Histoire 3

Prologue

Armande, viens avec moi, il faut que je te montre quelque chose.
Léonard te tire par la manche dans une rue adjacente.
Mais j’ai pas le droit de traîner après l’école, en plus j’ai cours de piano.
Ton emploi du temps est rempli comme un œuf. Pas de jachère, ni d’herbes folles. Tennis, équitation, danse classique, piano, chorale baroque. Il faut bien t’occuper.
Allez, viens, il y en a pour cinq minutes.
Mais on va où ?
Surprise.

Tu aimes ce qui sort de l’ordinaire, pourtant tu ressembles à toutes les jeunes filles de ton âge : sac à dos tombant sur l’épaule avec pagaille de porte-clés accrochés au fermoir, tee-shirt à motif, mini-chaussette sur bande de peau dépassant du jean slim et Stan Smith en bout de course, aujourd’hui rouge sur rouge, tu as toute la gamme de la collection.
Maman, c’est mieux les blanches sur fond noir ou les noires sur fond blanc ?
C’est pareil, dépêche-toi, prends-les toutes, j’ai pas le temps.

Comme d’habitude.
Ta mère est toujours débordée, toujours pendue au téléphone, à parler chiffres, à dicter commandes, et ton père, toujours derrière ses fourneaux trois étoiles, à râper du raifort, à fricasser du porc, tu détestes L’Alsace à Paris, la brasserie art-déco qui les occupe tous les soirs.
Vous longez les grilles du parc Monceau, dans le 8ème arrondissement de Paris. Une vieille dame distribue des miettes de brioche à une volée de pigeons, une petite fille hurle à sa nounou qu’elle en veut, elle aussi, de la brioche, de la brioche, les arbres commencent à jaunir dans le soleil d’automne. Tu te revois la tête en bas, pendue aux barres métalliques de la cage à écureuil, l’odeur de rouille au creux des mains. De nouveaux enfants se bousculent autour du toboggan. Ce n’est plus ton territoire.
C’est loin ton machin-truc ? J’ai faim.
Léonard-le-Goulu te donne un bout de son sandwich, c’est dire s’il tient à ce que tu viennes. Léonard, c’est ton frère de cœur, tu le connais depuis toujours.
Cette année, vous partagez la folie des cactus. Vous vous faîtes des échanges de boutures. Vous comparez piquants et fleurs. Vous les baptisez. Toi, tu en as déjà sept, posés sur ton bureau : Tignasse, Duvet, Rouflaquette, Tif, Velu, Frisette et Crâne d’oeuf.
C’est encore loin ?
Le cartable pèse lourd, on vient de vous remettre les livres pour l’année à venir, le brevet, le brevet, tous les professeurs en ont parlé, ça va, on a compris.
Antiquité, salon de thé, antiquité, salon de thé. Tu connais le quartier comme ta poche. Heureusement qu’il y a les pixels pour voyager. Tu passes des heures en cachette sur ton ipod, emmitouflée au creux des draps, avec Youtube à fond la caisse : Sexion d’assaut, Stromae, LEJ, Sianna, Nekfeu, Lefa, ta chambre est envahie de visages, piqués sur le net et imprimés en grand format, le résultat laisse à désirer, couleurs floutées, rayures blanches en travers de l’image, mais qu’importe, ils sont là, sur tes murs, pour creuser une brèche dans ton univers, pour t’enseigner la vie.
Et tout à coup, Léonard s’arrête devant un magasin d’antiquité.
C’est là, regarde.
Un globe terrestre, une chaise à bascule, un vase chinois, une gazelle empaillée, un vieux tableau encadré d’or.
Ton cœur se fige. Ton cœur se glace. Ton cœur boomerang dans ta poitrine.
Léonard te prend la main et la serre fort.

Histoire 3
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 3
Collège Jean Macé

2/ Chapitre 2 : La jumelle disparue

Tu aperçois Léonard dans l’entrebâillement de la porte. Il est venu te chercher. Il faut que tu lui reparles de cette histoire de peinture. Tu n’as pas cessé d’y penser pendant tout le cours. Tu étais très énervée contre Madame Giron. Pourtant, tu adores ce professeur. Mais aujourd’hui, tu en avais plus qu’assez. Il s’est passé trop de choses et tu as l’impression que tes nerfs sont à bout ! Léonard engage la conversation :
« - Salut Armande. Comment s’est passé ton cours de piano ? »
Tu aimerais évoquer avec lui ce sujet qui t’obsède… Mais pour une fois, ce n’est pas évident. Tu as peur qu’il te prenne pour une folle.
Vous vous taisez et continuez votre chemin sans un mot.
Tu rentres chez toi, tes parents sont là ; tu décides de tout déballer à ta mère :
« - Maman, tu sais hier j’ai vu un tableau qui m’a intriguée et aujourd’hui…
- Je n’ai pas le temps de t’écouter, j’ai du travail, moi !
- Tu te rends compte que je ne peux jamais te parler : t’es toujours concentrée sur ton boulot, ça m’énerve !
- Armande… »
Avant la fin de sa phrase, tu es déjà sortie, en furie, prête à te rendre chez Léonard. Maintenant tu regrettes… C’est à lui qu’il fallait te livrer.
Tu arrives devant son immeuble, tu sonnes, sa mère t’ouvre, tu arrives au quatrième étage. Tu vois Léonard à la porte et là tu lui sautes dans les bras en pleurant. Léonard rougit et te demande ce qu’il se passe. Léonard t’apaise comme d’habitude. « -Cette femme… Sur le tableau… Elle me ressemble tellement ! »

Quand tu te regardes le lendemain matin dans le miroir, tes yeux sont cernés, tu as le teint livide et les cheveux ébouriffés. Pourtant, tu sors de chez toi sans te coiffer, sans te maquiller. En cours d’histoire, tu rates ton contrôle. En anglais, tu te fais interroger. Tu n’as pas appris ta leçon, le professeur te met un zéro. Quand arrive la fin du cours, tu n’as qu’une idée en tête : retourner voir le tableau.
Maintenant, tu sais tout de lui : la femme représentée, Lucrèce… Tu as encore des tonnes de questions à poser à l’antiquaire. Tu sens qu’un secret se cache derrière ce portrait. C’est quand même étrange qu’aucune signature ne figure sur ce tableau. Tu saisis un vélo, tu empruntes la rue Léon Jost, puis le boulevard de Courcelles. Tu passes devant le parc Monceau et prends la rue du même nom. Numéro 37, 39… 43, c’est là !
Tu découvres avec horreur la vitre brisée du magasin. Un frisson te parcourt le long du corps. Et si...? Non, ce n’est pas possible ! Tu ouvres, hésitante, la porte… Le brocanteur sursaute et se retourne brusquement. « Que faites-vous là ? »
Tu es trop troublée par ce que tu vois pour lui répondre : le tableau a bel et bien disparu. Tu balaies la pièce du regard une dernière fois : non, décidément, pas de Lucrèce. Tu paniques, comme si tu avais perdu une moitié de toi, mais qui a bien pu le prendre ?
« Volé, on me l’a volé ! Je n’arrive toujours pas à y croire ! Mon tableau, il avait une valeur inestimable ! », se lamente l’antiquaire.
Sa voix te fait sortir de ta torpeur. Il reprend :
« -Hum… Je crois que vous êtes déjà venue ici mademoiselle. Puis-je vous être utile ?
- Et bien, je pense pouvoir vous aider. Vous voulez retrouver le voleur n’est-ce pas ? J’en fais mon affaire.
L’antiquaire se met à rire très fort et te demande : Comment comptez-vous vous y prendre ?
- Je vais interroger plusieurs personnes qui peuvent avoir des informations. En commençant par vous. »
Sur ce, l’antiquaire reprend tout depuis le début : cela s’est passé pendant la nuit. Il dormait paisiblement à l’étage du magasin quand, tout à coup, il a entendu un bruit de verre. Il a descendu les escaliers à toute vitesse, le voleur était déjà parti.
Heureusement, Léonard a une idée derrière la tête et prend les choses en mains. Ce qu’il veut, c’est espionner l’antiquaire, et en ce moment-même, le vieil homme reçoit un coup de téléphone. Léonard tend l’oreille et écoute la conversation. Il saisit quelques bribes qui suffisent à confirmer ses soupçons : « La gamine s’intéresse trop..., je suis inquiet, si elle venait à apprendre... »
Bien sûr, Léonard rentre très secoué. Sur son Mac, il entame des recherches poussées. Il lit tout, des pages et des pages, les unes après les autres, sans s’arrêter une seconde. Il finit par découvrir que le commerçant a fait de la prison avec le grand-père d’Armande pour avoir cambriolé un musée et il apprend que son ancien compagnon d’infortune n’est pas mort, contrairement à ce qu’Armande lui a souvent raconté, mais encore détenu.

Histoire 3
Collège Honoré de Balzac

3/ Préparation d’une fugue !

Préparation d’une fugue

Léonard devait désormais apprendre la nouvelle à Armande. Comment allait-elle réagir ? Qu’allait-elle faire ? Il décida de lui donner rendez-vous devant la boutique de l’antiquaire.
A quinze heures, comme convenu, elle arriva. Léonard, sans rien lui dire d’autre, la poussa dans la boutique. La clochette de la porte d’entrée tinta, l’antiquaire apparut… il comprit immédiatement la raison de leur présence.
- Bonjour, entreprit Léonard. Nous sommes… je suis venu avec Armande pour…
- Oui, je sais, coupa l’antiquaire.
Et il commença à délivrer le secret qu’il avait déjà dévoilé, en partie, à Léonard : sa rencontre en prison avec le grand-père d’Armande, sa sortie de prison à lui, et…
- Mon grand-père est encore en vie ? Il a été en prison ? Qu’est-ce que vous me racontez ? interrompit Armande.
- Ce que je te dis est pourtant bien vrai. Ton grand-père était étudiant à l’école des Beaux-arts. Il avait beaucoup de talent. A la fin de ses études, et malgré ce talent, il a eu beaucoup de mal à gagner de l’argent grâce à ses toiles, il est parti à Naples, ville où il a trouvé une véritable inspiration. Mais, là encore, la misère dans laquelle il vivait l’a poussé à commettre des erreurs. Il a dérobé et fait des copies de plusieurs tableaux célèbres.
Armande dut encaisser le choc de ces révélations. Son grand-père… les Beaux-arts… hors-la-loi… Naples…vivant !!! Tout se mélangeait dans sa tête, tout devint confus. Elle devait en savoir encore plus ! Alors soudain, elle quitta la boutique le plus vite qu’elle pouvait.
Léonard, surpris, balbutia des remerciements à l’antiquaire et tenta de suivre Armande, qui se dirigeait…. vers le restaurant de ses parents !
Lorsque Léonard entra dans le restaurant, Armande était déjà face à sa mère.
-  Qui t’as raconté ça ?
-  C’est un antiquaire, un ami de grand-père, dit Armande.
-  Pourquoi vous ne me l’avez pas dit ?
-  Pour ne pas te faire de la peine. On avait honte de dire qu’il avait volé des tableaux, répondait sa mère.
-  Je veux voir grand-père, je veux partir à Naples, affirma Armande.
-  On a le restaurant à gérer ici, c’est impossible, répondit la mère. Maintenant, le sujet est clos, je ne veux plus parler de cela, rentre à la maison, j’ai du travail ici.
Armande, furieuse, s’éloigna.
-  Ca va ? lui demanda Léonard.
-  Je pars à Naples, dit Armande entre ses dents.
-  Ta mère vient de te dire non ?!
-  J’ai dit que je partais à Naples. Tu m’accompagnes ?
C’est ainsi que Léonard et Armande décidèrent de partir pour Naples. Seulement, ils devaient avant cela préparer un minimum leur départ…
La mère d’Armande était occupée à servir des clients, la voie était libre. Les deux adolescents entrèrent dans le bureau, là où se trouvaient les papiers, factures, documents administratifs ; là où se trouvait… le coffre. Il fallait faire vite, quelqu’un pouvait les surprendre. Armande tira le tiroir dans lequel se trouvait le coffre et vit qu’il fallait un code pour l’ouvrir. Elle tapa sa date de naissance. Rien. Elle se met à taper alors 070991, la date de mariage de ses parents. Le coffre s’ouvrit ! Il fallait maintenant s’enfuir, et vite, récolter d’autres informations… direction : l’école des Beaux-arts !
C’était un magnifique et immense bâtiment, très impressionnant. Léonard poussa la porte en premier, suivi d’Armande.
- Vous cherchez quelque chose, dit une voix derrière eux ?
- Nous aurions besoin de renseignements au sujet d’un ancien étudiant de l’école : Jean Delacroix.
- Toutes les œuvres et préparations des étudiants se trouvent au premier étage, aux archives. Vous trouverez sans doute quelque chose là-bas.
Quelques poignées de secondes plus tard, Armande et Léonard tournoyaient dans la pièce des archives. Delacroix, Delacroix… ça y est ! Jean Delacroix ! Ils découvrirent alors de nombreux croquis, esquisses, et là, quelque chose qui sans doute les aiderait dans leurs recherches : un tableau représentant une rue… italienne, une rue de Naples ! Armande sortit son portable, et fit une photo de ce tableau, sans savoir encore si cela les guiderait vers un indice supplémentaire.
Trente minutes pus tard, Léonard et Armande étaient dans le train, direction Naples.

Histoire 3
Collège N-D de Bellegarde

Tu pars, tu voles

En sortant de la gare, tu es captivée par le soleil et la chaleur si différents du climat de Paris où règnent la grisaille et le froid. Paul est venu avec vous, c’est le cousin de Léonard, il a vingt-quatre ans, ça te rassure. C’est lui qui demande à un policier le chemin de la prison, mais avec son accent et son manque de vocabulaire, c’est presque mission impossible. Et son anglais est encore plus catastrophique que son italien. Il finit par comprendre, vous regarde d’un air surpris et vous indique la route. Vous tournez en rond dans les rues de Naples, vous avez dû mal comprendre les indications. Une pluie de messages de tes parents, ils sont inquiets. Ca t’énerve, tu n’es plus un bébé. Sans réfléchir, tu leur balances Je pars. Je vole et tu éteins ton portable. Vous apercevez enfin un vieux bâtiment noir et lugubre : la prison. Le gardien posté à l’entrée vous questionne sur votre présence. Tu lui réponds que tu viens voir ton grand-père et lui montres ta carte d’identité. Il est très dubitatif, mais finit par vous laisser entrer parce que vous êtes accompagnés d’un majeur, en précisant que vous n’aurez droit qu’à dix minutes au parloir.
Tu te retrouves face à face avec ton grand-père, la boule au ventre. Tellement de questions te trottent dans la tête que tu en as presque mal. L’atmosphère est pesante. Il a l’air vieux et triste, il ne te reconnaît pas puisque tu avais quatre ans la dernière fois que vous vous êtes vus.
Monsieur... Je... Je m’appelle Armande et je... suis... je crois... enfin... votre petite fille.
Tu perçois un léger tressautement de sa lèvre inférieure : un sourire ? Comme il ne réagit pas davantage, tu insistes :
Pourquoi êtes-vous en prison ?
Je suppose que c’est l’antiquaire qui t’a menée jusqu’ici... Il y a dix ans, c’était mon meilleur ami. On manquait d’argent, et on a vu ce tableau... On a décidé de le voler, pour le revendre ensuite, tu vois ? Mais ça a mal tourné et mon cher ami a remis toute la faute sur moi. Et la police l’a cru ! Il est resté moins longtemps que moi en prison mais ça y est, je sors dans quelques semaines.
Le gardien arrive, c’est déjà fini. Tu assures à ton grand-père que vous vous reverrez bientôt dans de meilleures conditions.
Tu sors de la prison, rallumes ton portable ; tes parents ont prévenu les gendarmes ! Tu avertis Léonard et Paul et vous vous mettez à courir. Tu arrives en gare et entends les haut-parleurs diffuser Il treno di lasciare Parigi in due minuti ! Tu aperçois le train sur le quai d’en face. Tu sens le stress envahir ton corps. Tu te précipites à travers la foule et parviens à monter de justesse au moment où tu entends Chiudere la porta ! Tu envoies un message à tes parents pour les rassurer. Le voyage du retour te paraît long, heureusement que tu n’es pas seule. Vous en profitez pour reparler de la discussion avec ton grand-père et partager vos impressions. Tu réalises qu’il a été victime d’une terrible injustice ! Il est néanmoins coupable mais tu refuses de te l’avouer. Petit à petit, vous commencez à assembler les pièces du puzzle.

Histoire 3
Collège Le Plan du Loup

Palimpseste

Il est huit heures cinquante huit. Tu es perdue dans tes pensées. Tu es dans le bus qui t’amène jusqu’à la prison où est enfermé ton grand-père. Tu peines à croire que ta famille t’ait menti pendant si longtemps. Pourquoi t’ont-ils caché la vérité ? Avaient-ils honte, était-il un déshonneur pour ta famille si rangée ? Tu aurais tellement aimé avoir un grand-père différent de ton entourage. Quelqu’un qui sorte des codes trop nombreux du milieu bourgeois d’où tu viens. Quelqu’un à qui tu pourrais raconter sans retenue ton quotidien, tes musiques préférées. Tu te souviens de la voix tremblotante de ta mère lorsqu’elle parlait de son père qu’elle disait décédé. Quelle bonne actrice !

Un coup de frein trop brusque te sort de ce songe. Tu regardes autour de toi. Tu vois un sombre et long bâtiment. Une grande grille en garde l’accès fermé. Quelques gardes surveillent l’entrée. Le conducteur crie : « Carcere San Luis ». Tu descends, Léonard te suit, un gâteau à la main. Vous vous dirigez vers l’entrée. Un garde vous interpelle, il ne parle pas français mais vous fait comprendre que vous ne pouvez pas rentrer dans la prison du fait de votre jeune âge. Un second garde arrive à pas rapides, un bout de papier à la main. Il s’approche, il parle bien français, il vous donne le morceau de papier et vous explique que ton grand-père était au courant de ta venue. Tu t’empresses de l’ouvrir.

Tu descends de l’avion, tu es en France. Tu dépasses la porte du Terminal 3, tu sors par la grande porte vitrée de l’aéroport. Rapidement, Léonard décide d’appeler un taxi. Vous montez dans un de ces taxis noirs. Tu lui indiques l’adresse où tu souhaites te rendre, celle de l’antiquaire « 12 boulevard des colombes , VIII ème arrondissement, Paris ». Tu fais comprendre au chauffeur qu’il ne doit pas traîner.

Tu pousses la lourde porte en bois de la boutique. Sans mot dire, tu te diriges vers le tableau. Tu revois ce visage, celui de ta mère, et non de Lucrèce. D’un revers de la main, tu arraches la fine toile qui recouvre le tableau volé. Tu te retournes, l’antiquaire apparaît et t’empoigne le bras. Tu te débats, parviens à te libérer, tu saisis le tableau et avant même que l’antiquaire n’ait pu faire un mouvement, tu disparais par la porte. Tu cours dans la rue, Léonard te suit à grande peine. Tu attrapes le premier bus venu. Direction : le commissariat.

Tu te trouves face à un policier brun et robuste. Il te fait penser à ton père. Tu lui résumes la situation dans laquelle tu te trouves.

Aujourd’hui, tu as vingt ans, tu es à l’enterrement de ton grand-père. Tu repenses à cette mésaventure, lorsque tu étais au collège. Grâce à cette histoire, il a pu sortir de prison il y a tout juste cinq ans. Tu as pu profiter de sa présence pendant les dernières années de sa vie.
Tu as repris la boutique de l’antiquaire.

Histoire 3
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 3
Collège Jean Macé

2/ Chapitre 2 : La jumelle disparue

Tu aperçois Léonard dans l’entrebâillement de la porte. Il est venu te chercher. Il faut que tu lui reparles de cette histoire de peinture. Tu n’as pas cessé d’y penser pendant tout le cours. Tu étais très énervée contre Madame Giron. Pourtant, tu adores ce professeur. Mais aujourd’hui, tu en avais plus qu’assez. Il s’est passé trop de choses et tu as l’impression que tes nerfs sont à bout ! Léonard engage la conversation :
« - Salut Armande. Comment s’est passé ton cours de piano ? »
Tu aimerais évoquer avec lui ce sujet qui t’obsède… Mais pour une fois, ce n’est pas évident. Tu as peur qu’il te prenne pour une folle.
Vous vous taisez et continuez votre chemin sans un mot.
Tu rentres chez toi, tes parents sont là ; tu décides de tout déballer à ta mère :
« - Maman, tu sais hier j’ai vu un tableau qui m’a intriguée et aujourd’hui…
- Je n’ai pas le temps de t’écouter, j’ai du travail, moi !
- Tu te rends compte que je ne peux jamais te parler : t’es toujours concentrée sur ton boulot, ça m’énerve !
- Armande… »
Avant la fin de sa phrase, tu es déjà sortie, en furie, prête à te rendre chez Léonard. Maintenant tu regrettes… C’est à lui qu’il fallait te livrer.
Tu arrives devant son immeuble, tu sonnes, sa mère t’ouvre, tu arrives au quatrième étage. Tu vois Léonard à la porte et là tu lui sautes dans les bras en pleurant. Léonard rougit et te demande ce qu’il se passe. Léonard t’apaise comme d’habitude. « -Cette femme… Sur le tableau… Elle me ressemble tellement ! »

Quand tu te regardes le lendemain matin dans le miroir, tes yeux sont cernés, tu as le teint livide et les cheveux ébouriffés. Pourtant, tu sors de chez toi sans te coiffer, sans te maquiller. En cours d’histoire, tu rates ton contrôle. En anglais, tu te fais interroger. Tu n’as pas appris ta leçon, le professeur te met un zéro. Quand arrive la fin du cours, tu n’as qu’une idée en tête : retourner voir le tableau.
Maintenant, tu sais tout de lui : la femme représentée, Lucrèce… Tu as encore des tonnes de questions à poser à l’antiquaire. Tu sens qu’un secret se cache derrière ce portrait. C’est quand même étrange qu’aucune signature ne figure sur ce tableau. Tu saisis un vélo, tu empruntes la rue Léon Jost, puis le boulevard de Courcelles. Tu passes devant le parc Monceau et prends la rue du même nom. Numéro 37, 39… 43, c’est là !
Tu découvres avec horreur la vitre brisée du magasin. Un frisson te parcourt le long du corps. Et si...? Non, ce n’est pas possible ! Tu ouvres, hésitante, la porte… Le brocanteur sursaute et se retourne brusquement. « Que faites-vous là ? »
Tu es trop troublée par ce que tu vois pour lui répondre : le tableau a bel et bien disparu. Tu balaies la pièce du regard une dernière fois : non, décidément, pas de Lucrèce. Tu paniques, comme si tu avais perdu une moitié de toi, mais qui a bien pu le prendre ?
« Volé, on me l’a volé ! Je n’arrive toujours pas à y croire ! Mon tableau, il avait une valeur inestimable ! », se lamente l’antiquaire.
Sa voix te fait sortir de ta torpeur. Il reprend :
« -Hum… Je crois que vous êtes déjà venue ici mademoiselle. Puis-je vous être utile ?
- Et bien, je pense pouvoir vous aider. Vous voulez retrouver le voleur n’est-ce pas ? J’en fais mon affaire.
L’antiquaire se met à rire très fort et te demande : Comment comptez-vous vous y prendre ?
- Je vais interroger plusieurs personnes qui peuvent avoir des informations. En commençant par vous. »
Sur ce, l’antiquaire reprend tout depuis le début : cela s’est passé pendant la nuit. Il dormait paisiblement à l’étage du magasin quand, tout à coup, il a entendu un bruit de verre. Il a descendu les escaliers à toute vitesse, le voleur était déjà parti.
Heureusement, Léonard a une idée derrière la tête et prend les choses en mains. Ce qu’il veut, c’est espionner l’antiquaire, et en ce moment-même, le vieil homme reçoit un coup de téléphone. Léonard tend l’oreille et écoute la conversation. Il saisit quelques bribes qui suffisent à confirmer ses soupçons : « La gamine s’intéresse trop..., je suis inquiet, si elle venait à apprendre... »
Bien sûr, Léonard rentre très secoué. Sur son Mac, il entame des recherches poussées. Il lit tout, des pages et des pages, les unes après les autres, sans s’arrêter une seconde. Il finit par découvrir que le commerçant a fait de la prison avec le grand-père d’Armande pour avoir cambriolé un musée et il apprend que son ancien compagnon d’infortune n’est pas mort, contrairement à ce qu’Armande lui a souvent raconté, mais encore détenu.

Histoire 3
Collège Honoré de Balzac

3/ Préparation d’une fugue !

Préparation d’une fugue

Léonard devait désormais apprendre la nouvelle à Armande. Comment allait-elle réagir ? Qu’allait-elle faire ? Il décida de lui donner rendez-vous devant la boutique de l’antiquaire.
A quinze heures, comme convenu, elle arriva. Léonard, sans rien lui dire d’autre, la poussa dans la boutique. La clochette de la porte d’entrée tinta, l’antiquaire apparut… il comprit immédiatement la raison de leur présence.
- Bonjour, entreprit Léonard. Nous sommes… je suis venu avec Armande pour…
- Oui, je sais, coupa l’antiquaire.
Et il commença à délivrer le secret qu’il avait déjà dévoilé, en partie, à Léonard : sa rencontre en prison avec le grand-père d’Armande, sa sortie de prison à lui, et…
- Mon grand-père est encore en vie ? Il a été en prison ? Qu’est-ce que vous me racontez ? interrompit Armande.
- Ce que je te dis est pourtant bien vrai. Ton grand-père était étudiant à l’école des Beaux-arts. Il avait beaucoup de talent. A la fin de ses études, et malgré ce talent, il a eu beaucoup de mal à gagner de l’argent grâce à ses toiles, il est parti à Naples, ville où il a trouvé une véritable inspiration. Mais, là encore, la misère dans laquelle il vivait l’a poussé à commettre des erreurs. Il a dérobé et fait des copies de plusieurs tableaux célèbres.
Armande dut encaisser le choc de ces révélations. Son grand-père… les Beaux-arts… hors-la-loi… Naples…vivant !!! Tout se mélangeait dans sa tête, tout devint confus. Elle devait en savoir encore plus ! Alors soudain, elle quitta la boutique le plus vite qu’elle pouvait.
Léonard, surpris, balbutia des remerciements à l’antiquaire et tenta de suivre Armande, qui se dirigeait…. vers le restaurant de ses parents !
Lorsque Léonard entra dans le restaurant, Armande était déjà face à sa mère.
-  Qui t’as raconté ça ?
-  C’est un antiquaire, un ami de grand-père, dit Armande.
-  Pourquoi vous ne me l’avez pas dit ?
-  Pour ne pas te faire de la peine. On avait honte de dire qu’il avait volé des tableaux, répondait sa mère.
-  Je veux voir grand-père, je veux partir à Naples, affirma Armande.
-  On a le restaurant à gérer ici, c’est impossible, répondit la mère. Maintenant, le sujet est clos, je ne veux plus parler de cela, rentre à la maison, j’ai du travail ici.
Armande, furieuse, s’éloigna.
-  Ca va ? lui demanda Léonard.
-  Je pars à Naples, dit Armande entre ses dents.
-  Ta mère vient de te dire non ?!
-  J’ai dit que je partais à Naples. Tu m’accompagnes ?
C’est ainsi que Léonard et Armande décidèrent de partir pour Naples. Seulement, ils devaient avant cela préparer un minimum leur départ…
La mère d’Armande était occupée à servir des clients, la voie était libre. Les deux adolescents entrèrent dans le bureau, là où se trouvaient les papiers, factures, documents administratifs ; là où se trouvait… le coffre. Il fallait faire vite, quelqu’un pouvait les surprendre. Armande tira le tiroir dans lequel se trouvait le coffre et vit qu’il fallait un code pour l’ouvrir. Elle tapa sa date de naissance. Rien. Elle se met à taper alors 070991, la date de mariage de ses parents. Le coffre s’ouvrit ! Il fallait maintenant s’enfuir, et vite, récolter d’autres informations… direction : l’école des Beaux-arts !
C’était un magnifique et immense bâtiment, très impressionnant. Léonard poussa la porte en premier, suivi d’Armande.
- Vous cherchez quelque chose, dit une voix derrière eux ?
- Nous aurions besoin de renseignements au sujet d’un ancien étudiant de l’école : Jean Delacroix.
- Toutes les œuvres et préparations des étudiants se trouvent au premier étage, aux archives. Vous trouverez sans doute quelque chose là-bas.
Quelques poignées de secondes plus tard, Armande et Léonard tournoyaient dans la pièce des archives. Delacroix, Delacroix… ça y est ! Jean Delacroix ! Ils découvrirent alors de nombreux croquis, esquisses, et là, quelque chose qui sans doute les aiderait dans leurs recherches : un tableau représentant une rue… italienne, une rue de Naples ! Armande sortit son portable, et fit une photo de ce tableau, sans savoir encore si cela les guiderait vers un indice supplémentaire.
Trente minutes pus tard, Léonard et Armande étaient dans le train, direction Naples.

Histoire 3
Collège N-D de Bellegarde

Tu pars, tu voles

En sortant de la gare, tu es captivée par le soleil et la chaleur si différents du climat de Paris où règnent la grisaille et le froid. Paul est venu avec vous, c’est le cousin de Léonard, il a vingt-quatre ans, ça te rassure. C’est lui qui demande à un policier le chemin de la prison, mais avec son accent et son manque de vocabulaire, c’est presque mission impossible. Et son anglais est encore plus catastrophique que son italien. Il finit par comprendre, vous regarde d’un air surpris et vous indique la route. Vous tournez en rond dans les rues de Naples, vous avez dû mal comprendre les indications. Une pluie de messages de tes parents, ils sont inquiets. Ca t’énerve, tu n’es plus un bébé. Sans réfléchir, tu leur balances Je pars. Je vole et tu éteins ton portable. Vous apercevez enfin un vieux bâtiment noir et lugubre : la prison. Le gardien posté à l’entrée vous questionne sur votre présence. Tu lui réponds que tu viens voir ton grand-père et lui montres ta carte d’identité. Il est très dubitatif, mais finit par vous laisser entrer parce que vous êtes accompagnés d’un majeur, en précisant que vous n’aurez droit qu’à dix minutes au parloir.
Tu te retrouves face à face avec ton grand-père, la boule au ventre. Tellement de questions te trottent dans la tête que tu en as presque mal. L’atmosphère est pesante. Il a l’air vieux et triste, il ne te reconnaît pas puisque tu avais quatre ans la dernière fois que vous vous êtes vus.
Monsieur... Je... Je m’appelle Armande et je... suis... je crois... enfin... votre petite fille.
Tu perçois un léger tressautement de sa lèvre inférieure : un sourire ? Comme il ne réagit pas davantage, tu insistes :
Pourquoi êtes-vous en prison ?
Je suppose que c’est l’antiquaire qui t’a menée jusqu’ici... Il y a dix ans, c’était mon meilleur ami. On manquait d’argent, et on a vu ce tableau... On a décidé de le voler, pour le revendre ensuite, tu vois ? Mais ça a mal tourné et mon cher ami a remis toute la faute sur moi. Et la police l’a cru ! Il est resté moins longtemps que moi en prison mais ça y est, je sors dans quelques semaines.
Le gardien arrive, c’est déjà fini. Tu assures à ton grand-père que vous vous reverrez bientôt dans de meilleures conditions.
Tu sors de la prison, rallumes ton portable ; tes parents ont prévenu les gendarmes ! Tu avertis Léonard et Paul et vous vous mettez à courir. Tu arrives en gare et entends les haut-parleurs diffuser Il treno di lasciare Parigi in due minuti ! Tu aperçois le train sur le quai d’en face. Tu sens le stress envahir ton corps. Tu te précipites à travers la foule et parviens à monter de justesse au moment où tu entends Chiudere la porta ! Tu envoies un message à tes parents pour les rassurer. Le voyage du retour te paraît long, heureusement que tu n’es pas seule. Vous en profitez pour reparler de la discussion avec ton grand-père et partager vos impressions. Tu réalises qu’il a été victime d’une terrible injustice ! Il est néanmoins coupable mais tu refuses de te l’avouer. Petit à petit, vous commencez à assembler les pièces du puzzle.

Histoire 3
Collège Le Plan du Loup

Palimpseste

Il est huit heures cinquante huit. Tu es perdue dans tes pensées. Tu es dans le bus qui t’amène jusqu’à la prison où est enfermé ton grand-père. Tu peines à croire que ta famille t’ait menti pendant si longtemps. Pourquoi t’ont-ils caché la vérité ? Avaient-ils honte, était-il un déshonneur pour ta famille si rangée ? Tu aurais tellement aimé avoir un grand-père différent de ton entourage. Quelqu’un qui sorte des codes trop nombreux du milieu bourgeois d’où tu viens. Quelqu’un à qui tu pourrais raconter sans retenue ton quotidien, tes musiques préférées. Tu te souviens de la voix tremblotante de ta mère lorsqu’elle parlait de son père qu’elle disait décédé. Quelle bonne actrice !

Un coup de frein trop brusque te sort de ce songe. Tu regardes autour de toi. Tu vois un sombre et long bâtiment. Une grande grille en garde l’accès fermé. Quelques gardes surveillent l’entrée. Le conducteur crie : « Carcere San Luis ». Tu descends, Léonard te suit, un gâteau à la main. Vous vous dirigez vers l’entrée. Un garde vous interpelle, il ne parle pas français mais vous fait comprendre que vous ne pouvez pas rentrer dans la prison du fait de votre jeune âge. Un second garde arrive à pas rapides, un bout de papier à la main. Il s’approche, il parle bien français, il vous donne le morceau de papier et vous explique que ton grand-père était au courant de ta venue. Tu t’empresses de l’ouvrir.

Tu descends de l’avion, tu es en France. Tu dépasses la porte du Terminal 3, tu sors par la grande porte vitrée de l’aéroport. Rapidement, Léonard décide d’appeler un taxi. Vous montez dans un de ces taxis noirs. Tu lui indiques l’adresse où tu souhaites te rendre, celle de l’antiquaire « 12 boulevard des colombes , VIII ème arrondissement, Paris ». Tu fais comprendre au chauffeur qu’il ne doit pas traîner.

Tu pousses la lourde porte en bois de la boutique. Sans mot dire, tu te diriges vers le tableau. Tu revois ce visage, celui de ta mère, et non de Lucrèce. D’un revers de la main, tu arraches la fine toile qui recouvre le tableau volé. Tu te retournes, l’antiquaire apparaît et t’empoigne le bras. Tu te débats, parviens à te libérer, tu saisis le tableau et avant même que l’antiquaire n’ait pu faire un mouvement, tu disparais par la porte. Tu cours dans la rue, Léonard te suit à grande peine. Tu attrapes le premier bus venu. Direction : le commissariat.

Tu te trouves face à un policier brun et robuste. Il te fait penser à ton père. Tu lui résumes la situation dans laquelle tu te trouves.

Aujourd’hui, tu as vingt ans, tu es à l’enterrement de ton grand-père. Tu repenses à cette mésaventure, lorsque tu étais au collège. Grâce à cette histoire, il a pu sortir de prison il y a tout juste cinq ans. Tu as pu profiter de sa présence pendant les dernières années de sa vie.
Tu as repris la boutique de l’antiquaire.