Histoire 7

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 7
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 7
Collège Georges Brassens

Chapitre 2 -Tout feu tout nu

Il se dirigea alors vers la fenêtre pour chercher la source de la chanson. Il vit la jeune femme dans le sari du premier soir, rouge comme du sang. Elle était si belle avec ses longs cheveux noirs ! Elle était en train de travailler. Elle avait l’air si douce et si patiente, absorbée par son travail. Ses gestes étaient délicats et précis sur le tissu qu’elle était en train de coudre : la chanson provenait du jean qu’elle avait entre les mains !
Soudain le jean s’éleva dans les airs semblable à un papillon de mille nuits. Le vêtement se mit à danser et gesticuler dans tous les sens. H&M prit peur car les vêtements de sa chambre, pulls, jeans, tee-shirt, chaussettes et caleçons se mirent à s’élever et danser aussi. Il commença à clairement paniquer quand les vêtements s’approchèrent de lui. Il laissa échapper un cri de terreur. Les vêtements l’emmenèrent vers la fenêtre, tout en chantant leur complainte. De l’autre côté de la fenêtre, le sari de la femme semblait prendre feu. Des flammes immenses et mauves l’enveloppaient tel une fleur qui se fermait.
En observant les flammes, ses paupières devinrent de plus en plus lourdes. Il était au Bangladesh devant les décombres d’un bâtiment délabré. Il se souvint alors de la pièce de théâtre qu’il avait regardé avec sa classe. Sur un bâtiment qui s’était effondré à Dacca. Il abritait de nombreux ouvriers qui travaillaient sans relâche à coudre des habits. Le drame fut sanglant, environ mille deux cents morts. Il voyait les ruines, il voyait les saris ensanglantés sous le béton.
H&M tu dérailles !
Il regarda tout autour de lui, il regarda la femme et cet immeuble qu’il croyait connaître et qui semblait s’effondrer encore et encore, coulant autour d’elle comme du sang. La femme dans son sari de feu s’éleva tel un fantôme. Elle leva vers lui ses yeux violets et une main accusatrice.
Les vêtements alors se figèrent et lui tombèrent dessus tel un éboulement. Il se sentit étouffé, il crut s’en aller un instant. Les vêtements, tel du béton, l’écrasaient. Ils l’emportaient au loin. Rêve ou réalité ? Le bâtiment s’écroulait !
H&M, mon pauvre vieux, tu vas mourir sous tes propres vêtements.
Il entendait vaguement des cris de souffrance. Ils étaient déchirants. D’un seul coup, il sentit la douleur fulgurante de ces mourants. Un nom s’éleva comme une mélopée. Rana Plaza. Rana Plaza. Le jean qui était juste au dessus de sa tête se mit à lui murmurer son histoire. Il le reconnut de suite, ce jean. Il l’avait acheté il y a deux semaines. Il était trop stylé avec !
- J’ai été cousu au Rana Plaza. A la hâte. Mon ouvrière avait douze ans. Elle a été écrasé. Elle est restée sous les décombres et a entendu sa famille la chercher, crier un nom que tu ignores. Elle était si mince et si petite. Son maigre salaire aidait beaucoup sa famille. Elle est morte à l’hôpital. Sa famille l’a enveloppée d’un drap blanc. Ils la laissèrent dériver au bord d’une rivière comme un bateau naviguant au large d’un océan rempli d’amour. C’était un au revoir amer, c’était les pleurs d’une mère et d’un père sans aucun repère. Mais toi, tu es stylé.
H&M tentait de s’extraire des décombres. Soudain, une chaussette au logo reconnaissable vint près de son menton. Elle était debout et l’accusait.
- Tu m’as achetée dans un magasin pour être parfaitement assorti à tes chaussures mais tu m’a traitée avec négligence. Tu m’as achetée en paire mais t’as perdu mon frère, un peu comme cette fille au Bangladesh qui a perdu son père et son frère dans l’accident de l’usine.
H&M étouffait sous les vêtements et les mots. Fatigué et éperdu, d’un geste brusque, il s’extirpa de son amas d’habits. Les flammes s’étaient éteintes et les vêtements ne dansaient plus. Derrière la fenêtre ne régnait plus que l’obscurité. Pris de colère, H&M s’empara de toutes ses affaires. Jamais plus il ne supporterait ce sentiment d’injustice. Jamais plus il ne voulait voir la colère dans ces yeux violets. Il ne porterait plus à longueur de journée cette culpabilité. Il ne put s’empêcher d’en vouloir à ses parents si indifférents, construisant leur richesse sans une larme pour cette tragédie. Il jeta tout par la fenêtre. Les vêtements tombèrent comme des feuilles.
Il partirait en croisade ! Il mènerait campagne, serait un chevalier vaillant et sensibiliserait le monde à cette cause. Enfin, déjà ses camarades.
Tout en regardant son slip tomber dans la rue, H&M se demanda quel type de chevalier il allait pouvoir être et comment il irait au collège. Le chevalier sans culotte ?

Histoire 7
Collège Laurent Mourguet

La révolte des sans-culotte

J’ai descendu tout nu
Ma petite avenue
Arrivé sur la place
Avec beaucoup d’audace
Je sentis les regards
Sûrement un milliard
Alors j’ai commencé
A aller leur parler

Mais moi je suis Hugo
je me balade complet’ment nu
J’en ai marre de Célio
Je ne passe pas inaperçu
Dans la grand’ rue

Monsieur que faites-vous là ?
Je marche tranquillement
Pourquoi me dites-vous ça ?
Vous portez des vêtements.
Les ouvrières là-bas
Figées sous les gravats
Ont littéralement
Péri en travaillant.

Et moi je suis Hugo
Je me balade complet’ment nu
N’aim’ pas les polos
Je me rebelle dévêtu
Dévêtu

Tiens Nassim vient vers moi
J’lui explique ma révolte
Il dit j’veux faire comme toi
Branchés sur 10 000 volts
Les alerter, on ose
Rendez-vous au collège
Pour défendre notre cause
Tous nus même s’il neige !

Et moi je suis Hugo
Je me balade complet’ment nu
Je suis total barjo
Je me rebelle dévêtu
Dévêtu

La fille au sari rouge
Je la vois au coin d’ma rue
Face à ma nudité
Si belle mon inconnue
Totale interloquée
D’elle pas de mépris
Mais d’l’incompréhension
Ses petites joues rougies
Sur elle m’en disent long

Et je m’appelle Hugo
Je me balade complet’ment nu
Me fais remarquer
En croisant les gens dans la rue
(Lalalalalala)
Dans la rue
(Lalalalalala)

Et là je vois ma mère
De l’autre côté de la rue
Il faut que je sois clair
L’éducation tordue
Que vous, papa et toi,
M’avez donné, m’cachant
Les horreurs qui là-bas
Me font nu maintenant

Mais je m’appelle Hugo
J’me moque de vos critiques
Des avis qui piquent
Et je reste unique
(Lalalalalala)
Reste unique
(Lalalalalala)

Histoire 7
Collège Jean Macé

Des « influenceurs » de marque

Hugo est réveillé par son réveil. BIP BIP BIP ! Il se couvre les oreilles avec son oreiller. H&M se sent tout mou, tout pâteux, comme un vieux chewing-gum, ou une pierre toute sèche. La tête dans le c..., comme dirait son tonton vulgaire. Il s’imagine découvrir qu’il ressemble à un postérieur en se regardant dans un miroir. Quelle horreur. D’un geste lent, il réussit à éteindre l’horrible machine. Est-ce qu’il doit aller à l’école ? Hugo regarde l’heure. 7h01. A quelle heure commence-t-il, déjà ? Et quel jour on est, aussi ? Tout est mélangé dans sa tête. Il descend dans la cuisine, se sert de quoi prendre un bon petit déjeuner puis s’assoit à table, seul ; il constate que sa mère n’est pas là et qu’elle ne lui a pas laissé de petit mot comme d’habitude.
Soudain, il sent quelque chose vibrer sur la table. C’est son téléphone, il y a déjà cinq appels manqués de Nassim. Hugo décroche, les yeux encore lourds. 
Quand il raccroche quelques minutes plus tard, il se précipite sur Instagram en essayant de se rappeler ce que Nassim vient de lui raconter ; seule une image floue lui revient à l’esprit : un trottoir, et des habits, partout, par terre. Mais pourquoi avoir fait cela ? La vidéo va lui rafraîchir la mémoire. On le voit nu, dans la rue, criant : « Non aux habits de marque ! Vous ne connaissez rien du travail des ouvrières ! Non au made in Bangladesh ! » Hugo s’empresse alors de regarder le nombre de vues. Plus de 200, la moitié du collège au moins doit être au courant... élèves comme professeurs !
H&M pose son téléphone, se lève sans avoir terminé son bol de Miel POPS, prend son sac Eastpack noir, met quelque affaires et sort en fermant la porte double tour. Sur le chemin, il se fait tout petit, comme s’il avait commis l’irréparable. Il a honte, honte car son professeur a vu la vidéo, honte car ses camarades l’ont vu aussi, il voudrait ne pas être né.
Comme d’habitude, Nassim sort de chez lui à trente. En route, son copain lui parle de leur exposé qu’ils doivent présenter ce jour-là justement.
- J’ai préparé un powerpoint sur ce que tu avais écrit, et ai trouvé des informations sur les usines textiles bangladaises, rassure Nassim.
Pourtant, les pas d’ Hugo deviennent lents comme si son corps ne voulait pas pas aller en cours ; il entre dans l’établissement, la tête basse. Hugo sent le regard des autres élèves sur lui. Heureusement, Nassim est là pour l’épauler.
- Fais pas attention à eux.
- Mouais...plus facile à dire qu’à faire, répond Hugo qui rejoint sa salle de cours sans s’arrêter, comme un robot. Sa prof le salue, il ne fait pas vibrer la moindre corde vocale ; la peur le gagne de nouveau. Il s’assoit, pose ses livres devant lui, comme pour faire une barricade. Et pourtant, il faut se lancer. Pas le droit à l’erreur cette fois. Les deux camarades se lèvent et s’installent face à la classe.
Après une trentaine de minutes, Nassim et Hugo finissent sous un tonnerre d’applaudissements. Les élèves ont compris l’importance du combat qu’ils doivent mener. Samantha s’est souvenue : « Ça m’a fait penser à l’époque où l’entreprise Nike avait été mise en cause parce qu’elle faisait travailler des enfants à l’étranger. » Certains veulent se débarrasser immédiatement de leurs vêtements et les jeter : "On n’en veut plus !" Nassim et Hugo ont réussi. Maintenant beaucoup veulent les aider à sensibiliser tout le collège ! Ils se mettent d’accord sur les rôles qu’ils ont à jouer. Tous sont fiers d’eux. Ils obtiennent rapidement l’autorisation de la principale pour afficher tracts et banderoles dans les bâtiments et la cour et se mettent à l’ouvrage.
- Hé ! Ce serait pas le mec qui était à poils dehors hier ?
- Si, je crois ! C’est quoi son nom déjà ?
Hugo ignore les voix derrière lui et continue de coller ses affiches contre le mur de la vie scolaire. Et voilà, la dernière feuille est collée. Hugo espère que le plus grand nombre d’élèves prendra le temps de les lire et de réfléchir. Après quelques heures, le constat est mitigé : quelques affiches ont été déchirées et traînent dans des flaques d’eau, mais à l’inverse, quelques élèves sont intéressés et viennent parler à Hugo, ce qui le regonfle d’espoir.
Mais l’idée du siècle, c’est Nassim qui l’a eue en premier, alors qu’Hugo chantonnait une chanson. « Il faut se faire entendre en organisant un grand concert, pour toucher encore plus d’élèves , avec des chansons engagées, pour soutenir les couturières étrangères ! »
Les semaines qui suivent, tout se passe très vite : la principale accepte l’idée du concert, et les professeurs apportent leur soutien.

Le jour J pourtant, il n’y a pas la mère d’Hugo, il est triste de le constater. Avant que le rideau ne se lève , Hugo et Nassim ont envie de regarder depuis les coulisses. Ils voient la femme en sari rouge qui leur sourit et les applaudit avant de disparaître dans un nuage de fumée.

Histoire 7
Violaine Schwartz

L’internationapoil

Videz vos armoires assassines !
Jetez vos tee-shirts aux orties ! 
Boycottez les grandes firmes
qui fabriquent nos habits !
De la mode, faisons table rase !
Arrêtons d’être au dernier cri !
Nos vies doivent prendre comme base
la décroissance, l’écologie !

C’est la lutte finale !
Ôtons tout et enfin
vivons tous à poil
comme des chérubins !

C’est la lutte finale
de New York à Paris !
Vivons tous à poil
sans remords, sans soucis !

Souvenons-nous de nos ancêtres :
Adam et Eve au paradis.
Ils étaient très heureux sans être
engoncés dans des habits !
Pour que ces usines périclitent,
que ces grands groupes soient punis,
Faut tout changer dans nos conduites
et piétiner nos coquett’ries !

C’est la lutte finale !
Ôtons tout et enfin
vivons tous à poil,
égaux, frères humains !

C’est la lutte finale
de Paris à Tokyo !
Vivons tous à poil,
comme des frères jumeaux !

Ouvrières en sari, nous sommes
conscients de vos vies de malheur !
La terre n’appartient qu’aux hommes.
Révoltons-nous, tous en choeur !
Combien d’usines de misère ?
Combien de patrons corrompus ?
Arrêtons cette surenchère
de consommation superflue.

C’est la lutte finale !
Ôtons tout et enfin
vivons tous à poil,
heureux, comme des bambins !

C’est la lutte finale !
Le nudisme, c’est très bien !
Vivons tous à poil !
Sauvons notre prochain !

Histoire 7
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 7
Collège Georges Brassens

Chapitre 2 -Tout feu tout nu

Il se dirigea alors vers la fenêtre pour chercher la source de la chanson. Il vit la jeune femme dans le sari du premier soir, rouge comme du sang. Elle était si belle avec ses longs cheveux noirs ! Elle était en train de travailler. Elle avait l’air si douce et si patiente, absorbée par son travail. Ses gestes étaient délicats et précis sur le tissu qu’elle était en train de coudre : la chanson provenait du jean qu’elle avait entre les mains !
Soudain le jean s’éleva dans les airs semblable à un papillon de mille nuits. Le vêtement se mit à danser et gesticuler dans tous les sens. H&M prit peur car les vêtements de sa chambre, pulls, jeans, tee-shirt, chaussettes et caleçons se mirent à s’élever et danser aussi. Il commença à clairement paniquer quand les vêtements s’approchèrent de lui. Il laissa échapper un cri de terreur. Les vêtements l’emmenèrent vers la fenêtre, tout en chantant leur complainte. De l’autre côté de la fenêtre, le sari de la femme semblait prendre feu. Des flammes immenses et mauves l’enveloppaient tel une fleur qui se fermait.
En observant les flammes, ses paupières devinrent de plus en plus lourdes. Il était au Bangladesh devant les décombres d’un bâtiment délabré. Il se souvint alors de la pièce de théâtre qu’il avait regardé avec sa classe. Sur un bâtiment qui s’était effondré à Dacca. Il abritait de nombreux ouvriers qui travaillaient sans relâche à coudre des habits. Le drame fut sanglant, environ mille deux cents morts. Il voyait les ruines, il voyait les saris ensanglantés sous le béton.
H&M tu dérailles !
Il regarda tout autour de lui, il regarda la femme et cet immeuble qu’il croyait connaître et qui semblait s’effondrer encore et encore, coulant autour d’elle comme du sang. La femme dans son sari de feu s’éleva tel un fantôme. Elle leva vers lui ses yeux violets et une main accusatrice.
Les vêtements alors se figèrent et lui tombèrent dessus tel un éboulement. Il se sentit étouffé, il crut s’en aller un instant. Les vêtements, tel du béton, l’écrasaient. Ils l’emportaient au loin. Rêve ou réalité ? Le bâtiment s’écroulait !
H&M, mon pauvre vieux, tu vas mourir sous tes propres vêtements.
Il entendait vaguement des cris de souffrance. Ils étaient déchirants. D’un seul coup, il sentit la douleur fulgurante de ces mourants. Un nom s’éleva comme une mélopée. Rana Plaza. Rana Plaza. Le jean qui était juste au dessus de sa tête se mit à lui murmurer son histoire. Il le reconnut de suite, ce jean. Il l’avait acheté il y a deux semaines. Il était trop stylé avec !
- J’ai été cousu au Rana Plaza. A la hâte. Mon ouvrière avait douze ans. Elle a été écrasé. Elle est restée sous les décombres et a entendu sa famille la chercher, crier un nom que tu ignores. Elle était si mince et si petite. Son maigre salaire aidait beaucoup sa famille. Elle est morte à l’hôpital. Sa famille l’a enveloppée d’un drap blanc. Ils la laissèrent dériver au bord d’une rivière comme un bateau naviguant au large d’un océan rempli d’amour. C’était un au revoir amer, c’était les pleurs d’une mère et d’un père sans aucun repère. Mais toi, tu es stylé.
H&M tentait de s’extraire des décombres. Soudain, une chaussette au logo reconnaissable vint près de son menton. Elle était debout et l’accusait.
- Tu m’as achetée dans un magasin pour être parfaitement assorti à tes chaussures mais tu m’a traitée avec négligence. Tu m’as achetée en paire mais t’as perdu mon frère, un peu comme cette fille au Bangladesh qui a perdu son père et son frère dans l’accident de l’usine.
H&M étouffait sous les vêtements et les mots. Fatigué et éperdu, d’un geste brusque, il s’extirpa de son amas d’habits. Les flammes s’étaient éteintes et les vêtements ne dansaient plus. Derrière la fenêtre ne régnait plus que l’obscurité. Pris de colère, H&M s’empara de toutes ses affaires. Jamais plus il ne supporterait ce sentiment d’injustice. Jamais plus il ne voulait voir la colère dans ces yeux violets. Il ne porterait plus à longueur de journée cette culpabilité. Il ne put s’empêcher d’en vouloir à ses parents si indifférents, construisant leur richesse sans une larme pour cette tragédie. Il jeta tout par la fenêtre. Les vêtements tombèrent comme des feuilles.
Il partirait en croisade ! Il mènerait campagne, serait un chevalier vaillant et sensibiliserait le monde à cette cause. Enfin, déjà ses camarades.
Tout en regardant son slip tomber dans la rue, H&M se demanda quel type de chevalier il allait pouvoir être et comment il irait au collège. Le chevalier sans culotte ?

Histoire 7
Collège Laurent Mourguet

La révolte des sans-culotte

J’ai descendu tout nu
Ma petite avenue
Arrivé sur la place
Avec beaucoup d’audace
Je sentis les regards
Sûrement un milliard
Alors j’ai commencé
A aller leur parler

Mais moi je suis Hugo
je me balade complet’ment nu
J’en ai marre de Célio
Je ne passe pas inaperçu
Dans la grand’ rue

Monsieur que faites-vous là ?
Je marche tranquillement
Pourquoi me dites-vous ça ?
Vous portez des vêtements.
Les ouvrières là-bas
Figées sous les gravats
Ont littéralement
Péri en travaillant.

Et moi je suis Hugo
Je me balade complet’ment nu
N’aim’ pas les polos
Je me rebelle dévêtu
Dévêtu

Tiens Nassim vient vers moi
J’lui explique ma révolte
Il dit j’veux faire comme toi
Branchés sur 10 000 volts
Les alerter, on ose
Rendez-vous au collège
Pour défendre notre cause
Tous nus même s’il neige !

Et moi je suis Hugo
Je me balade complet’ment nu
Je suis total barjo
Je me rebelle dévêtu
Dévêtu

La fille au sari rouge
Je la vois au coin d’ma rue
Face à ma nudité
Si belle mon inconnue
Totale interloquée
D’elle pas de mépris
Mais d’l’incompréhension
Ses petites joues rougies
Sur elle m’en disent long

Et je m’appelle Hugo
Je me balade complet’ment nu
Me fais remarquer
En croisant les gens dans la rue
(Lalalalalala)
Dans la rue
(Lalalalalala)

Et là je vois ma mère
De l’autre côté de la rue
Il faut que je sois clair
L’éducation tordue
Que vous, papa et toi,
M’avez donné, m’cachant
Les horreurs qui là-bas
Me font nu maintenant

Mais je m’appelle Hugo
J’me moque de vos critiques
Des avis qui piquent
Et je reste unique
(Lalalalalala)
Reste unique
(Lalalalalala)

Histoire 7
Collège Jean Macé

Des « influenceurs » de marque

Hugo est réveillé par son réveil. BIP BIP BIP ! Il se couvre les oreilles avec son oreiller. H&M se sent tout mou, tout pâteux, comme un vieux chewing-gum, ou une pierre toute sèche. La tête dans le c..., comme dirait son tonton vulgaire. Il s’imagine découvrir qu’il ressemble à un postérieur en se regardant dans un miroir. Quelle horreur. D’un geste lent, il réussit à éteindre l’horrible machine. Est-ce qu’il doit aller à l’école ? Hugo regarde l’heure. 7h01. A quelle heure commence-t-il, déjà ? Et quel jour on est, aussi ? Tout est mélangé dans sa tête. Il descend dans la cuisine, se sert de quoi prendre un bon petit déjeuner puis s’assoit à table, seul ; il constate que sa mère n’est pas là et qu’elle ne lui a pas laissé de petit mot comme d’habitude.
Soudain, il sent quelque chose vibrer sur la table. C’est son téléphone, il y a déjà cinq appels manqués de Nassim. Hugo décroche, les yeux encore lourds. 
Quand il raccroche quelques minutes plus tard, il se précipite sur Instagram en essayant de se rappeler ce que Nassim vient de lui raconter ; seule une image floue lui revient à l’esprit : un trottoir, et des habits, partout, par terre. Mais pourquoi avoir fait cela ? La vidéo va lui rafraîchir la mémoire. On le voit nu, dans la rue, criant : « Non aux habits de marque ! Vous ne connaissez rien du travail des ouvrières ! Non au made in Bangladesh ! » Hugo s’empresse alors de regarder le nombre de vues. Plus de 200, la moitié du collège au moins doit être au courant... élèves comme professeurs !
H&M pose son téléphone, se lève sans avoir terminé son bol de Miel POPS, prend son sac Eastpack noir, met quelque affaires et sort en fermant la porte double tour. Sur le chemin, il se fait tout petit, comme s’il avait commis l’irréparable. Il a honte, honte car son professeur a vu la vidéo, honte car ses camarades l’ont vu aussi, il voudrait ne pas être né.
Comme d’habitude, Nassim sort de chez lui à trente. En route, son copain lui parle de leur exposé qu’ils doivent présenter ce jour-là justement.
- J’ai préparé un powerpoint sur ce que tu avais écrit, et ai trouvé des informations sur les usines textiles bangladaises, rassure Nassim.
Pourtant, les pas d’ Hugo deviennent lents comme si son corps ne voulait pas pas aller en cours ; il entre dans l’établissement, la tête basse. Hugo sent le regard des autres élèves sur lui. Heureusement, Nassim est là pour l’épauler.
- Fais pas attention à eux.
- Mouais...plus facile à dire qu’à faire, répond Hugo qui rejoint sa salle de cours sans s’arrêter, comme un robot. Sa prof le salue, il ne fait pas vibrer la moindre corde vocale ; la peur le gagne de nouveau. Il s’assoit, pose ses livres devant lui, comme pour faire une barricade. Et pourtant, il faut se lancer. Pas le droit à l’erreur cette fois. Les deux camarades se lèvent et s’installent face à la classe.
Après une trentaine de minutes, Nassim et Hugo finissent sous un tonnerre d’applaudissements. Les élèves ont compris l’importance du combat qu’ils doivent mener. Samantha s’est souvenue : « Ça m’a fait penser à l’époque où l’entreprise Nike avait été mise en cause parce qu’elle faisait travailler des enfants à l’étranger. » Certains veulent se débarrasser immédiatement de leurs vêtements et les jeter : "On n’en veut plus !" Nassim et Hugo ont réussi. Maintenant beaucoup veulent les aider à sensibiliser tout le collège ! Ils se mettent d’accord sur les rôles qu’ils ont à jouer. Tous sont fiers d’eux. Ils obtiennent rapidement l’autorisation de la principale pour afficher tracts et banderoles dans les bâtiments et la cour et se mettent à l’ouvrage.
- Hé ! Ce serait pas le mec qui était à poils dehors hier ?
- Si, je crois ! C’est quoi son nom déjà ?
Hugo ignore les voix derrière lui et continue de coller ses affiches contre le mur de la vie scolaire. Et voilà, la dernière feuille est collée. Hugo espère que le plus grand nombre d’élèves prendra le temps de les lire et de réfléchir. Après quelques heures, le constat est mitigé : quelques affiches ont été déchirées et traînent dans des flaques d’eau, mais à l’inverse, quelques élèves sont intéressés et viennent parler à Hugo, ce qui le regonfle d’espoir.
Mais l’idée du siècle, c’est Nassim qui l’a eue en premier, alors qu’Hugo chantonnait une chanson. « Il faut se faire entendre en organisant un grand concert, pour toucher encore plus d’élèves , avec des chansons engagées, pour soutenir les couturières étrangères ! »
Les semaines qui suivent, tout se passe très vite : la principale accepte l’idée du concert, et les professeurs apportent leur soutien.

Le jour J pourtant, il n’y a pas la mère d’Hugo, il est triste de le constater. Avant que le rideau ne se lève , Hugo et Nassim ont envie de regarder depuis les coulisses. Ils voient la femme en sari rouge qui leur sourit et les applaudit avant de disparaître dans un nuage de fumée.

Histoire 7
Violaine Schwartz

L’internationapoil

Videz vos armoires assassines !
Jetez vos tee-shirts aux orties ! 
Boycottez les grandes firmes
qui fabriquent nos habits !
De la mode, faisons table rase !
Arrêtons d’être au dernier cri !
Nos vies doivent prendre comme base
la décroissance, l’écologie !

C’est la lutte finale !
Ôtons tout et enfin
vivons tous à poil
comme des chérubins !

C’est la lutte finale
de New York à Paris !
Vivons tous à poil
sans remords, sans soucis !

Souvenons-nous de nos ancêtres :
Adam et Eve au paradis.
Ils étaient très heureux sans être
engoncés dans des habits !
Pour que ces usines périclitent,
que ces grands groupes soient punis,
Faut tout changer dans nos conduites
et piétiner nos coquett’ries !

C’est la lutte finale !
Ôtons tout et enfin
vivons tous à poil,
égaux, frères humains !

C’est la lutte finale
de Paris à Tokyo !
Vivons tous à poil,
comme des frères jumeaux !

Ouvrières en sari, nous sommes
conscients de vos vies de malheur !
La terre n’appartient qu’aux hommes.
Révoltons-nous, tous en choeur !
Combien d’usines de misère ?
Combien de patrons corrompus ?
Arrêtons cette surenchère
de consommation superflue.

C’est la lutte finale !
Ôtons tout et enfin
vivons tous à poil,
heureux, comme des bambins !

C’est la lutte finale !
Le nudisme, c’est très bien !
Vivons tous à poil !
Sauvons notre prochain !