Histoire 8

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 8
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 8
Collège Aimé Césaire

Chapitre 2 - Le fantôme du passé

Publier iciHugo ferme les volets et s’endort instantanément. Il se réveille sur un matelas au sol, se lève dévêtu et n’arrive pas à avancer car il voit flou.. Ses paupières deviennent lourdes, mais il arrive à percevoir une femme qui le regarde avec insistance. Tout à coup, il tombe au sol et s’évanouit. Quelques minutes plus tard, il émerge petit a petit aveuglé par une lumière blanche. Il veut se lever et s’en approcher mais il n’y parvient pas. Il perd alors connaissance une seconde fois.

Le jeune homme se réveille perturbé. Il se voit allongé sur un matelas au sol, comme s’il était à l’extérieur de son corps, et observe une jeune femme d’environ dix-neuf ans lui mettre des claques jusqu’au sang. Hugo lit de la peur sur son visage. La femme arrête soudainement de le frapper. Sans même lui parler, il comprend qu’il doit se lever maintenant, tout de suite. Hugo tente de comprendre ce qui lui arrive. Il pose une multitude de questions à cette mystérieuse jeune femme dont l’aura est si calme et si douce. Elle ne lui répond pas.

La jeune femme lui fait un signe comme pour l’inviter à la rejoindre. Hugo est très confus, il ne sait pas ce qu’il lui arrive mais sa curiosité l’emporte et il se met à la suivre. Une fois sorti de l’endroit où il était couché, il aperçoit un immense bâtiment que l’on nomme, d’après la jeune femme, le Rana Plaza. En marchant dans la rue, il sent une odeur nauséabonde. H&M découvre pour la première fois de sa vie la pauvreté en arpentant les rues de cette ville dont il ne saurait dire où elle se situe. Au moment où il s’apprête à traverser la route, une voiture lui fonce dessus et, n’ayant pas eu le temps de s’écarter, il pense être mort. Il ferme les yeux en guise de prière mais la voiture traverse son corps et il se rend compte que les gens autour de lui ne le voient pas. Il est une ombre, un fantôme.

 Il suit de loin la jeune femme. Autour d’eux règne la misère. Des enfants jouent dans la rue avec des habits sales et déchirés. Il observe les habitations aux alentours qui semblent insalubres et en ruine avec leurs murs délabrés. Même l’eau parait sale avec sa couleur marronâtre . Les chemins sont boueux et creux. Ils arrivent enfin devant l’immense et massive enseigne du Rana plaza . Tous deux entrent à l’intérieur de l’usine. La jeune femme attire son attention sur des fissures qui apparaissent sur les murs et lui parle des conditions de vie des ouvrières qui travaillent ici. Elle a l’air triste et en colère. Elle monte alors les escaliers avec détermination. Au premiers étage, Hugo constate les conditions de travail désastreuses des ouvrières : il y a une chaleur étouffante, le bruit est assourdissant, toutes ces femmes semblent être exténuées. Il remarque de très nombreuses fissures qui strient également le plafond. Le plancher est bancal.

Des bruits l’arrachent de ses pensées, des cris de femmes venant d’en haut. L’angoisse commence à hanter son corps . Les murs tremblent et s’effritent. Le plafond se déchire peu à peu et il voit avec horreur des gouttes de sang passer à travers les fissures. Tout s’ effondre en deux minutes et quatre vingt treize millième de secondes. Les corps s’accumulent au sol comme les habits qui remplissent chaque jour ses armoires. Des corps déchiquetés jonchent le sol. Il regarde la jeune femme qui lui murmure son nom « Reshma ». Ses joues sont inondées de larmes. A ce moment- là, ils décident ensemble de sortir de l’immeuble effondré et entendent les sirènes des camions de pompiers qui arrivent. Une tache rouge s’avance dangereusement, il ne distingue qu’une tâche dans ses yeux mouillés, la sirènes sont de plus en fortes…

H&M, comme on le surnomme, se réveille dans son lit en sursaut. Il sent une forte douleur au niveau du bassin et plusieurs écorchures sur ses mains. Il est pieds nus contrairement à son habitude et ses orteils sont plein de poussière. Pour se remettre de ses émotions, il se prépare pour aller se doucher et prend sa trousse de toilette AXE. Il descend ensuite retrouver sa mère pour qu’elle lui désinfecte ses plaies. « Maman, je me suis écorché les pieds pendant la nuit.
- Mais tu es devenu fou ou quoi ? Tu n’ as absolument rien ». H&M regarde ses pieds et, effectivement, il n’a rien. Tout a disparu. Il monte alors dans sa chambre pour s’habiller avec les habits qu’il a acheté deux jours plus tôt aux Galeries Lafayettes. Il ouvre son armoire et … plus rien. Tous ses vêtements de marque ont disparu. Le sol, lui, est recouvert d’un amas d’habits.

le texte de votre chapitre...

Histoire 8
Collège La Tourette

Comment, comment allons-nous faire ?

Salut tous les habits de marque
Nous vous regardons dans la nuit
Ce soir les vêtements se démarquent
Ils s’en vont, ils sont partis.
A présent nous n’avons plus d’habits
Bon voyage, salut, salut !
Nous nous reverrons dans l’autre vie
N’avons plus rien dans nos bahuts.

C’est l’envolée finale
Des T. shirts, des manteaux
Rébellion sociale
Des habits, des logos

Comment, comment allons-nous faire
Ni Nike, Ni Champion ni Fila ?
Plus rien, plus rien dans nos affaires
Made in China, in Dakka.
Des armoires, ils ont fait place nette
Ce n’est pas grave, on survivra
Un bon tricot main nous suffira
Ou une simple chemisette

C’est l’envolée finale
Des T. shirts, des manteaux
Rébellion fatale
Des habits, des logos

Il n’y a plus de slips Suprême
Plus de chaussettes, plus de blousons.
Ni Nike, ni Gucci que l’on aime
Regardez un pantalon !
Pour que les vêtements reviennent
Pour s’habiller dès le matin
Pour avoir l’air d’une collégienne
Il faut reprendre les choses en main

C’est l’envolée finale
Réagissons, humains !
Sinon être à poil
Sera le style de demain

Histoire 8
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 4 - Colère sur Dakha

En rentrant du collège où il a passé une folle journée, Hugo décide de se mettre devant la télévision avec son goûter. Il laisse ses devoirs sur le côté pour plus tard, comme d’habitude...
Il allume la télé et tombe directement sur les informations. Hugo se dit qu’il ferait mieux de s’y intéresser comme l’a recommandé sa professeure de français.

Aujourd’hui dans notre édition spéciale nous allons vous parler des manifestations qui ont lieu en ce moment à Dhaka au Bangladesh.
Un immeuble de plusieurs étages s’est écroulé le 24 avril 2013 dans la matinée blessant environ 2500 personnes, causant la mort de 1 135 autres, parmi les 3 122 salariés se trouvant au même moment dans le bâtiment. La structure abritait plusieurs ateliers de confection travaillant pour diverses marques internationales de vêtements.

-  Bonjour madame. Pourquoi manifestez-vous ?
-  On en a marre de tous ces événements survenus récemment dans les usines, de ces marques qui nous pourrissent la vie. Leurs usines ont envahi la ville. C’est devenu irrespirable ici. Personne n’est bien payé, ni nourri ni logé. Il faut des lois pour réglementer le travail et éviter que la catastrophe se reproduise.

Même si toutes ces manifestations semblent vaines - car nombre de députés sont propriétaires d’usines et préfèrent sauvegarder un environnement favorable aux investissements étrangers plutôt que de consentir à des augmentations ou à des travaux qui ralentiraient la production sous pression constante en raison des délais imposés par les marques occidentales - elles ne cessent pas : l’attente de plus de justice est immense.

Dans le rectangle de la télévision surgissent soudain des milliers de femmes.
Des centaines de fantômes.
Hugo n’en croit pas ses yeux.
Mais sur l’écran du téléviseur, ce sont bien des femmes, toutes vêtues de sari, qui marchent, scandant des mots muets, le poing levé d’un geste rageur.
Soudain Hugo réalise.
Il pleure.
Il pleure, sanglote, gémit, hoquette.
Il « chiale », lui, le garçon qui n’a jamais versé une larme.
Il pleure les innocentes mortes sous les décombres, ces inconnues qu’il ne rencontrera jamais, ces victimes d’un système injuste, et il a mal, si mal qu’il s’écroule.
Mais ne baisse pas les yeux.
Les garde fixer sur les survivantes, les battantes, les indignées.
Celles qui ne peuvent plus rester immobiles.
Celles qui ne veulent plus continuer ainsi.
Pourquoi est-ce seulement maintenant que ces ouvrières ont l’espoir de s’en sortir ?
Hugo le savait tout ça.
Il connaissait l’effondrement.
Il avait vu la pièce.
A la vue de ces ouvrières vêtues pauvrement, mais fabriquant des vêtements de luxe, manifestant dans les rues délabrées, Hugo a comme l’envie… de les rejoindre. Il sait que ce n’est pas possible mais ces femmes le touchent profondément.
Elles l’appellent.
C’est lui qu’elles regardent, comme chaque téléspectateur devant sa télévision.
C’est à lui qu’elles montrent l’horreur.
Qu’elles montrent l’ignominie.
Qu’elles demandent de faire cesser cela.
Qu’elles demandent de bloquer les rouages d’une industrie mortifère.
C’est Hugo qui a ce pouvoir entre les mains.
Il le sait.
Et c’est pour cela qu’il pleure.
C’est pour cela que le poids dans sa poitrine s’est envolé : parce qu’il sait quoi faire.

Histoire 8
Collège Les Servizières

Chapitre 5 - Des manifestantes connectées.

« Allumant la télé
Les infos sur cette chaîne
Sont incroyables à voir
Et provoquent la peine !
Les jeunes manifestantes
Avec de l’émotion
Parlent avec courage,
Toutes pas assez payées.

Il se sent libéré,
Il n’a plus aucun poids,
Sur sa jeune poitrine,
Car il a bien compris
L’importance des habits
Faits par les ouvrières
Sous-payées, exploitées.
Hugo a une mission.

Refrain :
L’histoire des ouvrières,
Il faut la partager.
Y’a plus de marche arrière,
Il faut se révolter !
Sur les réseaux sociaux,
Observez, faites tourner.
Et oui c’est de l’info,
Partagez et « likez » !

Pour les aider il dit :
« J’vais récolter des fringues,
Usagés et les r’vendre.
Avec les bénéfices,
J’aid’rai les pauvres tiss’randes
A défendre leurs droits,
Forcer les grandes marques
A beaucoup plus d’éthique ! »

Et usant des médias,
Et avec tous ses proches,
La manif’ des tiss’randes
Est larg’ment diffusée !
Les vêtements récoltés,
Qui n’ont même plus de marques,
S’arrachent, ils sont plus sains
Pour nous et leurs tisseurs. Refrain

H&M a 13 ans
Il affronte le grand vent
Le fantôme qui le suit
Est enfin assagi
Les gens changent d’attitude
En un seul coup de vent
Comprenant par la toile
Qu’il faut plus de nature.

Un DM non rendu/ A réveillé les Hommes !/La jeune femme en sari/Peut reposer en paix/Son âme est soulagée/Les tisserandes sont sauvées !/Voilà "Comment on freine"/Pour l’bien d’ l’humanité ! » Refrain

Histoire 8
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 8
Collège Aimé Césaire

Chapitre 2 - Le fantôme du passé

Publier iciHugo ferme les volets et s’endort instantanément. Il se réveille sur un matelas au sol, se lève dévêtu et n’arrive pas à avancer car il voit flou.. Ses paupières deviennent lourdes, mais il arrive à percevoir une femme qui le regarde avec insistance. Tout à coup, il tombe au sol et s’évanouit. Quelques minutes plus tard, il émerge petit a petit aveuglé par une lumière blanche. Il veut se lever et s’en approcher mais il n’y parvient pas. Il perd alors connaissance une seconde fois.

Le jeune homme se réveille perturbé. Il se voit allongé sur un matelas au sol, comme s’il était à l’extérieur de son corps, et observe une jeune femme d’environ dix-neuf ans lui mettre des claques jusqu’au sang. Hugo lit de la peur sur son visage. La femme arrête soudainement de le frapper. Sans même lui parler, il comprend qu’il doit se lever maintenant, tout de suite. Hugo tente de comprendre ce qui lui arrive. Il pose une multitude de questions à cette mystérieuse jeune femme dont l’aura est si calme et si douce. Elle ne lui répond pas.

La jeune femme lui fait un signe comme pour l’inviter à la rejoindre. Hugo est très confus, il ne sait pas ce qu’il lui arrive mais sa curiosité l’emporte et il se met à la suivre. Une fois sorti de l’endroit où il était couché, il aperçoit un immense bâtiment que l’on nomme, d’après la jeune femme, le Rana Plaza. En marchant dans la rue, il sent une odeur nauséabonde. H&M découvre pour la première fois de sa vie la pauvreté en arpentant les rues de cette ville dont il ne saurait dire où elle se situe. Au moment où il s’apprête à traverser la route, une voiture lui fonce dessus et, n’ayant pas eu le temps de s’écarter, il pense être mort. Il ferme les yeux en guise de prière mais la voiture traverse son corps et il se rend compte que les gens autour de lui ne le voient pas. Il est une ombre, un fantôme.

 Il suit de loin la jeune femme. Autour d’eux règne la misère. Des enfants jouent dans la rue avec des habits sales et déchirés. Il observe les habitations aux alentours qui semblent insalubres et en ruine avec leurs murs délabrés. Même l’eau parait sale avec sa couleur marronâtre . Les chemins sont boueux et creux. Ils arrivent enfin devant l’immense et massive enseigne du Rana plaza . Tous deux entrent à l’intérieur de l’usine. La jeune femme attire son attention sur des fissures qui apparaissent sur les murs et lui parle des conditions de vie des ouvrières qui travaillent ici. Elle a l’air triste et en colère. Elle monte alors les escaliers avec détermination. Au premiers étage, Hugo constate les conditions de travail désastreuses des ouvrières : il y a une chaleur étouffante, le bruit est assourdissant, toutes ces femmes semblent être exténuées. Il remarque de très nombreuses fissures qui strient également le plafond. Le plancher est bancal.

Des bruits l’arrachent de ses pensées, des cris de femmes venant d’en haut. L’angoisse commence à hanter son corps . Les murs tremblent et s’effritent. Le plafond se déchire peu à peu et il voit avec horreur des gouttes de sang passer à travers les fissures. Tout s’ effondre en deux minutes et quatre vingt treize millième de secondes. Les corps s’accumulent au sol comme les habits qui remplissent chaque jour ses armoires. Des corps déchiquetés jonchent le sol. Il regarde la jeune femme qui lui murmure son nom « Reshma ». Ses joues sont inondées de larmes. A ce moment- là, ils décident ensemble de sortir de l’immeuble effondré et entendent les sirènes des camions de pompiers qui arrivent. Une tache rouge s’avance dangereusement, il ne distingue qu’une tâche dans ses yeux mouillés, la sirènes sont de plus en fortes…

H&M, comme on le surnomme, se réveille dans son lit en sursaut. Il sent une forte douleur au niveau du bassin et plusieurs écorchures sur ses mains. Il est pieds nus contrairement à son habitude et ses orteils sont plein de poussière. Pour se remettre de ses émotions, il se prépare pour aller se doucher et prend sa trousse de toilette AXE. Il descend ensuite retrouver sa mère pour qu’elle lui désinfecte ses plaies. « Maman, je me suis écorché les pieds pendant la nuit.
- Mais tu es devenu fou ou quoi ? Tu n’ as absolument rien ». H&M regarde ses pieds et, effectivement, il n’a rien. Tout a disparu. Il monte alors dans sa chambre pour s’habiller avec les habits qu’il a acheté deux jours plus tôt aux Galeries Lafayettes. Il ouvre son armoire et … plus rien. Tous ses vêtements de marque ont disparu. Le sol, lui, est recouvert d’un amas d’habits.

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Collège La Tourette

Comment, comment allons-nous faire ?

Salut tous les habits de marque
Nous vous regardons dans la nuit
Ce soir les vêtements se démarquent
Ils s’en vont, ils sont partis.
A présent nous n’avons plus d’habits
Bon voyage, salut, salut !
Nous nous reverrons dans l’autre vie
N’avons plus rien dans nos bahuts.

C’est l’envolée finale
Des T. shirts, des manteaux
Rébellion sociale
Des habits, des logos

Comment, comment allons-nous faire
Ni Nike, Ni Champion ni Fila ?
Plus rien, plus rien dans nos affaires
Made in China, in Dakka.
Des armoires, ils ont fait place nette
Ce n’est pas grave, on survivra
Un bon tricot main nous suffira
Ou une simple chemisette

C’est l’envolée finale
Des T. shirts, des manteaux
Rébellion fatale
Des habits, des logos

Il n’y a plus de slips Suprême
Plus de chaussettes, plus de blousons.
Ni Nike, ni Gucci que l’on aime
Regardez un pantalon !
Pour que les vêtements reviennent
Pour s’habiller dès le matin
Pour avoir l’air d’une collégienne
Il faut reprendre les choses en main

C’est l’envolée finale
Réagissons, humains !
Sinon être à poil
Sera le style de demain

Histoire 8
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 4 - Colère sur Dakha

En rentrant du collège où il a passé une folle journée, Hugo décide de se mettre devant la télévision avec son goûter. Il laisse ses devoirs sur le côté pour plus tard, comme d’habitude...
Il allume la télé et tombe directement sur les informations. Hugo se dit qu’il ferait mieux de s’y intéresser comme l’a recommandé sa professeure de français.

Aujourd’hui dans notre édition spéciale nous allons vous parler des manifestations qui ont lieu en ce moment à Dhaka au Bangladesh.
Un immeuble de plusieurs étages s’est écroulé le 24 avril 2013 dans la matinée blessant environ 2500 personnes, causant la mort de 1 135 autres, parmi les 3 122 salariés se trouvant au même moment dans le bâtiment. La structure abritait plusieurs ateliers de confection travaillant pour diverses marques internationales de vêtements.

-  Bonjour madame. Pourquoi manifestez-vous ?
-  On en a marre de tous ces événements survenus récemment dans les usines, de ces marques qui nous pourrissent la vie. Leurs usines ont envahi la ville. C’est devenu irrespirable ici. Personne n’est bien payé, ni nourri ni logé. Il faut des lois pour réglementer le travail et éviter que la catastrophe se reproduise.

Même si toutes ces manifestations semblent vaines - car nombre de députés sont propriétaires d’usines et préfèrent sauvegarder un environnement favorable aux investissements étrangers plutôt que de consentir à des augmentations ou à des travaux qui ralentiraient la production sous pression constante en raison des délais imposés par les marques occidentales - elles ne cessent pas : l’attente de plus de justice est immense.

Dans le rectangle de la télévision surgissent soudain des milliers de femmes.
Des centaines de fantômes.
Hugo n’en croit pas ses yeux.
Mais sur l’écran du téléviseur, ce sont bien des femmes, toutes vêtues de sari, qui marchent, scandant des mots muets, le poing levé d’un geste rageur.
Soudain Hugo réalise.
Il pleure.
Il pleure, sanglote, gémit, hoquette.
Il « chiale », lui, le garçon qui n’a jamais versé une larme.
Il pleure les innocentes mortes sous les décombres, ces inconnues qu’il ne rencontrera jamais, ces victimes d’un système injuste, et il a mal, si mal qu’il s’écroule.
Mais ne baisse pas les yeux.
Les garde fixer sur les survivantes, les battantes, les indignées.
Celles qui ne peuvent plus rester immobiles.
Celles qui ne veulent plus continuer ainsi.
Pourquoi est-ce seulement maintenant que ces ouvrières ont l’espoir de s’en sortir ?
Hugo le savait tout ça.
Il connaissait l’effondrement.
Il avait vu la pièce.
A la vue de ces ouvrières vêtues pauvrement, mais fabriquant des vêtements de luxe, manifestant dans les rues délabrées, Hugo a comme l’envie… de les rejoindre. Il sait que ce n’est pas possible mais ces femmes le touchent profondément.
Elles l’appellent.
C’est lui qu’elles regardent, comme chaque téléspectateur devant sa télévision.
C’est à lui qu’elles montrent l’horreur.
Qu’elles montrent l’ignominie.
Qu’elles demandent de faire cesser cela.
Qu’elles demandent de bloquer les rouages d’une industrie mortifère.
C’est Hugo qui a ce pouvoir entre les mains.
Il le sait.
Et c’est pour cela qu’il pleure.
C’est pour cela que le poids dans sa poitrine s’est envolé : parce qu’il sait quoi faire.

Histoire 8
Collège Les Servizières

Chapitre 5 - Des manifestantes connectées.

« Allumant la télé
Les infos sur cette chaîne
Sont incroyables à voir
Et provoquent la peine !
Les jeunes manifestantes
Avec de l’émotion
Parlent avec courage,
Toutes pas assez payées.

Il se sent libéré,
Il n’a plus aucun poids,
Sur sa jeune poitrine,
Car il a bien compris
L’importance des habits
Faits par les ouvrières
Sous-payées, exploitées.
Hugo a une mission.

Refrain :
L’histoire des ouvrières,
Il faut la partager.
Y’a plus de marche arrière,
Il faut se révolter !
Sur les réseaux sociaux,
Observez, faites tourner.
Et oui c’est de l’info,
Partagez et « likez » !

Pour les aider il dit :
« J’vais récolter des fringues,
Usagés et les r’vendre.
Avec les bénéfices,
J’aid’rai les pauvres tiss’randes
A défendre leurs droits,
Forcer les grandes marques
A beaucoup plus d’éthique ! »

Et usant des médias,
Et avec tous ses proches,
La manif’ des tiss’randes
Est larg’ment diffusée !
Les vêtements récoltés,
Qui n’ont même plus de marques,
S’arrachent, ils sont plus sains
Pour nous et leurs tisseurs. Refrain

H&M a 13 ans
Il affronte le grand vent
Le fantôme qui le suit
Est enfin assagi
Les gens changent d’attitude
En un seul coup de vent
Comprenant par la toile
Qu’il faut plus de nature.

Un DM non rendu/ A réveillé les Hommes !/La jeune femme en sari/Peut reposer en paix/Son âme est soulagée/Les tisserandes sont sauvées !/Voilà "Comment on freine"/Pour l’bien d’ l’humanité ! » Refrain