Histoire 2

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 2
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 2
Collège Les Servizières

Chapitre 2 - Une apparition inquiétante

 Après avoir aperçu une seconde fois cette mystérieuse femme, il décida d’aller chez sa voisine. Devant l’appartement de Mme Tortue, il remarqua que la porte était ouverte. Intrigué, il entra dans la pièce. De nouveau, il entendit la musique, qui provenait de la cave. Prenant son courage à deux mains, il descendit les marches de la cave. Plus il descendait, plus il se rapprochait du son. Il visualise alors un gramophone dans l’ombre ... La musique répétait sans cesse : "Je suis un blue jean, de l’usine en ruine..." Perturbé, des images reviennent dans sa tête : des tas d’habits, des robes, des tops, mais surtout des jeans bleus ! En revenant à ses esprits, il se rendit compte qu’à côté du gramophone, dans la cave, il y avait une enveloppe. Il la connaissait, son père la lui montrait souvent avant qu’il parte. Hugo Martinet est très attaché à son contenu, car c’est une photo de toute sa famille qui a déménagé, derrière la photo, un petit mot écrit par chacun de ses grands parents paternels.
 Puis soudain, sans même avoir le temps de comprendre, une fumée rouge apparut ainsi que la femme en sari rouge derrière lui et qui casse le miroir ! Les lumières s’éteignent. Hugo Martinet retourne vite dans son appartement , part en courant dans sa chambre et se met sous les couvertures. Lorsqu’il se réveilla, il était dans son lit... Se demandant ce qu’il s’était passé cette nuit. Il retourna à son bureau : son devoir était encore là, posé, pas fini... Avait-il tout rêvé ?
 Quelque temps avant, Hugo avait fait une visite scolaire chez des tisserands et il repense à sa mère qui travaille dans les vêtements à la boutique et pense aux tisserandes, payées à la pièce, leurs heures de travail à la limite du légal ! Il repense aussi à sa copie non rendue... Il réfléchit beaucoup à son avenir. Il se met à étudier ses cours même ceux de la classe supérieure, il veut surtout réviser pour réaliser son rêve : devenir réalisateur de cinéma et surtout ne pas devenir tisserand, car les conditions n’étaient pas favorables. Mais il se rappelle la jeune femme qu’il a vue à la fenêtre, puis dans la cave, quand elle a brisé un miroir et éteint les lumières... Il pense tellement à elle qu’il ne pouvait plus se concentrer... Il appréhende que la femme en sari rouge revienne, ou que la musique reprenne, mais il n’a pas vraiment peur de ces mystères. 
 Hugo se réveille à 6 h comme tous les matins. II se lève et part voir son miroir. Il sentit sous son pied un bout de verre cassé et s’écrie "aie". Il appelle sa mère qui arriva en colère, car elle dormait seulement depuis 2 heures, son inventaire ayant été interminable à la boutique : des habits, des vêtements, des jeans à répertorier à perte de vue. Hugo explique toute l’histoire à sa mère et elle lui répond qu’un miroir ne pouvait pas se briser tout seul, et c’était arrivé dans la cave, d’après le récit d’ Hugo... Pour conclure et retourner se coucher au plus vite, elle lui dit : " On réglera cette histoire ce soir, en attendant arrête de rêver et redescends sur terre, tu dois être en cours dans 1h, non mais une indienne dans la cave… Il ne manquait plus que ça !" 
Le lendemain à midi après les cours du matin, Hugo Martinet alla à la bibliothèque pour terminer son devoir à rendre pour la première heure de l’après-midi. Arrivé à la bibliothèque, en cherchant un livre pour se documenter il tomba sur un journal, il appris la catastrophe du bâtiment du Bangladesh et d’un coup il réentendit la chanson de la femme à robe rouge dont il se méfiait et culpabilisa de porter et aimer tous ses vêtements.
Il commence à rédiger le résumé de la pièce de théâtre : ses recherches et son expérience depuis la veille au soir lui ont permis de se rappeler de la pièce et de combler ses trous de mémoire. Il décide d’aller voir son professeur pour comprendre un peu mieux ce qui est en train de lui arriver.
[En rentrant chez lui, il jeta tous ses vêtements par dessus la fenêtre et vit la femme à robe rouge disparaître en chantant cette même chanson, juste à côté du tas d’habits sur le trottoir... ]

Histoire 2
Collège Victor Grignard

Chapitre 3 : Un tissu de mensonges

H&M était tellement porté par la musique qu’il ne voyait plus rien autour de lui, pas même sa mère qui venait de rentrer dans sa chambre, ni Mamie Tortue qui était dans la rue, de retour des courses avec son cabas. Les mots sortirent de sa bouche sans qu’il puisse s’en empêcher et comme s’il connaissait déjà cette chanson depuis sa naissance.

(sur la musique de la chanson Bae de RK)

Elle m’rend fou, elle me contrôle, je ne maîtrise rien du tout
Elle m’rend fou, elle m’rend fou 
Et dans ma tête ses mots deviennent les miens
Et sortent de ma bouche, sans fin
 
J’bossais au Bangladesh
Ils m’répètent de continuer
Et on m’a toujours maltraitée
Mais c’était ça ou la dèche
J’travaillais dans la violence
« Relève la tête et avance »
C’était ironique quand j’y pense
 
A force d’faire des pantalons
Quand ils se font des millions
Pas l’droit d’aller aux toilettes
Jamais, jamais on n’s’arrête
 
Et puis soudain, toutes les aiguilles m’ont piquée
C’est là que d’affreux cris, dans l’silence ont résonné
Il a tremblé, l’immeuble prêt à s’effondrer
Le sol s’ouvre, un millier y est passé !
 
Il faut que ça s’arrête, les dégâts ont été mortels
Mes amies et moi, on a fini par disparaître
Pas l’même tarifs : pour nous la vie, c’est trop cruel
Mango ceci, Zara cela, pour nous c’qui paraît
Trop cher !
 
Tous les soirs elle me possède 
Elle est rentrée dans ma vie 
En me laissant son sari 
Elles essayent d’appeler à l’aide

Treize piges, j’ai été obligée de bosser
Seize piges, quand l’bâtiment s’est effondré
Vingt piges, j’aurais pu me marier
Quatre-vingt piges, j’aurais eu des p’tits bébés
 
On m’a tuée pour rien, pour du tissu, j’y suis passée
Impossible de l’accepter, et pour ça je vais me venger !
Si je me tais, ça n’cessera jamais et pir-euh
Je ne serais qu’un mauvais souvenir-euh
 
J’vais faire payer à tous ces gens
Qui ont grandi en Occident
Faire payer tous ces ignorants
Préoccupés par leur argent
Toujours moins chers leurs vêtements
Mais depuis toujours on vous ment
Car qui m’rendra ma vie, moi qui suis morte à présent ?
 
Elle me harcèle, j’ai compris
Les erreurs c’est bien fini !
J’suis vraiment désolé si :
 
Quatorze piges, mon brevet,
C’était tout c’qui m’inquiétait.
Mais attends, ta vérité
Je crois que je l’ai enfin pigée !
 
Te venge pas sur mes parents
On dira, pourquoi, comment
A tout l’monde, et par million
Nous chanterons à l’unisson.

Histoire 2
Cité Scolaire Internationale de Gerland

Défilé surprise

Hugo sort de la cave et tombe nez à nez avec sa mère. Il sursaute. Puis, pris au piège, il décide de lui dire la vérité et de la convaincre de l’aider. Sa mère n’a pas l’air contente :

- Qui est cette fille que tu emmènes dans la cave pour lui chanter des chansons ? Où est-elle ?
- Ce n’est pas une fille... enfin, si... mais elle est morte. C’est un fantôme.
- Ne me prends pas pour une idiote. Toi comme moi, nous avons passé l’âge de jouer à nous faire peur avec des histoires de fantômes.
- Tu n’es pas obligée de me croire. En tout cas, il faut que tu arrêtes de faire fabriquer des vêtements au Bangladesh par des ouvrières maltraitées et sous-payées !
- Tu ne peux pas m’accuser de maltraiter des ouvrières que je ne connais même pas.
- Tu es responsable : tu dois te renseigner sur les conditions de travail dans les usines auxquelles tu passes tes commandes.
- Hugo, ça suffit ! Occupe-toi des choses de ton âge. La situation est déjà bien assez compliquée comme ça.

Hugo est déçu par la réaction de sa mère. Il pensait qu’elle allait comprendre. Il faut maintenant qu’il trouve tout seul une solution pour respecter la promesse faite à la femme en sari : faire connaître la situation des ouvrières du Bangladesh pour améliorer leurs conditions de travail.

Il retourne dans sa chambre et s’accoude à la fenêtre pour réfléchir. Il regarde les gens passer : des jeunes, des vieux, des grands, des petits... Tous achètent des vêtements sans savoir d’où ils viennent. Peut-être est-ce la femme au sari qui a cousu le jean de cette fille sur le trottoir d’en face ?

Il lève les yeux et aperçoit Madame Tortue à sa fenêtre. Elle lui fait un signe. Elle lui indique de venir chez elle. Hugo la regarde d’un air troublé… Il est toujours puni, et ce n’est pas facile de sortir de chez lui sans se faire remarquer. Il hausse les épaules comme pour demander : « Pourquoi ? ». Elle agite un blue jean derrière la fenêtre. Puis, elle se met à écrire sur la buée de la vitre : Ban.... Bangla... Bangladesh ? Oui, Bangladesh. “Mais qu’est ce que cette dame, vieillie par ses archaïques bibelots, pourrait-elle avoir à me dire de si important sur le Bangladesh ?”, se demande-t-il. Le seul moyen de le savoir est d’aller chez elle. Il ouvre sa fenêtre en grand et désescalade le mur doucement. Madame Tortue ouvre la porte de son appartement et l’installe sur un de ses fauteuils marrons qui, malgré leur apparence vieillie et leurs déchirures, sont très confortables. Elle sert à Hugo un verre de lait et des petits gâteaux.

- J’ai tout entendu : la chanson de la femme en sari, tes promesses, la menace qui pèse sur tes parents, la réaction de ta mère... Je veux t’aider.
Hugo reste hésitant. Il ne comprend pas pourquoi sa vieille voisine se mêle de ses affaires.
— Pourquoi ? Et qu’est-ce qui vous dit que j’aurais besoin de vous ?
— Parce que je te comprends ! Je partage ta colère et ton envie de rendre justice à la femme au sari.
La vieille femme regarde dehors, au loin, d’un air triste.
— J’y ai vécu, tu sais ? Au Bangladesh, je veux dire.
Elle sourit, se projetant dans le passé.
— J’ai travaillé là-bas plusieurs années pour « Vétérinaires sans frontières ». Ah, comme c’était un pays coloré… La musique dans l’air, les foules gigantesques, l’odeur des épices et des parfums divers…
Son visage s’assombrit.
— Je connaissais cette fille, une belle jeune femme, qui passait devant mon immeuble très tôt chaque matin pour se rendre au travail. Elle marchait vite, elle était pressée, et visiblement très très fatiguée. Je me demandais, au début, si elle avait pris quelque chose à manger avant de partir de chez elle. Un jour, je suis descendue juste avant qu’elle arrive, avec un peu de pain et une mandarine, et les lui ai tendus. Elle a d’abord refusé, puis a fini par accepter. Doucement, c’est devenu une habitude que je lui offre un petit-déjeuner chaque matin, sans un mot, mais avec un échange de sourires de plus en plus chaleureux. Mais un jour, elle n’est pas venue. Je l’ai attendue, devant l’immeuble, en me demandant ce qui avait bien pu se passer. Le lendemain, elle n’est toujours pas venue. Ni le surlendemain, ni le jour d’après, ni tous les jours qui ont suivi…
Hugo connaît la suite de l’histoire... C’est beaucoup trop clair. Dacca. L’effondrement. Les ouvrières tuées. Il comprend mieux maintenant, pourquoi Mamie Tortue aimerait tant l’aider.

- Il faudrait organiser un événement pour faire connaître la situation des ouvrières du Bangladesh. Idéalement, dans un endroit où nous pourrions toucher des acteurs du milieu de la mode...
Hugo se lève d’un bond et manque de renverser son verre de lait. Il a une idée !
- Dans deux semaines, c’est la fashion week. Mes parents seront présents et ma mère m’a demandé de lui donner un coup de main. Je pourrai accéder à la salle très facilement et je peux demander des pass à mes parents pour d’autres personnes. C’est là qu’il faut qu’on organise une manifestation !
- Génial ! Ecoute, voilà ce qu’on va faire.
Les deux nouveaux amis passent l’après-midi à mettre leur plan sur pied.

Le grand jour est arrivé. Saisi par l’angoisse et l’excitation, Hugo n’a pas dormi, mais il se sent mieux que jamais.
La manifestation bat son plein.
On peut compter trois à quatre cents personnes.
La maman de Hugo est là, bien sûr. Elle sourit bêtement. Elle porte des habits à la mode dont elle ne connaît même pas la provenance. Son père discute avec le patron d’Etam qui s’est déplacé pour l’occasion. L’assemblée boit du vin blanc et mange des toasts. Hugo est là, lui aussi bien habillé. Mais il ne sourit pas. Il est occupé à relire les commentaires qu’il devra dire dans quelques minutes.
- S’il vous plaît, Mesdames et Messieurs... commence la mère de Hugo.
Elle parle pendant une bonne quinzaine de minutes. Elle remercie tout le monde et présente le programme de la journée.
“Si elle savait...”se dit Hugo.
- Le défilé peut commencer ! finit-elle
C’est en effet à ce moment là que tout commence. Mamie Tortue lâche Betty, son petit chihuahua, dans un coin du salon pour distraire la sécurité. Hugo se précipite pour éteindre la lumière. Des cris commencent à se faire entendre. Soudain, le Chant des Canuts explose dans les hauts parleurs. Quand Hugo rallume les lumières, Labiba et Safina, deux camarades de sa classe, commencent à défiler. Il prononce ses premiers commentaires :
- Voici le jean cousu par Barsha, agée de 14 ans. Voyez vous, malgré son jeune âge, elle travaille. En France, les filles de son âge postent des photos sur Instagram ou font des stories sur Snapchat.
- Ici, c’est la veste cousue par Rifah, qui a vu son bébé mourir car elle ne pouvait plus le nourrir.
Les gens ne crient plus mais sont attentifs et silencieux. Une larme coule le long de la joue de la mère de Hugo. Sur le plateau, les camarades de classe de Hugo défilent, les uns après les autres. Le show dure une bonne vingtaine de minutes.
La musique s’éteint et Hugo monte sur le podium :
- Le Bangladesh, qui s’appuie sur les coûts modestes de la main d’œuvre pour attirer les entreprises internationales, est aujourd’hui le deuxième exportateur mondial de prêt-à-porter. Mais cette stratégie est basée sur une vision à court terme et ne prend pas en compte les coûts sociaux et environnementaux. Il faut développer une approche sur le long terme et investir dans l’amélioration des bâtiments et le développement des compétences des ouvriers. Cela doit se faire avec l’appui des entreprises implantées depuis plusieurs années dans le pays. Et, soyons clairs, cela profiterait également aux marques internationales qui réduiraient les risques en terme d’image. Voici ce que je propose. Je veux que les grandes entreprises de mode et de textiles vérifient impérativement les conditions de travail de TOUS ceux qu’ils embauchent, même indirectement, et qu’ils soient responsables des incidents comme le Rana Plaza si jamais ils se reproduisent. Si tout le monde signe cette charte, peut être pourrons-nous, ensemble, commencer une révolution dans le monde de mode, pour protéger les ouvriers.
Hugo regarde son public. Son public le regarde en silence. Une personne commence à applaudir. D’autres suivent. Bientôt, toute la salle est en train d’applaudir. Des sifflements. Des cris d’encouragement. Hugo sourit, soulagé de sa peur et nervosité. Il s’assoit sur scène, fatigué mais content. Des gens s’approchent pour lui serrer la main. La charte se remplit de signatures.

Histoire 2
Collège Georges Brassens

Soyez groupie du sari

Il passait ses jours sans agir
A acheter tous ses désirs
La groupie du sari
Puis un jour ça s’est fini
Amoureux d’un sourire
La groupie du sari
Il a mis ses vêtements en l’air
et ses vêtements c est pas grand chose
Qu’est ce qu’il aurait bien pu faire
A part rêver dans son lit
POur un monde sans viscose

Il ne voulait plus attendre
Pour un monde un vêt’ment tendre
La groupie du sari
Devant ses profs et ses amis
Il rêvait d’un vrai défi
La groupie du sari
Il la sauverait même de l’enfer
Et même l’enfer c’est pas grand-chose
Si on est esclave sur terre
Et il pense à changer nos vies
Pour un monde sans viscose

Il milite, il s’engage
Plus que tout il milite
C’est beau comme il milite
Il milite, il s’engage
C’est fou comme il milite
C’est beau comme il milite

Il veut des droits pour les hindis
Il veut qu’on mette des interdits
La groupie du sari
A bas la dictature du prix
Pendant que lui tisse ses habits
La groupie du sari
Quand le défilé est terminé
Il voit son projet lancé
Pour des vêtements éthiques
Et bien sûr écologiques.

Il a compris le monde éthique
Il a compris le collectif
La groupie du sari
Mais seul il peut pas grand chose
Alors soyez plus égoïste
Soyez groupie du sari

Il milite, il s’engage
Plus que tout il milite
C’est beau comme il milite
Il milite, il s’engage
C’est fou comme il milite
C’est beau comme il milite

Histoire 2
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 2
Collège Les Servizières

Chapitre 2 - Une apparition inquiétante

 Après avoir aperçu une seconde fois cette mystérieuse femme, il décida d’aller chez sa voisine. Devant l’appartement de Mme Tortue, il remarqua que la porte était ouverte. Intrigué, il entra dans la pièce. De nouveau, il entendit la musique, qui provenait de la cave. Prenant son courage à deux mains, il descendit les marches de la cave. Plus il descendait, plus il se rapprochait du son. Il visualise alors un gramophone dans l’ombre ... La musique répétait sans cesse : "Je suis un blue jean, de l’usine en ruine..." Perturbé, des images reviennent dans sa tête : des tas d’habits, des robes, des tops, mais surtout des jeans bleus ! En revenant à ses esprits, il se rendit compte qu’à côté du gramophone, dans la cave, il y avait une enveloppe. Il la connaissait, son père la lui montrait souvent avant qu’il parte. Hugo Martinet est très attaché à son contenu, car c’est une photo de toute sa famille qui a déménagé, derrière la photo, un petit mot écrit par chacun de ses grands parents paternels.
 Puis soudain, sans même avoir le temps de comprendre, une fumée rouge apparut ainsi que la femme en sari rouge derrière lui et qui casse le miroir ! Les lumières s’éteignent. Hugo Martinet retourne vite dans son appartement , part en courant dans sa chambre et se met sous les couvertures. Lorsqu’il se réveilla, il était dans son lit... Se demandant ce qu’il s’était passé cette nuit. Il retourna à son bureau : son devoir était encore là, posé, pas fini... Avait-il tout rêvé ?
 Quelque temps avant, Hugo avait fait une visite scolaire chez des tisserands et il repense à sa mère qui travaille dans les vêtements à la boutique et pense aux tisserandes, payées à la pièce, leurs heures de travail à la limite du légal ! Il repense aussi à sa copie non rendue... Il réfléchit beaucoup à son avenir. Il se met à étudier ses cours même ceux de la classe supérieure, il veut surtout réviser pour réaliser son rêve : devenir réalisateur de cinéma et surtout ne pas devenir tisserand, car les conditions n’étaient pas favorables. Mais il se rappelle la jeune femme qu’il a vue à la fenêtre, puis dans la cave, quand elle a brisé un miroir et éteint les lumières... Il pense tellement à elle qu’il ne pouvait plus se concentrer... Il appréhende que la femme en sari rouge revienne, ou que la musique reprenne, mais il n’a pas vraiment peur de ces mystères. 
 Hugo se réveille à 6 h comme tous les matins. II se lève et part voir son miroir. Il sentit sous son pied un bout de verre cassé et s’écrie "aie". Il appelle sa mère qui arriva en colère, car elle dormait seulement depuis 2 heures, son inventaire ayant été interminable à la boutique : des habits, des vêtements, des jeans à répertorier à perte de vue. Hugo explique toute l’histoire à sa mère et elle lui répond qu’un miroir ne pouvait pas se briser tout seul, et c’était arrivé dans la cave, d’après le récit d’ Hugo... Pour conclure et retourner se coucher au plus vite, elle lui dit : " On réglera cette histoire ce soir, en attendant arrête de rêver et redescends sur terre, tu dois être en cours dans 1h, non mais une indienne dans la cave… Il ne manquait plus que ça !" 
Le lendemain à midi après les cours du matin, Hugo Martinet alla à la bibliothèque pour terminer son devoir à rendre pour la première heure de l’après-midi. Arrivé à la bibliothèque, en cherchant un livre pour se documenter il tomba sur un journal, il appris la catastrophe du bâtiment du Bangladesh et d’un coup il réentendit la chanson de la femme à robe rouge dont il se méfiait et culpabilisa de porter et aimer tous ses vêtements.
Il commence à rédiger le résumé de la pièce de théâtre : ses recherches et son expérience depuis la veille au soir lui ont permis de se rappeler de la pièce et de combler ses trous de mémoire. Il décide d’aller voir son professeur pour comprendre un peu mieux ce qui est en train de lui arriver.
[En rentrant chez lui, il jeta tous ses vêtements par dessus la fenêtre et vit la femme à robe rouge disparaître en chantant cette même chanson, juste à côté du tas d’habits sur le trottoir... ]

Histoire 2
Collège Victor Grignard

Chapitre 3 : Un tissu de mensonges

H&M était tellement porté par la musique qu’il ne voyait plus rien autour de lui, pas même sa mère qui venait de rentrer dans sa chambre, ni Mamie Tortue qui était dans la rue, de retour des courses avec son cabas. Les mots sortirent de sa bouche sans qu’il puisse s’en empêcher et comme s’il connaissait déjà cette chanson depuis sa naissance.

(sur la musique de la chanson Bae de RK)

Elle m’rend fou, elle me contrôle, je ne maîtrise rien du tout
Elle m’rend fou, elle m’rend fou 
Et dans ma tête ses mots deviennent les miens
Et sortent de ma bouche, sans fin
 
J’bossais au Bangladesh
Ils m’répètent de continuer
Et on m’a toujours maltraitée
Mais c’était ça ou la dèche
J’travaillais dans la violence
« Relève la tête et avance »
C’était ironique quand j’y pense
 
A force d’faire des pantalons
Quand ils se font des millions
Pas l’droit d’aller aux toilettes
Jamais, jamais on n’s’arrête
 
Et puis soudain, toutes les aiguilles m’ont piquée
C’est là que d’affreux cris, dans l’silence ont résonné
Il a tremblé, l’immeuble prêt à s’effondrer
Le sol s’ouvre, un millier y est passé !
 
Il faut que ça s’arrête, les dégâts ont été mortels
Mes amies et moi, on a fini par disparaître
Pas l’même tarifs : pour nous la vie, c’est trop cruel
Mango ceci, Zara cela, pour nous c’qui paraît
Trop cher !
 
Tous les soirs elle me possède 
Elle est rentrée dans ma vie 
En me laissant son sari 
Elles essayent d’appeler à l’aide

Treize piges, j’ai été obligée de bosser
Seize piges, quand l’bâtiment s’est effondré
Vingt piges, j’aurais pu me marier
Quatre-vingt piges, j’aurais eu des p’tits bébés
 
On m’a tuée pour rien, pour du tissu, j’y suis passée
Impossible de l’accepter, et pour ça je vais me venger !
Si je me tais, ça n’cessera jamais et pir-euh
Je ne serais qu’un mauvais souvenir-euh
 
J’vais faire payer à tous ces gens
Qui ont grandi en Occident
Faire payer tous ces ignorants
Préoccupés par leur argent
Toujours moins chers leurs vêtements
Mais depuis toujours on vous ment
Car qui m’rendra ma vie, moi qui suis morte à présent ?
 
Elle me harcèle, j’ai compris
Les erreurs c’est bien fini !
J’suis vraiment désolé si :
 
Quatorze piges, mon brevet,
C’était tout c’qui m’inquiétait.
Mais attends, ta vérité
Je crois que je l’ai enfin pigée !
 
Te venge pas sur mes parents
On dira, pourquoi, comment
A tout l’monde, et par million
Nous chanterons à l’unisson.

Histoire 2
Cité Scolaire Internationale de Gerland

Défilé surprise

Hugo sort de la cave et tombe nez à nez avec sa mère. Il sursaute. Puis, pris au piège, il décide de lui dire la vérité et de la convaincre de l’aider. Sa mère n’a pas l’air contente :

- Qui est cette fille que tu emmènes dans la cave pour lui chanter des chansons ? Où est-elle ?
- Ce n’est pas une fille... enfin, si... mais elle est morte. C’est un fantôme.
- Ne me prends pas pour une idiote. Toi comme moi, nous avons passé l’âge de jouer à nous faire peur avec des histoires de fantômes.
- Tu n’es pas obligée de me croire. En tout cas, il faut que tu arrêtes de faire fabriquer des vêtements au Bangladesh par des ouvrières maltraitées et sous-payées !
- Tu ne peux pas m’accuser de maltraiter des ouvrières que je ne connais même pas.
- Tu es responsable : tu dois te renseigner sur les conditions de travail dans les usines auxquelles tu passes tes commandes.
- Hugo, ça suffit ! Occupe-toi des choses de ton âge. La situation est déjà bien assez compliquée comme ça.

Hugo est déçu par la réaction de sa mère. Il pensait qu’elle allait comprendre. Il faut maintenant qu’il trouve tout seul une solution pour respecter la promesse faite à la femme en sari : faire connaître la situation des ouvrières du Bangladesh pour améliorer leurs conditions de travail.

Il retourne dans sa chambre et s’accoude à la fenêtre pour réfléchir. Il regarde les gens passer : des jeunes, des vieux, des grands, des petits... Tous achètent des vêtements sans savoir d’où ils viennent. Peut-être est-ce la femme au sari qui a cousu le jean de cette fille sur le trottoir d’en face ?

Il lève les yeux et aperçoit Madame Tortue à sa fenêtre. Elle lui fait un signe. Elle lui indique de venir chez elle. Hugo la regarde d’un air troublé… Il est toujours puni, et ce n’est pas facile de sortir de chez lui sans se faire remarquer. Il hausse les épaules comme pour demander : « Pourquoi ? ». Elle agite un blue jean derrière la fenêtre. Puis, elle se met à écrire sur la buée de la vitre : Ban.... Bangla... Bangladesh ? Oui, Bangladesh. “Mais qu’est ce que cette dame, vieillie par ses archaïques bibelots, pourrait-elle avoir à me dire de si important sur le Bangladesh ?”, se demande-t-il. Le seul moyen de le savoir est d’aller chez elle. Il ouvre sa fenêtre en grand et désescalade le mur doucement. Madame Tortue ouvre la porte de son appartement et l’installe sur un de ses fauteuils marrons qui, malgré leur apparence vieillie et leurs déchirures, sont très confortables. Elle sert à Hugo un verre de lait et des petits gâteaux.

- J’ai tout entendu : la chanson de la femme en sari, tes promesses, la menace qui pèse sur tes parents, la réaction de ta mère... Je veux t’aider.
Hugo reste hésitant. Il ne comprend pas pourquoi sa vieille voisine se mêle de ses affaires.
— Pourquoi ? Et qu’est-ce qui vous dit que j’aurais besoin de vous ?
— Parce que je te comprends ! Je partage ta colère et ton envie de rendre justice à la femme au sari.
La vieille femme regarde dehors, au loin, d’un air triste.
— J’y ai vécu, tu sais ? Au Bangladesh, je veux dire.
Elle sourit, se projetant dans le passé.
— J’ai travaillé là-bas plusieurs années pour « Vétérinaires sans frontières ». Ah, comme c’était un pays coloré… La musique dans l’air, les foules gigantesques, l’odeur des épices et des parfums divers…
Son visage s’assombrit.
— Je connaissais cette fille, une belle jeune femme, qui passait devant mon immeuble très tôt chaque matin pour se rendre au travail. Elle marchait vite, elle était pressée, et visiblement très très fatiguée. Je me demandais, au début, si elle avait pris quelque chose à manger avant de partir de chez elle. Un jour, je suis descendue juste avant qu’elle arrive, avec un peu de pain et une mandarine, et les lui ai tendus. Elle a d’abord refusé, puis a fini par accepter. Doucement, c’est devenu une habitude que je lui offre un petit-déjeuner chaque matin, sans un mot, mais avec un échange de sourires de plus en plus chaleureux. Mais un jour, elle n’est pas venue. Je l’ai attendue, devant l’immeuble, en me demandant ce qui avait bien pu se passer. Le lendemain, elle n’est toujours pas venue. Ni le surlendemain, ni le jour d’après, ni tous les jours qui ont suivi…
Hugo connaît la suite de l’histoire... C’est beaucoup trop clair. Dacca. L’effondrement. Les ouvrières tuées. Il comprend mieux maintenant, pourquoi Mamie Tortue aimerait tant l’aider.

- Il faudrait organiser un événement pour faire connaître la situation des ouvrières du Bangladesh. Idéalement, dans un endroit où nous pourrions toucher des acteurs du milieu de la mode...
Hugo se lève d’un bond et manque de renverser son verre de lait. Il a une idée !
- Dans deux semaines, c’est la fashion week. Mes parents seront présents et ma mère m’a demandé de lui donner un coup de main. Je pourrai accéder à la salle très facilement et je peux demander des pass à mes parents pour d’autres personnes. C’est là qu’il faut qu’on organise une manifestation !
- Génial ! Ecoute, voilà ce qu’on va faire.
Les deux nouveaux amis passent l’après-midi à mettre leur plan sur pied.

Le grand jour est arrivé. Saisi par l’angoisse et l’excitation, Hugo n’a pas dormi, mais il se sent mieux que jamais.
La manifestation bat son plein.
On peut compter trois à quatre cents personnes.
La maman de Hugo est là, bien sûr. Elle sourit bêtement. Elle porte des habits à la mode dont elle ne connaît même pas la provenance. Son père discute avec le patron d’Etam qui s’est déplacé pour l’occasion. L’assemblée boit du vin blanc et mange des toasts. Hugo est là, lui aussi bien habillé. Mais il ne sourit pas. Il est occupé à relire les commentaires qu’il devra dire dans quelques minutes.
- S’il vous plaît, Mesdames et Messieurs... commence la mère de Hugo.
Elle parle pendant une bonne quinzaine de minutes. Elle remercie tout le monde et présente le programme de la journée.
“Si elle savait...”se dit Hugo.
- Le défilé peut commencer ! finit-elle
C’est en effet à ce moment là que tout commence. Mamie Tortue lâche Betty, son petit chihuahua, dans un coin du salon pour distraire la sécurité. Hugo se précipite pour éteindre la lumière. Des cris commencent à se faire entendre. Soudain, le Chant des Canuts explose dans les hauts parleurs. Quand Hugo rallume les lumières, Labiba et Safina, deux camarades de sa classe, commencent à défiler. Il prononce ses premiers commentaires :
- Voici le jean cousu par Barsha, agée de 14 ans. Voyez vous, malgré son jeune âge, elle travaille. En France, les filles de son âge postent des photos sur Instagram ou font des stories sur Snapchat.
- Ici, c’est la veste cousue par Rifah, qui a vu son bébé mourir car elle ne pouvait plus le nourrir.
Les gens ne crient plus mais sont attentifs et silencieux. Une larme coule le long de la joue de la mère de Hugo. Sur le plateau, les camarades de classe de Hugo défilent, les uns après les autres. Le show dure une bonne vingtaine de minutes.
La musique s’éteint et Hugo monte sur le podium :
- Le Bangladesh, qui s’appuie sur les coûts modestes de la main d’œuvre pour attirer les entreprises internationales, est aujourd’hui le deuxième exportateur mondial de prêt-à-porter. Mais cette stratégie est basée sur une vision à court terme et ne prend pas en compte les coûts sociaux et environnementaux. Il faut développer une approche sur le long terme et investir dans l’amélioration des bâtiments et le développement des compétences des ouvriers. Cela doit se faire avec l’appui des entreprises implantées depuis plusieurs années dans le pays. Et, soyons clairs, cela profiterait également aux marques internationales qui réduiraient les risques en terme d’image. Voici ce que je propose. Je veux que les grandes entreprises de mode et de textiles vérifient impérativement les conditions de travail de TOUS ceux qu’ils embauchent, même indirectement, et qu’ils soient responsables des incidents comme le Rana Plaza si jamais ils se reproduisent. Si tout le monde signe cette charte, peut être pourrons-nous, ensemble, commencer une révolution dans le monde de mode, pour protéger les ouvriers.
Hugo regarde son public. Son public le regarde en silence. Une personne commence à applaudir. D’autres suivent. Bientôt, toute la salle est en train d’applaudir. Des sifflements. Des cris d’encouragement. Hugo sourit, soulagé de sa peur et nervosité. Il s’assoit sur scène, fatigué mais content. Des gens s’approchent pour lui serrer la main. La charte se remplit de signatures.

Histoire 2
Collège Georges Brassens

Soyez groupie du sari

Il passait ses jours sans agir
A acheter tous ses désirs
La groupie du sari
Puis un jour ça s’est fini
Amoureux d’un sourire
La groupie du sari
Il a mis ses vêtements en l’air
et ses vêtements c est pas grand chose
Qu’est ce qu’il aurait bien pu faire
A part rêver dans son lit
POur un monde sans viscose

Il ne voulait plus attendre
Pour un monde un vêt’ment tendre
La groupie du sari
Devant ses profs et ses amis
Il rêvait d’un vrai défi
La groupie du sari
Il la sauverait même de l’enfer
Et même l’enfer c’est pas grand-chose
Si on est esclave sur terre
Et il pense à changer nos vies
Pour un monde sans viscose

Il milite, il s’engage
Plus que tout il milite
C’est beau comme il milite
Il milite, il s’engage
C’est fou comme il milite
C’est beau comme il milite

Il veut des droits pour les hindis
Il veut qu’on mette des interdits
La groupie du sari
A bas la dictature du prix
Pendant que lui tisse ses habits
La groupie du sari
Quand le défilé est terminé
Il voit son projet lancé
Pour des vêtements éthiques
Et bien sûr écologiques.

Il a compris le monde éthique
Il a compris le collectif
La groupie du sari
Mais seul il peut pas grand chose
Alors soyez plus égoïste
Soyez groupie du sari

Il milite, il s’engage
Plus que tout il milite
C’est beau comme il milite
Il milite, il s’engage
C’est fou comme il milite
C’est beau comme il milite