Histoire 4

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 4
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 4
Collège Jean Macé

Chapitre 2 - L’échappée (pou)belle

Hugo est puni de sortie tout le week-end. Super. En plus, il avait prévu d’aller au cinéma avec ses amis, aujourd’hui. Il aurait dû faire ce devoir, se lever plus tôt. Mais le lit était si confortable ..! Au final, il n’a pas été en cours du tout. Mais sa mère a découvert l’absence falsifiée, et son professeur attend toujours la rédaction. Voilà comment il en est arrivé là.
H&M s’assoit sur son lit. Il a encore en tête cette chanson, celle qu’il a entendue en ouvrant son placard, et qui lui a tout de suite fait penser à la fille en sari. Il ne l’a pas revue, et ne sait même pas si elle existe vraiment. Et si c’était simplement le manque de sommeil ? Dix heures, quand même, ce n’est pas assez. Il lui faut au moins ses douze heures. Et s’il était fou ? Cela pourrait expliquer pourquoi Hugo entend des chansons en regardant ses tee-shirts de marque mal pliés dont il est si fier. Il a vu la fille à la fenêtre de la voisine. Il faut qu’Hugo aille lui demander, à cette voisine, cette Mme Tortue, elle saura sûrement quelque chose. Ah mais zut, il est privé de sortie. H&M doit trouver un prétexte. Trouver quelque chose pour pouvoir sortir et échapper à l’instinct infaillible de maman. Ou alors, ils pourrait sortir en douce, dans l’illégalité la plus totale, tel un ninja. Ou ne pas sortir du tout. Et puis, l’idée du siècle apparaît dans son esprit.
- Les poubelles ! Je dois descendre les poubelles.
Hugo va voir sa mère dans la salon et lui dit qu’il va sortir les poubelles. C’est son tour, en plus. Sa mère a l’air un peu sceptique. Il ne descend jamais les poubelles de lui-même, ni ne fait de tâche ménagère spontanément. C’est suspect, mais elle le laisse faire. Hugo attrape donc les sacs puants et sort de chez lui. Il descend au local à poubelles, jette les ordures et heurte des sacs remplis de vieux mais beaux vêtements de marques : Primark, H&M, Zara...qui lui rappellent ses recherches de la veille. Perdu dans ses pensées, il finit par profiter qu’une voiture sorte du garage pour se faufiler par la porte de sortie. Il traverse la rue, grimpe les escaliers deux par deux. Pressé, il toque chez Mme Tortue, qu’il baptisait parfois Mam’selle SPA.
La porte s’ouvre sur Mme Tortue, une femme d’un certain âge, qui habite en face de chez Hugo depuis un bon moment. Elle est ronde, très ronde, bien en chair. Ses cheveux un peu sales et hérissés luisent à la lumière du jour et ses petits yeux s’enfoncent dans son visage derrière ses grosses lunettes. Elle tient dans ses bras un gros chat noir et blanc qui miaule en se débattant. La vieille dame sourit à Hugo tandis qu’il la salue. H&M trouve qu’elle a l’apparence d’une grosse marmotte des prairies. Il l’imagine sortant de son terrier. Cette idée lui plaît et il ne peut s’empêcher d’éclater de rire. Un rire contagieux qui entraîne Mam’selle SPA à rire à son tour. La vision continue et la mamie marmotte finit par COURIR dans la prairie !
- Ah ! Hugo ça fait plaisir de te voir, s’écrit-elle. Viens, entre !
- Bonjour, je viens donner à manger aux tortues, je peux ?
Hugo fait mine d’aller nourrir les tortues à l’affût du moindre indice sur la fille mystérieuse. Il passe par la cuisine, aussi banale que toutes les autres, à part un dentier qui flotte dans un verre d’eau posé sur la table. C’est encore plus répugnant que la poubelle de tout à l’heure. Il prend quelques feuilles de salades et se rend dans le salon. Puis ses yeux se posent sur le canapé où a été déposé un sari rouge. Ça ne peut pas être celui de Mamie Tortue, il lui faudrait au moins du 4XL. Et si c’était celui de la fille ?
Hugo commence alors à la questionner.
- Je me demandais… vous n’auriez pas un nouveau locataire ?
Sa voisine lui assure qu’en dehors de ses tortues, lapins, chats, hamsters, et hérissons, elle n’héberge personne. Perplexe, il prend congé. Des questions se bousculent dans sa tête ? A qui peut bien appartenir ce sari ? Pourquoi Mamie Tortue a-t-elle éludé aussi vite sa question, comme si elle cachait quelque chose… Il est tiré de ses pensées par un air familier qui résonne dans la cage d’escalier.
« Je suis un blue jean
Fait par une gamine... »
Il rate une marche, trébuche et se retrouve au sol. Il ressent une douleur fulgurante, vite apaisée par une nouvelle vision...Une jeune femme aux yeux noirs apparaît dans l’ombre. Il n’a le temps d’apercevoir que sa longue chevelure très sombre et soyeuse qui disparaît en même temps que la minuterie de l’immeuble s’éteint.

Histoire 4
Collège Les Servizières

Chapitre 3 - « Un plat difficile à avaler où les déconvenues d’H et M ».

Chanson Chapitre 3 sur l’air de la chanson « Les mains d’or » de B. Lavillier)
Strophe 1
- J’me suis évanoui, / qu’est-ce que ça fait mal !
- De tomber d’si haut,/ J’me suis réveillé
- Ma vue est troublée, /je n’suis pas chez moi
- Serais-je dans un rêve ? /ou dans la vraie vie ?
Strophe 2 :
- Endormi, mais où ?/ Immobile, inquiet...
- Je vois cette femme,/ Magnifique visage,
- Cheveux noirs, soyeux/ Brillant sari rouge.
- Quelle apparition !/ Que vais-je faire sans elle ?
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu !
Strophe 3 :
- Ou suis-je ? Mais où suis-je ?/ Elle ne répond pas.
- Qu’est-ce que tu fais là ?/ Muette toujours.
- Es-tu un fantôme ? Est-ce un rêve ou bien ?
- Je n’vois plus personne, je veux me lever...
Strophe 4 :
Une femme mystérieuse, /vient pour me soigner.
Un verre d’eau visqueux, /des pansements crasseux.
Elle voudrait m’aider. /Dois-je les essayer ?
Ces habits stylés, /qui me vont trop petit !
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu
Strophe 5 :
- Où suis-je dans le noir ? La voie serait libre ?
- Faut qu’j’me casse de là ! Cette satanée chute
- M’empêche de marcher… Ma jambe est blessée !
- Mais je peux me traîner, je vais y arriver
Strophe 6 :
- une pièce aussi sombre /tellement inconnue
- sans même aucune ombre /pas non plus d’issues
- La porte est fermée / C’est quoi cet endroit
- Encore des vêtements / Mais je suis maudit
Strophe 6 :
- une pièce aussi sombre /tellement inconnue
- sans même aucune ombre /pas non plus d’issues
- La porte est fermée / C’est quoi cet endroit
- Encore des vêtements / Mais je suis maudit
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu
Strophe 7
Comment puis-je sortir ?/De ce vieil appart’ !
Peut-être par la fenêtre ?/ Ou les cheminées ?
Des vêtements partout / sur ce beau parquet
En fait, ils viennent d’où ? Mais qui les a faits ?
Strophe 8
Sur les étiquettes : origines diverses !
Bangladesch, ou Inde / Chine ou Thaïlande…
Et combien, dites-nous / Sont-ils sous payés ?
Ont-ils/(elles) de quoi vivre ? Ou même de survivre ?
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu…
Strophe 9
Je vois ce survêt’, fouille dans les habits,
Dessous une trappe, peut-être une issue ?
Je suis descendu, dans cette cave si sombre !
Je vois plein d’cartons, prêts pour les boutiques.
Strophe 10
Dedans des vêtements, avec certains prix
Prêts à être vendus, qui les a cousus ?
Et puis des aiguilles, du fil, des machines…
C’est quoi cette trappe ? Stop : la fille est là !
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu…
Strophe 11
Pourquoi es-tu là ? Quel est cet endroit ?
Cette il le faut, elle va me parler :
Est-ce un atelier ? Travail clandestin ?
Mais elle reste comme sourde et s’enfuit dans l’ombre…
Refrain (à publier)
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu !

Histoire 4
Violaine Schwartz

Visions.

Mais où est-elle passée ?! Il n’y a pas une seule fenêtre, ici. Il n’y a pas qu’une porte et je suis devant. Elle ne m’a pas traversé quand même, comme un courant d’air ?
H&M regarde les autres ouvrières. Elles sont une vingtaine, penchées sur leur machine à coudre, dans ce local surchauffé.
Il voudrait bien leur demander si elles connaissent la jolie fille en sari rouge qui n’arrête pas de disparaître. Mais elles ne font pas attention à lui. C’est comme s’il n’existait pas, se dit-il.
Pourtant j’ai mal au genou, se dit-il encore, donc j’existe. Je me suis cassé la figure comme un imbécile, dans l’escalier tout à l’heure, donc j’existe.
À table !
Tiens, voilà sa mère qui l’appelle pour manger !
Mais qu’est-ce qu’elle fait là, dans cet atelier clandestin ? se dit-il l’espace d’un instant, et puis il l’oublie.
Il regarde à nouveau les ouvrières.
Elles ont les yeux du même rouge que les robes qu’elles fabriquent, dans le bruit des machines, à plein régime.
De temps en temps, l’une d’entre elles fredonne entre ses lèvres une chanson qu’il a déjà entendue quelque part : je suis un blue-jeans, fait par une gamine .
Il s’avance prudemment au milieu des monceaux de robes rouges, des amas de tee-shirts rayés, des montagnes de sweat-shirts à capuche.
Tout à coup, il reconnaît le sien !
Il a le même, mais oui, exactement, dans son placard ! Il l’adore. Sur l’étiquette est écrit, il s’en souvient très bien, MADE IN CHINA. Tu parles ! C’est MADE IN ICI ! Ça alors !
Mais personne ne va le croire quand il va annoncer qu’il a découvert un atelier clandestin, au sous-sol de la vieille Mamie Bardot. Il voit déjà la tête de Nassim et Samantha.
Il faut que je prenne une photo, se dit-il. Pour avoir la preuve irréfutable que c’est vrai !
À table mais à table !
Il faudrait aussi qu’il réponde à sa mère sinon elle va encore s’énerver. Depuis que Papa est parti, elle monte sur ses grands chevaux au quart de tour.
Il prend un peu de recul pour avoir tout l’atelier capturé sur l’écran de son portable mais voilà que l’image devient toute noire... plus de batterie !
Et merde ! se dit-il. Il est en train de rater le scoop de sa vie.
C’est alors qu’il découvre dans le mur, comme une lézarde. Il s’en approche tout doucement, il jette un œil dans l’interstice et là, de l’autre côté, il voit une rue encombrée de voitures, de pousse-pousses, de vélos, il y a des femmes en sari de toutes les couleurs, des enfants pieds-nus, des chiens errants, et une vache qui bloque la circulation, impériale. Il y a aussi la Princesse des Mille et une nuit qui lui fait signe de la main, elle chevauche un éléphant tout paré d’or. Et tout à coup, le mur s’effondre sur cette image, dans un bruit de fer et de métal.
H&M essaie de crier mais aucun son ne sort de sa bouche. Il essaie de crier très fort.
Mais pourquoi tu cries comme ça ? Tu dors à cette heure-là ? Ça va pas la tête ? Allez, viens manger ! Ça fait une heure que je t’appelle. Ça va refroidir !
Le lendemain matin, sur la table du petit déjeuner, il trouve ce petit mot :
Je file au boulot, mon chéri. J’espère que tu as mieux dormi et que tu n’as pas refait le même cauchemar. Regarde ce que j’ai trouvé dans le journal. Un concours de comédie musicale sur un sujet social ! Tu devrais tenter ta chance ! Je t’embrasse bien fort, mon cher Dreamer ! À ce soir. Maman.

Histoire 4
collège Jean Charcot

Le chant de l’amour.

H et M repense alors à la jolie fille de sa classe et se dit qu’une histoire d’amour pourrait être un excellent sujet de chanson pour une comédie musicale. Et puis c’est bien un sujet social l’amour… Ça concerne toute la société, tous les êtres humains. Mais c’est trop convenu... Or ne lui viennent en tête que des phrases tirées justement de ces mélodies mièvres que l’on entend tous les jours… Et pourquoi ne pas écrire une chanson d’un garçon qui chercherait à séduire une fille, avec des expressions tellement « lourdes » qu’elles en seraient comiques ? Et cette fille le chasserait... Oui, c’est ça. Ça c’est nouveau, ou en tout cas c’est moins répandu. Il faut marquer le jury pour le concours, savoir se distinguer, être singulier...
Après quelques heures à se creuser la tête et quelques ratures, Hugo finit par donner naissance à une chanson à deux voix : le garçon et la jeune fille se succèdent dans les couplets, et la fin n’est pas heureuse pour celui qui avait tant d’espoirs. Hugo glisse le texte dans une enveloppe à destination du concours et croise les doigts.

Je sors de chez moi et je pense à toi.
J’ai croisé ton r’gard et je me suis dit :
« Ton père travaillerait pas chez Nintendo ?
Parce qu’il a conçu une vraie DS… »

Je sors de chez moi et j’pense pas à toi.
J’t’ai reconnu tout d’suite et j’ai pris la fuite.
J’donne pas mon numéro, t’es trop Calimero !
Laisse tomber bébé, j’suis pas intéressée !

Ce matin, mon horoscope m’avait prédit
Que je te trouverais, la femm’ de ma vie.
Si t’étais un burger, tu serais un Mac-nifique.
T’es la sauce Ketchup ajoutée à mes frites

Si tes répliques étaient un bateau,
Elles tomb’raient directement à l’eau.
T’as un beau regard,
Mais t’es qu’un ringard !

Quand je te vois, au fond de mon cœur,
J’me dis que ton père est un voleur
Car il a volé les étoiles des cieux
Pour toutes les mettre dans tes yeux.

Tout ça c’est bien joli, joli,
Mais tu n’vois pas que t’es pas pour moi ?
Je n’serai pas la femme de ta vie
Et tu ne seras jamais mon roi.

Ne vois-tu pas que je suis fou de toi ?
J’irai au bout du monde pour être à tes cotés…
Je t’emmène au cinéma pour voir Titanic Trois
Et après le film, on se mange une crème glacée.

Ecoute moi bien : toi et moi y aura rien !
Faut pas forcer, ça va jamais marcher !
Change de disquette et fais pas le gamin !
Arrête de m’parler, tu m’as trop gonflée !

Histoire 4
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 4
Collège Jean Macé

Chapitre 2 - L’échappée (pou)belle

Hugo est puni de sortie tout le week-end. Super. En plus, il avait prévu d’aller au cinéma avec ses amis, aujourd’hui. Il aurait dû faire ce devoir, se lever plus tôt. Mais le lit était si confortable ..! Au final, il n’a pas été en cours du tout. Mais sa mère a découvert l’absence falsifiée, et son professeur attend toujours la rédaction. Voilà comment il en est arrivé là.
H&M s’assoit sur son lit. Il a encore en tête cette chanson, celle qu’il a entendue en ouvrant son placard, et qui lui a tout de suite fait penser à la fille en sari. Il ne l’a pas revue, et ne sait même pas si elle existe vraiment. Et si c’était simplement le manque de sommeil ? Dix heures, quand même, ce n’est pas assez. Il lui faut au moins ses douze heures. Et s’il était fou ? Cela pourrait expliquer pourquoi Hugo entend des chansons en regardant ses tee-shirts de marque mal pliés dont il est si fier. Il a vu la fille à la fenêtre de la voisine. Il faut qu’Hugo aille lui demander, à cette voisine, cette Mme Tortue, elle saura sûrement quelque chose. Ah mais zut, il est privé de sortie. H&M doit trouver un prétexte. Trouver quelque chose pour pouvoir sortir et échapper à l’instinct infaillible de maman. Ou alors, ils pourrait sortir en douce, dans l’illégalité la plus totale, tel un ninja. Ou ne pas sortir du tout. Et puis, l’idée du siècle apparaît dans son esprit.
- Les poubelles ! Je dois descendre les poubelles.
Hugo va voir sa mère dans la salon et lui dit qu’il va sortir les poubelles. C’est son tour, en plus. Sa mère a l’air un peu sceptique. Il ne descend jamais les poubelles de lui-même, ni ne fait de tâche ménagère spontanément. C’est suspect, mais elle le laisse faire. Hugo attrape donc les sacs puants et sort de chez lui. Il descend au local à poubelles, jette les ordures et heurte des sacs remplis de vieux mais beaux vêtements de marques : Primark, H&M, Zara...qui lui rappellent ses recherches de la veille. Perdu dans ses pensées, il finit par profiter qu’une voiture sorte du garage pour se faufiler par la porte de sortie. Il traverse la rue, grimpe les escaliers deux par deux. Pressé, il toque chez Mme Tortue, qu’il baptisait parfois Mam’selle SPA.
La porte s’ouvre sur Mme Tortue, une femme d’un certain âge, qui habite en face de chez Hugo depuis un bon moment. Elle est ronde, très ronde, bien en chair. Ses cheveux un peu sales et hérissés luisent à la lumière du jour et ses petits yeux s’enfoncent dans son visage derrière ses grosses lunettes. Elle tient dans ses bras un gros chat noir et blanc qui miaule en se débattant. La vieille dame sourit à Hugo tandis qu’il la salue. H&M trouve qu’elle a l’apparence d’une grosse marmotte des prairies. Il l’imagine sortant de son terrier. Cette idée lui plaît et il ne peut s’empêcher d’éclater de rire. Un rire contagieux qui entraîne Mam’selle SPA à rire à son tour. La vision continue et la mamie marmotte finit par COURIR dans la prairie !
- Ah ! Hugo ça fait plaisir de te voir, s’écrit-elle. Viens, entre !
- Bonjour, je viens donner à manger aux tortues, je peux ?
Hugo fait mine d’aller nourrir les tortues à l’affût du moindre indice sur la fille mystérieuse. Il passe par la cuisine, aussi banale que toutes les autres, à part un dentier qui flotte dans un verre d’eau posé sur la table. C’est encore plus répugnant que la poubelle de tout à l’heure. Il prend quelques feuilles de salades et se rend dans le salon. Puis ses yeux se posent sur le canapé où a été déposé un sari rouge. Ça ne peut pas être celui de Mamie Tortue, il lui faudrait au moins du 4XL. Et si c’était celui de la fille ?
Hugo commence alors à la questionner.
- Je me demandais… vous n’auriez pas un nouveau locataire ?
Sa voisine lui assure qu’en dehors de ses tortues, lapins, chats, hamsters, et hérissons, elle n’héberge personne. Perplexe, il prend congé. Des questions se bousculent dans sa tête ? A qui peut bien appartenir ce sari ? Pourquoi Mamie Tortue a-t-elle éludé aussi vite sa question, comme si elle cachait quelque chose… Il est tiré de ses pensées par un air familier qui résonne dans la cage d’escalier.
« Je suis un blue jean
Fait par une gamine... »
Il rate une marche, trébuche et se retrouve au sol. Il ressent une douleur fulgurante, vite apaisée par une nouvelle vision...Une jeune femme aux yeux noirs apparaît dans l’ombre. Il n’a le temps d’apercevoir que sa longue chevelure très sombre et soyeuse qui disparaît en même temps que la minuterie de l’immeuble s’éteint.

Histoire 4
Collège Les Servizières

Chapitre 3 - « Un plat difficile à avaler où les déconvenues d’H et M ».

Chanson Chapitre 3 sur l’air de la chanson « Les mains d’or » de B. Lavillier)
Strophe 1
- J’me suis évanoui, / qu’est-ce que ça fait mal !
- De tomber d’si haut,/ J’me suis réveillé
- Ma vue est troublée, /je n’suis pas chez moi
- Serais-je dans un rêve ? /ou dans la vraie vie ?
Strophe 2 :
- Endormi, mais où ?/ Immobile, inquiet...
- Je vois cette femme,/ Magnifique visage,
- Cheveux noirs, soyeux/ Brillant sari rouge.
- Quelle apparition !/ Que vais-je faire sans elle ?
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu !
Strophe 3 :
- Ou suis-je ? Mais où suis-je ?/ Elle ne répond pas.
- Qu’est-ce que tu fais là ?/ Muette toujours.
- Es-tu un fantôme ? Est-ce un rêve ou bien ?
- Je n’vois plus personne, je veux me lever...
Strophe 4 :
Une femme mystérieuse, /vient pour me soigner.
Un verre d’eau visqueux, /des pansements crasseux.
Elle voudrait m’aider. /Dois-je les essayer ?
Ces habits stylés, /qui me vont trop petit !
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu
Strophe 5 :
- Où suis-je dans le noir ? La voie serait libre ?
- Faut qu’j’me casse de là ! Cette satanée chute
- M’empêche de marcher… Ma jambe est blessée !
- Mais je peux me traîner, je vais y arriver
Strophe 6 :
- une pièce aussi sombre /tellement inconnue
- sans même aucune ombre /pas non plus d’issues
- La porte est fermée / C’est quoi cet endroit
- Encore des vêtements / Mais je suis maudit
Strophe 6 :
- une pièce aussi sombre /tellement inconnue
- sans même aucune ombre /pas non plus d’issues
- La porte est fermée / C’est quoi cet endroit
- Encore des vêtements / Mais je suis maudit
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu
Strophe 7
Comment puis-je sortir ?/De ce vieil appart’ !
Peut-être par la fenêtre ?/ Ou les cheminées ?
Des vêtements partout / sur ce beau parquet
En fait, ils viennent d’où ? Mais qui les a faits ?
Strophe 8
Sur les étiquettes : origines diverses !
Bangladesch, ou Inde / Chine ou Thaïlande…
Et combien, dites-nous / Sont-ils sous payés ?
Ont-ils/(elles) de quoi vivre ? Ou même de survivre ?
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu…
Strophe 9
Je vois ce survêt’, fouille dans les habits,
Dessous une trappe, peut-être une issue ?
Je suis descendu, dans cette cave si sombre !
Je vois plein d’cartons, prêts pour les boutiques.
Strophe 10
Dedans des vêtements, avec certains prix
Prêts à être vendus, qui les a cousus ?
Et puis des aiguilles, du fil, des machines…
C’est quoi cette trappe ? Stop : la fille est là !
Refrain
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu…
Strophe 11
Pourquoi es-tu là ? Quel est cet endroit ?
Cette il le faut, elle va me parler :
Est-ce un atelier ? Travail clandestin ?
Mais elle reste comme sourde et s’enfuit dans l’ombre…
Refrain (à publier)
J’voudrais bien qu’elle me réponde ! Mais qu’elle me réponde…
Aucun son ne sort ; serait-elle muette ?
Juste un petit mot, rien qu’un petit mot…
Elle a fui, disparu !

Histoire 4
Violaine Schwartz

Visions.

Mais où est-elle passée ?! Il n’y a pas une seule fenêtre, ici. Il n’y a pas qu’une porte et je suis devant. Elle ne m’a pas traversé quand même, comme un courant d’air ?
H&M regarde les autres ouvrières. Elles sont une vingtaine, penchées sur leur machine à coudre, dans ce local surchauffé.
Il voudrait bien leur demander si elles connaissent la jolie fille en sari rouge qui n’arrête pas de disparaître. Mais elles ne font pas attention à lui. C’est comme s’il n’existait pas, se dit-il.
Pourtant j’ai mal au genou, se dit-il encore, donc j’existe. Je me suis cassé la figure comme un imbécile, dans l’escalier tout à l’heure, donc j’existe.
À table !
Tiens, voilà sa mère qui l’appelle pour manger !
Mais qu’est-ce qu’elle fait là, dans cet atelier clandestin ? se dit-il l’espace d’un instant, et puis il l’oublie.
Il regarde à nouveau les ouvrières.
Elles ont les yeux du même rouge que les robes qu’elles fabriquent, dans le bruit des machines, à plein régime.
De temps en temps, l’une d’entre elles fredonne entre ses lèvres une chanson qu’il a déjà entendue quelque part : je suis un blue-jeans, fait par une gamine .
Il s’avance prudemment au milieu des monceaux de robes rouges, des amas de tee-shirts rayés, des montagnes de sweat-shirts à capuche.
Tout à coup, il reconnaît le sien !
Il a le même, mais oui, exactement, dans son placard ! Il l’adore. Sur l’étiquette est écrit, il s’en souvient très bien, MADE IN CHINA. Tu parles ! C’est MADE IN ICI ! Ça alors !
Mais personne ne va le croire quand il va annoncer qu’il a découvert un atelier clandestin, au sous-sol de la vieille Mamie Bardot. Il voit déjà la tête de Nassim et Samantha.
Il faut que je prenne une photo, se dit-il. Pour avoir la preuve irréfutable que c’est vrai !
À table mais à table !
Il faudrait aussi qu’il réponde à sa mère sinon elle va encore s’énerver. Depuis que Papa est parti, elle monte sur ses grands chevaux au quart de tour.
Il prend un peu de recul pour avoir tout l’atelier capturé sur l’écran de son portable mais voilà que l’image devient toute noire... plus de batterie !
Et merde ! se dit-il. Il est en train de rater le scoop de sa vie.
C’est alors qu’il découvre dans le mur, comme une lézarde. Il s’en approche tout doucement, il jette un œil dans l’interstice et là, de l’autre côté, il voit une rue encombrée de voitures, de pousse-pousses, de vélos, il y a des femmes en sari de toutes les couleurs, des enfants pieds-nus, des chiens errants, et une vache qui bloque la circulation, impériale. Il y a aussi la Princesse des Mille et une nuit qui lui fait signe de la main, elle chevauche un éléphant tout paré d’or. Et tout à coup, le mur s’effondre sur cette image, dans un bruit de fer et de métal.
H&M essaie de crier mais aucun son ne sort de sa bouche. Il essaie de crier très fort.
Mais pourquoi tu cries comme ça ? Tu dors à cette heure-là ? Ça va pas la tête ? Allez, viens manger ! Ça fait une heure que je t’appelle. Ça va refroidir !
Le lendemain matin, sur la table du petit déjeuner, il trouve ce petit mot :
Je file au boulot, mon chéri. J’espère que tu as mieux dormi et que tu n’as pas refait le même cauchemar. Regarde ce que j’ai trouvé dans le journal. Un concours de comédie musicale sur un sujet social ! Tu devrais tenter ta chance ! Je t’embrasse bien fort, mon cher Dreamer ! À ce soir. Maman.

Histoire 4
collège Jean Charcot

Le chant de l’amour.

H et M repense alors à la jolie fille de sa classe et se dit qu’une histoire d’amour pourrait être un excellent sujet de chanson pour une comédie musicale. Et puis c’est bien un sujet social l’amour… Ça concerne toute la société, tous les êtres humains. Mais c’est trop convenu... Or ne lui viennent en tête que des phrases tirées justement de ces mélodies mièvres que l’on entend tous les jours… Et pourquoi ne pas écrire une chanson d’un garçon qui chercherait à séduire une fille, avec des expressions tellement « lourdes » qu’elles en seraient comiques ? Et cette fille le chasserait... Oui, c’est ça. Ça c’est nouveau, ou en tout cas c’est moins répandu. Il faut marquer le jury pour le concours, savoir se distinguer, être singulier...
Après quelques heures à se creuser la tête et quelques ratures, Hugo finit par donner naissance à une chanson à deux voix : le garçon et la jeune fille se succèdent dans les couplets, et la fin n’est pas heureuse pour celui qui avait tant d’espoirs. Hugo glisse le texte dans une enveloppe à destination du concours et croise les doigts.

Je sors de chez moi et je pense à toi.
J’ai croisé ton r’gard et je me suis dit :
« Ton père travaillerait pas chez Nintendo ?
Parce qu’il a conçu une vraie DS… »

Je sors de chez moi et j’pense pas à toi.
J’t’ai reconnu tout d’suite et j’ai pris la fuite.
J’donne pas mon numéro, t’es trop Calimero !
Laisse tomber bébé, j’suis pas intéressée !

Ce matin, mon horoscope m’avait prédit
Que je te trouverais, la femm’ de ma vie.
Si t’étais un burger, tu serais un Mac-nifique.
T’es la sauce Ketchup ajoutée à mes frites

Si tes répliques étaient un bateau,
Elles tomb’raient directement à l’eau.
T’as un beau regard,
Mais t’es qu’un ringard !

Quand je te vois, au fond de mon cœur,
J’me dis que ton père est un voleur
Car il a volé les étoiles des cieux
Pour toutes les mettre dans tes yeux.

Tout ça c’est bien joli, joli,
Mais tu n’vois pas que t’es pas pour moi ?
Je n’serai pas la femme de ta vie
Et tu ne seras jamais mon roi.

Ne vois-tu pas que je suis fou de toi ?
J’irai au bout du monde pour être à tes cotés…
Je t’emmène au cinéma pour voir Titanic Trois
Et après le film, on se mange une crème glacée.

Ecoute moi bien : toi et moi y aura rien !
Faut pas forcer, ça va jamais marcher !
Change de disquette et fais pas le gamin !
Arrête de m’parler, tu m’as trop gonflée !