Histoire 5

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 5
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 5
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 2 - Le sari rouge

A mesure que la mélodie résonne dans ses tympans les cliquetis deviennent des mots. Hugo a chaud. L’air lui manque. Vite, il ouvre sa fenêtre.
En face, la princesse magenta l’observe. Hugo sursaute. Il n’arrive pas à décrocher les yeux de la fille au sari rouge, de son visage, de sa bouche, de ses iris. Elle est belle. Elle est vraiment belle. Mais qu’est ce qu’elle fait là ? Ce ne peut être la fille de Madame Tortue. Elle est trop belle. Peut-être même pas une fille. Peut-être un fantôme. Un esprit. Un mort. Pas un mort. Hugo sait qu’ils ne reviennent pas. Mais s’ils pouvaient ? Si Maman lui avait menti depuis toujours ? Ce ne serait pas la première fois qu’elle ment. Elle avait promis qu’elle aimait Papa. Hugo préfère ne pas y penser.
Elle m’a coupé, elle m’a cousu
elle m’a lavé, elle m’a tordu
Cette chanson tourne en boucle dans sa tête.
Je suis un blue jeans,
Fait par une gamine...
- Hugo ! Hugo, mon garçon, s’inquiète sa mère, comment ça va ?
- Ça va. Ça va. L’usine, et l’usine ?
- Quoi ? Il n’y a pas d’usine !
- Clic clac clic clac, chuchote-t-il. Dans mon rêve j’ai entendu le cliquetis des machines à coudre. J’ai vu Mme Tortue en train de coudre ton visage et celui de papa. Elle était de dos. Puis elle a tourné doucement la tête en me regardant d’un air sournois.
- Tu as vu l’heure ? Va prendre une douche et prépare-toi, on en reparlera plus tard !
Sa mère le regarde, perplexe. Hugo court vers son armoire et prend les premiers vêtements qui lui tombent sous la main, saisit son sac et claque la porte. Il croise mamie Tortue en train de promener sa tortue. Il ne peut s’empêcher de penser qu’elle est un peu folle mais bien gentille.
Clic clac cli- STOOOP ! Il arrive. Regards de la classe braqués lui. Ce bruit incessant qui tourne dans sa tête. Ça vient de cette pièce de théâtre. Pourquoi ce bruit ? Dans sa tête à lui ? Clic clac cli- Chut, allez H&M, c’est rien. Il s’assoit à coté de Nassim qui lui glisse à l’oreille : « Y a une nouvelle élève. Elle va pas tarder. » Hugo ne dit rien. Il sent les yeux d’Hélyette lui brûler le dos. Il tourne la tête, croise le regard réjoui de Nassim, à la lueur carnassière. La porte s’ouvre.
Elle est belle. Plus belle que n’importe quelle fille. Son nez n’est peut-être pas aussi droit que celui d’Eva, sa bouche pas aussi pulpeuse que celle de Sam’, ses yeux pas aussi grands que ceux d’Hélyette ; mais un petit quelque chose, un grand rien chez elle, la rend éblouissante.
Hugo est stupéfait. Et mal à l’aise. Il éprouve une sorte de trouble qui remonte du plus profond de lui. Une impression de déjà-vu. Il a le sentiment de connaître, ce visage, cette bouche, ces iris. Pourtant Hugo a beau réfléchir, il ne voit pas. Ça l’énerve. Enfin la sonnerie retentit comme une délivrance.
Premier jour de classe. Elle s’attendait à pire. Elle a peur. Plus vite Elle sera rentrée, mieux ce sera. Elle s’arrête devant une vieille maison. Pas d’ascenseur. Elle gravit les marches deux à deux. Elle toque à la porte. Mme Goldstein lui ouvre. Elle est gentille, Mme Goldstein. Un alien dans la ville. Avec sa baraque délabrée. Et son amour pour les pauvres bêtes. Elle sait qu’Elle en est une, quelque part. Ce n’est pas bien grave. Mieux vaut cette compassion-là que la cruauté des autres. Elle se déchausse. Elle court jusqu’au grenier. Elle n’est pas chez elle. En haut, elle peut jeter ses affaires sur le lit d’appoint, un matelas aux ressorts défoncés, et souffler. Elle n’arrive pas à s’accommoder de cette nouvelle vie. De cette nouvelle maison. De cette nouvelle famille.
Lorsque Bābā rentre et vient lui dire bonne nuit, elle voit ses cernes et y lit sa fatigue, mais ne dit rien. Il se bat tellement pour elle. Elle se sent presque coupable de lui mentir. Elle ne dormira pas encore.
Quand Elle est certaine qu’il est descendu, qu’il ne peut plus l’entendre, Elle se lève et marche jusqu’à une grosse malle de bois brun. Elle n’a pas besoin de voir, pour savoir que le tissu est là. Qu’il scintille et brille dans son écrin tabac. Elle y enfouit son visage, et laisse ses larmes fleurir dans ce qui n’est ni de la soie, ni du coton, mais du synthétique. Synthétique. Artificiel. Et pourtant terriblement vrai. Puis se souvient.
Elle arrache les vêtements qu’on lui a donnés et qu’Elle doit porter. Elle sourit dans l’obscurité. Il n’y a plus qu’Elle et le tissu, maintenant. Elle le passe le long de ses jambes nues. L’attache. Détache ses cheveux. Voilà. Elle n’est plus. Elle vole jusqu’à la fenêtre, sans hésiter, car Elle n’a plus peur et ouvre les battants. Elle se sent si bien. Elle danse. Danse. Danse. Encore et encore. Elle vit. Elle est en vie.
Au bout de ce qui lui paraît des heures de bonheur, Elle s’arrête. Nul ne pourrait comprendre, pas même le garçon qui la regarde depuis sa fenêtre, ce manque insupportable depuis que Mā a disparu dans les décombres. Ce manque qui lui fait porter ce sari rouge, celui de Mā.
Et qui lui fait oublier un instant qu’elle est Āśā. আশা

Histoire 5
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 3 - A l’arrêt de bus

Samedi suivant, Hugo dégringole l’escalier impatient de regarder les vitrines des boutiques au centre commercial voisin et repérer de nouveaux vêtements. H&M repense au poème qu’il a composé

Quand par la fenêtre je voyais cette fille danser,
Et quand elle dansait sa douce voix m’ensorcelait,
Et par la fenêtre j’apercevais son sari rouge,
Celui-ci aussi m’ensorcelait quand elle bouge,
Chez mamie tortue là où elle était,
Cette fille quand je la voyais,
Je me rends compte que je l’aimais,
Oh mon coeur comme il battait,
Si je la veux je l’aurai,
Je ne fais que la regarder,
Oh mon coeur comme il dansait.

Un sourire flotte sur ses lèvres. À l’arrêt de bus, il frôle une fine silhouette, croit reconnaître celle qui fait battre son coeur. Il s’arrête, l’interpelle :

N’existe pas sans son contraire, une fille pas facile à trouver
Le sari n’existe que pour m’plaire, je le veux
Enfin, je commence à douter de l’avoir déjà regardée
J’ai envie de la connaître, je suis obligé.

La sape c’est plus que d’la mode, c’est pas compliqué d’être stylé
La sape c’est plus que d’la mode, c’est pas compliqué…

Āśā
Rien, j’aimerais ne rien oublier,
De Dacca, je ne voudrais rien oublier,
Je pleure, et j’ai beaucoup pleuré,
Ce malheur si je pouvais je l’crierais.

N’existe pas sans son contraire, ce coeur rempli de secrets,
La douleur est inconditionnelle, elle m’empêche d’avancer,
J’essaie d’oublier que je suis seule, cher souvenir de ma maman,
Et si tout le monde m’a délaissée, ça s’est passé après l’accident.

En duo
Tout, il faudrait tout oublier
Pour avancer, il faudrait tout oublier
On rêve, car là on a trop pleuré
Du bonheur, si on le veut, on l’aurait

Āśā
La mode toujours plus de mode, c’est si compliqué d’tenir les délais
La mode rien que la mode, c’est si compliqué
La planète crève de la mode, c’est pas compliqué d’recycler
C’est simple : sois juste conscient, si tul’voulais, tu le s’rais

Hugo
Ferme les yeux, oublie que tu es toujours triste,
Oublie qu’elle n’est plus là, pense qu’on s’occupe de toi.
Oublie que t’as perdu ton pays et ta mère,
C’est simple sois juste heureuse si tu l’voulais tu le s’rais.

Āśā
Tout, tu aimerais tout renier,
Pour te croire, il faudrait tout réprimer,
Je pleure, et j’ai beaucoup pleuré,
Mon chagrin si tu pouvais tu l’arrach’rais.

Rien, j’aimerais rien oublier,
Pour te croire, il faudrait tout renier ,
Je pleure, et j’ai beaucoup pleuré,
Ma révolte si je pouvais je l’crach’rais.

Quand je suis arrivée je l’ai tout de suite regretté
Le bon marché existe pour plaire, tous le veulent
Enfin je commence à piger à en être vraiment écoeurée
Est-ce que tu’m suis ? Sans cesse j’m’ sens exploitée

Hugo
Ferme les yeux oublie que tu es toujours seule
Oublie que t’es traquée, oublie qu’tu vis cachée
Oublie que t’as perdu tout c’ que t’avais,
Mais oublie, sois juste heureuse, si tu le voulais tu le serais

Āśā
N’existe pas sans son contraire, ce corps tout empoisonné,
La pollution est perpétuelle, elle m’empêche d’respirer,
T’essaie d’oublier que tes habits, que t’as tellement changés,
Par tes envies, chez moi, tout l’monde en a crevé.

En duo
L’jetabl’ c’est plus la mode, c’est pas compliqué d’y penser,
Ces sapes c’est plus la mode, c’est pas compliqué
Les sapes c’est plus à la mode, c’est pas compliqué d’être
C’est simple : soyons responsabl’ , si on l’voulait on le s’rait (X3)

Histoire 5
Collège Les Servizières

Chapitre 4 - Le projet SDLT "Secours De La Terre" d’Asa et H&M.

Une fois dans le bus, Hugo demande à Asa en quoi consiste son projet secret, mais elle ne répond pas. Il est bientôt à l’arrêt où il doit descendre, et continuant son chemin, il a l’impression qu’on le suit. Mais H et M ne rêve pas, il a bien vu Asa au loin, derrière lui. Une fois qu’elle l’a rejoint, elle lui demande s’il est libre pour boire un café un jour et en profiter pour parler de la mode jetable et des manières de s’en éloigner.
En arrivant chez sa mère, il y a son père qui l’attend devant la porte. Hugo veut lui parler de son projet d’arrêt de la mode jetable. Ils discutent longuement et son père est ravi, car il voulait aider la planète pour qu’elle dure plus longtemps. Mais ensuite il pense à l’argent et au fait que son travail lui rapporte, grâce aux vêtements et aux envies, des clientes ! Il en conclut qu’il n’aidera pas son fils… Sa mère rentre des courses et se demande pourquoi son père est là, mais H et M se presse de poser sa question, oubliant même son père qui s’éclipse. Sa mère répond tout de suite qu’elle aime trop la mode pour suivre les idées de son fils. Hugo sort alors dehors et réfléchit à un autre moyen de convaincre ses parents à l’aider.
Mais tout d’abord, Hugo prend la décision de ne plus acheter de vêtements neufs, et d’utiliser des sites d’achat où les gens revendent des vêtements en très bon état et même souvent neufs. Puis il se rend dans une grande usine textile connue pour sa pollution excessive. Une fois dans l’usine, il aperçoit Asa discutant avec des ouvrières, et le rejoint. Décidément, il se demande si elle le suit… Mais ils reprennent la discussion de l’arrêt de bus, et de la pollution liée à la mode jetable et vont voir le patron. Il ne prend pas en compte leurs arguments. H et M et Asa insistent mais rien à faire, le patron ne voulait rien savoir. A la fin de la visite, Asa prend la parole et dit : « M. Fernanndez, vous ne voyez donc pas que les industries comme la vôtre nuisent à la vie d’êtres vivants et augmentent la pollution !? » Le patron ignore à nouveau les paroles d’Asa.
Les deux jeunes sortent de l’usine et une semaine après, ils avaient créé l’opération SDLT « Secours De La Terre » ! Ils avaient mis une annonce sur Instagram, Snap et twitter et, grâce à l’ancienne popularité de H et M, toujours à la pointe de la mode, et grâce aux contacts d’Asa avec les ouvrières du textile, ils réussissent, après quelques jours, à mettre en place une manifestation et toutes sortes de regroupements contre les industries comme Nike, Esprit, H et M, Zara, Primark... qui nuisent à la vie d’êtres vivants, polluent la planète et contribuent à dégrader les conditions de travail des ouvrières et leur santé.

Histoire 5
Cité Scolaire Internationale de Gerland

La voix du changement

Nous, sur les réseaux sociaux, Asa et Hugo,
Nous avons partagé nos idéaux
Par des vidéos informatives
Dénoncé la production intensive

Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes sous tout un tas de gravats et de terre.
Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes pour coudre un blue jean ou un jupon vert

Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Pouvant compter seulement sur elles et leurs mains
Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Sont décédées avec une aiguille à la main.

Nous, les consommateurs, changeons d’avis !
C’est fini l’achat d’habits jour et nuit,
Seulement pour lutter contre l’ennui
Stop au shopping et au gâchis d’habits

Nous, les députés et les sénateurs
Entendons bien vos plaintes et vos pleurs
Honorons celles qui ont perdu leur voix
En faisant passer de meilleures lois

Nous devons inculquer de bonnes valeurs
Changeons vite les lois pour notre bonheur
Place aux vêtements d’excellente qualité
Pour ne pas avoir à en racheter

Nous, les entreprises, nous allons changer
D’abord payons mieux tous nos employés
Utilisons plus de matériaux bio
Limitons transports, limitons dépôts

Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes sous tout un tas de gravats et de terre.
Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes pour coudre un blue jean ou un jupon vert

Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Pouvant compter seulement sur elles et leurs mains
Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Sont décédées avec une aiguille à la main.

Histoire 5
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 5
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 2 - Le sari rouge

A mesure que la mélodie résonne dans ses tympans les cliquetis deviennent des mots. Hugo a chaud. L’air lui manque. Vite, il ouvre sa fenêtre.
En face, la princesse magenta l’observe. Hugo sursaute. Il n’arrive pas à décrocher les yeux de la fille au sari rouge, de son visage, de sa bouche, de ses iris. Elle est belle. Elle est vraiment belle. Mais qu’est ce qu’elle fait là ? Ce ne peut être la fille de Madame Tortue. Elle est trop belle. Peut-être même pas une fille. Peut-être un fantôme. Un esprit. Un mort. Pas un mort. Hugo sait qu’ils ne reviennent pas. Mais s’ils pouvaient ? Si Maman lui avait menti depuis toujours ? Ce ne serait pas la première fois qu’elle ment. Elle avait promis qu’elle aimait Papa. Hugo préfère ne pas y penser.
Elle m’a coupé, elle m’a cousu
elle m’a lavé, elle m’a tordu
Cette chanson tourne en boucle dans sa tête.
Je suis un blue jeans,
Fait par une gamine...
- Hugo ! Hugo, mon garçon, s’inquiète sa mère, comment ça va ?
- Ça va. Ça va. L’usine, et l’usine ?
- Quoi ? Il n’y a pas d’usine !
- Clic clac clic clac, chuchote-t-il. Dans mon rêve j’ai entendu le cliquetis des machines à coudre. J’ai vu Mme Tortue en train de coudre ton visage et celui de papa. Elle était de dos. Puis elle a tourné doucement la tête en me regardant d’un air sournois.
- Tu as vu l’heure ? Va prendre une douche et prépare-toi, on en reparlera plus tard !
Sa mère le regarde, perplexe. Hugo court vers son armoire et prend les premiers vêtements qui lui tombent sous la main, saisit son sac et claque la porte. Il croise mamie Tortue en train de promener sa tortue. Il ne peut s’empêcher de penser qu’elle est un peu folle mais bien gentille.
Clic clac cli- STOOOP ! Il arrive. Regards de la classe braqués lui. Ce bruit incessant qui tourne dans sa tête. Ça vient de cette pièce de théâtre. Pourquoi ce bruit ? Dans sa tête à lui ? Clic clac cli- Chut, allez H&M, c’est rien. Il s’assoit à coté de Nassim qui lui glisse à l’oreille : « Y a une nouvelle élève. Elle va pas tarder. » Hugo ne dit rien. Il sent les yeux d’Hélyette lui brûler le dos. Il tourne la tête, croise le regard réjoui de Nassim, à la lueur carnassière. La porte s’ouvre.
Elle est belle. Plus belle que n’importe quelle fille. Son nez n’est peut-être pas aussi droit que celui d’Eva, sa bouche pas aussi pulpeuse que celle de Sam’, ses yeux pas aussi grands que ceux d’Hélyette ; mais un petit quelque chose, un grand rien chez elle, la rend éblouissante.
Hugo est stupéfait. Et mal à l’aise. Il éprouve une sorte de trouble qui remonte du plus profond de lui. Une impression de déjà-vu. Il a le sentiment de connaître, ce visage, cette bouche, ces iris. Pourtant Hugo a beau réfléchir, il ne voit pas. Ça l’énerve. Enfin la sonnerie retentit comme une délivrance.
Premier jour de classe. Elle s’attendait à pire. Elle a peur. Plus vite Elle sera rentrée, mieux ce sera. Elle s’arrête devant une vieille maison. Pas d’ascenseur. Elle gravit les marches deux à deux. Elle toque à la porte. Mme Goldstein lui ouvre. Elle est gentille, Mme Goldstein. Un alien dans la ville. Avec sa baraque délabrée. Et son amour pour les pauvres bêtes. Elle sait qu’Elle en est une, quelque part. Ce n’est pas bien grave. Mieux vaut cette compassion-là que la cruauté des autres. Elle se déchausse. Elle court jusqu’au grenier. Elle n’est pas chez elle. En haut, elle peut jeter ses affaires sur le lit d’appoint, un matelas aux ressorts défoncés, et souffler. Elle n’arrive pas à s’accommoder de cette nouvelle vie. De cette nouvelle maison. De cette nouvelle famille.
Lorsque Bābā rentre et vient lui dire bonne nuit, elle voit ses cernes et y lit sa fatigue, mais ne dit rien. Il se bat tellement pour elle. Elle se sent presque coupable de lui mentir. Elle ne dormira pas encore.
Quand Elle est certaine qu’il est descendu, qu’il ne peut plus l’entendre, Elle se lève et marche jusqu’à une grosse malle de bois brun. Elle n’a pas besoin de voir, pour savoir que le tissu est là. Qu’il scintille et brille dans son écrin tabac. Elle y enfouit son visage, et laisse ses larmes fleurir dans ce qui n’est ni de la soie, ni du coton, mais du synthétique. Synthétique. Artificiel. Et pourtant terriblement vrai. Puis se souvient.
Elle arrache les vêtements qu’on lui a donnés et qu’Elle doit porter. Elle sourit dans l’obscurité. Il n’y a plus qu’Elle et le tissu, maintenant. Elle le passe le long de ses jambes nues. L’attache. Détache ses cheveux. Voilà. Elle n’est plus. Elle vole jusqu’à la fenêtre, sans hésiter, car Elle n’a plus peur et ouvre les battants. Elle se sent si bien. Elle danse. Danse. Danse. Encore et encore. Elle vit. Elle est en vie.
Au bout de ce qui lui paraît des heures de bonheur, Elle s’arrête. Nul ne pourrait comprendre, pas même le garçon qui la regarde depuis sa fenêtre, ce manque insupportable depuis que Mā a disparu dans les décombres. Ce manque qui lui fait porter ce sari rouge, celui de Mā.
Et qui lui fait oublier un instant qu’elle est Āśā. আশা

Histoire 5
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 3 - A l’arrêt de bus

Samedi suivant, Hugo dégringole l’escalier impatient de regarder les vitrines des boutiques au centre commercial voisin et repérer de nouveaux vêtements. H&M repense au poème qu’il a composé

Quand par la fenêtre je voyais cette fille danser,
Et quand elle dansait sa douce voix m’ensorcelait,
Et par la fenêtre j’apercevais son sari rouge,
Celui-ci aussi m’ensorcelait quand elle bouge,
Chez mamie tortue là où elle était,
Cette fille quand je la voyais,
Je me rends compte que je l’aimais,
Oh mon coeur comme il battait,
Si je la veux je l’aurai,
Je ne fais que la regarder,
Oh mon coeur comme il dansait.

Un sourire flotte sur ses lèvres. À l’arrêt de bus, il frôle une fine silhouette, croit reconnaître celle qui fait battre son coeur. Il s’arrête, l’interpelle :

N’existe pas sans son contraire, une fille pas facile à trouver
Le sari n’existe que pour m’plaire, je le veux
Enfin, je commence à douter de l’avoir déjà regardée
J’ai envie de la connaître, je suis obligé.

La sape c’est plus que d’la mode, c’est pas compliqué d’être stylé
La sape c’est plus que d’la mode, c’est pas compliqué…

Āśā
Rien, j’aimerais ne rien oublier,
De Dacca, je ne voudrais rien oublier,
Je pleure, et j’ai beaucoup pleuré,
Ce malheur si je pouvais je l’crierais.

N’existe pas sans son contraire, ce coeur rempli de secrets,
La douleur est inconditionnelle, elle m’empêche d’avancer,
J’essaie d’oublier que je suis seule, cher souvenir de ma maman,
Et si tout le monde m’a délaissée, ça s’est passé après l’accident.

En duo
Tout, il faudrait tout oublier
Pour avancer, il faudrait tout oublier
On rêve, car là on a trop pleuré
Du bonheur, si on le veut, on l’aurait

Āśā
La mode toujours plus de mode, c’est si compliqué d’tenir les délais
La mode rien que la mode, c’est si compliqué
La planète crève de la mode, c’est pas compliqué d’recycler
C’est simple : sois juste conscient, si tul’voulais, tu le s’rais

Hugo
Ferme les yeux, oublie que tu es toujours triste,
Oublie qu’elle n’est plus là, pense qu’on s’occupe de toi.
Oublie que t’as perdu ton pays et ta mère,
C’est simple sois juste heureuse si tu l’voulais tu le s’rais.

Āśā
Tout, tu aimerais tout renier,
Pour te croire, il faudrait tout réprimer,
Je pleure, et j’ai beaucoup pleuré,
Mon chagrin si tu pouvais tu l’arrach’rais.

Rien, j’aimerais rien oublier,
Pour te croire, il faudrait tout renier ,
Je pleure, et j’ai beaucoup pleuré,
Ma révolte si je pouvais je l’crach’rais.

Quand je suis arrivée je l’ai tout de suite regretté
Le bon marché existe pour plaire, tous le veulent
Enfin je commence à piger à en être vraiment écoeurée
Est-ce que tu’m suis ? Sans cesse j’m’ sens exploitée

Hugo
Ferme les yeux oublie que tu es toujours seule
Oublie que t’es traquée, oublie qu’tu vis cachée
Oublie que t’as perdu tout c’ que t’avais,
Mais oublie, sois juste heureuse, si tu le voulais tu le serais

Āśā
N’existe pas sans son contraire, ce corps tout empoisonné,
La pollution est perpétuelle, elle m’empêche d’respirer,
T’essaie d’oublier que tes habits, que t’as tellement changés,
Par tes envies, chez moi, tout l’monde en a crevé.

En duo
L’jetabl’ c’est plus la mode, c’est pas compliqué d’y penser,
Ces sapes c’est plus la mode, c’est pas compliqué
Les sapes c’est plus à la mode, c’est pas compliqué d’être
C’est simple : soyons responsabl’ , si on l’voulait on le s’rait (X3)

Histoire 5
Collège Les Servizières

Chapitre 4 - Le projet SDLT "Secours De La Terre" d’Asa et H&M.

Une fois dans le bus, Hugo demande à Asa en quoi consiste son projet secret, mais elle ne répond pas. Il est bientôt à l’arrêt où il doit descendre, et continuant son chemin, il a l’impression qu’on le suit. Mais H et M ne rêve pas, il a bien vu Asa au loin, derrière lui. Une fois qu’elle l’a rejoint, elle lui demande s’il est libre pour boire un café un jour et en profiter pour parler de la mode jetable et des manières de s’en éloigner.
En arrivant chez sa mère, il y a son père qui l’attend devant la porte. Hugo veut lui parler de son projet d’arrêt de la mode jetable. Ils discutent longuement et son père est ravi, car il voulait aider la planète pour qu’elle dure plus longtemps. Mais ensuite il pense à l’argent et au fait que son travail lui rapporte, grâce aux vêtements et aux envies, des clientes ! Il en conclut qu’il n’aidera pas son fils… Sa mère rentre des courses et se demande pourquoi son père est là, mais H et M se presse de poser sa question, oubliant même son père qui s’éclipse. Sa mère répond tout de suite qu’elle aime trop la mode pour suivre les idées de son fils. Hugo sort alors dehors et réfléchit à un autre moyen de convaincre ses parents à l’aider.
Mais tout d’abord, Hugo prend la décision de ne plus acheter de vêtements neufs, et d’utiliser des sites d’achat où les gens revendent des vêtements en très bon état et même souvent neufs. Puis il se rend dans une grande usine textile connue pour sa pollution excessive. Une fois dans l’usine, il aperçoit Asa discutant avec des ouvrières, et le rejoint. Décidément, il se demande si elle le suit… Mais ils reprennent la discussion de l’arrêt de bus, et de la pollution liée à la mode jetable et vont voir le patron. Il ne prend pas en compte leurs arguments. H et M et Asa insistent mais rien à faire, le patron ne voulait rien savoir. A la fin de la visite, Asa prend la parole et dit : « M. Fernanndez, vous ne voyez donc pas que les industries comme la vôtre nuisent à la vie d’êtres vivants et augmentent la pollution !? » Le patron ignore à nouveau les paroles d’Asa.
Les deux jeunes sortent de l’usine et une semaine après, ils avaient créé l’opération SDLT « Secours De La Terre » ! Ils avaient mis une annonce sur Instagram, Snap et twitter et, grâce à l’ancienne popularité de H et M, toujours à la pointe de la mode, et grâce aux contacts d’Asa avec les ouvrières du textile, ils réussissent, après quelques jours, à mettre en place une manifestation et toutes sortes de regroupements contre les industries comme Nike, Esprit, H et M, Zara, Primark... qui nuisent à la vie d’êtres vivants, polluent la planète et contribuent à dégrader les conditions de travail des ouvrières et leur santé.

Histoire 5
Cité Scolaire Internationale de Gerland

La voix du changement

Nous, sur les réseaux sociaux, Asa et Hugo,
Nous avons partagé nos idéaux
Par des vidéos informatives
Dénoncé la production intensive

Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes sous tout un tas de gravats et de terre.
Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes pour coudre un blue jean ou un jupon vert

Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Pouvant compter seulement sur elles et leurs mains
Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Sont décédées avec une aiguille à la main.

Nous, les consommateurs, changeons d’avis !
C’est fini l’achat d’habits jour et nuit,
Seulement pour lutter contre l’ennui
Stop au shopping et au gâchis d’habits

Nous, les députés et les sénateurs
Entendons bien vos plaintes et vos pleurs
Honorons celles qui ont perdu leur voix
En faisant passer de meilleures lois

Nous devons inculquer de bonnes valeurs
Changeons vite les lois pour notre bonheur
Place aux vêtements d’excellente qualité
Pour ne pas avoir à en racheter

Nous, les entreprises, nous allons changer
D’abord payons mieux tous nos employés
Utilisons plus de matériaux bio
Limitons transports, limitons dépôts

Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes sous tout un tas de gravats et de terre.
Rappelez-vous à jamais de ces ouvrières
Mortes pour coudre un blue jean ou un jupon vert

Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Pouvant compter seulement sur elles et leurs mains
Ces malheureuses ouvrières sans pain ni bien
Sont décédées avec une aiguille à la main.