Histoire 9

Prologue

Armande, viens avec moi, il faut que je te montre quelque chose.
Léonard te tire par la manche dans une rue adjacente.
Mais j’ai pas le droit de traîner après l’école, en plus j’ai cours de piano.
Ton emploi du temps est rempli comme un œuf. Pas de jachère, ni d’herbes folles. Tennis, équitation, danse classique, piano, chorale baroque. Il faut bien t’occuper.
Allez, viens, il y en a pour cinq minutes.
Mais on va où ?
Surprise.

Tu aimes ce qui sort de l’ordinaire, pourtant tu ressembles à toutes les jeunes filles de ton âge : sac à dos tombant sur l’épaule avec pagaille de porte-clés accrochés au fermoir, tee-shirt à motif, mini-chaussette sur bande de peau dépassant du jean slim et Stan Smith en bout de course, aujourd’hui rouge sur rouge, tu as toute la gamme de la collection.
Maman, c’est mieux les blanches sur fond noir ou les noires sur fond blanc ?
C’est pareil, dépêche-toi, prends-les toutes, j’ai pas le temps.

Comme d’habitude.
Ta mère est toujours débordée, toujours pendue au téléphone, à parler chiffres, à dicter commandes, et ton père, toujours derrière ses fourneaux trois étoiles, à râper du raifort, à fricasser du porc, tu détestes L’Alsace à Paris, la brasserie art-déco qui les occupe tous les soirs.
Vous longez les grilles du parc Monceau, dans le 8ème arrondissement de Paris. Une vieille dame distribue des miettes de brioche à une volée de pigeons, une petite fille hurle à sa nounou qu’elle en veut, elle aussi, de la brioche, de la brioche, les arbres commencent à jaunir dans le soleil d’automne. Tu te revois la tête en bas, pendue aux barres métalliques de la cage à écureuil, l’odeur de rouille au creux des mains. De nouveaux enfants se bousculent autour du toboggan. Ce n’est plus ton territoire.
C’est loin ton machin-truc ? J’ai faim.
Léonard-le-Goulu te donne un bout de son sandwich, c’est dire s’il tient à ce que tu viennes. Léonard, c’est ton frère de cœur, tu le connais depuis toujours.
Cette année, vous partagez la folie des cactus. Vous vous faîtes des échanges de boutures. Vous comparez piquants et fleurs. Vous les baptisez. Toi, tu en as déjà sept, posés sur ton bureau : Tignasse, Duvet, Rouflaquette, Tif, Velu, Frisette et Crâne d’oeuf.
C’est encore loin ?
Le cartable pèse lourd, on vient de vous remettre les livres pour l’année à venir, le brevet, le brevet, tous les professeurs en ont parlé, ça va, on a compris.
Antiquité, salon de thé, antiquité, salon de thé. Tu connais le quartier comme ta poche. Heureusement qu’il y a les pixels pour voyager. Tu passes des heures en cachette sur ton ipod, emmitouflée au creux des draps, avec Youtube à fond la caisse : Sexion d’assaut, Stromae, LEJ, Sianna, Nekfeu, Lefa, ta chambre est envahie de visages, piqués sur le net et imprimés en grand format, le résultat laisse à désirer, couleurs floutées, rayures blanches en travers de l’image, mais qu’importe, ils sont là, sur tes murs, pour creuser une brèche dans ton univers, pour t’enseigner la vie.
Et tout à coup, Léonard s’arrête devant un magasin d’antiquité.
C’est là, regarde.
Un globe terrestre, une chaise à bascule, un vase chinois, une gazelle empaillée, un vieux tableau encadré d’or.
Ton cœur se fige. Ton cœur se glace. Ton cœur boomerang dans ta poitrine.
Léonard te prend la main et la serre fort.

Histoire 9
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 9
Collège Maria Casarès

La rencontre

Tu rentres chez toi directement après ce maudit cours de piano. Exténuée, tu te diriges directement dans ta chambre et claques la porte derrière toi. Tu te laisses tomber sur ton lit, au milieu des coussins, attrapes ton ordinateur. Google, recherche, Lucrèce, Wikipédia. Tu y passes toute l’après midi, dans un silence complet, personne pour te déranger, tu as ouvert plus de cent onglets. La nuit tombe, tu n’as pas bougé de toute la soirée, le soleil disparaît, tu commences à avoir faim. Il est neuf heures, tu décides de faire une pause pour manger.
Deux heures se sont écoulées, tes parents ne sont toujours pas là comme d’habitude.
Tu as trouvé quelques informations : Lucrèce, une adolescente violée par un des fils du roi Tarquin Le Superbe, vivant en 509 avant J.C . Après avoir expliqué l’acte du prince et réclamé vengeance, celle-ci se donne la mort avec un couteau caché sous ses vêtements.
Pourquoi ? Car elle ne veut pas donner l’exemple d’une femme qui aurait survécu au déshonneur.
Tu es perturbée. Son visage est similaire au tien malgré les milliers d’années qui vous séparent. Il est tard, tu t’endors, ton ordinateur allumé.
Le lendemain matin, tu te réveilles avant tes parents pour leur donner l’impression que tu es partie au collège. Tu retournes dans ton lit et puis tu patientes. Une fois tes parents partis, tu sors de ta cachette et tu t’assois sur ton lit. Tu réfléchis, vas-tu aller acheter le tableau avec l’argent volé à ta mère ? Tu te demandes si tu garderas ce vol sur la conscience. Finalement tu te décides. Tu ne mêleras pas Léonard à cette histoire. Tu sais où ta mère cache l’argent, derrière le miroir que papy lui a offert. Tu prends des billets.
Tu te rends au magasin d’antiquités, tu poses tout l’argent sur le bureau du vendeur. Celui-ci, étonné, te demande ce que tu veux faire de tout cet argent. Tu lui réponds que c’est l’anniversaire de ta mère et que ton père t’attend dehors. Le vendeur accepte. Tu sors du magasin et tu rentres chez toi le tableau dans les mains. Tu ouvres la porte, personne, comme toujours.
Tu traverses le long couloir, tu poses le tableau dans ta chambre et tu manges toute seule, en l’admirant.Tu te poses des questions qui restent sans réponses. Avachie sur ton lit, la tête dans tes bras, tu l’observes déjà depuis plusieurs heures.
Trois heures du matin. Tes parents rentrent, tu te précipites pour cacher le tableau dans ton armoire et te recouches rapidement. Tu as mal à la tête, tu penses à trop de choses, tu as l’impression que ton lit tangue. Soudain, un bruit… Tu te réveilles en sursaut, c’est comme un claquement de porte. Tes parents sont déjà couchés, tu ne comprends pas, tu préfères te rendormir. Toujours cette migraine....Soudain, du vent souffle dans ta chambre, des frissons parcourent ton corps, tu commences à avoir froid. Tu relèves la tête et tu vois les portes de ton placard claquer. Tu as peur ! Tu ne te sens plus toi même, tu te rassures en te disant que ce n’est qu’un rêve. Mais une voix t’appelle : « Viens, Armande. Viens. » Tu te diriges vers ton placard.
Tu l’ouvres, l’image s’est effacée. Tu es choquée. Tu touches le tableau. Tu entends une voix qui te dit « Viens,Viens Armande ». Comment connaît-t-elle ton prénom ? Tu entres dans le tableau, tu sens une transformation : désormais, tu portes une stola rose, des sandales et tes cheveux sont bouclés. Tu comprends que tu es à Rome. Au loin, tu reconnais Lucrèce assise, les bras croisés. Elle t’attend, peut être est-ce elle qui a bougé le tableau ? Tu as peur. Tu te pinces pour te réveiller mais c’est la réalité. Tu as des sensations bizarres : tu sens l’odeur des olives, des galettes, du fromage. Tu es mal à l’aise dans tes chaussures, tu n’as pas l’habitude de porter des sandales.Tu rejoins Lucrèce, elle te raconte son histoire. Dis que tu lui ressembles. Tu te poses des questions tu lui demandes si c’est elle qui a bougé le tableau. Elle te répond qu’elle avait besoin de te parler et toi de l’écouter. Tu lui demandes comment tu as atterri ici, elle te dit qu’elle ne sait pas. Mais elle est contente que tu sois là.
Tu regardes l’heure, il est 20h. Tu dois partir, alors Lucrèce te montre une porte que seule vous deux pouvez emprunter. Tu lui dis que tu reviendras bientôt. Tu rentres chez toi, tu regardes tes vêtements c’est ce que tu portais avant d’entrer dans le tableau. Tes parents ne sont pas encore rentrés. Tu te couches sur ton lit et tu t’endors.

Histoire 9
Collège Le Plan du Loup

L’homme mystérieux

Laissez-moi sortir !!
L’homme a un regard indéchiffrable, il a bloqué toutes les issues.
Tu maudis le moment où tu as décidé de cambrioler le mystérieux acheteur du tableau. Tu te remémores les événements de la journée.

Ce matin là, tu retournes voir le tableau. Mais il n’y est plus ! Paniquée, tu demandes à l’antiquaire où il se trouve.
Il a été vendu, mademoiselle.
Tu lui demandes qui l’a acheté, fébrile. Il te répond que c’est un habitué, qu’il vient souvent mais que l’homme est très sombre, il ne parle quasiment jamais. Tu décides d’attendre dans le magasin en espérant que l’homme vienne. Tu appelles Léonard et lui demandes de venir. Il arrive rapidement et, essoufflé, te demande.
Qu’est ce qui se passe ? Tu as découvert quelque chose ?
Tu lui racontes tout.
Plus les heures, passent plus vous perdez courage. Tu te décides à partir quand tout à coup la porte s’ouvre… un homme apparaît ! Tu regardes l’antiquaire avec des yeux interrogateurs, il te répond avec un sourire malicieux : c’est bien lui. L’homme mystérieux qui a acheté la toile. Tu es surprise et apeurée par son apparence, ton ami aussi.
Il est grand, il a un long manteau noir à col, et un foulard qui lui cache la moitié du visage. L’autre moitié disparaît dans l’ombre de son chapeau. Il est ténébreux, effrayant.
Quand il s’approche du magasin d’un pas lourd, quoique souple, qui te fait penser à celui d’un félin, il ne regarde même pas les étalages, il choisit une petite statuette. Il la pose sur le comptoir sans dire un mot. Tu remarques qu’il porte des gants.
Après avoir payer, il s’éloigne sans un au revoir, et disparaît dans la nuit. Tu attends quelques secondes et sors accompagné de ton ami.
Nous allons récupérer le tableau !
Léonard te regarde avec des yeux ronds.
Non mais t’es folle ?! On va pas pénétrer chez quelqu’un comme ça Armande !
Tu fais comme tu veux mais moi j’y vais.
Finalement, il décide de te suivre.
Mais je te préviens, si ça commence à tourner mal, je m’en vais.
Vous suivez l’homme jusqu’à sa maison. Il rentre et ferme la porte d’un coup sec. Comment va tu faire pour rentrer ? Tu n’en a aucune idée… Léonard souffle.
A quoi bon jouer les détectives, on est coincé dehors !
Tu cherches une solution. Mais tu n’as aucune idée… Discrètement, tu fais le tour de la maison et trouves une fenêtre entrebâillée au dessus d’un arbre. La voilà la solution !
Tu appelles Léonard.
On a juste à monter sur cet arbre et on pourra pénétrer chez lui !
Oulalah ! Mais je vais pas y arriver moi ! se lamente Léonard.
Tu commences ton ascension. Pour toi, tout va bien mais ton ami a du mal. Découragé, il descend de l’arbre.
Je t’attends à la boulangerie. Fais gaffe quand même !
Tu arrives enfin à la fenêtre. En entrant, tu aperçois le tableau par terre. Quelle chance ! Tu t’approches, prends le tableau et te diriges maladroitement vers la fenêtre. La toile est lourde. Comment vas-tu faire pour descendre de l’arbre ! Tu ne peux pas appeler Léonard, il doit être à la boulangerie en train de se gaver de pâtisseries. Tu es interrompue dans tes pensées par une main qui se pose sur ton épaule.

Voilà où tu en es, coincée, seule, dans la maison d’un homme aussi mystérieux qu’effrayant, prise la main dans le sac, en train de voler le portrait de Lucrèce.

Histoire 9
Collège Les Iris

4/ La poursuite infernale

Tu es là, il t’observe, tu n’aperçois qu’une silhouette. Un millier de pensées te passent par la tête. Pourquoi as-tu fait ça ? Que va t-il se passer maintenant ?
L’homme s’approche de toi. Tu regardes autour de toi et tu aperçois une fenêtre qui donne sur la rue voisine. Mais comment y accéder ? Cette question fait cent fois le tour dans ta tête. Tu essaies de faire diversion mais ça ne marche pas. Il se rapproche de plus en plus. Tu imagines qu’il va te faire du mal. Paniquée, tu te lèves subitement, passes entre ses jambes, saisis le tableau et fuis par le couloir. Tu cours, il te suit. Tu prends tes jambes à ton cou et continues de courir. Tu te faufiles dans les ruelles mais tu n’arrives pas à le semer. Tu fuis à travers les rues, bouscules les gens tout autour de toi. Tu te retrouves prise au piège.Tu décides de rentrer dans cette petite ruelle sombre. Malheureusement, tu te rends compte, trop tard que c’est une impasse. Tu tournes alors sur ta gauche sur la rue Meissonier qui croise la rue de Prony. Juste au coin se trouve la rue Cardinet puis l’Avenue de Villiers. Ce quartier ne t’es pas inconnu. L’homme est toujours à ta poursuite. Tu trébuches sur un bouteille de verre puis reprends ta course. L’inconnu te rattrape. Il n’y a plus d’échappatoire possible. A ce moment-là, tes yeux se portent sur le tableau, c’est ta seule solution. Sans réfléchir, tu t’élances et te jettes dans le tableau. L’homme mystérieux t’a suivi. La course continue. Plus tu cours, plus un sentiment étrange te fait frissonner. Tu entends alors une musique qui t’interpelle. Tu n’en crois pas tes oreilles, tu entends la berceuse que te chantait ta mère lorsque tu étais petite. Tu te remémores des images de ton enfance qui te reviennent en boucle. Devant toi, ta mère joue le morceau de Chopin que tu massacrais , il n’y a pas si longtemps. Mais pas le temps de t’attarder car l’homme te rattrape. Tu cours à perdre haleine, et tu te revois chez l’antiquaire avec Léonard puis à Rome. Ta tête se met à tourner, tu t’évanouis. Lorsque tu te réveilles, une main s’approche de ton épaule. Tu as beau regarder, tu ne parviens toujours pas à voir le visage de cet homme mais tu peux entendre sa voix. Cette dernière t’es familière.
- c’est moi, Léonard, dit-il
- Mais c’est imp..imposs...ible, bafouilles-tu, Léonard a quinze ans ! Vous êtes un adulte !
Derrière toi, tu aperçois la brasserie de tes parents. Mais tout semble d’une autre époque. Tu aperçois, Le petit parisien daté du 16 janvier 1908 . Mais comment tout cela est-il possible ?
Léonard te rappelle alors des anecdotes de votre enfance pour te prouver son identité. C’est incroyable, passé, présent et futur semblent s’être mélangés. Tu ne sais qu’en penser. Au même moment ton regard est attiré par une porte entrouverte. Tu entres, suivi de Léonard. Un homme, de dos, peint un tableau. Derrière se détache une silhouette, probablement son modèle. Lucrèce ou son sosie ?

Histoire 9
Collège Jean Macé

La fin d’un cauchemar

Tu fais un pas de côté. Tu t’approches car tout cela t’intrigue. A la vue du modèle posant si gracieusement, ton cœur se serre. Elle te ressemble tant que c’en est troublant : cheveux bruns, lisses, yeux marrons, plutôt grande. Tu en restes figée.
"Je vous pris de patienter, je finis ma toile" dit le peintre. Il se tourne alors vers vous, dévoilant ainsi le tableau. Oui, c’est bien lui. Dès le premier coup d’œil, vous le reconnaissez, ce fameux tableau. Vous l’avez vu des milliers de fois.
De son côté, le peintre semble sidéré. Il balbutie :
« Amandine, cette jeune fille vous ressemble singulièrement ! »
Tu te tournes vers elle.
- Moi, c’est Armande ! Et mes parents tiennent une brasserie en 2017.
- Pourquoi en 2017 ?
Tu soupires, un peu embarrassée. Puis, tu as une idée. Tu sors ta carte d’identité et la tends à Amandine. Elle la lit à voix haute :
« -Armande Delaunay, née le 23 décembre 2002, articule-t-elle lentement. C’est... c’est incroyable car le nom de mon mari est Delaunay et...
Tu t’écries, pleine d’espoir :
- Alors, vous seriez mon arrière-grand-mère ?
- Arrière-arrière-grand-mère, précise-t-elle. »
Tes yeux se remplissent de larmes de bonheur. Cette femme est ton aïeule !
Tu discutes avec Amandine, sans t’arrêter : tu veux tout savoir sur elle et elle tout sur toi.

Au bout d’une heure, tu as noué tant de liens avec ton ancêtre que tu as complètement oublié pourquoi Léonard est là. Tu fixes ton ami. Ou plutôt ton ami devenu adulte. Tu ne le reconnais pas tant que ça. Peut être à cause de cette barbe qu’il a laissé pousser.
Comme s’il lisait dans tes pensées, Léonard déclare :
« Ce n’est pas pour le plaisir que j’ai voyagé dans le temps, Armande. C’était pour te protéger. Tu sais, nous sommes encore amis en 2031. Mais toi... tu deviens très malheureuse. »
Tu ne comprends pas où il veut en venir.
-  Ne soupires pas, je t’explique continue Léonard. Je viens de 2031 pour t’empêcher de détruire le tableau…
- Une minute ! Pourquoi je le détruirais ? répliques-tu.
- Un peu de patience, j’y viens. En 2017, tu étais fascinée par la ressemblance entre toi et la jeune fille peinte sur ce tableau. Mais tu ne réussissais pas à trouver la moindre information sur ce tableau. À tel point que tu as fini par le voler et un jour, sous le coup de la colère, par le détruire à coups de couteau.
Après cette révélation, vous restez silencieux pendant un long moment.

Tu es très reconnaissante envers Léonard mais tu as besoin de quelques minutes pour comprendre ce qui se passe en toi.
"Maintenant que je sais qui est mon ancêtre j’aimerai bien rester avec elle. Après tout, pourquoi ne pas rester en 1908 ? Je suis bien ici. Chez moi, mes parents sont toujours débordés. Ici, au moins, je serais heureuse.
Je m’emballe vite je sais.
D’un autre côté, si je reste en 1908 , mes parents s’inquièteront, mes amis du présent se demanderont où je suis. Cela signifierait abandonner mes parents, mes amis, Léonard (le vrai) et tous les souvenirs que nous avons partagés ensemble."

Léonard te regarde, interrogatif. Tu réponds à sa question muette :
"C’est un choix difficile. Je vais retourner dans le présent, en laissant derrière moi mes chagrins, mes doutes... mais aussi mon ancêtre. Je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu as fait pour moi, tu es comme un frère."
Soudain, tu doutes :
"-Léonard. Et si ce n’était qu’un rêve ?
- Tiens. Je te donne mon bracelet Et si tu l’as en 2017, c’est que ce n’est pas un rêve."
Le bracelet est une chaine argentée avec des horloges accrochées.

Amandine s’approche de vous : "Alors, tu veux retourner là-bas ?"
Elle tombe en sanglots. Toi aussi, tu pleures. Mais tu sais que le meilleur est de partir et vivre ta vie. Tu adresses un dernier adieu à Amandine et au peintre puis tu rejoins Léonard. Il fait un pas dans le tableau et tu le suis sans hésitation.
Tu t’arrêtes en 2017 et il continue jusqu’en 2031.

Tu rentres enfin chez toi. Tu as envie de raconter ton histoire à tes parents et surtout à Léonard.
Face à toi, ta mère affiche un air sévère :
« -Armande.. Peux-tu m’expliquer ce que tu faisais pendant tout ce temps ?
- Je... J’étais...
Une grande bouffée de tendresse t’envahit. Tu fais un énorme câlin à ta mère. Tu lui dis : "Maman ! Tu m’as manquée !". Elle est surprise. Elle ne sait plus quoi dire. "Armande ! Mais enfin ! Bon, ça fait quand même plaisir !"

Maintenant, tu te dis qu’ils ne te croiraient pas et que tant que toi tu y crois, ça suffit. Tu as quelque chose autour du poignet. C’est le bracelet de Léonard !

Histoire 9
Violaine Schwartz

1/ La jumelle d’une autre époque

Dingue ! C’est qui ? C’est moi ?
Ton visage sort de l’ombre, il accroche la lumière. De trois-quart profil, tu es coupée au niveau de la poitrine par le bois de l’encadrement. Tes cheveux châtains sont noués en chignon bas, quelques mèches plus claires donnent du relief à ta coiffure. Tu es drapée dans une étole grise, irisée de blanc. Tu as un peu de rose aux joues, le même que sur tes lèvres rebondies, une pointe de bleu pour pâlir ta peau, quelques gouttes de sang sur la gorge, une éraflure au dessus de la clavicule.
Truc de ouf, j’y crois pas.
Le reste de la composition est cendré, marron, beige, tabac, couleurs d’automne. Tu tiens un grand couteau dans ta main gauche, si grand que la pointe de la lame s’enfonce dans l’or du cadre. Tu as une boucle d’oreille, un anneau serti d’une perle, comme un éclat sur ta nuque.
Léonard, j’ai la même à la maison. Exactement la même, je te dis ! C’était à ma grand-mère. Comment c’est possible ? Qu’est-ce qu’il y a écrit sur l’étiquette ?
Tableau caravagesque napolitain du XVII siècle.
C’est quoi caravagesque ?
J’en sais rien.
Ça doit être un truc en rapport avec les ravages. Un truc qui ravage quoi. Qui ravage grave de grave.

Tu t’assieds sur le bord du trottoir, les jambes en coton tout à coup. Tu te pinces le bras, tu sens parfaitement la pression de tes doigts sur ta peau, donc tu ne rêves pas. Tu es bien là, en chair et en os, face à toi, en peinture. Léonard pousse la porte de la boutique.
Je vais demander le prix, tu ne veux pas savoir combien tu coûtes ?
Très drôle
Fais pas cette tête. C’est pas un drame, quand même.

Tu te lèves pour le suivre, mais aussitôt tu te rassieds, puis tu te relèves, puis tu te rassieds, tu ne sais pas quoi faire de toi, tu as peur de te montrer au marchand d’art, qu’est-ce qu’il va dire quand il va découvrir ton visage ?
Venez-là, mademoiselle, que je vous accroche dans ma vitrine ! Venez-là que je vous encadre !
Quelle horreur !
Tu jettes un œil en douce dans le désordre de la boutique. La gazelle empaillée te regarde fixement, de ses pupilles étoilées. Léonard te fait des signes pour que tu le rejoignes à l’intérieur.
Tu prends ton courage à deux mains, tu pousses la porte d’entrée.
En effet, dit le brocanteur, vous avez raison jeune homme, c’est étonnant, c’est Lucrèce en personne.
Luquoi ?
Lucrèce. Enfin, ce n’est pas Lucrèce, bien-sûr. Va savoir comment était la vraie Lucrèce. Ce que vous voyez sur ce tableau, n’est ce pas, très original, très sobre, d’habitude, on la montre en train de se poignarder le cœur, ce que vous voyez donc, ce n’est pas la vraie Lucrèce, bien entendu, c’est un modèle déguisée en Lucrèce. Une jeune fille italienne du XVIIè siècle qui devait arrondir ses fins de mois en posant dans les ateliers de peinture. Vous posez, vous aussi, mademoiselle ?
Non, monsieur.
Vous devriez. C’est la meilleure méthode pour devenir immortel, et qui n’en rêve pas, n’est ce pas ?

Il te dévisage d’un œil de connaisseur derrière ses lunettes rondes, comme si tu étais une chose, ce n’est pas très agréable. Il est un peu bossu, mais très élégant, vêtu de noir, les mains couvertes de bagues.
Brusquement, il se dirige vers une lampe en forme de globe terrestre, posée sur un tapis persan.
Savez-vous que, selon une légende populaire, nous avons sept sosies de par le monde ?
D’un geste délicat, il fait lentement tourner le globe sur lui-même. Comme par magie, il s’illumine de l’intérieur, sous tes yeux ébahis.
Nous sommes actuellement sept milliards d’êtres humains sur la vaste terre, ce qui nous fait, si je ne m’abuse, un sosie par milliards d’habitants, voilà un calcul simple, mais si l’on rajoute à cette base la notion du temps, n’est ce pas, nous sommes au XXI ème siècle, donc 21 divisé par 7, ça nous fait un sosie tous les trois siècles. Donc, au travail, mademoiselle, il ne vous en reste plus que six à trouver, c’est formidable !
Il coûte combien, le tableau ? Se risque soudain à demander Léonard.
Une bagatelle. 6800 euros.

Il est hors de question que ce tableau t’échappe. Tu le veux. De toutes tes forces.
Papa, prête-moi un peu d’argent. Je t’en supplie. C’est très important.
Tu sauras le convaincre. Tu trouveras les mots nécessaires. Ne t’inquiète pas. Tu arrives toujours à le mettre dans ta poche.
Et soudain, tu te souviens de ton cours de piano, vite, vite, tu bégayes un revoir à l’antiquaire, tu fais une bise à Léonard.
Je me sauve, à demain.
Tu cours le long du parc Monceau, double croche, double croche, tu descends la rue du faubourg Saint-Honoré, triolet, noire pointée, voilà enfin le Conservatoire Camille Saint-Saens, tu montes l’escalier Ravel, tu pousses la porte de la salle Debussy.
C’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Je vous écoute. J’espère que vous avez progressé depuis la dernière fois.
Tu massacres allègrement ton Nocturne de Chopin.

Histoire 9
Collège Maria Casarès

La rencontre

Tu rentres chez toi directement après ce maudit cours de piano. Exténuée, tu te diriges directement dans ta chambre et claques la porte derrière toi. Tu te laisses tomber sur ton lit, au milieu des coussins, attrapes ton ordinateur. Google, recherche, Lucrèce, Wikipédia. Tu y passes toute l’après midi, dans un silence complet, personne pour te déranger, tu as ouvert plus de cent onglets. La nuit tombe, tu n’as pas bougé de toute la soirée, le soleil disparaît, tu commences à avoir faim. Il est neuf heures, tu décides de faire une pause pour manger.
Deux heures se sont écoulées, tes parents ne sont toujours pas là comme d’habitude.
Tu as trouvé quelques informations : Lucrèce, une adolescente violée par un des fils du roi Tarquin Le Superbe, vivant en 509 avant J.C . Après avoir expliqué l’acte du prince et réclamé vengeance, celle-ci se donne la mort avec un couteau caché sous ses vêtements.
Pourquoi ? Car elle ne veut pas donner l’exemple d’une femme qui aurait survécu au déshonneur.
Tu es perturbée. Son visage est similaire au tien malgré les milliers d’années qui vous séparent. Il est tard, tu t’endors, ton ordinateur allumé.
Le lendemain matin, tu te réveilles avant tes parents pour leur donner l’impression que tu es partie au collège. Tu retournes dans ton lit et puis tu patientes. Une fois tes parents partis, tu sors de ta cachette et tu t’assois sur ton lit. Tu réfléchis, vas-tu aller acheter le tableau avec l’argent volé à ta mère ? Tu te demandes si tu garderas ce vol sur la conscience. Finalement tu te décides. Tu ne mêleras pas Léonard à cette histoire. Tu sais où ta mère cache l’argent, derrière le miroir que papy lui a offert. Tu prends des billets.
Tu te rends au magasin d’antiquités, tu poses tout l’argent sur le bureau du vendeur. Celui-ci, étonné, te demande ce que tu veux faire de tout cet argent. Tu lui réponds que c’est l’anniversaire de ta mère et que ton père t’attend dehors. Le vendeur accepte. Tu sors du magasin et tu rentres chez toi le tableau dans les mains. Tu ouvres la porte, personne, comme toujours.
Tu traverses le long couloir, tu poses le tableau dans ta chambre et tu manges toute seule, en l’admirant.Tu te poses des questions qui restent sans réponses. Avachie sur ton lit, la tête dans tes bras, tu l’observes déjà depuis plusieurs heures.
Trois heures du matin. Tes parents rentrent, tu te précipites pour cacher le tableau dans ton armoire et te recouches rapidement. Tu as mal à la tête, tu penses à trop de choses, tu as l’impression que ton lit tangue. Soudain, un bruit… Tu te réveilles en sursaut, c’est comme un claquement de porte. Tes parents sont déjà couchés, tu ne comprends pas, tu préfères te rendormir. Toujours cette migraine....Soudain, du vent souffle dans ta chambre, des frissons parcourent ton corps, tu commences à avoir froid. Tu relèves la tête et tu vois les portes de ton placard claquer. Tu as peur ! Tu ne te sens plus toi même, tu te rassures en te disant que ce n’est qu’un rêve. Mais une voix t’appelle : « Viens, Armande. Viens. » Tu te diriges vers ton placard.
Tu l’ouvres, l’image s’est effacée. Tu es choquée. Tu touches le tableau. Tu entends une voix qui te dit « Viens,Viens Armande ». Comment connaît-t-elle ton prénom ? Tu entres dans le tableau, tu sens une transformation : désormais, tu portes une stola rose, des sandales et tes cheveux sont bouclés. Tu comprends que tu es à Rome. Au loin, tu reconnais Lucrèce assise, les bras croisés. Elle t’attend, peut être est-ce elle qui a bougé le tableau ? Tu as peur. Tu te pinces pour te réveiller mais c’est la réalité. Tu as des sensations bizarres : tu sens l’odeur des olives, des galettes, du fromage. Tu es mal à l’aise dans tes chaussures, tu n’as pas l’habitude de porter des sandales.Tu rejoins Lucrèce, elle te raconte son histoire. Dis que tu lui ressembles. Tu te poses des questions tu lui demandes si c’est elle qui a bougé le tableau. Elle te répond qu’elle avait besoin de te parler et toi de l’écouter. Tu lui demandes comment tu as atterri ici, elle te dit qu’elle ne sait pas. Mais elle est contente que tu sois là.
Tu regardes l’heure, il est 20h. Tu dois partir, alors Lucrèce te montre une porte que seule vous deux pouvez emprunter. Tu lui dis que tu reviendras bientôt. Tu rentres chez toi, tu regardes tes vêtements c’est ce que tu portais avant d’entrer dans le tableau. Tes parents ne sont pas encore rentrés. Tu te couches sur ton lit et tu t’endors.

Histoire 9
Collège Le Plan du Loup

L’homme mystérieux

Laissez-moi sortir !!
L’homme a un regard indéchiffrable, il a bloqué toutes les issues.
Tu maudis le moment où tu as décidé de cambrioler le mystérieux acheteur du tableau. Tu te remémores les événements de la journée.

Ce matin là, tu retournes voir le tableau. Mais il n’y est plus ! Paniquée, tu demandes à l’antiquaire où il se trouve.
Il a été vendu, mademoiselle.
Tu lui demandes qui l’a acheté, fébrile. Il te répond que c’est un habitué, qu’il vient souvent mais que l’homme est très sombre, il ne parle quasiment jamais. Tu décides d’attendre dans le magasin en espérant que l’homme vienne. Tu appelles Léonard et lui demandes de venir. Il arrive rapidement et, essoufflé, te demande.
Qu’est ce qui se passe ? Tu as découvert quelque chose ?
Tu lui racontes tout.
Plus les heures, passent plus vous perdez courage. Tu te décides à partir quand tout à coup la porte s’ouvre… un homme apparaît ! Tu regardes l’antiquaire avec des yeux interrogateurs, il te répond avec un sourire malicieux : c’est bien lui. L’homme mystérieux qui a acheté la toile. Tu es surprise et apeurée par son apparence, ton ami aussi.
Il est grand, il a un long manteau noir à col, et un foulard qui lui cache la moitié du visage. L’autre moitié disparaît dans l’ombre de son chapeau. Il est ténébreux, effrayant.
Quand il s’approche du magasin d’un pas lourd, quoique souple, qui te fait penser à celui d’un félin, il ne regarde même pas les étalages, il choisit une petite statuette. Il la pose sur le comptoir sans dire un mot. Tu remarques qu’il porte des gants.
Après avoir payer, il s’éloigne sans un au revoir, et disparaît dans la nuit. Tu attends quelques secondes et sors accompagné de ton ami.
Nous allons récupérer le tableau !
Léonard te regarde avec des yeux ronds.
Non mais t’es folle ?! On va pas pénétrer chez quelqu’un comme ça Armande !
Tu fais comme tu veux mais moi j’y vais.
Finalement, il décide de te suivre.
Mais je te préviens, si ça commence à tourner mal, je m’en vais.
Vous suivez l’homme jusqu’à sa maison. Il rentre et ferme la porte d’un coup sec. Comment va tu faire pour rentrer ? Tu n’en a aucune idée… Léonard souffle.
A quoi bon jouer les détectives, on est coincé dehors !
Tu cherches une solution. Mais tu n’as aucune idée… Discrètement, tu fais le tour de la maison et trouves une fenêtre entrebâillée au dessus d’un arbre. La voilà la solution !
Tu appelles Léonard.
On a juste à monter sur cet arbre et on pourra pénétrer chez lui !
Oulalah ! Mais je vais pas y arriver moi ! se lamente Léonard.
Tu commences ton ascension. Pour toi, tout va bien mais ton ami a du mal. Découragé, il descend de l’arbre.
Je t’attends à la boulangerie. Fais gaffe quand même !
Tu arrives enfin à la fenêtre. En entrant, tu aperçois le tableau par terre. Quelle chance ! Tu t’approches, prends le tableau et te diriges maladroitement vers la fenêtre. La toile est lourde. Comment vas-tu faire pour descendre de l’arbre ! Tu ne peux pas appeler Léonard, il doit être à la boulangerie en train de se gaver de pâtisseries. Tu es interrompue dans tes pensées par une main qui se pose sur ton épaule.

Voilà où tu en es, coincée, seule, dans la maison d’un homme aussi mystérieux qu’effrayant, prise la main dans le sac, en train de voler le portrait de Lucrèce.

Histoire 9
Collège Les Iris

4/ La poursuite infernale

Tu es là, il t’observe, tu n’aperçois qu’une silhouette. Un millier de pensées te passent par la tête. Pourquoi as-tu fait ça ? Que va t-il se passer maintenant ?
L’homme s’approche de toi. Tu regardes autour de toi et tu aperçois une fenêtre qui donne sur la rue voisine. Mais comment y accéder ? Cette question fait cent fois le tour dans ta tête. Tu essaies de faire diversion mais ça ne marche pas. Il se rapproche de plus en plus. Tu imagines qu’il va te faire du mal. Paniquée, tu te lèves subitement, passes entre ses jambes, saisis le tableau et fuis par le couloir. Tu cours, il te suit. Tu prends tes jambes à ton cou et continues de courir. Tu te faufiles dans les ruelles mais tu n’arrives pas à le semer. Tu fuis à travers les rues, bouscules les gens tout autour de toi. Tu te retrouves prise au piège.Tu décides de rentrer dans cette petite ruelle sombre. Malheureusement, tu te rends compte, trop tard que c’est une impasse. Tu tournes alors sur ta gauche sur la rue Meissonier qui croise la rue de Prony. Juste au coin se trouve la rue Cardinet puis l’Avenue de Villiers. Ce quartier ne t’es pas inconnu. L’homme est toujours à ta poursuite. Tu trébuches sur un bouteille de verre puis reprends ta course. L’inconnu te rattrape. Il n’y a plus d’échappatoire possible. A ce moment-là, tes yeux se portent sur le tableau, c’est ta seule solution. Sans réfléchir, tu t’élances et te jettes dans le tableau. L’homme mystérieux t’a suivi. La course continue. Plus tu cours, plus un sentiment étrange te fait frissonner. Tu entends alors une musique qui t’interpelle. Tu n’en crois pas tes oreilles, tu entends la berceuse que te chantait ta mère lorsque tu étais petite. Tu te remémores des images de ton enfance qui te reviennent en boucle. Devant toi, ta mère joue le morceau de Chopin que tu massacrais , il n’y a pas si longtemps. Mais pas le temps de t’attarder car l’homme te rattrape. Tu cours à perdre haleine, et tu te revois chez l’antiquaire avec Léonard puis à Rome. Ta tête se met à tourner, tu t’évanouis. Lorsque tu te réveilles, une main s’approche de ton épaule. Tu as beau regarder, tu ne parviens toujours pas à voir le visage de cet homme mais tu peux entendre sa voix. Cette dernière t’es familière.
- c’est moi, Léonard, dit-il
- Mais c’est imp..imposs...ible, bafouilles-tu, Léonard a quinze ans ! Vous êtes un adulte !
Derrière toi, tu aperçois la brasserie de tes parents. Mais tout semble d’une autre époque. Tu aperçois, Le petit parisien daté du 16 janvier 1908 . Mais comment tout cela est-il possible ?
Léonard te rappelle alors des anecdotes de votre enfance pour te prouver son identité. C’est incroyable, passé, présent et futur semblent s’être mélangés. Tu ne sais qu’en penser. Au même moment ton regard est attiré par une porte entrouverte. Tu entres, suivi de Léonard. Un homme, de dos, peint un tableau. Derrière se détache une silhouette, probablement son modèle. Lucrèce ou son sosie ?

Histoire 9
Collège Jean Macé

La fin d’un cauchemar

Tu fais un pas de côté. Tu t’approches car tout cela t’intrigue. A la vue du modèle posant si gracieusement, ton cœur se serre. Elle te ressemble tant que c’en est troublant : cheveux bruns, lisses, yeux marrons, plutôt grande. Tu en restes figée.
"Je vous pris de patienter, je finis ma toile" dit le peintre. Il se tourne alors vers vous, dévoilant ainsi le tableau. Oui, c’est bien lui. Dès le premier coup d’œil, vous le reconnaissez, ce fameux tableau. Vous l’avez vu des milliers de fois.
De son côté, le peintre semble sidéré. Il balbutie :
« Amandine, cette jeune fille vous ressemble singulièrement ! »
Tu te tournes vers elle.
- Moi, c’est Armande ! Et mes parents tiennent une brasserie en 2017.
- Pourquoi en 2017 ?
Tu soupires, un peu embarrassée. Puis, tu as une idée. Tu sors ta carte d’identité et la tends à Amandine. Elle la lit à voix haute :
« -Armande Delaunay, née le 23 décembre 2002, articule-t-elle lentement. C’est... c’est incroyable car le nom de mon mari est Delaunay et...
Tu t’écries, pleine d’espoir :
- Alors, vous seriez mon arrière-grand-mère ?
- Arrière-arrière-grand-mère, précise-t-elle. »
Tes yeux se remplissent de larmes de bonheur. Cette femme est ton aïeule !
Tu discutes avec Amandine, sans t’arrêter : tu veux tout savoir sur elle et elle tout sur toi.

Au bout d’une heure, tu as noué tant de liens avec ton ancêtre que tu as complètement oublié pourquoi Léonard est là. Tu fixes ton ami. Ou plutôt ton ami devenu adulte. Tu ne le reconnais pas tant que ça. Peut être à cause de cette barbe qu’il a laissé pousser.
Comme s’il lisait dans tes pensées, Léonard déclare :
« Ce n’est pas pour le plaisir que j’ai voyagé dans le temps, Armande. C’était pour te protéger. Tu sais, nous sommes encore amis en 2031. Mais toi... tu deviens très malheureuse. »
Tu ne comprends pas où il veut en venir.
-  Ne soupires pas, je t’explique continue Léonard. Je viens de 2031 pour t’empêcher de détruire le tableau…
- Une minute ! Pourquoi je le détruirais ? répliques-tu.
- Un peu de patience, j’y viens. En 2017, tu étais fascinée par la ressemblance entre toi et la jeune fille peinte sur ce tableau. Mais tu ne réussissais pas à trouver la moindre information sur ce tableau. À tel point que tu as fini par le voler et un jour, sous le coup de la colère, par le détruire à coups de couteau.
Après cette révélation, vous restez silencieux pendant un long moment.

Tu es très reconnaissante envers Léonard mais tu as besoin de quelques minutes pour comprendre ce qui se passe en toi.
"Maintenant que je sais qui est mon ancêtre j’aimerai bien rester avec elle. Après tout, pourquoi ne pas rester en 1908 ? Je suis bien ici. Chez moi, mes parents sont toujours débordés. Ici, au moins, je serais heureuse.
Je m’emballe vite je sais.
D’un autre côté, si je reste en 1908 , mes parents s’inquièteront, mes amis du présent se demanderont où je suis. Cela signifierait abandonner mes parents, mes amis, Léonard (le vrai) et tous les souvenirs que nous avons partagés ensemble."

Léonard te regarde, interrogatif. Tu réponds à sa question muette :
"C’est un choix difficile. Je vais retourner dans le présent, en laissant derrière moi mes chagrins, mes doutes... mais aussi mon ancêtre. Je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu as fait pour moi, tu es comme un frère."
Soudain, tu doutes :
"-Léonard. Et si ce n’était qu’un rêve ?
- Tiens. Je te donne mon bracelet Et si tu l’as en 2017, c’est que ce n’est pas un rêve."
Le bracelet est une chaine argentée avec des horloges accrochées.

Amandine s’approche de vous : "Alors, tu veux retourner là-bas ?"
Elle tombe en sanglots. Toi aussi, tu pleures. Mais tu sais que le meilleur est de partir et vivre ta vie. Tu adresses un dernier adieu à Amandine et au peintre puis tu rejoins Léonard. Il fait un pas dans le tableau et tu le suis sans hésitation.
Tu t’arrêtes en 2017 et il continue jusqu’en 2031.

Tu rentres enfin chez toi. Tu as envie de raconter ton histoire à tes parents et surtout à Léonard.
Face à toi, ta mère affiche un air sévère :
« -Armande.. Peux-tu m’expliquer ce que tu faisais pendant tout ce temps ?
- Je... J’étais...
Une grande bouffée de tendresse t’envahit. Tu fais un énorme câlin à ta mère. Tu lui dis : "Maman ! Tu m’as manquée !". Elle est surprise. Elle ne sait plus quoi dire. "Armande ! Mais enfin ! Bon, ça fait quand même plaisir !"

Maintenant, tu te dis qu’ils ne te croiraient pas et que tant que toi tu y crois, ça suffit. Tu as quelque chose autour du poignet. C’est le bracelet de Léonard !