Histoire 1

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 1
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 1
Violaine Schwartz

Une semaine à la fenêtre, et rien de rien.

Depuis samedi dernier, elle ne s’est plus montrée.
Tous les jours, pourtant, Hugo l’a attendue, à son poste de gué.
Le dimanche, rien.
Le lundi, en rentrant du collège, il s’est précipité derrière son carreau, il n’a vu, au travers de ses jumelles, qu’une moitié de La Bardot, assise sur le bord de son canapé.
Le mardi, il a caressé à distance le chat d’en face aux poils roux, roulé en boule sur le tapis.
Le mercredi, au cœur de la nuit (il avait mis le réveil exprès), il n’a vu que du noir sur du noir.
Et le jeudi, il s’est fait surprendre par sa mère, bêtement.
D’habitude, elle revient plus tard de son travail mais depuis que Papa est parti, elle est devenue complètement imprévisible. Parfois, elle ne rentre qu’à la nuit et parfois, elle est encore en pyjama à l’heure du goûter.
Mais tu espionnes les voisins ? Ça va pas la tête ? Et en plus, tu fouilles dans les cartons de ton père ? Rends-moi ça immédiatement. Et plus vite que ça.
Le vendredi, à l’oeil nu, il n’a vu que la tortue passer dans le cadre, à moins que ce ne soit le bébé crocodile ?
Et le samedi, c’est aujourd’hui.
Peut-être qu’elle n’apparaît que le samedi, s’était-il dit, plein d’espoir.
Mais non.
Il est resté toute la matinée, planqué derrière sa vitre.
Et rien.
Il ne s’est absenté que pour aller déjeuner avec sa mère, et encore à toute allure.
Mais qu’est-ce que tu as à t’enfermer comme ça dans ta chambre ? Donne-moi ton portable. C’est mauvais pour la santé. Tu es triste, à cause de Papa, c’est ça ? Tu peux me parler, tu sais.
Hugo lui a fait un gros bisou pour la réconforter, et puis il est retourné à sa fenêtre.
Mais rien de rien de rien de rien.
Pourtant elle existe, se dit-il. Je ne l’ai pas inventée quand même. Pourquoi j’irais inventer un truc pareil ? Peut-être qu’elle n’habite pas là, elle n’a fait qu’une visite à Mamie Tortue, et voilà tout.
Il faudrait se renseigner auprès de la vieille dame mais il n’ose pas trop. Elle fait un peu peur, avec son manteau bizarre.
Il repousse cette solution à plus tard.
Ou alors, peut-être qu’il faut être puni comme le week-end dernier, pour qu’elle se montre ? Je pourrais refaire le coup de la signature sur le carnet de liaison, pour voir.
Mais pensant à la future engueulade entre ses deux parents, il y renonce. C’est déjà tellement compliqué.
Ou peut-être que c’est la façon dont j’étais habillé samedi dernier qui l’a attirée à la fenêtre ? Mais comment j’étais déjà ? Ah oui, j’avais mis le vieux gilet de papa, pour faire bisquer maman. Le gilet tricoté par mémé. Le dimanche, par contre, j’avais mis mes habits de tous les jours, comme tous les autres jours. Peut-être qu’elle n’aime pas mes habits de tous les jours, se dit-il soudain, que ça lui rappelle des mauvais souvenirs ?
Et il repense à cette drôle de chanson, échappée de son placard :
je suis un blue-jeans, fait par une gamine.
Fort de cette découverte, il galope chercher en douce le gilet tricoté par mémé que sa mère, furieuse, a enfoui au fond d’un des cartons de déménagement.
Je t’interdis de toucher aux affaires de ton père, tu as compris ?
Hugo regarde tous ces cartons entassés les uns sur les autres dans le salon et soudain il repense à la pièce Comment on freine ?
Si ça se trouve, il n’y a que des habits là-dedans.
Il s’approche lentement d’un carton étiqueté : Livres Gilles.
Il l’ouvre précautionneusement.
Il se sent vaguement coupable.
À l’intérieur, il trouve la collection de livres de cuisine de son père.
Poulet à la noix de coco. Tiramisu. Rôti de porc aux pruneaux.
Soudain, il a comme une envie de pleurer.
Depuis que Papa est parti, c’est spaghettis à toutes les sauces.
Dans un autre carton, il finit par dégotter le vieux gilet tricoté main, il l’enfile et retourne à son poste.
Mais rien ne se passe.
Et puis, sa mère fait la sieste mais elle peut se réveiller à chaque instant et ça va encore barder.
Il cache le vieux gilet au fond de son placard et commence à observer un a un tous ses habits.
Made in China. Made in Spain. Made in Turkey. Made in Bangladesh. Made in très loin.
Il entend comme un mur qui s’écroule, tout à coup.
Il referme son placard, épouvanté.
Bon, ça suffit ces conneries, se dit-il, je vais aller voir La Mère Tortue, et puis c’est tout.
Il s’emmitoufle dans le vieux gilet comme pour se porter chance, il tend l’oreille, sa mère est toujours dans sa chambre, il traverse le salon à pas de loup, il referme la porte tout doucement derrière lui, il traverse courageusement la rue, et là, incroyable ! Au moment où il arrive devant l’entrée de l’immeuble d’en face, elle s’ouvre comme par magie, et il se retrouve nez à nez avec La Mère Tortue.
Il la laisse passer devant lui et il commence à la suivre.

Histoire 1
Cité Scolaire Internationale de Gerland

Chapitre 3 - Tendre Bangladaise

Quand tu avais un an et quelques mois
Un beau jour, j’ai vu un portrait de toi
Tes petits yeux brillaient, étincelaient
Tendre Bangladaise, je t’ai parrainée

Quand tu avais sept ans, encore enfant,
Tu cousais déjà tes propres vêtements
Tard, nul ne te racontait des histoires
J’aurais tellement voulu venir te voir

Tu es la fille que je voulais
Celle que je n’ai jamais eue
Maintenant que tu es venue
Je te garderai à jamais

Quand tu as eu 15 ans et quelques jours
Envoyée dans une usine pour toujours
Tes études rêvées parties de travers
Mais toi, ton devoir, c’est d’aider tes frères

Quand tu avais 20 ans je m’en souviens
Tu travaillais dur, tout ça pour un rien
Du sang plein les mains, des larmes de chagrin
L’inquiétude me réveillait chaque matin

Tu es la fille que je voulais
Celle que je n’ai jamais eue
Maintenant que tu es venue
Je te garderai à jamais

Et maintenant que tu as bien grandi
Survécu à de tristes péripéties
Je viens te donner le double de mes clés
Tu vivras chez moi en sécurité

Tu es la fille que je voulais
Celle que je n’ai jamais eue
Maintenant que tu es venue
Je te garderai à jamais

Histoire 1
Collège Jean Charcot

Ils se rencontrent enfin.

« Excusez-moi, madame » s’écrie H et M, essoufflé.
Alors qu’il marchait tranquillement dans la rue, rentrant d’une longue journée de collège, il a soudain vu apparaître la femme au sari qu’il avait aperçue l’autre soir à la fenêtre de l’appartement de Mme Tortue. Croyant rêver, et trop curieux pour la laisser partir, il a alors décidé de la suivre afin de savoir qui elle est.
Sentant une présence dans son dos, elle presse le pas et se retourne régulièrement pour voir s’il est toujours derrière elle. H et M insiste. Au coin de la rue, la femme au sari prend à droite. Le temps que H et M tourne à son tour, elle a disparu. Il a juste le temps de voir la porte du bas de l’immeuble de Mme Tortue claquer.
« Pourquoi t’as fait ça ? Tu lui as fait trop peur ! », se dit le jeune homme en lui-même. H et M rentre chez lui, dubitatif, portant en lui un sentiment de malaise. Il y repense toute la nuit sans réussir à trouver le sommeil.

Le lendemain, en début d’après-midi, rempli de remords, Hugo décide d’aller chez Mme Tortue, la voisine, afin de pouvoir s’excuser auprès de la jeune femme du comportement qu’il avait eu la veille. La vieille dame de 77 ans lui ouvre la porte et l’invite à rentrer.
« Mon p’tit Hugo, je t’en prie, entre ! Ça me fait plaisir de te voir ! Viens au salon avec moi, j’ai quelqu’un à te présenter ».
Hugo suit Mme Tortue et aperçoit la femme au sari installée confortablement dans le salon. Elle est stupéfaite et commence à paniquer.
Sans leur laisser le temps de dire quoi que ce soit, Mme Tortue commence les présentations :
« Hugo, voici Chapna qui habite chez moi depuis bientôt un mois. Elle vient du Bangladesh et ne parle pas encore très bien le français… C’est un joli nom, pas commun, Chapna. Tu sais, ça veut dire rêve en bengali. » La dame âgée se retourne ensuite vers la jeune femme, et, dans un parfait anglais, elle lui dit : « Chapna, here is Hugo. He is my young neighbour… » Enfin, d’un air jovial et convivial, elle leur annonce dans une langue hybride : « Je vais chercher du tea. En attendant, talk together ».
Après un instant, hésitant, Hugo prend la parole.
« Sorry for yesterday. I didn’t want to… faire peur… to you. » Le jeune homme a l’air de se débattre avec les mots. « I just wanted to… Ah, comment on dit ça déjà ?... Faire ta connaissance… You understand ? ».
Chapna fronce les sourcils, sceptique. Hugo continue tout de même à essayer de se faire comprendre. Il s’exclame alors :
« What a nice sari ! Ça me rappelle une pièce que j’ai vue avec mon collège… You see, with my college, my teacher, my friends…
C’est sari de Dacca, ville au Bangladesh, moi je viens.
Pourquoi aujourd’hui tu vis ici ? Here ? Not in Bangladesh ?
Big accident in Dacca. Je partir vite. Plus famille, plus maison, plus travail. My job has… cassé. BOUUM (elle mime l’explosion avec ses mains). All my friends were killed and I stayed alone. I had to move, quickly. It was tough. Fortunately for me, I met there Mme Tortue… ».
Chapna éclate en sanglots. Hugo ne sait pas comment réagir, choqué. Il s’en veut de l’avoir plongée dans cet état, d’avoir fait resurgir ses souvenirs si tristes. Il lui tend un mouchoir en papier qu’il avait dans son sac. Chapna le prend, sèche ses larmes et esquisse un léger sourire en constatant la gentillesse d’Hugo.

Soudain, un grand fracas de vaisselle brisée… Puis plus rien. Chapna et H et M accourent dans la cuisine. Mme Tortue est allongée sur le sol, au milieu de tasses et de coupelles en morceaux. Ils lui parlent mais elle ne répond pas. Pendant que H et M effectue les gestes de premier secours qu’il a appris au collège - au troisième trimestre de 5eme, il s’en souvient comme si c’était hier -, Chapna lui tend le téléphone pour qu’il puisse communiquer avec le SAMU en attendant la venue des secouristes.
Les sapeurs-pompiers arrivés sur les lieux, les deux jeunes, paniqués, accompagnent Mme Tortue en bas de l’immeuble, jusqu’à l’ambulance. Elle n’a pas repris connaissance : c’est inquiétant. Les formulaires et déclarations d’usages doivent alors être complétés par les témoins. Hugo sort sa carte d’identité et se retourne vers la jeune fille pour qu’elle remplisse aussi le questionnaire : elle n’est déjà plus là.

Histoire 1
Collège La Tourette

La chanson de Dacca

Un soir à la fenêtre, pour une punition
Ce fut une apparition
Ouvrière humble et jolie
Elle fuyait toujours sa vie
Et lorsqu’H&M, comme une aventure
Organise une filature
Tout en s’efforçant de la rencontrer
S’était mis à l’écouter
Son récit fini, elle a disparu
Mais lui murmurait ne la voyant plus

Bienvenue Chapna, même sans tambour
Bienvenue c’est le sésame
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette usine infâme
C’est à Dacca, sous les débris
Que tu as blessé ta vie
Je veux te jurer, mon amie
De soigner ton âme.

Il l’a rencontrée, elle la bengalaise
Elle a conté son histoire
Si pour lui ce n’est pas rose
Pour elle, c’est autre chose
Unis tous les deux dans l’adversité
Il leur faut garder espoir
Locaux dégradés, et travail au noir
Crimes contre l’humanité
C’est la société, qui ne tourne pas rond
Il faut que chacun entre en rébellion

Bienvenue Chapna, c’est grâce à toi
Que nous allons faire face
Loin des emplois sans foi ni loi
Tu trouveras ta place
Si à Dacca, sous les décombres
Tu as laissé des ombres
On s’est promis mon amie
De changer la vie !

Histoire 1
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 1
Violaine Schwartz

Une semaine à la fenêtre, et rien de rien.

Depuis samedi dernier, elle ne s’est plus montrée.
Tous les jours, pourtant, Hugo l’a attendue, à son poste de gué.
Le dimanche, rien.
Le lundi, en rentrant du collège, il s’est précipité derrière son carreau, il n’a vu, au travers de ses jumelles, qu’une moitié de La Bardot, assise sur le bord de son canapé.
Le mardi, il a caressé à distance le chat d’en face aux poils roux, roulé en boule sur le tapis.
Le mercredi, au cœur de la nuit (il avait mis le réveil exprès), il n’a vu que du noir sur du noir.
Et le jeudi, il s’est fait surprendre par sa mère, bêtement.
D’habitude, elle revient plus tard de son travail mais depuis que Papa est parti, elle est devenue complètement imprévisible. Parfois, elle ne rentre qu’à la nuit et parfois, elle est encore en pyjama à l’heure du goûter.
Mais tu espionnes les voisins ? Ça va pas la tête ? Et en plus, tu fouilles dans les cartons de ton père ? Rends-moi ça immédiatement. Et plus vite que ça.
Le vendredi, à l’oeil nu, il n’a vu que la tortue passer dans le cadre, à moins que ce ne soit le bébé crocodile ?
Et le samedi, c’est aujourd’hui.
Peut-être qu’elle n’apparaît que le samedi, s’était-il dit, plein d’espoir.
Mais non.
Il est resté toute la matinée, planqué derrière sa vitre.
Et rien.
Il ne s’est absenté que pour aller déjeuner avec sa mère, et encore à toute allure.
Mais qu’est-ce que tu as à t’enfermer comme ça dans ta chambre ? Donne-moi ton portable. C’est mauvais pour la santé. Tu es triste, à cause de Papa, c’est ça ? Tu peux me parler, tu sais.
Hugo lui a fait un gros bisou pour la réconforter, et puis il est retourné à sa fenêtre.
Mais rien de rien de rien de rien.
Pourtant elle existe, se dit-il. Je ne l’ai pas inventée quand même. Pourquoi j’irais inventer un truc pareil ? Peut-être qu’elle n’habite pas là, elle n’a fait qu’une visite à Mamie Tortue, et voilà tout.
Il faudrait se renseigner auprès de la vieille dame mais il n’ose pas trop. Elle fait un peu peur, avec son manteau bizarre.
Il repousse cette solution à plus tard.
Ou alors, peut-être qu’il faut être puni comme le week-end dernier, pour qu’elle se montre ? Je pourrais refaire le coup de la signature sur le carnet de liaison, pour voir.
Mais pensant à la future engueulade entre ses deux parents, il y renonce. C’est déjà tellement compliqué.
Ou peut-être que c’est la façon dont j’étais habillé samedi dernier qui l’a attirée à la fenêtre ? Mais comment j’étais déjà ? Ah oui, j’avais mis le vieux gilet de papa, pour faire bisquer maman. Le gilet tricoté par mémé. Le dimanche, par contre, j’avais mis mes habits de tous les jours, comme tous les autres jours. Peut-être qu’elle n’aime pas mes habits de tous les jours, se dit-il soudain, que ça lui rappelle des mauvais souvenirs ?
Et il repense à cette drôle de chanson, échappée de son placard :
je suis un blue-jeans, fait par une gamine.
Fort de cette découverte, il galope chercher en douce le gilet tricoté par mémé que sa mère, furieuse, a enfoui au fond d’un des cartons de déménagement.
Je t’interdis de toucher aux affaires de ton père, tu as compris ?
Hugo regarde tous ces cartons entassés les uns sur les autres dans le salon et soudain il repense à la pièce Comment on freine ?
Si ça se trouve, il n’y a que des habits là-dedans.
Il s’approche lentement d’un carton étiqueté : Livres Gilles.
Il l’ouvre précautionneusement.
Il se sent vaguement coupable.
À l’intérieur, il trouve la collection de livres de cuisine de son père.
Poulet à la noix de coco. Tiramisu. Rôti de porc aux pruneaux.
Soudain, il a comme une envie de pleurer.
Depuis que Papa est parti, c’est spaghettis à toutes les sauces.
Dans un autre carton, il finit par dégotter le vieux gilet tricoté main, il l’enfile et retourne à son poste.
Mais rien ne se passe.
Et puis, sa mère fait la sieste mais elle peut se réveiller à chaque instant et ça va encore barder.
Il cache le vieux gilet au fond de son placard et commence à observer un a un tous ses habits.
Made in China. Made in Spain. Made in Turkey. Made in Bangladesh. Made in très loin.
Il entend comme un mur qui s’écroule, tout à coup.
Il referme son placard, épouvanté.
Bon, ça suffit ces conneries, se dit-il, je vais aller voir La Mère Tortue, et puis c’est tout.
Il s’emmitoufle dans le vieux gilet comme pour se porter chance, il tend l’oreille, sa mère est toujours dans sa chambre, il traverse le salon à pas de loup, il referme la porte tout doucement derrière lui, il traverse courageusement la rue, et là, incroyable ! Au moment où il arrive devant l’entrée de l’immeuble d’en face, elle s’ouvre comme par magie, et il se retrouve nez à nez avec La Mère Tortue.
Il la laisse passer devant lui et il commence à la suivre.

Histoire 1
Cité Scolaire Internationale de Gerland

Chapitre 3 - Tendre Bangladaise

Quand tu avais un an et quelques mois
Un beau jour, j’ai vu un portrait de toi
Tes petits yeux brillaient, étincelaient
Tendre Bangladaise, je t’ai parrainée

Quand tu avais sept ans, encore enfant,
Tu cousais déjà tes propres vêtements
Tard, nul ne te racontait des histoires
J’aurais tellement voulu venir te voir

Tu es la fille que je voulais
Celle que je n’ai jamais eue
Maintenant que tu es venue
Je te garderai à jamais

Quand tu as eu 15 ans et quelques jours
Envoyée dans une usine pour toujours
Tes études rêvées parties de travers
Mais toi, ton devoir, c’est d’aider tes frères

Quand tu avais 20 ans je m’en souviens
Tu travaillais dur, tout ça pour un rien
Du sang plein les mains, des larmes de chagrin
L’inquiétude me réveillait chaque matin

Tu es la fille que je voulais
Celle que je n’ai jamais eue
Maintenant que tu es venue
Je te garderai à jamais

Et maintenant que tu as bien grandi
Survécu à de tristes péripéties
Je viens te donner le double de mes clés
Tu vivras chez moi en sécurité

Tu es la fille que je voulais
Celle que je n’ai jamais eue
Maintenant que tu es venue
Je te garderai à jamais

Histoire 1
Collège Jean Charcot

Ils se rencontrent enfin.

« Excusez-moi, madame » s’écrie H et M, essoufflé.
Alors qu’il marchait tranquillement dans la rue, rentrant d’une longue journée de collège, il a soudain vu apparaître la femme au sari qu’il avait aperçue l’autre soir à la fenêtre de l’appartement de Mme Tortue. Croyant rêver, et trop curieux pour la laisser partir, il a alors décidé de la suivre afin de savoir qui elle est.
Sentant une présence dans son dos, elle presse le pas et se retourne régulièrement pour voir s’il est toujours derrière elle. H et M insiste. Au coin de la rue, la femme au sari prend à droite. Le temps que H et M tourne à son tour, elle a disparu. Il a juste le temps de voir la porte du bas de l’immeuble de Mme Tortue claquer.
« Pourquoi t’as fait ça ? Tu lui as fait trop peur ! », se dit le jeune homme en lui-même. H et M rentre chez lui, dubitatif, portant en lui un sentiment de malaise. Il y repense toute la nuit sans réussir à trouver le sommeil.

Le lendemain, en début d’après-midi, rempli de remords, Hugo décide d’aller chez Mme Tortue, la voisine, afin de pouvoir s’excuser auprès de la jeune femme du comportement qu’il avait eu la veille. La vieille dame de 77 ans lui ouvre la porte et l’invite à rentrer.
« Mon p’tit Hugo, je t’en prie, entre ! Ça me fait plaisir de te voir ! Viens au salon avec moi, j’ai quelqu’un à te présenter ».
Hugo suit Mme Tortue et aperçoit la femme au sari installée confortablement dans le salon. Elle est stupéfaite et commence à paniquer.
Sans leur laisser le temps de dire quoi que ce soit, Mme Tortue commence les présentations :
« Hugo, voici Chapna qui habite chez moi depuis bientôt un mois. Elle vient du Bangladesh et ne parle pas encore très bien le français… C’est un joli nom, pas commun, Chapna. Tu sais, ça veut dire rêve en bengali. » La dame âgée se retourne ensuite vers la jeune femme, et, dans un parfait anglais, elle lui dit : « Chapna, here is Hugo. He is my young neighbour… » Enfin, d’un air jovial et convivial, elle leur annonce dans une langue hybride : « Je vais chercher du tea. En attendant, talk together ».
Après un instant, hésitant, Hugo prend la parole.
« Sorry for yesterday. I didn’t want to… faire peur… to you. » Le jeune homme a l’air de se débattre avec les mots. « I just wanted to… Ah, comment on dit ça déjà ?... Faire ta connaissance… You understand ? ».
Chapna fronce les sourcils, sceptique. Hugo continue tout de même à essayer de se faire comprendre. Il s’exclame alors :
« What a nice sari ! Ça me rappelle une pièce que j’ai vue avec mon collège… You see, with my college, my teacher, my friends…
C’est sari de Dacca, ville au Bangladesh, moi je viens.
Pourquoi aujourd’hui tu vis ici ? Here ? Not in Bangladesh ?
Big accident in Dacca. Je partir vite. Plus famille, plus maison, plus travail. My job has… cassé. BOUUM (elle mime l’explosion avec ses mains). All my friends were killed and I stayed alone. I had to move, quickly. It was tough. Fortunately for me, I met there Mme Tortue… ».
Chapna éclate en sanglots. Hugo ne sait pas comment réagir, choqué. Il s’en veut de l’avoir plongée dans cet état, d’avoir fait resurgir ses souvenirs si tristes. Il lui tend un mouchoir en papier qu’il avait dans son sac. Chapna le prend, sèche ses larmes et esquisse un léger sourire en constatant la gentillesse d’Hugo.

Soudain, un grand fracas de vaisselle brisée… Puis plus rien. Chapna et H et M accourent dans la cuisine. Mme Tortue est allongée sur le sol, au milieu de tasses et de coupelles en morceaux. Ils lui parlent mais elle ne répond pas. Pendant que H et M effectue les gestes de premier secours qu’il a appris au collège - au troisième trimestre de 5eme, il s’en souvient comme si c’était hier -, Chapna lui tend le téléphone pour qu’il puisse communiquer avec le SAMU en attendant la venue des secouristes.
Les sapeurs-pompiers arrivés sur les lieux, les deux jeunes, paniqués, accompagnent Mme Tortue en bas de l’immeuble, jusqu’à l’ambulance. Elle n’a pas repris connaissance : c’est inquiétant. Les formulaires et déclarations d’usages doivent alors être complétés par les témoins. Hugo sort sa carte d’identité et se retourne vers la jeune fille pour qu’elle remplisse aussi le questionnaire : elle n’est déjà plus là.

Histoire 1
Collège La Tourette

La chanson de Dacca

Un soir à la fenêtre, pour une punition
Ce fut une apparition
Ouvrière humble et jolie
Elle fuyait toujours sa vie
Et lorsqu’H&M, comme une aventure
Organise une filature
Tout en s’efforçant de la rencontrer
S’était mis à l’écouter
Son récit fini, elle a disparu
Mais lui murmurait ne la voyant plus

Bienvenue Chapna, même sans tambour
Bienvenue c’est le sésame
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette usine infâme
C’est à Dacca, sous les débris
Que tu as blessé ta vie
Je veux te jurer, mon amie
De soigner ton âme.

Il l’a rencontrée, elle la bengalaise
Elle a conté son histoire
Si pour lui ce n’est pas rose
Pour elle, c’est autre chose
Unis tous les deux dans l’adversité
Il leur faut garder espoir
Locaux dégradés, et travail au noir
Crimes contre l’humanité
C’est la société, qui ne tourne pas rond
Il faut que chacun entre en rébellion

Bienvenue Chapna, c’est grâce à toi
Que nous allons faire face
Loin des emplois sans foi ni loi
Tu trouveras ta place
Si à Dacca, sous les décombres
Tu as laissé des ombres
On s’est promis mon amie
De changer la vie !