous la pluie froide, tu marches et et tu marches jusqu’au restaurant de ton père. Dans la cuisine, il te sert une assiette de choucroute fumante.
Alors ? Trop fermentée ? Plus acide que d’habitude ? Tu as danse, aujourd’hui ?
Ben oui, comme tous les mercredis.

Juste avant de rejoindre le conservatoire, tu fais un petit détour, un petit écart, trois entrechats, pour aller revoir ta jumelle peinte dans le magasin d’antiquités.
Dans la vitrine, catastrophe, à la place du tableau, il y a un grand miroir ovale.

Histoire 2
Collège Alain

4/ En quête d’une révélation

Le tableau a disparu, remplacé par un misérable miroir. Tant de recherches, tant d’heures gaspillées pour retrouver un simple et stupide miroir ovale.
Tu vois ton reflet dans le miroir, tu es désespérée et écœurée, et tu ne peux rien y changer.
Tu veux absolument voir le tableau une dernière fois, car tu penses pouvoir y trouver un indice : dans ton rêve un message y était caché au dos.
L’antiquaire vient à ta rencontre et te voit avec le regard vide. Il comprend que quelque chose ne va pas. Il t’ interpelle :
- "Je te vois souvent par ici, mais aujourd’hui tu as l’air dépité. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je..je..Où est le tableau !!! Pourquoi a-t-il disparu ?
- Je l’ai vendu à un très vieux monsieur, très riche mais aussi ronchon
- Pourquoi avez-vous fait ça ? Ce tableau était très important pour moi !
- Tu sais bien que tout ce qu’il y a ici est là pour être vendu...Désolé. Mais si tu veux je peux te donner son adresse pour que tu puisses peut être le récupérer !
- Oui s’il vous plaît, vous me sauvez la vie. Merci !
- Mais je t’en prie, je le fais avec bon cœur, et sèche ces larmes de
crocodile ! Tu souris enfin, il sourit à son tour.
- Encore merci. Allez, à la prochaine !" Tu lui fais un signe de la main pour lui dire au revoir.
Tu t’éloignes, il te demande de faire attention et de ne rien faire d’imprudent. Tu lui cries en te retournant « Oui ! Ne vous inquiétez pas. »

Tu vas pouvoir retrouver ce fameux tableau. Donc l’adresse est dans le 8eme arrondissement, rue de Naples. Il est impératif que tu le retrouves pour ce fameux indice qui était derrière pour résoudre enfin le mystère.
45 minutes plus tard, tu arrives enfin à destination. En te mettant devant la fenêtre de cette magnifique demeure, tu vois un bout du tableau accroché au mur. Tu as enfin trouvé le vieux ronchon que l’antiquaire t’avait décrit.

Tu te trouves face à une cloche. Prenant ton courage à deux mains, tu sonnes. Le propriétaire s’approche en criant « J’ARRIVE ! »
La porte s’ouvre et tu découvres un grand monsieur, d’un certain âge. L’homme possède une grande moustache, une chemise blanche, un pantalon noir et porte une pipe à la bouche.
« Bonjour Monsieur !
- Que faites vous ici c’est une résidence privée ! Et je vous préviens, je ne donne rien pour les œuvres de charité !
- Non non Monsieur, je voudrais juste vous parler d’un tableau.
- J’ai plusieurs tableaux ici.
- Je n’en cherche qu’un seul et unique. Vous avez récemment acheté un tableau d’une jeune femme qui me ressemble n’est ce pas ?
- Eh bien oui comment savez vous cela ?
- Euh...Eh bien...j’aimerais vous demander si vous accepteriez de me prêter, donner ou même vendre ce tableau ?
- Je suis navré mais il en est hors de question.
- Mais… peut-être pouvez-vous me le montrer, seulement quelques minutes ?
- Non, la réponse est non.
- Mais… s’il vous plaît, j’en ai besoin !
- Non ! Non et NON ! Déjà, vous me dérangez en plein dimanche matin, juste au moment où je lis mon article préféré et surtout pendant le meilleur moment de ma Truite de Schubert !! Vous sonnez pour me demander mon dernier achat ! Et d’ailleurs, vous n’avez pas à vous immiscer dans ma vie privée ! »
La porte se claque sans que tu puisses dire un mot et tu t’en vas, en colère.
 
Après le refus de l’homme grincheux, tu décides de t’emparer du tableau par tous les moyens. Une seule solution : entrer par effraction ! Tu appelles ton acolyte Léonard, et ensemble vous élaborez un plan.

Une fois la nuit tombée, vous sortez de chez vous en laissant quelques coussins sous la couette pour que vos parents ne se doutent pas de votre absence. Dehors la lune est déjà haut dans le ciel, et vous vous retrouvez devant la demeure.
Après avoir franchi le mur du jardin, vous réfléchissez à un moyen d’entrer sans vous faire prendre. Tu remarques une fenêtre ouverte. Léonard qui a tout prévu ouvre son sac et sort une corde. Mais après plusieurs tentatives infructueuses, vous commencez à vous décourager.
Fatiguée, tu t’appuies par inadvertance contre le boîtier de l’alarme situé sur la façade devant la porte. Coup de théâtre, tu entends un « lalala » ! Tu comprends que ce ne sont pas des chiffres, mais des notes de musique qui la désactivent et par là même déverrouillent la porte d’entrée » !
Tu te remémores ta conversation avec le propriétaire, ses curieuses marottes : le journal et la truite de Schubert. Quelle idée, donner le nom d’un poisson à un air de musique !
Enfin, tes cours de piano vont te servir à quelque chose ! Tu appliques cette composition, et il se trouve que c’est la bonne mélodie ! Alors l’alarme se désactive et « clac » la porte se déverrouille. Vous vous dirigez à pas de velours vers le salon. Tu décroches le tableau, le retourne et là...

Histoire 2
Collège Laurent Mourguet

Destins croisés

Tout s’explique !
Tu décroches le tableau, le retournes et là tu découvres des inscriptions en différentes langues. Du français, de l’italien et une autre langue que tu n’as jamais vue, des mots qui n’ont aucun sens comme « sxqgku » ou « ehfxubyd ». Une chose est sûre : tu ne comprends pas un seul mot de ce paragraphe et tu ne parles seulement que quelques mots en italien. Tu relis ces mots. Ils te rappellent tes souvenirs d’enfance dans la grande maison de ta grand-mère en Italie, en particulier
un. Ce devait être l’année de tes sept ans. Tu te remémores tes après-midis à la plage, la sensation du sable chaud sur tes pieds, tes veillées le soir. Tu décides de vite lire la partie française.
« Je me trouve à trois endroits du Canada
Je suis au centre de la France... »
Tu es tirée de ta lecture par un bruit de pas qui se rapproche. Léonard te ramène à la réalité. Tu n’es pas censée être là.
- Armande vite ! Il faut y aller. Même si l’alarme s’est arrêtée, le propriétaire ne devrait pas tarder !
Allons-nous en maintenant !
Tu relèves la tête et regardes Léonard, l’air distraite. La crainte de te faire prendre le tableau dans les mains te fait frissonner. Tu prends avec ton téléphone une photo du tableau et de son dos, remets le cadre là où tu l’as pris et tournes les talons. Léonard éclaire la pièce à l’aide de sa lampe torche et vous marchez à pas de loup. Que veulent dire ces messages ? Tu te rappelles un jeu avec Léonard quand vous étiez petits. Vous transformiez des phrases pour que vous seuls puissiez comprendre ces messages chiffrés. Tu es envahie par un sentiment de nostalgie. Vous sortez du
bâtiment, et rentrez chez toi le plus vite possible. Une fois arrivés à destination, tu regardes l’énigme. « Je me trouve à trois endroits du Canada... ». Tu prends ton temps pour essayer de la déchiffrer. Soudain, tu comprends enfin. « Sans moi Paris serait pris » Paris, pris .... Il manque le « a » ! Tu es contente de toi, ta réponse coïncide avec les autres. Il y a trois « a » dans Canada, il y en a un aussi dans le mot France ! Le second texte est en italien, tu ne parles pas bien cette langue mais Léonard, si. Tu penses à votre voyage scolaire à Rome. Il s’était vraiment bien débrouillé pour
demander divers renseignements. Tu souris en repensant à tout ce que vous avez vécu ensemble.
Léonard te fait rire et quand tu y réfléchis, il est toujours là pour toi. Tes joues s’empourprent. Tu regardes une dernière fois les quelques lignes étrangères puis tu lui tends ton portable :
- Tu peux traduire s’il te plaît ?
Léonard lit à voix haute, tu entends « avocat ». Il t’explique : « A vaut K ». Vous réfléchissez sur le sens du message codé. Avocat peut donc correspondre au « code avocat » pour chiffrer des messages comme ceux de votre enfance. Tu regardes le texte et maintenant, tout devient clair.
- Les lettres « sxqgku »semblaient mises au hasard mais il se pourrait que ce soit les mots d’un dernier message.
- Hum... C’est une déclaration d’amour pour une certaine Emélia, dit Léonard après quelques minutes. Il enchaîne :
MA DOUCE E ET TENDRE EMILIA
A CHAQUE FOIS QUE TU PARS TU ME LAISSES ORPHELIN DE NOTRE AMOUR AUJOURD’HUI. JE NE GARDE DE TOI QUE CETTE TRACE INDÉLÉBILE SUR LAQUELLE JE T’ÉCRIS...
Léonard pose ton téléphone et frôle tes doigts avec les siens. Il reste silencieux un moment. Ton cœur accélère
- Ce nom m’est familier, je ne sais pas pourquoi.
...INSPIRATION IMPÉRISSABLE MUSE INTEMPORELLE JE FAIS LE VŒU DE TE GARDER A JAMAIS EN MON CŒUR LE VŒU QUE TES FORMES SUBLIMES NE PUISSENT SE PERDRE DANS LE TEMPS MAIS RENAÎTRE INDÉFINIMENT... »
- Emélia tu dis ? C’était le prénom de la mère de mon arrière grand-mère, j’en ai entendu parler et il parait que je lui ressemble beaucoup. Il s’agit sûrement d’un portrait d’elle, dans ce cas, tout s’explique !
Léonard t’annonce une surprise. Vous allez chez lui, il se précipite pour une raison inconnue au grenier, redescend peu de temps après avec une photo à la main. Il s’assied près de toi et la pose sur la table.
Regarde Armande ! C’est incroyable ! Le nom d’Emélia ne m’était pas non plus inconnu. C’est mon arrière arrière grand-père qui a peint ce tableau pour son amour de jeunesse ... Emelia !
Léonard montre un air sérieux et passionné que tu ne lui connais pas. Tu le regardes, muette. Tu n’arrives plus à parler, cette révélation sur vos ancêtres amoureux et le visage si doux de Léonard te rendent confuse. Léonard est aussi troublé que toi mais c’est pourtant lui qui fait le premier pas vers toi.