Histoire 5

Prologue

Armande, viens avec moi, il faut que je te montre quelque chose.
Léonard te tire par la manche dans une rue adjacente.
Mais j’ai pas le droit de traîner après l’école, en plus j’ai cours de piano.
Ton emploi du temps est rempli comme un œuf. Pas de jachère, ni d’herbes folles. Tennis, équitation, danse classique, piano, chorale baroque. Il faut bien t’occuper.
Allez, viens, il y en a pour cinq minutes.
Mais on va où ?
Surprise.

Tu aimes ce qui sort de l’ordinaire, pourtant tu ressembles à toutes les jeunes filles de ton âge : sac à dos tombant sur l’épaule avec pagaille de porte-clés accrochés au fermoir, tee-shirt à motif, mini-chaussette sur bande de peau dépassant du jean slim et Stan Smith en bout de course, aujourd’hui rouge sur rouge, tu as toute la gamme de la collection.
Maman, c’est mieux les blanches sur fond noir ou les noires sur fond blanc ?
C’est pareil, dépêche-toi, prends-les toutes, j’ai pas le temps.

Comme d’habitude.
Ta mère est toujours débordée, toujours pendue au téléphone, à parler chiffres, à dicter commandes, et ton père, toujours derrière ses fourneaux trois étoiles, à râper du raifort, à fricasser du porc, tu détestes L’Alsace à Paris, la brasserie art-déco qui les occupe tous les soirs.
Vous longez les grilles du parc Monceau, dans le 8ème arrondissement de Paris. Une vieille dame distribue des miettes de brioche à une volée de pigeons, une petite fille hurle à sa nounou qu’elle en veut, elle aussi, de la brioche, de la brioche, les arbres commencent à jaunir dans le soleil d’automne. Tu te revois la tête en bas, pendue aux barres métalliques de la cage à écureuil, l’odeur de rouille au creux des mains. De nouveaux enfants se bousculent autour du toboggan. Ce n’est plus ton territoire.
C’est loin ton machin-truc ? J’ai faim.
Léonard-le-Goulu te donne un bout de son sandwich, c’est dire s’il tient à ce que tu viennes. Léonard, c’est ton frère de cœur, tu le connais depuis toujours.
Cette année, vous partagez la folie des cactus. Vous vous faîtes des échanges de boutures. Vous comparez piquants et fleurs. Vous les baptisez. Toi, tu en as déjà sept, posés sur ton bureau : Tignasse, Duvet, Rouflaquette, Tif, Velu, Frisette et Crâne d’oeuf.
C’est encore loin ?
Le cartable pèse lourd, on vient de vous remettre les livres pour l’année à venir, le brevet, le brevet, tous les professeurs en ont parlé, ça va, on a compris.
Antiquité, salon de thé, antiquité, salon de thé. Tu connais le quartier comme ta poche. Heureusement qu’il y a les pixels pour voyager. Tu passes des heures en cachette sur ton ipod, emmitouflée au creux des draps, avec Youtube à fond la caisse : Sexion d’assaut, Stromae, LEJ, Sianna, Nekfeu, Lefa, ta chambre est envahie de visages, piqués sur le net et imprimés en grand format, le résultat laisse à désirer, couleurs floutées, rayures blanches en travers de l’image, mais qu’importe, ils sont là, sur tes murs, pour creuser une brèche dans ton univers, pour t’enseigner la vie.
Et tout à coup, Léonard s’arrête devant un magasin d’antiquité.
C’est là, regarde.
Un globe terrestre, une chaise à bascule, un vase chinois, une gazelle empaillée, un vieux tableau encadré d’or.
Ton cœur se fige. Ton cœur se glace. Ton cœur boomerang dans ta poitrine.
Léonard te prend la main et la serre fort.

Histoire 5
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 5
Collège Jules Michelet

Au voleur !

Le professeur te demande :
Pourquoi es-tu en retard ?
Je ne trouvais pas mes clefs, je pensais les avoir perdues. Je les ai retrouvées au fond de mon sac, en chemin, mais cette recherche m’a fait perdre du temps.
OK ! Tu as l’air vraiment chamboulée alors que ce ne sont que des clés.... Etrange..... Mais c’est la dernière fois que tu es en retard. Je sais que tu me mens très souvent
.
Le professeur se doute que l’excuse que tu donnes est fausse.
Bon maintenant joue !
Armande massacre allègrement son Nocturne de Chopin.
Arrête, tu ne sais plus jouer du piano ! Mes oreilles saignent.
Un bruit de sirène de police se fait entendre de loin, elles n’y font pas attention.
Mon ami Léonard m’a emmenée chez un Antiquaire, je lui disais que je ne pouvais pas car j’avais mon cours de piano. Mais il a insisté en me disant que ce ne serait pas long. J’ai alors décidé d’aller avec lui dans la boutique, il m’a montré un tableau de Lucrèce, une femme romaine de l’Antiquité. Mais le problème c’est qu’elle me ressemblait comme deux gouttes d’eau. J’ai appris qu’elle s’était suicidée, cela m’angoisse. Je me sentais pas très bien et ne cessais de penser à cet événement. Voilà la cause de mon retard. Je ne voulais pas raconter cette histoire. J’avais peur qu’on me prenne pour une folle.
Le prof s’énerve. La jeune fille est au bord des larmes. La dame regarde Armande et regrette de s’être emportée.
Bon, ce n’est pas grave, reviens demain.
Tu prends tes affaires et sors du cours, déçue car tu as très mal joué. Tu marches, énervée dans la rue et tu parles toute seule, comme une folle . Tu tombes, te blesses aux deux genoux, il pleut, une voiture passe à côté de toi et t’éclabousse. L’eau passe à travers ton sac et tes partitions sont mouillées. Tu te retrouves à terre, quelqu’un te vole ton sac, un pigeon se soulage sur toi. Tous les gens autour de toi se moquent , tu pleures.
Qu’est-ce qui peut être pire que cette catastrophe ???
Léonard, de loin, lui fait signe, court et la relève avec un grand sourire. Armande, au contraire, est très triste et énervée contre lui .
Elle l’assassine du regard.
Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
Tu te rappelles du magasin dans lequel se trouve l’œuvre que tu m’as montrée ?
Eh bien, qu’est-ce qu’il y a ?
Tu ne vois pas une ressemblance ?
Si, c’ est pour cette raison justement que je te l’ai fait voir.
Eh bien, sache que ça m’a rendu mal. Depuis que mes yeux se sont posés sur ce tableau, je ne fais qu’y penser.
Mais ce n’est rien !
Comment peux-tu dire une chose pareille ! Si je te dis que cela me hante et me gâche la vie ! J’imagine parfois Lucrèce devant moi, qui essaie de me dire quelque chose mais je n’entends pas ce qu’elle veut me dire. Ça m attriste beaucoup, à un tel point que je n’ ai pas réussi mon cours de piano.
Pas besoin de t’ énerver ! Elle te ressemble mais elle n’est pas de ta famille .
C’ est bon, laisse, tu comprends rien !

Elle part en furie .
Troublée par sa discussion avec Léonard et intriguée par ce qu’elle a vu, elle retourne chez l’antiquaire. Les vitres de la boutique sont brisées. Elle se précipite à l’intérieur, tout est sens-dessus-dessous. Elle demande à l’antiquaire ce qu’il s’est passé. Désappointé, le commerçant lui explique qu’il s’est fait cambrioler mais que seul, le fameux tableau a été volé.
Je ne comprends vraiment pas. Il y a des objets d’une bien plus grande valeur que ce tableau dans mon magasin. Vraiment, la raison de ce vol est totalement obscure pour moi.
Pensive, elle tourne les talons. D’un pas lourd, elle rentre chez elle. Dans sa chambre, elle fait les cents pas. Elle lance un regard furtif vers son miroir mais au lieu de voir son visage, elle aperçoit Lucrèce. Un clignement d’oeil plus tard, c’est face à elle-même qu’elle se trouve. Soudain, Léonard entre en trombe.
Sais-tu ce qui s’est passé ?
Oui, je suis passée chez l’antiquaire et je suis soulagée !

Mais ses yeux disent-ils la même chose que sa bouche ?
Je ne comprends pas ta réaction, je pensais que tu serais curieuse de savoir ce qui était arrivé.
Je ne vois pas pourquoi je devrais être curieuse.
Tu n’as pas envie de savoir pourquoi elle te ressemble ?

Armande semble gênée par la question.
Soudain on frappe à la porte...

Histoire 5
Collège Jean Moulin

3/ Mystères et antiquaire

Tu n’as pas envie d’ouvrir, tu es préoccupée par le vol de « ton portrait ». Bien sûr que tu voudrais connaître la personne qui te ressemble, mais qui peut vous aider à résoudre l’énigme ? On frappe une deuxième fois, c’est ta mère qui veut vous parler.
« Ton père vient d’appeler, ce soir c’est choucroute pour tous, il nous a réservé une table à l’Alsace, prépare-toi. 
- Est-ce que Léonard peut nous accompagner ?
- Bien sûr, préparez-vous.
Arrivés au restaurant, ton père est troublé : en préparant sa salle il avait l’œil sur les infos de 18h30 et un tableau qui te ressemble a été volé. C’est un Caravage appartenant à la collection du musée de Capodimonte à Naples. Quelle ressemblance troublante… Léonard te jette un regard complice, ce tableau vous savez où il est. Pour l’instant ne rien dire. Manger la choucroute.
Mauvaise nuit, ce tableau hante tes pensées, demain il faut retourner chez l’antiquaire avec Léonard.
A dix heures, il est au rendez-vous, mais devant la vitrine tu ne vois plus le tableau. Pas d’antiquaire non plus. Tout a disparu. Maintenant, il faut parler ! Nous ne pouvons garder cela pour nous. Léonard sort son portable, il a des preuves, il a photographié le tableau.
Direction l’école des Beaux arts, la mère de Léonard connaît bien le conservateur, un homme incollable en histoire de l’art. Tu lui montres le tableau photographié.
-  Regarde, je te présente Armande, une amie du collège, on dirait son portrait !
- Troublant, en effet. Encore plus troublant reprend Léonard, le tableau a été volé à Naples et nous l’avons photographié dans le 8ème.
- Pour le tableau je le connais bien il est admirable, c’est le portrait de Lucrèce, je l’ai bien étudié : exemplaire unique à ce que je sache. Jeunes gens, pas de temps à perdre, il faut dire ce que vous savez. J’appelle la police : Allo bonjour, je suis le conservateur du musée des Beaux arts de Paris, deux jeunes mineurs ont des informations sur le tableau volé.
Direction le commissariat du 8ème , vous réexpliquez la situation, votre trouble, des spécialistes en « art » ont été appelés en renfort, interrogatoire, observation des agrandissements des photos, pas de doute il s’agit du même tableau ou d’une copie … Une équipe part sur les traces de l’antiquaire. Un contact avec la police de Naples est en attente...Ils aimeraient nous entendre, observer l’écran du téléphone.Le départ est prévu pour demain, rendez-vous gare de Lyon, c’est la mère de Léonard qui nous accompagnera sans oublier les experts de la gendarmerie.Tu ne peux pas croire que l’antiquaire ait simplement volé le tableau...il y a une histoire derrière tout ça, tout est étrange depuis quelques temps...
Arrivés à Naples une équipe de la Polizia attend direction le poste central, le directeur du musée est impatient de te rencontrer : Lucrèce en personne, comment y croire ? L’enquête avance l’antiquaire a été arrêté, vous allez être confrontés. Il va être transféré. Tu espères aussi découvrir qui se cache derrière ce portrait.

Histoire 5
Collège Honoré de Balzac

4/ Des révélations bouleversantes

Tu entres au commissariat accompagnée de Léonard. Tu n’es pas très à l’aise. Tu ne connais pas vraiment cet antiquaire après tout, tu es simplement entrée en contact avec lui à cause de ce tableau…. Ce tableau mystérieux qu’il possédait et qui représente… ton sosie, cette fille dont tu ne sais rien mais qui te ressemble comme deux gouttes d’eau…
« Who’s that girl ? » penses-tu, qui est cette fille sur ce tableau, ce maudit tableau qui t’emmène ici ?
She’s trouble…
Des carabiniers t’invitent à les suivre.
-  Depuis quand connais-tu l’antiquaire ? entame un homme, sans doute le commissaire. Sais-tu quelque chose à propos du tableau ?
Tu lui réponds ce que tu sais… c’est-à-dire, pas grand-chose. Tu lui répètes que tu ne sais rien de cet antiquaire, ni du vol, ni du tableau, ni de la jeune-fille représentée. Tu as l’impression d’être inutile… tu ne fais pas avancer l’enquête visiblement, et le commissaire a tout l’air de penser comme toi.
Who’s that girl ? You’re spinning round and round…
Il sort de la pièce, et revient alors avec un vieil homme… l’antiquaire ! Il paraît extrêmement surpris de vous voir, Léonard et toi. Il s’installe.
-  Depuis quand connaissez-vous ces enfants ?
Cette fois, cette question s’adresse à l’antiquaire.
-  Ecoutez, commence l’antiquaire, ces enfants n’y sont pour rien. Ils sont simplement passés à la boutique la semaine dernière, intrigués pas ce tableau, qui, comme vous le voyez, présente une forte ressemblance avec cette jeune-fille…
En disant cela, il tourne son regard vers toi, un regard appuyé, et comme significateur.
-  Je vous assure que ces enfants n’y sont pour rien. Je vais tout vous expliquer : le tableau appartenait à ma famille, à moi précisément. Il a été peint par un ami. Mais plus qu’une valeur financière, ce tableau possède une valeur sentimentale pour moi : il représente ma fille, à 15 ans, disparue dans le tremblement de terre qui frappa San Giuliano di Puglia, où nous habitions alors, en 2002. Cette catastrophe m’a arraché toute ma famille : ma femme, mon fils et ma fille justement, qui venait d’accoucher et passait quelques jours à la maison avec le bébé. Quant à moi, je suis resté 10 ans dans un coma profond, et à mon réveil, il y a 5 ans, je suis resté dans cet état d’hébétude et de dépression. Jusqu’à ce que je tombe sur une photo du tableau, du tableau de ma fille dans un magazine d’arts. On y annonçait la tenue d’une exposition de portraits… et mon tableau, mon seul lien avec ma famille, y était. J’ai alors décidé de le voler. Et vous connaissez la suite…
-  Mais qu’est-devenu le bébé ? dis-tu.
-  Ma petite-fille est morte ! lança l’antiquaire d’un ton sec.
Cette réponse brève et sèche te surprend, et tu es aussi profondément troublée par tous les événements qu’il dit avoir vécu, ici, en Italie, alors que toi, en octobre 2002, tu venais tranquillement au monde, en France, loin de toutes ces catastrophes vécues par sa famille. Mais vous n’avez malheureusement pas le temps d’en savoir plus car le commissaire vous invite à partir, les récentes déclarations de l’antiquaire lui suffisant.
Une fois dehors, tu es comme hypnotisée, il semble que quelque chose cloche, qu’il manque une pièce du puzzle à cette histoire… tu ne peux pas en rester là !
Tu prends ton portable et cherches sur internet des informations sur le tremblement de terre dont l’antiquaire a parlé : San Giuliano di Puglia, 31 octobre 2002, 30 morts, une soixantaine de blessés…. rien sur le bébé…
Who’s that girl ?
Tu tentes autre chose : « orphelinat - accueil des enfants du tremblement de terre de 2002 »… et là, un lien vers un orphelinat situé à … Naples, et qui aurait recueilli 3 enfants, 3 orphelins… Tu tires Léonard par la manche, entres l’adresse sur google maps et vous voilà partis !
Après 2 changements de bus, et quelques mètres à pieds, vous voilà devant l’orphelinat. Il va falloir être rapides, malins, discrets. Tu expliques ton plan en quelques mots à Léonard. Vous entrez. Personne à l’accueil : vous vous faufilez dans les couloirs administratifs… « Preside » sur une des portes, « directrice ». Une voix dans le bureau… vous patientez, cachés dans recoin près des escaliers. Soudain, du bruit, un claquement de porte : la directrice est sortie. Vous entrez ! vite, les dossiers… une grande armoire, immense…. Vous ne trouverez jamais ! A priori, il faut chercher novembre ou décembre 2002… Novembre 2002 ! Gagné ! 3 dossiers, les 3 victimes du tremblement de terre sans doute… j’en ouvre un, Léonard fait de même. Pour lui, c’est un jeune Paolo, 3 ans au moment du drame. Pas mieux pour moi : un petit Sandro, 5 ans. C’est Léonard qui s’empare du dernier dossier, qui lui tombe des mains. Je le ramasse et sur la 1ère page je peux lire : Armanda, arrivée le 31 octobre 2002, née le 5 octobre 2002.
C’est… c’est ma date de naissance… Armanda… c’est moi… Mais qui suis-je réellement ?
Who’s that girl ?

Histoire 5
Collège Alain

Un secret révélé

Tu tiens la photocopie de l’acte de naissance dans ta main. Il fait nuit sombre, tu es toujours ébranlée par cette nouvelle qui n’arrête pas de te trotter dans la tête.
Tu te dis :
« Que puis-je faire maintenant ? Je ne peux pas rester ici à ne rien faire alors que j’ai peut-être une sœur jumelle ! Comment se peut-il que je ne la connaisse pas et surtout pourquoi ? Si ça se trouve mes parents m’ont caché son existence ! Mais pourquoi, pourquoi me faire ça à moi, mes propres parents, je ne peux y croire !! »

Tu te décides enfin à t’endormir avec une seule et même idée en tête : chercher des explications et surtout trouver la vérité. Tant que tu n’auras pas de réponse, tu n’auras pas de répit.

Le lendemain, tu te lèves toujours aussi tourmentée et énervée car tu as mal dormi. Tu te rends au commissariat, déterminée à mettre fin à ce suspense.
Te voilà au poste de police, tu attends le commissaire en charge de l’enquête afin d’en savoir plus sur ce fameux tableaux. Enfin ! Le voilà qui arrive.
-  « Bonjour Monsieur le Commissaire !
- Bonjour Armande. Que puis-je faire pour toi ?
- Eh bien, je voudrais savoir à qui appartenait le tableau avant d’être volé.

-Bien sûr, il appartenait à une vieille famille napolitaine qui est malheureusement décédée dans un tremblement de terre il y a quelques années, mais l’antiquaire maintient que le tableau lui a toujours appartenu.

- Ah bon ? C’est étrange… Et vous ne sauriez pas par hasard qui est la femme peinte sur ce tableau ? C’est important pour moi.

- Malheureusement, non je ne sais pas, désolé de ne pouvoir t’aider.
Déçue, tu t’apprête à partir mais le commissaire te retient...
- Armande, attends s’il te plaît, je dois encore te dire quelque chose !

-Oui ?

- L’antiquaire insiste beaucoup pour te parler. Acceptes-tu d’aller le voir ? Peut-être te fera-t-il des révélations importantes pour notre enquête ?
- Oui, bien sûr. J’ai beaucoup de questions à lui poser ! »

Bientôt, tu vas tout savoir ! La porte de l’antiquaire est maintenant à deux pas.... Puis soudain tu entends un bruit, tu t’approches...Tu es perturbée. Tu ne sais plus si tu as envie de connaître la vérité. Devant la porte, tu hésites. Pourtant, il faut bien l’ouvrir ! Alors, tu tournes délicatement la poignée. La porte s’ouvre en grand et l’antiquaire t’accueille avec un sourire chaleureux. Tu fonds en larmes, évacuant tout le stress accumulé. Il te fait signe de t’approcher, tu hésites, puis accepte finalement la main qu’il te tend.
« -Tout va bien, je suis là, ne t’inquiète pas.
Tu te relèves, le regardes droit dans les yeux et dit
- Je ne saurais pas l’expliquer mais je me sens bien avec vous. Mais c’est quoi cette histoire de vol ? Pourquoi vous êtes là ? Qu’est-ce que je fais là ?
- Armande, écoute moi bien, j’ai quelque chose de très important à te dire. Ça peut te choquer mais j’espère que tu comprendras.Tu hoches la tête en silence
- Je...j...je...Bref, assez bégayé, se ressaisit-il avec ironie. Je vais te raconter une histoire, un peu triste : Deux parents étaient très heureux. Ils décidèrent de faire un enfant, et ils eurent une petite fille, belle comme le jour... Malheureusement un tremblement de terre frappa la ville où ils habitaient. Les parents disparurent dans les décombres et la petite fille se retrouva orpheline. Elle fut placée dans un orphelinat et adoptée par une famille parisienne..
L’antiquaire te regarde d’un air étrange, puis reprend ses explications.
- La femme sur le tableau s’appelle Gradziella, c’est ma fille. C’est elle qui est morte dans le tremblement de terre, avec ma femme et mon beau-fils. Quand tu es arrivée dans ma boutique j’ai tout de suite compris que tu étais ma petite fille.
 Tu lui ressembles tellement !

- Quoi, mais ... comment ça ?!! C’est impossible !!!

Déconcertée par une telle nouvelle tu t’effondres au sol. Après ces révélations tu es sous le choc : toute ta vie est un mensonge, l’homme et la femme qui t’ont élevée ne sont pas tes parents, en tout cas pas tes parents biologiques. 
Ta vie est un mensonge ! 
Voilà ce que tu penses.
- J’étais effondré après la mort de ta mère et de ta grand-mère. On m’a jugé incapable de m’occuper de toi. Une fois remis je suis allé m’installer à Paris dans l’espoir de te retrouver, mais en vain. Un jour tu es venue dans ma boutique, tu n’imagines pas à quel point j’étais surpris de voir un visage si familier !
- Alors vous êtes vraiment mon grand-père ? Pourquoi ne me l’avoir pas dit tout de suite ?
- Je ne sais pas…Pardonne moi, j’avais peur de ta réaction !
- Je suis secouée, tout se bouscule dans ma tête…… Et puis je me sens un peu faible... Grand père, j’ai une idée : rentrons en France tous ensemble manger un bon repas à l’Alsace et je te présenterai mes parents ! Nous faisons les meilleures choucroutes du monde, mais peut-être pourrions nous maintenant rajouter quelques pizzas à notre carte ! »

Histoire 5
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 5
Collège Jules Michelet

Au voleur !

Le professeur te demande :
Pourquoi es-tu en retard ?
Je ne trouvais pas mes clefs, je pensais les avoir perdues. Je les ai retrouvées au fond de mon sac, en chemin, mais cette recherche m’a fait perdre du temps.
OK ! Tu as l’air vraiment chamboulée alors que ce ne sont que des clés.... Etrange..... Mais c’est la dernière fois que tu es en retard. Je sais que tu me mens très souvent
.
Le professeur se doute que l’excuse que tu donnes est fausse.
Bon maintenant joue !
Armande massacre allègrement son Nocturne de Chopin.
Arrête, tu ne sais plus jouer du piano ! Mes oreilles saignent.
Un bruit de sirène de police se fait entendre de loin, elles n’y font pas attention.
Mon ami Léonard m’a emmenée chez un Antiquaire, je lui disais que je ne pouvais pas car j’avais mon cours de piano. Mais il a insisté en me disant que ce ne serait pas long. J’ai alors décidé d’aller avec lui dans la boutique, il m’a montré un tableau de Lucrèce, une femme romaine de l’Antiquité. Mais le problème c’est qu’elle me ressemblait comme deux gouttes d’eau. J’ai appris qu’elle s’était suicidée, cela m’angoisse. Je me sentais pas très bien et ne cessais de penser à cet événement. Voilà la cause de mon retard. Je ne voulais pas raconter cette histoire. J’avais peur qu’on me prenne pour une folle.
Le prof s’énerve. La jeune fille est au bord des larmes. La dame regarde Armande et regrette de s’être emportée.
Bon, ce n’est pas grave, reviens demain.
Tu prends tes affaires et sors du cours, déçue car tu as très mal joué. Tu marches, énervée dans la rue et tu parles toute seule, comme une folle . Tu tombes, te blesses aux deux genoux, il pleut, une voiture passe à côté de toi et t’éclabousse. L’eau passe à travers ton sac et tes partitions sont mouillées. Tu te retrouves à terre, quelqu’un te vole ton sac, un pigeon se soulage sur toi. Tous les gens autour de toi se moquent , tu pleures.
Qu’est-ce qui peut être pire que cette catastrophe ???
Léonard, de loin, lui fait signe, court et la relève avec un grand sourire. Armande, au contraire, est très triste et énervée contre lui .
Elle l’assassine du regard.
Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
Tu te rappelles du magasin dans lequel se trouve l’œuvre que tu m’as montrée ?
Eh bien, qu’est-ce qu’il y a ?
Tu ne vois pas une ressemblance ?
Si, c’ est pour cette raison justement que je te l’ai fait voir.
Eh bien, sache que ça m’a rendu mal. Depuis que mes yeux se sont posés sur ce tableau, je ne fais qu’y penser.
Mais ce n’est rien !
Comment peux-tu dire une chose pareille ! Si je te dis que cela me hante et me gâche la vie ! J’imagine parfois Lucrèce devant moi, qui essaie de me dire quelque chose mais je n’entends pas ce qu’elle veut me dire. Ça m attriste beaucoup, à un tel point que je n’ ai pas réussi mon cours de piano.
Pas besoin de t’ énerver ! Elle te ressemble mais elle n’est pas de ta famille .
C’ est bon, laisse, tu comprends rien !

Elle part en furie .
Troublée par sa discussion avec Léonard et intriguée par ce qu’elle a vu, elle retourne chez l’antiquaire. Les vitres de la boutique sont brisées. Elle se précipite à l’intérieur, tout est sens-dessus-dessous. Elle demande à l’antiquaire ce qu’il s’est passé. Désappointé, le commerçant lui explique qu’il s’est fait cambrioler mais que seul, le fameux tableau a été volé.
Je ne comprends vraiment pas. Il y a des objets d’une bien plus grande valeur que ce tableau dans mon magasin. Vraiment, la raison de ce vol est totalement obscure pour moi.
Pensive, elle tourne les talons. D’un pas lourd, elle rentre chez elle. Dans sa chambre, elle fait les cents pas. Elle lance un regard furtif vers son miroir mais au lieu de voir son visage, elle aperçoit Lucrèce. Un clignement d’oeil plus tard, c’est face à elle-même qu’elle se trouve. Soudain, Léonard entre en trombe.
Sais-tu ce qui s’est passé ?
Oui, je suis passée chez l’antiquaire et je suis soulagée !

Mais ses yeux disent-ils la même chose que sa bouche ?
Je ne comprends pas ta réaction, je pensais que tu serais curieuse de savoir ce qui était arrivé.
Je ne vois pas pourquoi je devrais être curieuse.
Tu n’as pas envie de savoir pourquoi elle te ressemble ?

Armande semble gênée par la question.
Soudain on frappe à la porte...

Histoire 5
Collège Jean Moulin

3/ Mystères et antiquaire

Tu n’as pas envie d’ouvrir, tu es préoccupée par le vol de « ton portrait ». Bien sûr que tu voudrais connaître la personne qui te ressemble, mais qui peut vous aider à résoudre l’énigme ? On frappe une deuxième fois, c’est ta mère qui veut vous parler.
« Ton père vient d’appeler, ce soir c’est choucroute pour tous, il nous a réservé une table à l’Alsace, prépare-toi. 
- Est-ce que Léonard peut nous accompagner ?
- Bien sûr, préparez-vous.
Arrivés au restaurant, ton père est troublé : en préparant sa salle il avait l’œil sur les infos de 18h30 et un tableau qui te ressemble a été volé. C’est un Caravage appartenant à la collection du musée de Capodimonte à Naples. Quelle ressemblance troublante… Léonard te jette un regard complice, ce tableau vous savez où il est. Pour l’instant ne rien dire. Manger la choucroute.
Mauvaise nuit, ce tableau hante tes pensées, demain il faut retourner chez l’antiquaire avec Léonard.
A dix heures, il est au rendez-vous, mais devant la vitrine tu ne vois plus le tableau. Pas d’antiquaire non plus. Tout a disparu. Maintenant, il faut parler ! Nous ne pouvons garder cela pour nous. Léonard sort son portable, il a des preuves, il a photographié le tableau.
Direction l’école des Beaux arts, la mère de Léonard connaît bien le conservateur, un homme incollable en histoire de l’art. Tu lui montres le tableau photographié.
-  Regarde, je te présente Armande, une amie du collège, on dirait son portrait !
- Troublant, en effet. Encore plus troublant reprend Léonard, le tableau a été volé à Naples et nous l’avons photographié dans le 8ème.
- Pour le tableau je le connais bien il est admirable, c’est le portrait de Lucrèce, je l’ai bien étudié : exemplaire unique à ce que je sache. Jeunes gens, pas de temps à perdre, il faut dire ce que vous savez. J’appelle la police : Allo bonjour, je suis le conservateur du musée des Beaux arts de Paris, deux jeunes mineurs ont des informations sur le tableau volé.
Direction le commissariat du 8ème , vous réexpliquez la situation, votre trouble, des spécialistes en « art » ont été appelés en renfort, interrogatoire, observation des agrandissements des photos, pas de doute il s’agit du même tableau ou d’une copie … Une équipe part sur les traces de l’antiquaire. Un contact avec la police de Naples est en attente...Ils aimeraient nous entendre, observer l’écran du téléphone.Le départ est prévu pour demain, rendez-vous gare de Lyon, c’est la mère de Léonard qui nous accompagnera sans oublier les experts de la gendarmerie.Tu ne peux pas croire que l’antiquaire ait simplement volé le tableau...il y a une histoire derrière tout ça, tout est étrange depuis quelques temps...
Arrivés à Naples une équipe de la Polizia attend direction le poste central, le directeur du musée est impatient de te rencontrer : Lucrèce en personne, comment y croire ? L’enquête avance l’antiquaire a été arrêté, vous allez être confrontés. Il va être transféré. Tu espères aussi découvrir qui se cache derrière ce portrait.

Histoire 5
Collège Honoré de Balzac

4/ Des révélations bouleversantes

Tu entres au commissariat accompagnée de Léonard. Tu n’es pas très à l’aise. Tu ne connais pas vraiment cet antiquaire après tout, tu es simplement entrée en contact avec lui à cause de ce tableau…. Ce tableau mystérieux qu’il possédait et qui représente… ton sosie, cette fille dont tu ne sais rien mais qui te ressemble comme deux gouttes d’eau…
« Who’s that girl ? » penses-tu, qui est cette fille sur ce tableau, ce maudit tableau qui t’emmène ici ?
She’s trouble…
Des carabiniers t’invitent à les suivre.
-  Depuis quand connais-tu l’antiquaire ? entame un homme, sans doute le commissaire. Sais-tu quelque chose à propos du tableau ?
Tu lui réponds ce que tu sais… c’est-à-dire, pas grand-chose. Tu lui répètes que tu ne sais rien de cet antiquaire, ni du vol, ni du tableau, ni de la jeune-fille représentée. Tu as l’impression d’être inutile… tu ne fais pas avancer l’enquête visiblement, et le commissaire a tout l’air de penser comme toi.
Who’s that girl ? You’re spinning round and round…
Il sort de la pièce, et revient alors avec un vieil homme… l’antiquaire ! Il paraît extrêmement surpris de vous voir, Léonard et toi. Il s’installe.
-  Depuis quand connaissez-vous ces enfants ?
Cette fois, cette question s’adresse à l’antiquaire.
-  Ecoutez, commence l’antiquaire, ces enfants n’y sont pour rien. Ils sont simplement passés à la boutique la semaine dernière, intrigués pas ce tableau, qui, comme vous le voyez, présente une forte ressemblance avec cette jeune-fille…
En disant cela, il tourne son regard vers toi, un regard appuyé, et comme significateur.
-  Je vous assure que ces enfants n’y sont pour rien. Je vais tout vous expliquer : le tableau appartenait à ma famille, à moi précisément. Il a été peint par un ami. Mais plus qu’une valeur financière, ce tableau possède une valeur sentimentale pour moi : il représente ma fille, à 15 ans, disparue dans le tremblement de terre qui frappa San Giuliano di Puglia, où nous habitions alors, en 2002. Cette catastrophe m’a arraché toute ma famille : ma femme, mon fils et ma fille justement, qui venait d’accoucher et passait quelques jours à la maison avec le bébé. Quant à moi, je suis resté 10 ans dans un coma profond, et à mon réveil, il y a 5 ans, je suis resté dans cet état d’hébétude et de dépression. Jusqu’à ce que je tombe sur une photo du tableau, du tableau de ma fille dans un magazine d’arts. On y annonçait la tenue d’une exposition de portraits… et mon tableau, mon seul lien avec ma famille, y était. J’ai alors décidé de le voler. Et vous connaissez la suite…
-  Mais qu’est-devenu le bébé ? dis-tu.
-  Ma petite-fille est morte ! lança l’antiquaire d’un ton sec.
Cette réponse brève et sèche te surprend, et tu es aussi profondément troublée par tous les événements qu’il dit avoir vécu, ici, en Italie, alors que toi, en octobre 2002, tu venais tranquillement au monde, en France, loin de toutes ces catastrophes vécues par sa famille. Mais vous n’avez malheureusement pas le temps d’en savoir plus car le commissaire vous invite à partir, les récentes déclarations de l’antiquaire lui suffisant.
Une fois dehors, tu es comme hypnotisée, il semble que quelque chose cloche, qu’il manque une pièce du puzzle à cette histoire… tu ne peux pas en rester là !
Tu prends ton portable et cherches sur internet des informations sur le tremblement de terre dont l’antiquaire a parlé : San Giuliano di Puglia, 31 octobre 2002, 30 morts, une soixantaine de blessés…. rien sur le bébé…
Who’s that girl ?
Tu tentes autre chose : « orphelinat - accueil des enfants du tremblement de terre de 2002 »… et là, un lien vers un orphelinat situé à … Naples, et qui aurait recueilli 3 enfants, 3 orphelins… Tu tires Léonard par la manche, entres l’adresse sur google maps et vous voilà partis !
Après 2 changements de bus, et quelques mètres à pieds, vous voilà devant l’orphelinat. Il va falloir être rapides, malins, discrets. Tu expliques ton plan en quelques mots à Léonard. Vous entrez. Personne à l’accueil : vous vous faufilez dans les couloirs administratifs… « Preside » sur une des portes, « directrice ». Une voix dans le bureau… vous patientez, cachés dans recoin près des escaliers. Soudain, du bruit, un claquement de porte : la directrice est sortie. Vous entrez ! vite, les dossiers… une grande armoire, immense…. Vous ne trouverez jamais ! A priori, il faut chercher novembre ou décembre 2002… Novembre 2002 ! Gagné ! 3 dossiers, les 3 victimes du tremblement de terre sans doute… j’en ouvre un, Léonard fait de même. Pour lui, c’est un jeune Paolo, 3 ans au moment du drame. Pas mieux pour moi : un petit Sandro, 5 ans. C’est Léonard qui s’empare du dernier dossier, qui lui tombe des mains. Je le ramasse et sur la 1ère page je peux lire : Armanda, arrivée le 31 octobre 2002, née le 5 octobre 2002.
C’est… c’est ma date de naissance… Armanda… c’est moi… Mais qui suis-je réellement ?
Who’s that girl ?

Histoire 5
Collège Alain

Un secret révélé

Tu tiens la photocopie de l’acte de naissance dans ta main. Il fait nuit sombre, tu es toujours ébranlée par cette nouvelle qui n’arrête pas de te trotter dans la tête.
Tu te dis :
« Que puis-je faire maintenant ? Je ne peux pas rester ici à ne rien faire alors que j’ai peut-être une sœur jumelle ! Comment se peut-il que je ne la connaisse pas et surtout pourquoi ? Si ça se trouve mes parents m’ont caché son existence ! Mais pourquoi, pourquoi me faire ça à moi, mes propres parents, je ne peux y croire !! »

Tu te décides enfin à t’endormir avec une seule et même idée en tête : chercher des explications et surtout trouver la vérité. Tant que tu n’auras pas de réponse, tu n’auras pas de répit.

Le lendemain, tu te lèves toujours aussi tourmentée et énervée car tu as mal dormi. Tu te rends au commissariat, déterminée à mettre fin à ce suspense.
Te voilà au poste de police, tu attends le commissaire en charge de l’enquête afin d’en savoir plus sur ce fameux tableaux. Enfin ! Le voilà qui arrive.
-  « Bonjour Monsieur le Commissaire !
- Bonjour Armande. Que puis-je faire pour toi ?
- Eh bien, je voudrais savoir à qui appartenait le tableau avant d’être volé.

-Bien sûr, il appartenait à une vieille famille napolitaine qui est malheureusement décédée dans un tremblement de terre il y a quelques années, mais l’antiquaire maintient que le tableau lui a toujours appartenu.

- Ah bon ? C’est étrange… Et vous ne sauriez pas par hasard qui est la femme peinte sur ce tableau ? C’est important pour moi.

- Malheureusement, non je ne sais pas, désolé de ne pouvoir t’aider.
Déçue, tu t’apprête à partir mais le commissaire te retient...
- Armande, attends s’il te plaît, je dois encore te dire quelque chose !

-Oui ?

- L’antiquaire insiste beaucoup pour te parler. Acceptes-tu d’aller le voir ? Peut-être te fera-t-il des révélations importantes pour notre enquête ?
- Oui, bien sûr. J’ai beaucoup de questions à lui poser ! »

Bientôt, tu vas tout savoir ! La porte de l’antiquaire est maintenant à deux pas.... Puis soudain tu entends un bruit, tu t’approches...Tu es perturbée. Tu ne sais plus si tu as envie de connaître la vérité. Devant la porte, tu hésites. Pourtant, il faut bien l’ouvrir ! Alors, tu tournes délicatement la poignée. La porte s’ouvre en grand et l’antiquaire t’accueille avec un sourire chaleureux. Tu fonds en larmes, évacuant tout le stress accumulé. Il te fait signe de t’approcher, tu hésites, puis accepte finalement la main qu’il te tend.
« -Tout va bien, je suis là, ne t’inquiète pas.
Tu te relèves, le regardes droit dans les yeux et dit
- Je ne saurais pas l’expliquer mais je me sens bien avec vous. Mais c’est quoi cette histoire de vol ? Pourquoi vous êtes là ? Qu’est-ce que je fais là ?
- Armande, écoute moi bien, j’ai quelque chose de très important à te dire. Ça peut te choquer mais j’espère que tu comprendras.Tu hoches la tête en silence
- Je...j...je...Bref, assez bégayé, se ressaisit-il avec ironie. Je vais te raconter une histoire, un peu triste : Deux parents étaient très heureux. Ils décidèrent de faire un enfant, et ils eurent une petite fille, belle comme le jour... Malheureusement un tremblement de terre frappa la ville où ils habitaient. Les parents disparurent dans les décombres et la petite fille se retrouva orpheline. Elle fut placée dans un orphelinat et adoptée par une famille parisienne..
L’antiquaire te regarde d’un air étrange, puis reprend ses explications.
- La femme sur le tableau s’appelle Gradziella, c’est ma fille. C’est elle qui est morte dans le tremblement de terre, avec ma femme et mon beau-fils. Quand tu es arrivée dans ma boutique j’ai tout de suite compris que tu étais ma petite fille.
 Tu lui ressembles tellement !

- Quoi, mais ... comment ça ?!! C’est impossible !!!

Déconcertée par une telle nouvelle tu t’effondres au sol. Après ces révélations tu es sous le choc : toute ta vie est un mensonge, l’homme et la femme qui t’ont élevée ne sont pas tes parents, en tout cas pas tes parents biologiques. 
Ta vie est un mensonge ! 
Voilà ce que tu penses.
- J’étais effondré après la mort de ta mère et de ta grand-mère. On m’a jugé incapable de m’occuper de toi. Une fois remis je suis allé m’installer à Paris dans l’espoir de te retrouver, mais en vain. Un jour tu es venue dans ma boutique, tu n’imagines pas à quel point j’étais surpris de voir un visage si familier !
- Alors vous êtes vraiment mon grand-père ? Pourquoi ne me l’avoir pas dit tout de suite ?
- Je ne sais pas…Pardonne moi, j’avais peur de ta réaction !
- Je suis secouée, tout se bouscule dans ma tête…… Et puis je me sens un peu faible... Grand père, j’ai une idée : rentrons en France tous ensemble manger un bon repas à l’Alsace et je te présenterai mes parents ! Nous faisons les meilleures choucroutes du monde, mais peut-être pourrions nous maintenant rajouter quelques pizzas à notre carte ! »