Histoire 6

Prologue

Armande, viens avec moi, il faut que je te montre quelque chose.
Léonard te tire par la manche dans une rue adjacente.
Mais j’ai pas le droit de traîner après l’école, en plus j’ai cours de piano.
Ton emploi du temps est rempli comme un œuf. Pas de jachère, ni d’herbes folles. Tennis, équitation, danse classique, piano, chorale baroque. Il faut bien t’occuper.
Allez, viens, il y en a pour cinq minutes.
Mais on va où ?
Surprise.

Tu aimes ce qui sort de l’ordinaire, pourtant tu ressembles à toutes les jeunes filles de ton âge : sac à dos tombant sur l’épaule avec pagaille de porte-clés accrochés au fermoir, tee-shirt à motif, mini-chaussette sur bande de peau dépassant du jean slim et Stan Smith en bout de course, aujourd’hui rouge sur rouge, tu as toute la gamme de la collection.
Maman, c’est mieux les blanches sur fond noir ou les noires sur fond blanc ?
C’est pareil, dépêche-toi, prends-les toutes, j’ai pas le temps.

Comme d’habitude.
Ta mère est toujours débordée, toujours pendue au téléphone, à parler chiffres, à dicter commandes, et ton père, toujours derrière ses fourneaux trois étoiles, à râper du raifort, à fricasser du porc, tu détestes L’Alsace à Paris, la brasserie art-déco qui les occupe tous les soirs.
Vous longez les grilles du parc Monceau, dans le 8ème arrondissement de Paris. Une vieille dame distribue des miettes de brioche à une volée de pigeons, une petite fille hurle à sa nounou qu’elle en veut, elle aussi, de la brioche, de la brioche, les arbres commencent à jaunir dans le soleil d’automne. Tu te revois la tête en bas, pendue aux barres métalliques de la cage à écureuil, l’odeur de rouille au creux des mains. De nouveaux enfants se bousculent autour du toboggan. Ce n’est plus ton territoire.
C’est loin ton machin-truc ? J’ai faim.
Léonard-le-Goulu te donne un bout de son sandwich, c’est dire s’il tient à ce que tu viennes. Léonard, c’est ton frère de cœur, tu le connais depuis toujours.
Cette année, vous partagez la folie des cactus. Vous vous faîtes des échanges de boutures. Vous comparez piquants et fleurs. Vous les baptisez. Toi, tu en as déjà sept, posés sur ton bureau : Tignasse, Duvet, Rouflaquette, Tif, Velu, Frisette et Crâne d’oeuf.
C’est encore loin ?
Le cartable pèse lourd, on vient de vous remettre les livres pour l’année à venir, le brevet, le brevet, tous les professeurs en ont parlé, ça va, on a compris.
Antiquité, salon de thé, antiquité, salon de thé. Tu connais le quartier comme ta poche. Heureusement qu’il y a les pixels pour voyager. Tu passes des heures en cachette sur ton ipod, emmitouflée au creux des draps, avec Youtube à fond la caisse : Sexion d’assaut, Stromae, LEJ, Sianna, Nekfeu, Lefa, ta chambre est envahie de visages, piqués sur le net et imprimés en grand format, le résultat laisse à désirer, couleurs floutées, rayures blanches en travers de l’image, mais qu’importe, ils sont là, sur tes murs, pour creuser une brèche dans ton univers, pour t’enseigner la vie.
Et tout à coup, Léonard s’arrête devant un magasin d’antiquité.
C’est là, regarde.
Un globe terrestre, une chaise à bascule, un vase chinois, une gazelle empaillée, un vieux tableau encadré d’or.
Ton cœur se fige. Ton cœur se glace. Ton cœur boomerang dans ta poitrine.
Léonard te prend la main et la serre fort.

Histoire 6
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 6
Collège Les Iris

2/ Une obsession

A la fin de ton cours de piano, tu es encore bouleversée. Tu ne sais pas quoi faire ni à qui en parler.
Sur le chemin du retour, tu repenses au tableau que Léonard t’a montré. Le visage de cette femme qui te reviens sans cesse à l’esprit te semble familier. Ce sentiment te met mal à l’aise. Arrivée chez toi ta mère t’appelle pour dîner mais tu n’as visiblement pas faim
Ah bon, pourquoi n’as-tu pas faim ?
Je ne sais pas, je ne me sens pas bien, lui réponds-tu
Va boire de l’eau, ça passera, se contente-t-elle de rajouter
Tu n’as qu’une seule idée en tête, entamer des recherches sur cette femme. Tu montes dans ta chambre et fais les cents pas. Tu allumes ton ordinateur portable, vas directement dans la barre de recherche et tape « Lucrèce ». Tout ce que tu découvres est impressionnant : son viol, son suicide, son influence dans l’art...Avant d’aller te coucher tu redescends voir ta mère et lui poses quelques questions. Étrangement, elle reste figée comme si elle était au courant de quelque chose.
Maman, Tu ...
Ecoute Armande, je n’ai pas le temps, tu sais bien qu’en ce moment à la brasserie c’est l’horreur !
Voilà, une nouvelle fois tu es déçue. A chaque fois que tu essaies de parler à tes parents ils sont trop occupés. De rage, les larmes se mettent à couler sur ton visage. Tu remontes dans ta chambre et appelle Léonard, ton seul ami à qui tu peux te confier.
Tu ne sais pas pourquoi mais tu sens que cette histoire va bouleverser ta vie.
Cette nuit-là, tu ne parviens pas à trouver le sommeil.
Qui peut bien être cette fille ? Pourquoi me ressemble-t-elle ? Est-elle de ma famille ? Trop de questions subsistent.
Le lendemain, toujours perdue, tu retournes voir l’antiquaire, mais il n’y est pas. Pourtant, la porte est ouverte. Par curiosité, tu entres.
Il fait sombre, tu paniques. A peine as-tu eu le temps de retrouver le tableau qu’un bruit étrange survient, tu angoisses. La crainte que quelqu’un te trouve te ronge. Tu décides de quitter la boutique mais en refermant la porte, quelqu’un te heurte. Tu as l’impression de connaître cette personne qui te dévisage d’un air curieux. Affolée, tu t’enfuies et décides d’aller voir ta grand-mère, elle est peut être au courant de quelque chose. Elle, qui a l’habitude de se poster devant sa fenêtre dans son fauteuil, ouvre la porte avant même que tu n’aies eu le temps de frapper. Tu t’assois en face d’elle et commence à lui raconter. Elle te répond que ton grand-père conserve un livre dans lequel depuis des décennies ta famille constitue son arbre généalogique. Tu le consultes, il n’y a aucune information pouvant t’aider.
Mais une chose te préoccupe, tu as l’impression que ce livre t’apportera des informations.
Fais attention Armande, tout ça ressurgira et ce jour là, je ne serais plus là, te prévient ta grand-mère.
Tu ne la prends pas au sérieux, tu l’embrasses comme à chaque fois puis tu rentres chez toi.
Le lendemain tu reprends les cours comme si de rien n’était mais au fond, tu le sens, tu sens que cette histoire est un peu trop mystérieuse.
Quelques jours plus tard, le soir, sur ton lit, en feuilletant le livre de ton grand-père, tu découvres une page collée à une autre page. Cette dernière renferme des extraits de journaux qui datent de 1920.
Certains sont intitulés " La malédiction de cette famille Parisienne", d’autres « cela va-t-il encore se reproduire ?". Malheureusement, la suite a disparu.
Tu cours voir ta grand-mère qui ne sait ou ne veut rien dire de plus.
Plus que jamais, tu es décidée à résoudre cette histoire.
Tu demandes à Léonard de t’aider, tu l’embarques dans tes problèmes. Vous courez aux archives. Une fois arrivés, vous trouvez un dossier de 1920 avec ton nom de famille.
Soudain, Léonard et toi vous vous figez. Vous avez entendu du bruit. Quelqu’un arrive. C’est elle que tu as heurtée l’autre jour en sortant de la boutique, celle qui t’avait dévisagée d’un air étrange.
Léonard et toi paniquaient. Vous vous cachez sous le bureau et observez. Elle se dirige elle aussi vers les dossiers datant de 1920, elle râle, repart les mains vides... regard tranchant .

Histoire 6
Collège Jules Michelet

3/ A la recherche d’informations sur les ascendants : fois deux !

Une fois, la mystérieuse inconnue partie, vous vous en allez des Archives. A la sortie, dans la rue, vous tombez sur un journal mouillé. Tu t’exclames :
Hé, regarde, Léonard. On dirait la fille de tout à l’heure sur la photo.
Ca m’étonnerait, tu as vu la date ? C’est un journal de 1920.
Mais si ! N’as-tu pas remarqué son collier ? Elle a le même que la mystérieuse inconnue.
Cela ne veut rien dire. Beaucoup de personnes portent ce bijou, c’est une pure coïncidence. En plus de ça, c’était il y a quatre-vingt-dix ans, elle serait vieille maintenant, alors que la mystérieuse fille était jeune.
Mais, regarde la légende de la photo : elle a disparu près du volcan du Vésuve à Naples. Peut-être a-t-elle le pouvoir de voyager dans le temps.
Imagine-toi si c’était une criminelle !?
Ah oui, elle avait une grande cicatrice sur le visage et ses vêtements étaient déchirés. Mais, à ton avis, que venait-elle faire aux archives ?
Peut-être détruire des preuves de son crime.
Allez, viens, Armande, prends le journal, on va mener notre enquête.

Tes parents t’appellent et te demandent de rentrer vite au restaurant.
Léonard et toi obéissez. Tu mets dans ton sac le fameux journal. En route pour le restaurant ! En entrant au restaurant, tes parents te demandent de t’asseoir pour parler. Puis ils appellent quelqu’un.
Isabella, viens ici, s’il te plait !
Oui, j’arrive tout de suite.
Isabelle, bonjour, je te présente ma fille.

Tu es sous le choc : c’est la mystérieuse inconnue !!!
Bonjour.... Je...m’appelle.... Ar...Armande.
Bonjour Armande, je ne t’aurais pas déjà vu quelque part ?
Aux archives peut-être...
Armande, je te présente notre nouvelle employée du restaurant.
Je suis enchantée de faire ta connaissance, Armande.

Tes parents retournent travailler pendant que tu discutes un moment avec la jeune fille afin de faire connaissance. D’un coup, Isabella aperçoit le journal qui dépasse de ton sac.
Où avez-vous trouvé ça ?
Tu lui expliques et avoues que tu l’as aperçue aux archives, qu’elle t’a intriguée, que tu t’es posée des questions à son sujet.
Justement ! C’est un journal que j’ai trouvé dans un grand coffre dans le grenier de mes parents, parmi moult objets et souvenirs. La photographie m’a vraiment suprise ! Tu n’imagines pas ! Se retrouver face à un visage tout à fait semblable au tien ! C’est dingue.
Si, je vois tout à fait... Je mène l’enquête sur mes ascendants. C’est pour ça qu’avec mon ami, on est allés aux archives de Paris. Peut-être y a-t-il dans mes ancêtres quelqu’un qui me ressemble beaucoup.
Ah ok ! Moi aussi, j’y suis allée pour avoir plus de renseignements par rapport à ce journal, mais je n’ai rien trouvé... Enfin ! Je ne désespère pas.

Ton père appelle Isabella : sa pause est terminée, elle retourne travailler.
Tu rentres chez toi et vas dans ta chambre, puis tu fouilles dans le carnet que t’a donné ta grand-mère. Celui-ci est vieux : les pages sont jaunies, il est petit, la couverture est marron et épaisse, sur laquelle est inscrit le nom de famille. Tu feuillettes les pages et trouves un arbre généalogique. Tu te rends compte que parmi tes ancêtres se trouve une certaine Lucrèce, semblable à celle peinte sur le tableau qui était chez l’Antiquaire, et à toi.
Avec ton ami Léonard, vous allez chez l’Antiquitaire et demandez s’il n’y a pas d’autres tableaux de Lucrèce. L’antiquaire vous suggère d’aller à l’école des Beaux Arts.
Arrivés à l’école des Beaux Arts, vous cherchez des tableaux de Lucrèce. Mais en vain... Vous tombez sur un homme étrange, en costume noir, imposant,plutôt grand, un peu dodu, avec des longues moustaches, qui vous observe fixement. C’est Monsieur Bozart, le directeur de l’Ecole.
Jeunes gens, que cherchez-vous ?
Des tableaux de Lucrèce, une dame romaine de l’Antiquité.
Ah, ces tableaux ont été envoyés à Naples pour une exposition temporaire.
Merci pour le renseignement. Au revoir, Monsieur Bozart !

Sur le chemin, Léonard se fatigue.
J’en ai assez de courir les rues de Paris, dans tous les sens. On a oublié de demander en plus dans quel musée de Naples les tableaux se trouvaient... On va chercher.
Tu sors ton Iphone 7 de ta poche et fais une recherche sur Internet à propos des musées. Tu trouves un certain musée de Capodimanté.
Et si on les appelait pour leur demander s’ils ont les tableaux ?
Non, je préfère leur envoyer un mail.
Mais s’ils ne te répondent pas tout de suite ? Les appels, c’est plus rapide !
Et si on partait à Naples vérifier de nos propres yeux !
Oui, excellente idée !

De retour au restaurant, tu en parles à tes parents qui trouvent que c’est une bonne idée. Un petit séjour bien mérité après avoir travaillé sérieusement tes cours ! Chouette !
Isabella surgit d’une petite porte.
J’ai entendu votre conversation. Puis-je vous accompagner ? La photo du journal a été prise à Naples, j’ai vraiment envie d’aller voir... Peut-être trouverai-je des indices. Monsieur, m’autorisez-vous à prendre quelques jours de congé pour aller avec votre fille ?
Exceptionnellement, je vous l’autorise. Je vous avouerais d’ailleurs que savoir que vous êtes avec ma fille me rassure.

Billets d’avion pris ! Embarquement pour Naples !

Histoire 6
Collège Jean Macé

Retour aux origines

Naples. Te voilà enfin aux portes de tes origines. Isabella vous dit que pour elle cette ville est la plus belle au monde.
Vous allez d’abord à l’hôtel pour poser vos valises. Vous avez pris deux chambres : une pour Léonard et toi, l’autre pour Isabella qui voulait être seule.
A présent, direction le musée ! Vous partez à pied. Durant tout le trajet, une chanson te trotte dans la tête :

"Manipulated, abandoned,
Without noticing it,
Your trust has been betrayed,
You were manipulated, abandoned, manipulated, abandoned."

Tu ne sais plus où tu l’as entendue mais tu n’arrives pas à t’en débarrasser. Tu en parles à Léonard. Il glisse un regard vers Isabella : "Peut être que cela veut dire qu’il ne faut pas écouter cette femme. On ne la connaît que de vue, peut-être qu’elle veut te créer des problèmes". Cela t’énerve qu’il ne fasse pas confiance à Isabella. C’est quand même l’employée de tes parents ! Elle est digne de confiance.
Vous arrivez devant un grand édifice qui indique : "Museo arte". Vous êtes arrivés ! Vous achetez un billet pour cette fameuse exposition temporaire. Vous allez de pièce en pièce, le cœur battant d’impatience. Lorsqu’enfin vous entrez dans la bonne pièce, tu t’arrêtes, interdite.
Tu es environnée de portraits dont la ressemblance avec toi-même est frappante. Derrière toi, Léonard s’exclame : "C’est extraordinaire comme vous vous ressemblez , tu ne trouves pas ?". Tu restes sans voix. Isabella ajoute : "Quelle étrange ressemblance tout de même, on dirait des sœurs !"
Une de ces peintures attire tout particulièrement ton regard. Isabella s’en aperçoit et te demande : "Ce portrait t’intrigue ? " Un sourire malicieux se dessine sur son visage. Elle renchérit : "J’en ai déjà entendu parler. On raconte que Lucrèce souhaitait que ce tableau revienne en héritage à la personne de sa famille qui lui ressemblerait le plus. Ce ne peut être que toi ! Prends-le, il t’appartient !"
Tu ne sais pas quoi penser de cela. Et si elle disait vrai ? Si c’était vraiment toi l’héritière ? De toute façon, de qui d’autre pourrait-il s’agir ? Elle a sans doute raison.
Tu t’approches du tableau et tends ta main d’un geste indécis mais Léonard arrête ton mouvement.
"Que fais-tu ? s’exclame-t-il. Tu as perdu la raison !"
Isabella réplique : "Qu’attends-tu ? Cela fait des années qu’il devrait être en ta possession ! C’est le moment ou jamais, le gardien est sorti !"
Sans plus réfléchir, tu t’empares du tableau et l’alarme se déclenche. Isabella éclate de rire : "Je t’ai bien eue ! La police est déjà au courant. Elle sera là d’une minute à l’autre. Qu’est-ce que tu peux être naïve !"
Tu serres le tableau très fort contre toi. Que se passe-t-il ? Pourquoi t’a-t-elle piégée ? Les idées se mélangent dans ta tête. Tu n’y comprends plus rien. Ta vue est trouble et tes oreilles bourdonnent...

"Manipulated, abandoned,
Without noticing it,
Your trust has been betrayed,
You were manipulated, abandoned, manipulated, abandoned."

Désormais tu comprends la signification de ces paroles.

Histoire 6
Collège N-D de Bellegarde

Echec et mat

Tu viens enfin de te rendre compte qu’Isabella t’a vraiment manipulée... C’est difficile de réaliser que tu n’as été qu’un pantin facile à manier alors que toi tu lui faisais confiance. Elle compte voler le tableau de Lucrèce, il faut que tu l’en empêches, mais pas seulement en la livrant à la police, tu n’as aucune preuve, ils ne te croiront pas ! Comment pourrais-tu leur expliquer en baragouinant italien qu’Isabella, une jeune fille tout ce qu’il y a de plus normal, prépare un coup en manipulant deux adolescents de 3ème pour voler un tableau ? C’est toi qu’ils enfermeraient chez les fous ! Il faut que tu trouves une idée et vite.
Tu décides de faire semblant d’être encore sous son emprise pour enregistrer avec ton téléphone portable les instructions précises qu’elle te donnera pour le vol et ensuite tu iras la livrer à la police. Tu mets en route l’enregistrement et tu entres dans la pièce où Isabella t’attend, Léonard est à côté d’elle, tu te demandes s’il a compris qu’il se faisait manipuler. Elle ne se doute de rien, elle vous regarde dans les yeux comme si elle vous jetait un sort maléfique.
Enfin elle commence à parler.
Quand elle a fini de donner ses instructions tu sors de la pièce, tu n’attends pas Léonard qui est collé à cette sorcière, tu annonces simplement que tu te rends au musée. Tu te dépêches, tu as repéré à l’avance l’emplacement du commissariat, c’est environ à dix minutes à pied.

Arrivée là-bas tu t’adresses au policier de l’accueil, il te regarde d’un air intrigué, depuis hier tu t’entraînes à expliquer en italien ton histoire. Tu ne t’en sors pas trop mal, il a à peu près compris et perçu la gravité des choses dans ce que tu lui as raconté. Il te demande si tu es une touriste, d’où tu viens, ton nom, ton prénom, ton âge et note au fur et à mesure. Il te fait patienter, tu t’assois sur une chaise inconfortable, à ce moment-là tu ne sais absolument pas ce qui va arriver.
Quelques minutes plus tard la porte s’ouvre, tu lèves les yeux, le policier est revenu accompagné d’un homme brun, plutôt petit, il te dit bonjour, bizarrement tu n’es pas surprise d’entendre parler français. Tu lui réponds par un petit "bonjour" timide.
« Je m’appelle Giovanni, je suis traducteur français, mon collègue m’a appelé pour traduire ce que tu nous as confié. Je vais te poser quelques questions : ce que tu as raconté est sérieux n’est-ce pas ? »
Vous passez un long moment à discuter, tu leur fais écouter l’enregistrement. Tu restes au commissariat pendant que deux policiers vont chercher Isabella et Léonard qu’ils ramènent de force. Léonard s’assoit près de toi tandis qu’ils entraînent Isabelle qui te jette un regard noir.

Vous restez dans la petite salle d’attente pendant l’interrogatoire, les minutes te paraissent des heures, et Léonard s’est endormi, comme anesthésié. Soudain tu entends un grand bruit, tu cours, regardes par la porte vitrée et vois Isabella munie d’un pistolet. Les policiers se mettent autour d’elle, armés. Elle ferme les yeux et dit :
« Moi, Lucrèce Borgia, je suis une femme honorable, morte en déesse pour sauver mon honneur d’épouse fidèle mais aujourd’hui je vois qu’on me donne l’image d’une femme qui a mis fin à ses jours d’un geste désespéré, alors que je mérite l’image d’une héroïne ! Beaucoup ne me connaissent même pas, je ne supporte plus cette idée. »
Elle braque en premier son arme sur la tête d’un policier, le groupe d’hommes armés s’agite, ils sont tous prêts à lui tirer dessus, comme si une balle ne suffisait pas, mais elle braque son arme sur sa tempe.
« Je pars cette fois-ci, dignement, avec l’image d’héroïne que je mérite »
Un coup de feu retentit, Léonard se redresse. Tu viens de voir une femme mourir, tu restes sans voix.
Le lendemain tu te réveilles dans une chambre d’hôtel avec Léonard enfin libéré d’Isabella. Hier soir Giovanni s’est occupé de vous, il a prévenu vos parents qui ont sauté dans le premier avion pour Naples. Tu lui demandes comment Isabella a pu se procurer une arme. Il t’expliques qu’elle a réussi à endormir la vigilance d’un policier par la seule force de son regard et lui a pris son pistolet. Il ajoute qu’elle était attinte d’un trouble de la personnalité profond : elle se prenait pour Lucrèce Borgia. Tu décides de lâcher ton enquête, consciente de la situation dans laquelle tu aurais pu te trouver si les choses avaient encore plus mal tourné. Demain tu retrouveras tes parents, tu seras tellement soulagée de les revoir, et tu rentreras en France.

Histoire 6
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 6
Collège Les Iris

2/ Une obsession

A la fin de ton cours de piano, tu es encore bouleversée. Tu ne sais pas quoi faire ni à qui en parler.
Sur le chemin du retour, tu repenses au tableau que Léonard t’a montré. Le visage de cette femme qui te reviens sans cesse à l’esprit te semble familier. Ce sentiment te met mal à l’aise. Arrivée chez toi ta mère t’appelle pour dîner mais tu n’as visiblement pas faim
Ah bon, pourquoi n’as-tu pas faim ?
Je ne sais pas, je ne me sens pas bien, lui réponds-tu
Va boire de l’eau, ça passera, se contente-t-elle de rajouter
Tu n’as qu’une seule idée en tête, entamer des recherches sur cette femme. Tu montes dans ta chambre et fais les cents pas. Tu allumes ton ordinateur portable, vas directement dans la barre de recherche et tape « Lucrèce ». Tout ce que tu découvres est impressionnant : son viol, son suicide, son influence dans l’art...Avant d’aller te coucher tu redescends voir ta mère et lui poses quelques questions. Étrangement, elle reste figée comme si elle était au courant de quelque chose.
Maman, Tu ...
Ecoute Armande, je n’ai pas le temps, tu sais bien qu’en ce moment à la brasserie c’est l’horreur !
Voilà, une nouvelle fois tu es déçue. A chaque fois que tu essaies de parler à tes parents ils sont trop occupés. De rage, les larmes se mettent à couler sur ton visage. Tu remontes dans ta chambre et appelle Léonard, ton seul ami à qui tu peux te confier.
Tu ne sais pas pourquoi mais tu sens que cette histoire va bouleverser ta vie.
Cette nuit-là, tu ne parviens pas à trouver le sommeil.
Qui peut bien être cette fille ? Pourquoi me ressemble-t-elle ? Est-elle de ma famille ? Trop de questions subsistent.
Le lendemain, toujours perdue, tu retournes voir l’antiquaire, mais il n’y est pas. Pourtant, la porte est ouverte. Par curiosité, tu entres.
Il fait sombre, tu paniques. A peine as-tu eu le temps de retrouver le tableau qu’un bruit étrange survient, tu angoisses. La crainte que quelqu’un te trouve te ronge. Tu décides de quitter la boutique mais en refermant la porte, quelqu’un te heurte. Tu as l’impression de connaître cette personne qui te dévisage d’un air curieux. Affolée, tu t’enfuies et décides d’aller voir ta grand-mère, elle est peut être au courant de quelque chose. Elle, qui a l’habitude de se poster devant sa fenêtre dans son fauteuil, ouvre la porte avant même que tu n’aies eu le temps de frapper. Tu t’assois en face d’elle et commence à lui raconter. Elle te répond que ton grand-père conserve un livre dans lequel depuis des décennies ta famille constitue son arbre généalogique. Tu le consultes, il n’y a aucune information pouvant t’aider.
Mais une chose te préoccupe, tu as l’impression que ce livre t’apportera des informations.
Fais attention Armande, tout ça ressurgira et ce jour là, je ne serais plus là, te prévient ta grand-mère.
Tu ne la prends pas au sérieux, tu l’embrasses comme à chaque fois puis tu rentres chez toi.
Le lendemain tu reprends les cours comme si de rien n’était mais au fond, tu le sens, tu sens que cette histoire est un peu trop mystérieuse.
Quelques jours plus tard, le soir, sur ton lit, en feuilletant le livre de ton grand-père, tu découvres une page collée à une autre page. Cette dernière renferme des extraits de journaux qui datent de 1920.
Certains sont intitulés " La malédiction de cette famille Parisienne", d’autres « cela va-t-il encore se reproduire ?". Malheureusement, la suite a disparu.
Tu cours voir ta grand-mère qui ne sait ou ne veut rien dire de plus.
Plus que jamais, tu es décidée à résoudre cette histoire.
Tu demandes à Léonard de t’aider, tu l’embarques dans tes problèmes. Vous courez aux archives. Une fois arrivés, vous trouvez un dossier de 1920 avec ton nom de famille.
Soudain, Léonard et toi vous vous figez. Vous avez entendu du bruit. Quelqu’un arrive. C’est elle que tu as heurtée l’autre jour en sortant de la boutique, celle qui t’avait dévisagée d’un air étrange.
Léonard et toi paniquaient. Vous vous cachez sous le bureau et observez. Elle se dirige elle aussi vers les dossiers datant de 1920, elle râle, repart les mains vides... regard tranchant .

Histoire 6
Collège Jules Michelet

3/ A la recherche d’informations sur les ascendants : fois deux !

Une fois, la mystérieuse inconnue partie, vous vous en allez des Archives. A la sortie, dans la rue, vous tombez sur un journal mouillé. Tu t’exclames :
Hé, regarde, Léonard. On dirait la fille de tout à l’heure sur la photo.
Ca m’étonnerait, tu as vu la date ? C’est un journal de 1920.
Mais si ! N’as-tu pas remarqué son collier ? Elle a le même que la mystérieuse inconnue.
Cela ne veut rien dire. Beaucoup de personnes portent ce bijou, c’est une pure coïncidence. En plus de ça, c’était il y a quatre-vingt-dix ans, elle serait vieille maintenant, alors que la mystérieuse fille était jeune.
Mais, regarde la légende de la photo : elle a disparu près du volcan du Vésuve à Naples. Peut-être a-t-elle le pouvoir de voyager dans le temps.
Imagine-toi si c’était une criminelle !?
Ah oui, elle avait une grande cicatrice sur le visage et ses vêtements étaient déchirés. Mais, à ton avis, que venait-elle faire aux archives ?
Peut-être détruire des preuves de son crime.
Allez, viens, Armande, prends le journal, on va mener notre enquête.

Tes parents t’appellent et te demandent de rentrer vite au restaurant.
Léonard et toi obéissez. Tu mets dans ton sac le fameux journal. En route pour le restaurant ! En entrant au restaurant, tes parents te demandent de t’asseoir pour parler. Puis ils appellent quelqu’un.
Isabella, viens ici, s’il te plait !
Oui, j’arrive tout de suite.
Isabelle, bonjour, je te présente ma fille.

Tu es sous le choc : c’est la mystérieuse inconnue !!!
Bonjour.... Je...m’appelle.... Ar...Armande.
Bonjour Armande, je ne t’aurais pas déjà vu quelque part ?
Aux archives peut-être...
Armande, je te présente notre nouvelle employée du restaurant.
Je suis enchantée de faire ta connaissance, Armande.

Tes parents retournent travailler pendant que tu discutes un moment avec la jeune fille afin de faire connaissance. D’un coup, Isabella aperçoit le journal qui dépasse de ton sac.
Où avez-vous trouvé ça ?
Tu lui expliques et avoues que tu l’as aperçue aux archives, qu’elle t’a intriguée, que tu t’es posée des questions à son sujet.
Justement ! C’est un journal que j’ai trouvé dans un grand coffre dans le grenier de mes parents, parmi moult objets et souvenirs. La photographie m’a vraiment suprise ! Tu n’imagines pas ! Se retrouver face à un visage tout à fait semblable au tien ! C’est dingue.
Si, je vois tout à fait... Je mène l’enquête sur mes ascendants. C’est pour ça qu’avec mon ami, on est allés aux archives de Paris. Peut-être y a-t-il dans mes ancêtres quelqu’un qui me ressemble beaucoup.
Ah ok ! Moi aussi, j’y suis allée pour avoir plus de renseignements par rapport à ce journal, mais je n’ai rien trouvé... Enfin ! Je ne désespère pas.

Ton père appelle Isabella : sa pause est terminée, elle retourne travailler.
Tu rentres chez toi et vas dans ta chambre, puis tu fouilles dans le carnet que t’a donné ta grand-mère. Celui-ci est vieux : les pages sont jaunies, il est petit, la couverture est marron et épaisse, sur laquelle est inscrit le nom de famille. Tu feuillettes les pages et trouves un arbre généalogique. Tu te rends compte que parmi tes ancêtres se trouve une certaine Lucrèce, semblable à celle peinte sur le tableau qui était chez l’Antiquaire, et à toi.
Avec ton ami Léonard, vous allez chez l’Antiquitaire et demandez s’il n’y a pas d’autres tableaux de Lucrèce. L’antiquaire vous suggère d’aller à l’école des Beaux Arts.
Arrivés à l’école des Beaux Arts, vous cherchez des tableaux de Lucrèce. Mais en vain... Vous tombez sur un homme étrange, en costume noir, imposant,plutôt grand, un peu dodu, avec des longues moustaches, qui vous observe fixement. C’est Monsieur Bozart, le directeur de l’Ecole.
Jeunes gens, que cherchez-vous ?
Des tableaux de Lucrèce, une dame romaine de l’Antiquité.
Ah, ces tableaux ont été envoyés à Naples pour une exposition temporaire.
Merci pour le renseignement. Au revoir, Monsieur Bozart !

Sur le chemin, Léonard se fatigue.
J’en ai assez de courir les rues de Paris, dans tous les sens. On a oublié de demander en plus dans quel musée de Naples les tableaux se trouvaient... On va chercher.
Tu sors ton Iphone 7 de ta poche et fais une recherche sur Internet à propos des musées. Tu trouves un certain musée de Capodimanté.
Et si on les appelait pour leur demander s’ils ont les tableaux ?
Non, je préfère leur envoyer un mail.
Mais s’ils ne te répondent pas tout de suite ? Les appels, c’est plus rapide !
Et si on partait à Naples vérifier de nos propres yeux !
Oui, excellente idée !

De retour au restaurant, tu en parles à tes parents qui trouvent que c’est une bonne idée. Un petit séjour bien mérité après avoir travaillé sérieusement tes cours ! Chouette !
Isabella surgit d’une petite porte.
J’ai entendu votre conversation. Puis-je vous accompagner ? La photo du journal a été prise à Naples, j’ai vraiment envie d’aller voir... Peut-être trouverai-je des indices. Monsieur, m’autorisez-vous à prendre quelques jours de congé pour aller avec votre fille ?
Exceptionnellement, je vous l’autorise. Je vous avouerais d’ailleurs que savoir que vous êtes avec ma fille me rassure.

Billets d’avion pris ! Embarquement pour Naples !

Histoire 6
Collège Jean Macé

Retour aux origines

Naples. Te voilà enfin aux portes de tes origines. Isabella vous dit que pour elle cette ville est la plus belle au monde.
Vous allez d’abord à l’hôtel pour poser vos valises. Vous avez pris deux chambres : une pour Léonard et toi, l’autre pour Isabella qui voulait être seule.
A présent, direction le musée ! Vous partez à pied. Durant tout le trajet, une chanson te trotte dans la tête :

"Manipulated, abandoned,
Without noticing it,
Your trust has been betrayed,
You were manipulated, abandoned, manipulated, abandoned."

Tu ne sais plus où tu l’as entendue mais tu n’arrives pas à t’en débarrasser. Tu en parles à Léonard. Il glisse un regard vers Isabella : "Peut être que cela veut dire qu’il ne faut pas écouter cette femme. On ne la connaît que de vue, peut-être qu’elle veut te créer des problèmes". Cela t’énerve qu’il ne fasse pas confiance à Isabella. C’est quand même l’employée de tes parents ! Elle est digne de confiance.
Vous arrivez devant un grand édifice qui indique : "Museo arte". Vous êtes arrivés ! Vous achetez un billet pour cette fameuse exposition temporaire. Vous allez de pièce en pièce, le cœur battant d’impatience. Lorsqu’enfin vous entrez dans la bonne pièce, tu t’arrêtes, interdite.
Tu es environnée de portraits dont la ressemblance avec toi-même est frappante. Derrière toi, Léonard s’exclame : "C’est extraordinaire comme vous vous ressemblez , tu ne trouves pas ?". Tu restes sans voix. Isabella ajoute : "Quelle étrange ressemblance tout de même, on dirait des sœurs !"
Une de ces peintures attire tout particulièrement ton regard. Isabella s’en aperçoit et te demande : "Ce portrait t’intrigue ? " Un sourire malicieux se dessine sur son visage. Elle renchérit : "J’en ai déjà entendu parler. On raconte que Lucrèce souhaitait que ce tableau revienne en héritage à la personne de sa famille qui lui ressemblerait le plus. Ce ne peut être que toi ! Prends-le, il t’appartient !"
Tu ne sais pas quoi penser de cela. Et si elle disait vrai ? Si c’était vraiment toi l’héritière ? De toute façon, de qui d’autre pourrait-il s’agir ? Elle a sans doute raison.
Tu t’approches du tableau et tends ta main d’un geste indécis mais Léonard arrête ton mouvement.
"Que fais-tu ? s’exclame-t-il. Tu as perdu la raison !"
Isabella réplique : "Qu’attends-tu ? Cela fait des années qu’il devrait être en ta possession ! C’est le moment ou jamais, le gardien est sorti !"
Sans plus réfléchir, tu t’empares du tableau et l’alarme se déclenche. Isabella éclate de rire : "Je t’ai bien eue ! La police est déjà au courant. Elle sera là d’une minute à l’autre. Qu’est-ce que tu peux être naïve !"
Tu serres le tableau très fort contre toi. Que se passe-t-il ? Pourquoi t’a-t-elle piégée ? Les idées se mélangent dans ta tête. Tu n’y comprends plus rien. Ta vue est trouble et tes oreilles bourdonnent...

"Manipulated, abandoned,
Without noticing it,
Your trust has been betrayed,
You were manipulated, abandoned, manipulated, abandoned."

Désormais tu comprends la signification de ces paroles.

Histoire 6
Collège N-D de Bellegarde

Echec et mat

Tu viens enfin de te rendre compte qu’Isabella t’a vraiment manipulée... C’est difficile de réaliser que tu n’as été qu’un pantin facile à manier alors que toi tu lui faisais confiance. Elle compte voler le tableau de Lucrèce, il faut que tu l’en empêches, mais pas seulement en la livrant à la police, tu n’as aucune preuve, ils ne te croiront pas ! Comment pourrais-tu leur expliquer en baragouinant italien qu’Isabella, une jeune fille tout ce qu’il y a de plus normal, prépare un coup en manipulant deux adolescents de 3ème pour voler un tableau ? C’est toi qu’ils enfermeraient chez les fous ! Il faut que tu trouves une idée et vite.
Tu décides de faire semblant d’être encore sous son emprise pour enregistrer avec ton téléphone portable les instructions précises qu’elle te donnera pour le vol et ensuite tu iras la livrer à la police. Tu mets en route l’enregistrement et tu entres dans la pièce où Isabella t’attend, Léonard est à côté d’elle, tu te demandes s’il a compris qu’il se faisait manipuler. Elle ne se doute de rien, elle vous regarde dans les yeux comme si elle vous jetait un sort maléfique.
Enfin elle commence à parler.
Quand elle a fini de donner ses instructions tu sors de la pièce, tu n’attends pas Léonard qui est collé à cette sorcière, tu annonces simplement que tu te rends au musée. Tu te dépêches, tu as repéré à l’avance l’emplacement du commissariat, c’est environ à dix minutes à pied.

Arrivée là-bas tu t’adresses au policier de l’accueil, il te regarde d’un air intrigué, depuis hier tu t’entraînes à expliquer en italien ton histoire. Tu ne t’en sors pas trop mal, il a à peu près compris et perçu la gravité des choses dans ce que tu lui as raconté. Il te demande si tu es une touriste, d’où tu viens, ton nom, ton prénom, ton âge et note au fur et à mesure. Il te fait patienter, tu t’assois sur une chaise inconfortable, à ce moment-là tu ne sais absolument pas ce qui va arriver.
Quelques minutes plus tard la porte s’ouvre, tu lèves les yeux, le policier est revenu accompagné d’un homme brun, plutôt petit, il te dit bonjour, bizarrement tu n’es pas surprise d’entendre parler français. Tu lui réponds par un petit "bonjour" timide.
« Je m’appelle Giovanni, je suis traducteur français, mon collègue m’a appelé pour traduire ce que tu nous as confié. Je vais te poser quelques questions : ce que tu as raconté est sérieux n’est-ce pas ? »
Vous passez un long moment à discuter, tu leur fais écouter l’enregistrement. Tu restes au commissariat pendant que deux policiers vont chercher Isabella et Léonard qu’ils ramènent de force. Léonard s’assoit près de toi tandis qu’ils entraînent Isabelle qui te jette un regard noir.

Vous restez dans la petite salle d’attente pendant l’interrogatoire, les minutes te paraissent des heures, et Léonard s’est endormi, comme anesthésié. Soudain tu entends un grand bruit, tu cours, regardes par la porte vitrée et vois Isabella munie d’un pistolet. Les policiers se mettent autour d’elle, armés. Elle ferme les yeux et dit :
« Moi, Lucrèce Borgia, je suis une femme honorable, morte en déesse pour sauver mon honneur d’épouse fidèle mais aujourd’hui je vois qu’on me donne l’image d’une femme qui a mis fin à ses jours d’un geste désespéré, alors que je mérite l’image d’une héroïne ! Beaucoup ne me connaissent même pas, je ne supporte plus cette idée. »
Elle braque en premier son arme sur la tête d’un policier, le groupe d’hommes armés s’agite, ils sont tous prêts à lui tirer dessus, comme si une balle ne suffisait pas, mais elle braque son arme sur sa tempe.
« Je pars cette fois-ci, dignement, avec l’image d’héroïne que je mérite »
Un coup de feu retentit, Léonard se redresse. Tu viens de voir une femme mourir, tu restes sans voix.
Le lendemain tu te réveilles dans une chambre d’hôtel avec Léonard enfin libéré d’Isabella. Hier soir Giovanni s’est occupé de vous, il a prévenu vos parents qui ont sauté dans le premier avion pour Naples. Tu lui demandes comment Isabella a pu se procurer une arme. Il t’expliques qu’elle a réussi à endormir la vigilance d’un policier par la seule force de son regard et lui a pris son pistolet. Il ajoute qu’elle était attinte d’un trouble de la personnalité profond : elle se prenait pour Lucrèce Borgia. Tu décides de lâcher ton enquête, consciente de la situation dans laquelle tu aurais pu te trouver si les choses avaient encore plus mal tourné. Demain tu retrouveras tes parents, tu seras tellement soulagée de les revoir, et tu rentreras en France.