Histoire 7

Prologue

Armande, viens avec moi, il faut que je te montre quelque chose.
Léonard te tire par la manche dans une rue adjacente.
Mais j’ai pas le droit de traîner après l’école, en plus j’ai cours de piano.
Ton emploi du temps est rempli comme un œuf. Pas de jachère, ni d’herbes folles. Tennis, équitation, danse classique, piano, chorale baroque. Il faut bien t’occuper.
Allez, viens, il y en a pour cinq minutes.
Mais on va où ?
Surprise.

Tu aimes ce qui sort de l’ordinaire, pourtant tu ressembles à toutes les jeunes filles de ton âge : sac à dos tombant sur l’épaule avec pagaille de porte-clés accrochés au fermoir, tee-shirt à motif, mini-chaussette sur bande de peau dépassant du jean slim et Stan Smith en bout de course, aujourd’hui rouge sur rouge, tu as toute la gamme de la collection.
Maman, c’est mieux les blanches sur fond noir ou les noires sur fond blanc ?
C’est pareil, dépêche-toi, prends-les toutes, j’ai pas le temps.

Comme d’habitude.
Ta mère est toujours débordée, toujours pendue au téléphone, à parler chiffres, à dicter commandes, et ton père, toujours derrière ses fourneaux trois étoiles, à râper du raifort, à fricasser du porc, tu détestes L’Alsace à Paris, la brasserie art-déco qui les occupe tous les soirs.
Vous longez les grilles du parc Monceau, dans le 8ème arrondissement de Paris. Une vieille dame distribue des miettes de brioche à une volée de pigeons, une petite fille hurle à sa nounou qu’elle en veut, elle aussi, de la brioche, de la brioche, les arbres commencent à jaunir dans le soleil d’automne. Tu te revois la tête en bas, pendue aux barres métalliques de la cage à écureuil, l’odeur de rouille au creux des mains. De nouveaux enfants se bousculent autour du toboggan. Ce n’est plus ton territoire.
C’est loin ton machin-truc ? J’ai faim.
Léonard-le-Goulu te donne un bout de son sandwich, c’est dire s’il tient à ce que tu viennes. Léonard, c’est ton frère de cœur, tu le connais depuis toujours.
Cette année, vous partagez la folie des cactus. Vous vous faîtes des échanges de boutures. Vous comparez piquants et fleurs. Vous les baptisez. Toi, tu en as déjà sept, posés sur ton bureau : Tignasse, Duvet, Rouflaquette, Tif, Velu, Frisette et Crâne d’oeuf.
C’est encore loin ?
Le cartable pèse lourd, on vient de vous remettre les livres pour l’année à venir, le brevet, le brevet, tous les professeurs en ont parlé, ça va, on a compris.
Antiquité, salon de thé, antiquité, salon de thé. Tu connais le quartier comme ta poche. Heureusement qu’il y a les pixels pour voyager. Tu passes des heures en cachette sur ton ipod, emmitouflée au creux des draps, avec Youtube à fond la caisse : Sexion d’assaut, Stromae, LEJ, Sianna, Nekfeu, Lefa, ta chambre est envahie de visages, piqués sur le net et imprimés en grand format, le résultat laisse à désirer, couleurs floutées, rayures blanches en travers de l’image, mais qu’importe, ils sont là, sur tes murs, pour creuser une brèche dans ton univers, pour t’enseigner la vie.
Et tout à coup, Léonard s’arrête devant un magasin d’antiquité.
C’est là, regarde.
Un globe terrestre, une chaise à bascule, un vase chinois, une gazelle empaillée, un vieux tableau encadré d’or.
Ton cœur se fige. Ton cœur se glace. Ton cœur boomerang dans ta poitrine.
Léonard te prend la main et la serre fort.

Histoire 7
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 7
Collège Laurent Mourguet

Découvertes impromptues

Et tandis que tu joues cette cacophonie, enchaînant fausse note sur fausse note, ton professeur s’impatiente de plus en plus. Tu peux voir sur son visage qu’il est loin d’être fier de toi.
- Eh bien, je regrette de ne pas être sourd !
- As-tu vraiment travaillé ton Chopin... ou tu as passé ton week-end à écouter Sexion d’assaut ?
Tu baisses les yeux, honteuse. Tu sais que tu aurais dû travailler ta partition mais tu as préféré traîner avec Léonard. Tu te lèves du tabouret rouge, agacée par les réflexions de ton professeur. Il t’ordonne de te rasseoir immédiatement, tu souffles longuement et reprends tes esprits ainsi que ton morceau. Tes mains tremblent sur les touches noires et blanches du piano.
Ton professeur soupire puis il lâche d’une voix grave.
- Je veux que tu saches jouer ton morceau sans ta partition ! Le cours est terminé pour aujourd’hui !
Une fois ce calvaire terminé, tu quittes la salle Debussy.
Encore un peu rouge de honte, tu prends ton sac et pars comme on fuit.
Tu es si pressée qu’en sortant tu bouscules une vieille dame. Tu croises son regard , et tu restes bloquée pendant de longues secondes. Il te semble lire dans ses yeux
- J’aurai bientôt besoin de toi.
Son visage te semble familier, tu repars troublée par ce moment.
Tu allumes ton Ipod , tu as un message de Léonard qui te demande quand tu arrives. Tu laisses défiler la playlist automatique de Youtube, un nouvelle chanson se lance dans tes écouteurs. Tu ne la connais pas, il s’agit du fameux groupe dont tout le monde parle en ce moment : P.N.L.
Tu fais le même trajet que chaque soir, tu passes comme d’habitude devant la devanture de l’antiquaire où tu t’attardes souvent avec Léonard. Soudain, tu t’arrêtes : le tableau qui te trouble tant a disparu.
Tu n’as pas vu le temps passer et tu es arrivée au lieu de ton rendez-vous avec Léonard. Tu l’aperçois assis sur un banc dans le parc.
- Et si on allait s’acheter des têtes brûlées au tabac ?
Tu fais oui de la tête et vous commencez à marcher.
La buraliste remarque ton air maussade :
— Tu en fais une tête ! C’est ton cours au Conservatoire ? Tu as demandé de l’aide à ta mère ? Tu sais qu’elle est une pianiste confirmée et qu’elle a participé à de nombreux concerts ?
Tu la regardes, étonnée.
- Vraiment ?
Une fois les têtes brûlées achetées, vous vous asseyez sur un banc.
- Tu sais, le tableau n’est plus dans la vitrine.
Le temps passe vite et tu ne dois pas rentrer tard. Tu dis au revoir à Léonard puis tu prends la route jusqu’à chez toi, toujours avec du P.N.L dans les oreilles.
À l’intérieur il fait chaud, tu enlèves ton blouson et te débarrasses de tes Stan Smith.
Il est 19 heures, une heure trop tardive pour ta mère qui t’attend derrière la porte d’entrée.
- Chérie c’est toi ?
Elle est en train de cuisiner, ça sent bon. Depuis le salon, tu peux sentir une odeur de poulet, et, plus tu te rapproches et plus cette odeur te met l’eau à la bouche. Arrivée dans la cuisine, tu dis bonsoir à ta mère et tu t’assois sur une chaise.
- Alors, ton cours de piano ?
Ce sujet te met encore mal à l’aise.
- Ça a été. Je suis allée voir Léonard après.

Puis tu te lèves et te diriges vers le four. Il recrache une haleine chaude et une odeur de poulet frites. Tu fixes l’animal mort qui dore à la broche. Cela fait au moins trois minutes que ton regard n’a pas bougé.
- À quoi penses-tu mon lapin ?
La voix de ta mère te fait sursauter. Interrompue dans tes pensées, tu décides de faire comme si tu n’avais rien entendu.
Une fois que vous avez fini de souper, tu cours dans ta chambre et tu te jettes sur ton lit mal fait. Tu attrapes tes écouteurs, ton iPod et te mets à écouter ton morceau préféré de Nekfeu. Tu restes sur ton lit pendant un bon moment à ne penser à rien. Tu reprends des forces et décides d’aller te doucher. En sortant les cheveux encore humides, tu rejoins ta chambre et attrapes ton cahier de textes. Il est 21 heures, l’heure de faire tes devoirs ! Finis à la va-vite, tu prépares ton sac pour le lendemain. Tu te mets sous ta grosse couette chaude et regardes tes messages sur Snapchat. Tu en profites pour poster le selfie de Léonard et toi sur Instagram. Léonard... un frère de cœur oui… mais si jamais il devenait plus que ça ? Tu t’interroges une dizaine de minutes, tu penses à lui… Soudain ta mère rentre dans ta chambre.
- Je peux te parler ?
Tu ne réponds pas et après un silence, tu lui dis sèchement que tu as encore des devoirs. Ta mère n’insiste pas et sort.
Tu t’enfouis sous ta couette, espérant que ta mère ne soit pas trop fâchée. Tout à coup, tu sens une main se poser sur ta couette.
- Bon, ce n’est pas grave mon lapin.
Ce changement de comportement est bizarre… Ta mère ne réagirait pas comme ça d’habitude…
Tu la regardes quitter ta chambre, tu es trop fatiguée pour réfléchir alors tu éteins la lumière et fermes les yeux. Tu commences à t’endormir quand ton téléphone vibre. Trop tard ! il fallait t’écrire avant. La personne insiste et ton téléphone vibre encore 2, 3 puis 4 fois. Agacée tu regardes qui t’écrit et à ta grande surprise, c’est Léonard.

Histoire 7
Collège Les Iris

3/ Un voyage plein d’espoir

Le lendemain, tu te réveilles de mauvaise humeur. On est samedi, tu rappelles Léonard. Encore agacée de la veille, tu lui demandes sur un ton sec : - Pourquoi m’as-tu appelée hier ?
- il faut qu’on se voit. Rejoins-moi devant la brasserie .
Tu mets tes Stan Smith le plus silencieusement possible et t’échappes. Quelques minutes plus tard, tu l’aperçois au loin qui court :
- Je suis pressée, qu’as-tu découvert ?
- Je suis allé voir l’antiquaire. Le tableau est retourné à l’école des Beaux Arts.
Mais tu n’arrives pas à l’écouter . Quelle raison valable aurait ta mère pour te cacher qu’elle était pianiste ?
Ce tableau te hante, tu ne peux pas te concentrer sur le reste car tu veux à tout prix savoir d’où il vient. Pourquoi tant de ressemblances avec toi ? Tu dois découvrir pourquoi ta mère t’a cachée ces secrets. Et si ces deux histoires étaient liées ? En fin de compte ta mère et toi vous vous ressemblez beaucoup. Et si c’était elle sur le tableau ?
Après avoir mûrement réfléchi, tu appelles l’école des Beaux Arts. Personne ne répond. Tu décides alors de retourner voir ta mère à la brasserie.
- Maman, j’ai des questions à te poser !
- J’ai pas le temps Armande !
- Non mais maman c’est vraiment important ! As-tu toujours vécu en France ?
- Euh... pourquoi cette question ?
- As-tu fais du piano ?
- Écoute, on en reparle ce soir à la maison….
Tu n’as toujours pas eu de réponse à tes questions ? Frustrée, tu sors brutalement et cours chez l’antiquaire. Ce dernier t’avoue qu’il a vendu le tableau au musée des Beaux Arts. Paniquée, tu appelles Léonard pour qu’il t’accompagne. Malheureusement, il est forcé d’aller rendre visite à sa grand-mère. Tant pis, . Une fois arrivée , tu aperçois le tableau dans un camion. Tu interpelles le chauffeur qui t’explique qu’il part pour Naples direction le musée de Capodimonte. Tu n’as plus le temps de discuter, tu dois aller à ton cours de piano. Mais désormais tu sais qu’il n’y a plus qu’une solution, aller à Naples. Tu as une idée en tête, tu en parles à Léonard. Tu lui demandes s’il veut venir avec toi à Naples, c’est à ce moment là que tu te dis que tes cours d’italien vont enfin peut-être te servir. Mais Léonard et toi savez que ce voyage à Naples n’est pas le fruit du hasard et que sous cette mascarade se cache une sombre histoire.
Tu viens de te souvenir que ton collège organise un voyage à Rome.Tu as trouvé un prétexte pour partir. Le soir même, tu vas voir tes parents :
- Maman, papa, comme vous le savez, le collège organise un voyage en Italie et j’aimerais y participer.
- Pourquoi as-tu subitement envie d’aller en Italie ? demande ta mère
- Mais oui Armande, la semaine dernière nous t’en avions parlé mais tu avais refusé !
- Oui je sais papa, le coupes-tu, mais j’ai changé d’avis.
Vous voilà enfin à Rome. Il faut maintenant trouver une solution pour rejoindre Naples.
- Armande est ce que tu te rends compte dans quoi tu nous embarques !

Lors de la visite au Vatican, Léonard et toi vous enfuyez . Munis de vos sacs à dos vous faites du stop au bord de la route.

Histoire 7
Collège Jean Moulin

4/ Une fugue bien orchestrée !

Enfin arrivés à Naples ! Bizarre cette chanson à la radio, tu ne trouves pas ? « Mes racines grandissent... je regarde impuissant, le chemin que dessinent pour demain mes racines. » Quel chemin ? Quelles racines ? Armande, tu m’inquiètes c’est une coïncidence cette chanson rien à voir avec notre enquête...
Bizarre quand même. Bizarre ou pas Léonard te fait remarquer que vous êtes arrivés en moins de trois heures à quelques mètres du musée Capodimonte,pas le moment de flancher. Vite, ça fait maintenant six heures qu’on a disparu et nous serons bientôt recherchés.Tu as déjà vu ta tête sur ce tableau, tu n’as aucune envie de la voir sur des avis de recherche.
Tu serpentes dans les allées avec Léonard à tes côtés à la recherche de ce fameux tableau de Lucrèce, aperçu chez l’antiquaire, disparu le lendemain et appartenant au musée de Naples d’après vos recherches.
C’est ici...le tableau a bien disparu mais le cartel parle...c’est toi, ce visage même en tout petit on te reconnaît. Armande il y a quelque chose d’écrit.
Ton cœur s’arrête, ton cœur se glace, ton cœur palpite... Lis je t’en prie !
« Alberta Borgia » célèbre modèle qui incarne Lucrèce dans ce tableau du Caravage...la suite tu n’entends plus, ce nom résonne dans ta tête, un électrochoc, le nom de ta grand-mère, tu commences à voir plus clair, une ancêtre à laquelle tu ressembles. Mais pourquoi n’avoir rien su ? Un secret de famille ? Une vie tragique ? Comme Lucrèce ?
Je n’ai pas dépensé mon argent de poche, si on allait boire quelque chose ? Direction le café ne connaissant pas l’italien, tu préfères te taire à l’inverse de Léonard qui commande de quoi boire et manger dans un anglais parfait. C’est pourtant pas avec ce qu’il fait en cours qu’il a appris à parler...que de secrets ! Assise devant ton chocolat tu remarques que les murs sont remplis de vieilles affiches. Une retient ton attention peut-être parce que ...oh ! Non la femme représentée ressemble étrangement à ta mère ...Léonard, regarde ! Récital de piano, Nocturnes de Chopin, célèbre interprète, année 2000, encore un mystère, tu pinces Léonard pour être certaine que tu ne rêves pas, tu n’étais pas née...finalement tu ne sais rien de tes proches, une vie de secrets…
Ton portable vibre, la photo de ta mère apparaît , la vraie, celle que tu connais, tu ne veux pas décrocher, trop en colère, pourquoi tous ces mystères ? Celui de léonard sonne aussi : collège Condorcet. Plus de temps à perdre pour connaître la vérité. Tu envoies un sms à ta famille histoire de ne pas déclencher l’alerte enlèvement « petite excursion avec Léonard, on gère, on rentre bientôt »
Direction la bibliothèque du musée, le conservateur a accepté de répondre à nos questions. Je m’interroge sur Alberta Borgia, elle porte le même nom que moi et je lui ressemble énormément alors tout cela m’intrigue.
Je comprends mademoiselle, en effet la ressemblance est troublante : c’était un modèle très prisé, les peintres se l’arrachaient.

Histoire 7
Violaine Schwartz

5/Bulles de fantaisie

Chauffeur, si t’es champion, appuie sur l’champignon !
À peine sortis de Rome, les voilà qui s’excitent à l’arrière, on n’est pas rendus. Vivement que le roulis les épuise. Tu poses ta tête sur la vitre froide du bus scolaire, tu regardes les barres d’immeubles décaties plantées au bord de l’autoroute, la ville qui n’en finit pas de finir dans le soir qui arrive, les balcons donnant sur le flot continu des voitures, si loin du Parc Monceau. Une fenêtre s’allume dans une tour, comme une petite icône de chaleur, c’est l’heure de manger. Tu es épuisée. Tu voudrais t’écrouler sur l’épaule de Léonard mais il a été relégué dans l’autre car, avec les 3 ème 6. Vous avez été punis, pour cause de disparition subite hors du Vatican.
Les professeurs en ont fait tout un drame. Ils ont appelé la police, les parents, ils ont sorti les grands mots, kidnapping, fugue, faut pas exagérer quand même ! On est revenu le jour même. On n’a même pas raté le rendez-vous pour le départ. Il faut dire qu’on a eu une sacrée chance en stop. À peine installés au bord de la route, une grosse voiture aux vitres teintées s’est arrêtée, deux heures après, on était devant le Colisée. Ils s’énervent comme ils respirent, ces vieux profs. Et encore, ils ne savent pas la moitié de l’histoire : Naples, le musée Capodimonte, le stop, on n’a rien dit, sinon qu’est-ce qu’on aurait pris ! On a raconté que Léonard avait mal au ventre tellement il avait faim alors qu’on avait simplement voulu sortir cinq minutes pour avaler une pizza sur le pouce mais qu’ensuite on s’était perdus dans le dédale des rues toutes pareilles et qu’en plus, on n’avait plus de batterie dans nos portables pour les prévenir mais bon, pour finir, on était là, sain et sauf, donc où est le problème ?
Tu fermes les yeux. On t’a placée à côté d’une fayote à qui tu n’as jamais parlé, bonjour, au revoir, te voilà punie, toi aussi. Quel cafard !
Bon. Tu pourrais t’ouvrir un peu ? Les gens ne sont pas forcément comme on les imagine. Derrière sa frange mal coupée par sa maman, sa jupe écossaise et ses collants marine, elle a peut-être des secrets elle aussi ? Tu penses à ta mère. Si ça se trouve, elle est pianiste ? Si ça se trouve, elle a une jumelle ? Va savoir. Si ça se trouve, elle est sortie d’un tableau, elle aussi ? Tout est possible dans ce monde qui te glisse entre les doigts comme un savon mouillé.
Quand j’ai trop le cafard, je change d’époque !
C’est une très bonne méthode. Je vais essayer, moi aussi.
Je ne suis pas du tout coincée dans une boîte à roulettes qui me retourne le cœur.
Non !
Je suis à Naples au XVII ème siècle, dans l’atelier d’Agostino Beltrano, c’est mon copain d’enfance, parfois il s’appelle Léonard et parfois Agostino, ça dépend des jours et de l’humeur et moi parfois je m’appelle Alberta et parfois Lucrèce et parfois aussi Armande, c’est comme je veux, et au XVII ème siècle, les cars scolaires n’existent pas, c’est formidable, on se déplace en calèche en prenant le temps de vivre sur les pavés et je prends la pose sur une estrade devant des étudiants concentrés, j’entends les pinceaux glisser délicatement sur la toile, un trait d’ocre, une pointe de fuchsia, je commence à avoir des fourmis dans les jambes.
Tenez la pose, mademoiselle !
La dernière fois, le professeur m’avait demandé de tenir un grand couteau et j’avais la boucle d’oreille de Nonna à l’oreille gauche et un peu de sang au creux du cou, tu t’en souviens, Léonard ? Heureusement qu’on a retrouvé le tableau à Naples. J’étais trop triste de l’avoir perdu. Mais quel dommage vraiment qu’on n’ait pas eu le temps d’acheter un cactus en souvenir de ce voyage ! Un voyage caravagesque, n’est-ce pas ? Qui ravage grave de grave ? On s’en souviendra. Qu’est-ce que je vais dire à ma mère tout à l’heure en rentrant ? Rien du tout. Telle mère, telle fille. Je vais lui dire que j’arrête le piano et voilà tout. On verra bien si elle comprend l’allusion. Pourquoi elle ne m’a jamais dit la vérité ? Pourquoi elle se cache en permanence derrière les chiffres de son téléphone ?
Tu veux une pastille Vichy ?
Ta voisine t’offre timidement un bonbon.
Super. Merci beaucoup.
Puis, elle te tend un papier.
Tiens, regarde.
Tu le déplies.
À l’intérieur, il y a un visage dessiné au crayon de papier, te ressemblant trait pour trait.
La copie parfaite du tableau de Naples.
Tu avales ton bonbon de travers.
C’est toi qui l’a fait ?
Ben oui. Comme on n’avait pas de photo de toi à montrer aux gardiens du Vatican, j’ai fait ça à la va vite. Garde-le si tu veux.
Ben dis-donc, tu dessines vachement bien ! Tu me le donnes vraiment ?
Ben oui.
T’es trop sympa !

Décidément, le monde est vraiment un vieux savon mouillé qui te glisse entre les doigts.
Bulles de fantaisie !

Histoire 7
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 7
Collège Laurent Mourguet

Découvertes impromptues

Et tandis que tu joues cette cacophonie, enchaînant fausse note sur fausse note, ton professeur s’impatiente de plus en plus. Tu peux voir sur son visage qu’il est loin d’être fier de toi.
- Eh bien, je regrette de ne pas être sourd !
- As-tu vraiment travaillé ton Chopin... ou tu as passé ton week-end à écouter Sexion d’assaut ?
Tu baisses les yeux, honteuse. Tu sais que tu aurais dû travailler ta partition mais tu as préféré traîner avec Léonard. Tu te lèves du tabouret rouge, agacée par les réflexions de ton professeur. Il t’ordonne de te rasseoir immédiatement, tu souffles longuement et reprends tes esprits ainsi que ton morceau. Tes mains tremblent sur les touches noires et blanches du piano.
Ton professeur soupire puis il lâche d’une voix grave.
- Je veux que tu saches jouer ton morceau sans ta partition ! Le cours est terminé pour aujourd’hui !
Une fois ce calvaire terminé, tu quittes la salle Debussy.
Encore un peu rouge de honte, tu prends ton sac et pars comme on fuit.
Tu es si pressée qu’en sortant tu bouscules une vieille dame. Tu croises son regard , et tu restes bloquée pendant de longues secondes. Il te semble lire dans ses yeux
- J’aurai bientôt besoin de toi.
Son visage te semble familier, tu repars troublée par ce moment.
Tu allumes ton Ipod , tu as un message de Léonard qui te demande quand tu arrives. Tu laisses défiler la playlist automatique de Youtube, un nouvelle chanson se lance dans tes écouteurs. Tu ne la connais pas, il s’agit du fameux groupe dont tout le monde parle en ce moment : P.N.L.
Tu fais le même trajet que chaque soir, tu passes comme d’habitude devant la devanture de l’antiquaire où tu t’attardes souvent avec Léonard. Soudain, tu t’arrêtes : le tableau qui te trouble tant a disparu.
Tu n’as pas vu le temps passer et tu es arrivée au lieu de ton rendez-vous avec Léonard. Tu l’aperçois assis sur un banc dans le parc.
- Et si on allait s’acheter des têtes brûlées au tabac ?
Tu fais oui de la tête et vous commencez à marcher.
La buraliste remarque ton air maussade :
— Tu en fais une tête ! C’est ton cours au Conservatoire ? Tu as demandé de l’aide à ta mère ? Tu sais qu’elle est une pianiste confirmée et qu’elle a participé à de nombreux concerts ?
Tu la regardes, étonnée.
- Vraiment ?
Une fois les têtes brûlées achetées, vous vous asseyez sur un banc.
- Tu sais, le tableau n’est plus dans la vitrine.
Le temps passe vite et tu ne dois pas rentrer tard. Tu dis au revoir à Léonard puis tu prends la route jusqu’à chez toi, toujours avec du P.N.L dans les oreilles.
À l’intérieur il fait chaud, tu enlèves ton blouson et te débarrasses de tes Stan Smith.
Il est 19 heures, une heure trop tardive pour ta mère qui t’attend derrière la porte d’entrée.
- Chérie c’est toi ?
Elle est en train de cuisiner, ça sent bon. Depuis le salon, tu peux sentir une odeur de poulet, et, plus tu te rapproches et plus cette odeur te met l’eau à la bouche. Arrivée dans la cuisine, tu dis bonsoir à ta mère et tu t’assois sur une chaise.
- Alors, ton cours de piano ?
Ce sujet te met encore mal à l’aise.
- Ça a été. Je suis allée voir Léonard après.

Puis tu te lèves et te diriges vers le four. Il recrache une haleine chaude et une odeur de poulet frites. Tu fixes l’animal mort qui dore à la broche. Cela fait au moins trois minutes que ton regard n’a pas bougé.
- À quoi penses-tu mon lapin ?
La voix de ta mère te fait sursauter. Interrompue dans tes pensées, tu décides de faire comme si tu n’avais rien entendu.
Une fois que vous avez fini de souper, tu cours dans ta chambre et tu te jettes sur ton lit mal fait. Tu attrapes tes écouteurs, ton iPod et te mets à écouter ton morceau préféré de Nekfeu. Tu restes sur ton lit pendant un bon moment à ne penser à rien. Tu reprends des forces et décides d’aller te doucher. En sortant les cheveux encore humides, tu rejoins ta chambre et attrapes ton cahier de textes. Il est 21 heures, l’heure de faire tes devoirs ! Finis à la va-vite, tu prépares ton sac pour le lendemain. Tu te mets sous ta grosse couette chaude et regardes tes messages sur Snapchat. Tu en profites pour poster le selfie de Léonard et toi sur Instagram. Léonard... un frère de cœur oui… mais si jamais il devenait plus que ça ? Tu t’interroges une dizaine de minutes, tu penses à lui… Soudain ta mère rentre dans ta chambre.
- Je peux te parler ?
Tu ne réponds pas et après un silence, tu lui dis sèchement que tu as encore des devoirs. Ta mère n’insiste pas et sort.
Tu t’enfouis sous ta couette, espérant que ta mère ne soit pas trop fâchée. Tout à coup, tu sens une main se poser sur ta couette.
- Bon, ce n’est pas grave mon lapin.
Ce changement de comportement est bizarre… Ta mère ne réagirait pas comme ça d’habitude…
Tu la regardes quitter ta chambre, tu es trop fatiguée pour réfléchir alors tu éteins la lumière et fermes les yeux. Tu commences à t’endormir quand ton téléphone vibre. Trop tard ! il fallait t’écrire avant. La personne insiste et ton téléphone vibre encore 2, 3 puis 4 fois. Agacée tu regardes qui t’écrit et à ta grande surprise, c’est Léonard.

Histoire 7
Collège Les Iris

3/ Un voyage plein d’espoir

Le lendemain, tu te réveilles de mauvaise humeur. On est samedi, tu rappelles Léonard. Encore agacée de la veille, tu lui demandes sur un ton sec : - Pourquoi m’as-tu appelée hier ?
- il faut qu’on se voit. Rejoins-moi devant la brasserie .
Tu mets tes Stan Smith le plus silencieusement possible et t’échappes. Quelques minutes plus tard, tu l’aperçois au loin qui court :
- Je suis pressée, qu’as-tu découvert ?
- Je suis allé voir l’antiquaire. Le tableau est retourné à l’école des Beaux Arts.
Mais tu n’arrives pas à l’écouter . Quelle raison valable aurait ta mère pour te cacher qu’elle était pianiste ?
Ce tableau te hante, tu ne peux pas te concentrer sur le reste car tu veux à tout prix savoir d’où il vient. Pourquoi tant de ressemblances avec toi ? Tu dois découvrir pourquoi ta mère t’a cachée ces secrets. Et si ces deux histoires étaient liées ? En fin de compte ta mère et toi vous vous ressemblez beaucoup. Et si c’était elle sur le tableau ?
Après avoir mûrement réfléchi, tu appelles l’école des Beaux Arts. Personne ne répond. Tu décides alors de retourner voir ta mère à la brasserie.
- Maman, j’ai des questions à te poser !
- J’ai pas le temps Armande !
- Non mais maman c’est vraiment important ! As-tu toujours vécu en France ?
- Euh... pourquoi cette question ?
- As-tu fais du piano ?
- Écoute, on en reparle ce soir à la maison….
Tu n’as toujours pas eu de réponse à tes questions ? Frustrée, tu sors brutalement et cours chez l’antiquaire. Ce dernier t’avoue qu’il a vendu le tableau au musée des Beaux Arts. Paniquée, tu appelles Léonard pour qu’il t’accompagne. Malheureusement, il est forcé d’aller rendre visite à sa grand-mère. Tant pis, . Une fois arrivée , tu aperçois le tableau dans un camion. Tu interpelles le chauffeur qui t’explique qu’il part pour Naples direction le musée de Capodimonte. Tu n’as plus le temps de discuter, tu dois aller à ton cours de piano. Mais désormais tu sais qu’il n’y a plus qu’une solution, aller à Naples. Tu as une idée en tête, tu en parles à Léonard. Tu lui demandes s’il veut venir avec toi à Naples, c’est à ce moment là que tu te dis que tes cours d’italien vont enfin peut-être te servir. Mais Léonard et toi savez que ce voyage à Naples n’est pas le fruit du hasard et que sous cette mascarade se cache une sombre histoire.
Tu viens de te souvenir que ton collège organise un voyage à Rome.Tu as trouvé un prétexte pour partir. Le soir même, tu vas voir tes parents :
- Maman, papa, comme vous le savez, le collège organise un voyage en Italie et j’aimerais y participer.
- Pourquoi as-tu subitement envie d’aller en Italie ? demande ta mère
- Mais oui Armande, la semaine dernière nous t’en avions parlé mais tu avais refusé !
- Oui je sais papa, le coupes-tu, mais j’ai changé d’avis.
Vous voilà enfin à Rome. Il faut maintenant trouver une solution pour rejoindre Naples.
- Armande est ce que tu te rends compte dans quoi tu nous embarques !

Lors de la visite au Vatican, Léonard et toi vous enfuyez . Munis de vos sacs à dos vous faites du stop au bord de la route.

Histoire 7
Collège Jean Moulin

4/ Une fugue bien orchestrée !

Enfin arrivés à Naples ! Bizarre cette chanson à la radio, tu ne trouves pas ? « Mes racines grandissent... je regarde impuissant, le chemin que dessinent pour demain mes racines. » Quel chemin ? Quelles racines ? Armande, tu m’inquiètes c’est une coïncidence cette chanson rien à voir avec notre enquête...
Bizarre quand même. Bizarre ou pas Léonard te fait remarquer que vous êtes arrivés en moins de trois heures à quelques mètres du musée Capodimonte,pas le moment de flancher. Vite, ça fait maintenant six heures qu’on a disparu et nous serons bientôt recherchés.Tu as déjà vu ta tête sur ce tableau, tu n’as aucune envie de la voir sur des avis de recherche.
Tu serpentes dans les allées avec Léonard à tes côtés à la recherche de ce fameux tableau de Lucrèce, aperçu chez l’antiquaire, disparu le lendemain et appartenant au musée de Naples d’après vos recherches.
C’est ici...le tableau a bien disparu mais le cartel parle...c’est toi, ce visage même en tout petit on te reconnaît. Armande il y a quelque chose d’écrit.
Ton cœur s’arrête, ton cœur se glace, ton cœur palpite... Lis je t’en prie !
« Alberta Borgia » célèbre modèle qui incarne Lucrèce dans ce tableau du Caravage...la suite tu n’entends plus, ce nom résonne dans ta tête, un électrochoc, le nom de ta grand-mère, tu commences à voir plus clair, une ancêtre à laquelle tu ressembles. Mais pourquoi n’avoir rien su ? Un secret de famille ? Une vie tragique ? Comme Lucrèce ?
Je n’ai pas dépensé mon argent de poche, si on allait boire quelque chose ? Direction le café ne connaissant pas l’italien, tu préfères te taire à l’inverse de Léonard qui commande de quoi boire et manger dans un anglais parfait. C’est pourtant pas avec ce qu’il fait en cours qu’il a appris à parler...que de secrets ! Assise devant ton chocolat tu remarques que les murs sont remplis de vieilles affiches. Une retient ton attention peut-être parce que ...oh ! Non la femme représentée ressemble étrangement à ta mère ...Léonard, regarde ! Récital de piano, Nocturnes de Chopin, célèbre interprète, année 2000, encore un mystère, tu pinces Léonard pour être certaine que tu ne rêves pas, tu n’étais pas née...finalement tu ne sais rien de tes proches, une vie de secrets…
Ton portable vibre, la photo de ta mère apparaît , la vraie, celle que tu connais, tu ne veux pas décrocher, trop en colère, pourquoi tous ces mystères ? Celui de léonard sonne aussi : collège Condorcet. Plus de temps à perdre pour connaître la vérité. Tu envoies un sms à ta famille histoire de ne pas déclencher l’alerte enlèvement « petite excursion avec Léonard, on gère, on rentre bientôt »
Direction la bibliothèque du musée, le conservateur a accepté de répondre à nos questions. Je m’interroge sur Alberta Borgia, elle porte le même nom que moi et je lui ressemble énormément alors tout cela m’intrigue.
Je comprends mademoiselle, en effet la ressemblance est troublante : c’était un modèle très prisé, les peintres se l’arrachaient.

Histoire 7
Violaine Schwartz

5/Bulles de fantaisie

Chauffeur, si t’es champion, appuie sur l’champignon !
À peine sortis de Rome, les voilà qui s’excitent à l’arrière, on n’est pas rendus. Vivement que le roulis les épuise. Tu poses ta tête sur la vitre froide du bus scolaire, tu regardes les barres d’immeubles décaties plantées au bord de l’autoroute, la ville qui n’en finit pas de finir dans le soir qui arrive, les balcons donnant sur le flot continu des voitures, si loin du Parc Monceau. Une fenêtre s’allume dans une tour, comme une petite icône de chaleur, c’est l’heure de manger. Tu es épuisée. Tu voudrais t’écrouler sur l’épaule de Léonard mais il a été relégué dans l’autre car, avec les 3 ème 6. Vous avez été punis, pour cause de disparition subite hors du Vatican.
Les professeurs en ont fait tout un drame. Ils ont appelé la police, les parents, ils ont sorti les grands mots, kidnapping, fugue, faut pas exagérer quand même ! On est revenu le jour même. On n’a même pas raté le rendez-vous pour le départ. Il faut dire qu’on a eu une sacrée chance en stop. À peine installés au bord de la route, une grosse voiture aux vitres teintées s’est arrêtée, deux heures après, on était devant le Colisée. Ils s’énervent comme ils respirent, ces vieux profs. Et encore, ils ne savent pas la moitié de l’histoire : Naples, le musée Capodimonte, le stop, on n’a rien dit, sinon qu’est-ce qu’on aurait pris ! On a raconté que Léonard avait mal au ventre tellement il avait faim alors qu’on avait simplement voulu sortir cinq minutes pour avaler une pizza sur le pouce mais qu’ensuite on s’était perdus dans le dédale des rues toutes pareilles et qu’en plus, on n’avait plus de batterie dans nos portables pour les prévenir mais bon, pour finir, on était là, sain et sauf, donc où est le problème ?
Tu fermes les yeux. On t’a placée à côté d’une fayote à qui tu n’as jamais parlé, bonjour, au revoir, te voilà punie, toi aussi. Quel cafard !
Bon. Tu pourrais t’ouvrir un peu ? Les gens ne sont pas forcément comme on les imagine. Derrière sa frange mal coupée par sa maman, sa jupe écossaise et ses collants marine, elle a peut-être des secrets elle aussi ? Tu penses à ta mère. Si ça se trouve, elle est pianiste ? Si ça se trouve, elle a une jumelle ? Va savoir. Si ça se trouve, elle est sortie d’un tableau, elle aussi ? Tout est possible dans ce monde qui te glisse entre les doigts comme un savon mouillé.
Quand j’ai trop le cafard, je change d’époque !
C’est une très bonne méthode. Je vais essayer, moi aussi.
Je ne suis pas du tout coincée dans une boîte à roulettes qui me retourne le cœur.
Non !
Je suis à Naples au XVII ème siècle, dans l’atelier d’Agostino Beltrano, c’est mon copain d’enfance, parfois il s’appelle Léonard et parfois Agostino, ça dépend des jours et de l’humeur et moi parfois je m’appelle Alberta et parfois Lucrèce et parfois aussi Armande, c’est comme je veux, et au XVII ème siècle, les cars scolaires n’existent pas, c’est formidable, on se déplace en calèche en prenant le temps de vivre sur les pavés et je prends la pose sur une estrade devant des étudiants concentrés, j’entends les pinceaux glisser délicatement sur la toile, un trait d’ocre, une pointe de fuchsia, je commence à avoir des fourmis dans les jambes.
Tenez la pose, mademoiselle !
La dernière fois, le professeur m’avait demandé de tenir un grand couteau et j’avais la boucle d’oreille de Nonna à l’oreille gauche et un peu de sang au creux du cou, tu t’en souviens, Léonard ? Heureusement qu’on a retrouvé le tableau à Naples. J’étais trop triste de l’avoir perdu. Mais quel dommage vraiment qu’on n’ait pas eu le temps d’acheter un cactus en souvenir de ce voyage ! Un voyage caravagesque, n’est-ce pas ? Qui ravage grave de grave ? On s’en souviendra. Qu’est-ce que je vais dire à ma mère tout à l’heure en rentrant ? Rien du tout. Telle mère, telle fille. Je vais lui dire que j’arrête le piano et voilà tout. On verra bien si elle comprend l’allusion. Pourquoi elle ne m’a jamais dit la vérité ? Pourquoi elle se cache en permanence derrière les chiffres de son téléphone ?
Tu veux une pastille Vichy ?
Ta voisine t’offre timidement un bonbon.
Super. Merci beaucoup.
Puis, elle te tend un papier.
Tiens, regarde.
Tu le déplies.
À l’intérieur, il y a un visage dessiné au crayon de papier, te ressemblant trait pour trait.
La copie parfaite du tableau de Naples.
Tu avales ton bonbon de travers.
C’est toi qui l’a fait ?
Ben oui. Comme on n’avait pas de photo de toi à montrer aux gardiens du Vatican, j’ai fait ça à la va vite. Garde-le si tu veux.
Ben dis-donc, tu dessines vachement bien ! Tu me le donnes vraiment ?
Ben oui.
T’es trop sympa !

Décidément, le monde est vraiment un vieux savon mouillé qui te glisse entre les doigts.
Bulles de fantaisie !