Histoire 9

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 9
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 9
Collège Jean Charcot

H et M, du cauchemar à l’espoir...

Il sursaute… H et M fronce les sourcils et tend l’oreille afin de trouver la provenance de la musique. Il a l’impression que ça vient de l’amas d’habits.
« Elle m’a plié, elle m’a rangé
Dans un carton bien repassé »
Il se baisse, prend le premier tee-shirt, rouge et sale -il faut dire qu’il n’est pas maniaque- puis le jette derrière lui : « on est plus à ça près ». Il éparpille les habits qui sont en dessous, mais sans trouver la source de la musique.
Tout en bas de la pile, il aperçoit le jean que son père lui avait offert à son dernier anniversaire : un jean Vuitton qu’ils étaient allés choisir ensemble. Pour une fois que son père lui accordait du temps… Avant que ce dernier ne quitte la maison, le laissant vivre tout seul avec sa mère, ils faisaient très souvent des sorties tous les trois…
« On m’a pendu dans une vitrine,
On m’a essayé en cabine. »
« Encore cette musique ! Est-ce que je rêve ? »
Il décide alors de sortir de sa chambre à toute vitesse pour que sa mère vienne écouter. Pour qu’elle le rassure. Il n’est pas fou… Il l’appelle, elle ne répond pas. Pourtant elle est là. Il s’assoit à côté d’elle sur le canapé, devant la télé et lui secoue le bras. Il veut lui raconter ce qui lui arrive, mais elle le coupe sèchement.
« Maman ! maman !... Viens … Vite ! Le jean… y a de la musique dans ma chambre…
Tu dis quoi là encore ? De la musique, t’en mets tout le temps !... Y a rien de nouveau ! Laisse-moi tranquille, je suis occupée. Et puis d’ailleurs, va te coucher, il est tard ! »
Il ne veut pas s’énerver ; il ne veut pas créer de problèmes, il y en a assez comme ça. Triste, H et M retourne dans sa chambre. A l’entrée de sa chambre, il écoute un moment et il n’entend plus rien : la musique a disparu.
« J’ai rêvé ? J’ai halluciné ? Je me suis inventé une histoire ? » Il n’a pas de réponse. Il regarde le carnage autour de lui et se dit : « Faudrait que je range… »
H et M enjambe le tas d’habits pour finalement s’écrouler sur son lit. Il n’a pas le courage.
Il a juste le temps de relever la tête et d’apercevoir la femme au sari rouge, toujours debout, dans la même position que l’après-midi, à la fenêtre de mamie Tortue. Elle semble le fixer d’une manière étrange. Fatigué, ses yeux se ferment, il baille… Il sent le sommeil le prendre. Dans un dernier effort, il entrouvre à nouveau les yeux, elle n’est plus là… Il s’endort.
La sonnerie du réveil le ramène à la réalité. « 7h10 déjà ! Il faut que je me prépare pour ne pas être en retard et pour éviter les ennuies ! »
H et M fonce dans la douche, se brosse les dents à la va vite, mais prend tout de même le temps de se coiffer avec soin : il a quand même une réputation de mec soigné à maintenir. Il jette son sac sur son épaule et s’en va.
Après deux heures de Thalès et de verbes au conditionnel, il souffle enfin et retrouve ses copains dans la cour. On discute de tout, de rien, et ça fait du bien. A la fin de la récré, il se sent enfin d’attaque pour faire quelque chose qui lui trottait dans la tête depuis un moment : aller demander à sa jolie camarade Hélyette de venir au ciné avec lui. Elle est déjà prise le soir même … « Mais pourquoi pas une autre fois ? » lui suggère-t- elle avec un sourire en coin. H et M ne perd pas espoir et se dit que tout est possible ! Et il court rejoindre la salle 221 avant que la prof de musique ne le marque encore absent…

Histoire 9
Collège Georges Brassens

A Marseille aussi...

Mince c’est l’bordel dans mon petit coeur, il s’effiloche.
Moi maintenant j’m’en fous de ces vêtements qui s’effilochent
Tu m’a froissé, t’étais un sari
T’étais mon habit, maintenant t ’es au fond d’la poubelle,
je devenais horrible.
Changer changer..je vais changer...changer
Je vais me changer...on y a tous songé

Moi quand j’m’habille maintenant tu sais j’me prends plus la tête
Yves saint laurent et Louis vuitton
je d’venais marionnette
Moi maintenant tout ce qui m’importe
C’est de voir tes yeux briller
J’veux les broder d’étoiles du ciel
Je r’fais le béton d’ ta vie

Si l’usine elle pête, des milliers de vie s’arrêtent
Pour toi je cesse d’acheter, je commence une bataille
Allez moi je me taille
Y en a qui défilent
Qui veulent que de la marque
Allez tu dérailles
Toi c’est ta survie
Tu fabriques la maille
Allez t’as la trouille, toute la journée, tu fais la couture
Tu fais la fille forte J’vais prendre soin de toi

Moi quand j’m’habille maintenant tu sais j’me prends plus la tête
Yves saint laurent et Louis vuitton
je d’venais marionnette
Moi maintenant tout ce qui m’importe
C’est de voir tes yeux briller
J’veux les broder d’étoiles du ciel
Je r’fais le béton d’ta vie
Je r’fais le béton d’ta vie
Dans un baiser ardent

Je perds mon coeur pour une chaussette
J’serai ton médicament
Pourquoi tu t’la pète, avec tes vêt’ments
Perso j’m’énerve calmement
Quand j’pense qu’y a encore des parents qui ont des enfants sous l’ciment

C’est hallucinant quand je pense à tous nos vêtements
On est tous coupable et la terre tremble.

Histoire 9
Collège La Tourette

স্বপ্ন বা বাস্তবতা ? Sbapna ba bastabata ?

BOUM ! Déflagration de son qui enlève toute perception du monde qui l’entoure.
Hugo ne voit rien. Il est dans une bulle. Une bulle noire, insonore…
Il erre dans le vide, il avance sans vraiment savoir où aller.
Soudain, son regard est attiré par une lumière blanche perçant le voile noir.
Force inconnue le sauvant de son obscurité et de sa solitude, le ramenant à la surface.
Hugo ouvre les yeux, il est allongé par terre, au milieu de débris.
Le décor a changé.
Une femme en sari blanc, couleur du deuil, le fixe avec ses grands yeux noirs.
Il sait qu’il est à Dacca, devant le Rana Plaza. Il le sait d’instinct, même s’il n’est jamais venu ici, même s’il n’a jamais vu d’image ou de photo de cet endroit.
Mais aujourd’hui, Dacca est mort.
Hugo regarde autour de lui, il ne voit que désolation et bâtiments effondrés.
Les sons et les cris qu’il entendait au loin se rapprochent et explosent dans sa tête.
Il comprend que l’usine vient de s’écrouler, il comprend les bâtiments détruits et la peur dans les visages qu’il croise.
Des gens courent, crient, hurlent, essayant d’aider d’autres personnes coincées dans les décombres.
Hugo est complètement perdu. Il appelle à l’aide mais personne ne semble l’entendre.
Allez H&M ressaisis-toi ! Essaye de comprendre ce qui se passe. Réveille-toi mon vieux, réveille-toi !
Il se lève et se dirige vers un attroupement au pied d’un monticule de corps et d’habits déchirés.
Horrifié par le triste spectacle qui se joue sous ses yeux, il recule lentement. Impossible d’en voir plus.
Un grondement se fait entendre lorsque le reste de l’usine s’effondre.
Il se fait bousculer par la foule paniquée et retombe lourdement sur le sol.
Effrayé, il cherche désespérément du regard la femme au sari blanc.
Il l’aperçoit enfin entrain de danser et de chanter dans sa langue natale.
Elle se rapproche de lui lentement, évitant les cadavres sur sa route, sa robe tachée de rouge.
Elle lui tend une main pleine de sang, comme une invitation. Il la saisit.
Tout se met à tourner autour de lui, le sol se dérobe.
BOUM ! Déflagration de son qui enlève toute perception du monde qui l’entoure.
C’est son voisin de table qui vient de tomber de sa chaise.
Hugo profite de l’hilarité générale pour se rasseoir, reprendre ses esprits et tenter de se faire oublier. Mais la prof lui demande s’il a fait son travail sérieusement.
Tous les regards se tournent vers lui, c’était si mauvais que ça ?
Un peu honteux, il lui répond que oui sans trop de conviction. Et d’ailleurs elle ne semble pas convaincue...
Il est soulagé d’être de nouveau dans sa classe, loin des cris, des corps et du sang.
Le cours reprend. Hugo, trop perturbé par ce qui vient d’arriver, n’écoute déjà plus.
Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que j’ai rêvé ? Ça avait l’air tellement réel. Et pourtant qui pourrait croire une telle histoire ? Personne. T’as qu’à oublier tout ça, H&M, va pas te prendre la tête pour un truc aussi bizarre.
Mettant la main dans sa poche, il trouve des étiquettes de vêtements.
La sonnerie signale la fin du cours.

Histoire 9
Collège Laurent Mourguet

La Complainte d’Hugo

Une voix narquoise se met alors à fredonner à l’oreille d’Hugo :

Aujourd’hui si l’on achète
On jette, on rachète
On le porte fièrement
La semaine suivante
On déchète on rachète
L’achat est si simple
On dit cela me suffit
Mais on rachète tout

Et Hugo entonne à son tour à mi-voix, accablé :

Autrefois pour acheter
On prenait son temps
Pour profiter d’ses achats
On comptait deux fois
Maintenant c’est plus pareil
l’argent, l’argent
Pour acheter du clinquant
Le crédit fait merveille
Ah ridicule, emprunte-moi et tu auras tout ça

Un sweat panthère, une paire de Nike Air, un col en polaire
Du Dolce Gabbana
Une marinière, des motifs militaires,
Un pull à revers et des polos Berschka
Une salopette pour les journées de fête
Un nouveau bomber pour être populaire
vest’rayée zippée
jogging surpiqué
et des baskets bleues
et tu te crois heureux

Autrefois on calculait
Pour qu’on puisse acheter
Un vêtement qui durait
Mais la vie a changé
Aujourd’hui que voulez-vous
On veut du Versace
On nous dit achète de tout
Mais l’argent ne fait pas tout

Ah ! Ridicule, rembourse-moi ou je reprends tout ça …

De jolis bombers emplissent les containers
Venus par charters des bermudas coton
Toutes les chaussures, les pulls à rayures
Par mer dans les airs, polluent l’atmosphère
Une salopette pour les journées de fête
Rien qu’une mode éphémère pour remplir ton vestiaire

Cette industrie détruit des milliers d’ vies,
On oublie vite ces morts pour confier notre sort
À nos chimères, arrivées d’outremer
À un manteau vert, avec son jean troué
Aux doigts de fées d’enfants exploités
On va continuer à tout dépenser

Mais très très vite,
On reçoit la facture
De nos dernières chaussures,
Qui nous fait regretter.

Alors on cède,
Car il faut qu’on possède,
Et l’on vit comme ça, jusqu’à la prochaine paye
Et l’on vit comme ça, jusqu’à la prochaine paye
Et l’on vit comme ça, jusqu’à la prochaine paye.
ier ici le texte de votre chapitre... (chanson)

Histoire 9
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 9
Collège Jean Charcot

H et M, du cauchemar à l’espoir...

Il sursaute… H et M fronce les sourcils et tend l’oreille afin de trouver la provenance de la musique. Il a l’impression que ça vient de l’amas d’habits.
« Elle m’a plié, elle m’a rangé
Dans un carton bien repassé »
Il se baisse, prend le premier tee-shirt, rouge et sale -il faut dire qu’il n’est pas maniaque- puis le jette derrière lui : « on est plus à ça près ». Il éparpille les habits qui sont en dessous, mais sans trouver la source de la musique.
Tout en bas de la pile, il aperçoit le jean que son père lui avait offert à son dernier anniversaire : un jean Vuitton qu’ils étaient allés choisir ensemble. Pour une fois que son père lui accordait du temps… Avant que ce dernier ne quitte la maison, le laissant vivre tout seul avec sa mère, ils faisaient très souvent des sorties tous les trois…
« On m’a pendu dans une vitrine,
On m’a essayé en cabine. »
« Encore cette musique ! Est-ce que je rêve ? »
Il décide alors de sortir de sa chambre à toute vitesse pour que sa mère vienne écouter. Pour qu’elle le rassure. Il n’est pas fou… Il l’appelle, elle ne répond pas. Pourtant elle est là. Il s’assoit à côté d’elle sur le canapé, devant la télé et lui secoue le bras. Il veut lui raconter ce qui lui arrive, mais elle le coupe sèchement.
« Maman ! maman !... Viens … Vite ! Le jean… y a de la musique dans ma chambre…
Tu dis quoi là encore ? De la musique, t’en mets tout le temps !... Y a rien de nouveau ! Laisse-moi tranquille, je suis occupée. Et puis d’ailleurs, va te coucher, il est tard ! »
Il ne veut pas s’énerver ; il ne veut pas créer de problèmes, il y en a assez comme ça. Triste, H et M retourne dans sa chambre. A l’entrée de sa chambre, il écoute un moment et il n’entend plus rien : la musique a disparu.
« J’ai rêvé ? J’ai halluciné ? Je me suis inventé une histoire ? » Il n’a pas de réponse. Il regarde le carnage autour de lui et se dit : « Faudrait que je range… »
H et M enjambe le tas d’habits pour finalement s’écrouler sur son lit. Il n’a pas le courage.
Il a juste le temps de relever la tête et d’apercevoir la femme au sari rouge, toujours debout, dans la même position que l’après-midi, à la fenêtre de mamie Tortue. Elle semble le fixer d’une manière étrange. Fatigué, ses yeux se ferment, il baille… Il sent le sommeil le prendre. Dans un dernier effort, il entrouvre à nouveau les yeux, elle n’est plus là… Il s’endort.
La sonnerie du réveil le ramène à la réalité. « 7h10 déjà ! Il faut que je me prépare pour ne pas être en retard et pour éviter les ennuies ! »
H et M fonce dans la douche, se brosse les dents à la va vite, mais prend tout de même le temps de se coiffer avec soin : il a quand même une réputation de mec soigné à maintenir. Il jette son sac sur son épaule et s’en va.
Après deux heures de Thalès et de verbes au conditionnel, il souffle enfin et retrouve ses copains dans la cour. On discute de tout, de rien, et ça fait du bien. A la fin de la récré, il se sent enfin d’attaque pour faire quelque chose qui lui trottait dans la tête depuis un moment : aller demander à sa jolie camarade Hélyette de venir au ciné avec lui. Elle est déjà prise le soir même … « Mais pourquoi pas une autre fois ? » lui suggère-t- elle avec un sourire en coin. H et M ne perd pas espoir et se dit que tout est possible ! Et il court rejoindre la salle 221 avant que la prof de musique ne le marque encore absent…

Histoire 9
Collège Georges Brassens

A Marseille aussi...

Mince c’est l’bordel dans mon petit coeur, il s’effiloche.
Moi maintenant j’m’en fous de ces vêtements qui s’effilochent
Tu m’a froissé, t’étais un sari
T’étais mon habit, maintenant t ’es au fond d’la poubelle,
je devenais horrible.
Changer changer..je vais changer...changer
Je vais me changer...on y a tous songé

Moi quand j’m’habille maintenant tu sais j’me prends plus la tête
Yves saint laurent et Louis vuitton
je d’venais marionnette
Moi maintenant tout ce qui m’importe
C’est de voir tes yeux briller
J’veux les broder d’étoiles du ciel
Je r’fais le béton d’ ta vie

Si l’usine elle pête, des milliers de vie s’arrêtent
Pour toi je cesse d’acheter, je commence une bataille
Allez moi je me taille
Y en a qui défilent
Qui veulent que de la marque
Allez tu dérailles
Toi c’est ta survie
Tu fabriques la maille
Allez t’as la trouille, toute la journée, tu fais la couture
Tu fais la fille forte J’vais prendre soin de toi

Moi quand j’m’habille maintenant tu sais j’me prends plus la tête
Yves saint laurent et Louis vuitton
je d’venais marionnette
Moi maintenant tout ce qui m’importe
C’est de voir tes yeux briller
J’veux les broder d’étoiles du ciel
Je r’fais le béton d’ta vie
Je r’fais le béton d’ta vie
Dans un baiser ardent

Je perds mon coeur pour une chaussette
J’serai ton médicament
Pourquoi tu t’la pète, avec tes vêt’ments
Perso j’m’énerve calmement
Quand j’pense qu’y a encore des parents qui ont des enfants sous l’ciment

C’est hallucinant quand je pense à tous nos vêtements
On est tous coupable et la terre tremble.

Histoire 9
Collège La Tourette

স্বপ্ন বা বাস্তবতা ? Sbapna ba bastabata ?

BOUM ! Déflagration de son qui enlève toute perception du monde qui l’entoure.
Hugo ne voit rien. Il est dans une bulle. Une bulle noire, insonore…
Il erre dans le vide, il avance sans vraiment savoir où aller.
Soudain, son regard est attiré par une lumière blanche perçant le voile noir.
Force inconnue le sauvant de son obscurité et de sa solitude, le ramenant à la surface.
Hugo ouvre les yeux, il est allongé par terre, au milieu de débris.
Le décor a changé.
Une femme en sari blanc, couleur du deuil, le fixe avec ses grands yeux noirs.
Il sait qu’il est à Dacca, devant le Rana Plaza. Il le sait d’instinct, même s’il n’est jamais venu ici, même s’il n’a jamais vu d’image ou de photo de cet endroit.
Mais aujourd’hui, Dacca est mort.
Hugo regarde autour de lui, il ne voit que désolation et bâtiments effondrés.
Les sons et les cris qu’il entendait au loin se rapprochent et explosent dans sa tête.
Il comprend que l’usine vient de s’écrouler, il comprend les bâtiments détruits et la peur dans les visages qu’il croise.
Des gens courent, crient, hurlent, essayant d’aider d’autres personnes coincées dans les décombres.
Hugo est complètement perdu. Il appelle à l’aide mais personne ne semble l’entendre.
Allez H&M ressaisis-toi ! Essaye de comprendre ce qui se passe. Réveille-toi mon vieux, réveille-toi !
Il se lève et se dirige vers un attroupement au pied d’un monticule de corps et d’habits déchirés.
Horrifié par le triste spectacle qui se joue sous ses yeux, il recule lentement. Impossible d’en voir plus.
Un grondement se fait entendre lorsque le reste de l’usine s’effondre.
Il se fait bousculer par la foule paniquée et retombe lourdement sur le sol.
Effrayé, il cherche désespérément du regard la femme au sari blanc.
Il l’aperçoit enfin entrain de danser et de chanter dans sa langue natale.
Elle se rapproche de lui lentement, évitant les cadavres sur sa route, sa robe tachée de rouge.
Elle lui tend une main pleine de sang, comme une invitation. Il la saisit.
Tout se met à tourner autour de lui, le sol se dérobe.
BOUM ! Déflagration de son qui enlève toute perception du monde qui l’entoure.
C’est son voisin de table qui vient de tomber de sa chaise.
Hugo profite de l’hilarité générale pour se rasseoir, reprendre ses esprits et tenter de se faire oublier. Mais la prof lui demande s’il a fait son travail sérieusement.
Tous les regards se tournent vers lui, c’était si mauvais que ça ?
Un peu honteux, il lui répond que oui sans trop de conviction. Et d’ailleurs elle ne semble pas convaincue...
Il est soulagé d’être de nouveau dans sa classe, loin des cris, des corps et du sang.
Le cours reprend. Hugo, trop perturbé par ce qui vient d’arriver, n’écoute déjà plus.
Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que j’ai rêvé ? Ça avait l’air tellement réel. Et pourtant qui pourrait croire une telle histoire ? Personne. T’as qu’à oublier tout ça, H&M, va pas te prendre la tête pour un truc aussi bizarre.
Mettant la main dans sa poche, il trouve des étiquettes de vêtements.
La sonnerie signale la fin du cours.

Histoire 9
Collège Laurent Mourguet

La Complainte d’Hugo

Une voix narquoise se met alors à fredonner à l’oreille d’Hugo :

Aujourd’hui si l’on achète
On jette, on rachète
On le porte fièrement
La semaine suivante
On déchète on rachète
L’achat est si simple
On dit cela me suffit
Mais on rachète tout

Et Hugo entonne à son tour à mi-voix, accablé :

Autrefois pour acheter
On prenait son temps
Pour profiter d’ses achats
On comptait deux fois
Maintenant c’est plus pareil
l’argent, l’argent
Pour acheter du clinquant
Le crédit fait merveille
Ah ridicule, emprunte-moi et tu auras tout ça

Un sweat panthère, une paire de Nike Air, un col en polaire
Du Dolce Gabbana
Une marinière, des motifs militaires,
Un pull à revers et des polos Berschka
Une salopette pour les journées de fête
Un nouveau bomber pour être populaire
vest’rayée zippée
jogging surpiqué
et des baskets bleues
et tu te crois heureux

Autrefois on calculait
Pour qu’on puisse acheter
Un vêtement qui durait
Mais la vie a changé
Aujourd’hui que voulez-vous
On veut du Versace
On nous dit achète de tout
Mais l’argent ne fait pas tout

Ah ! Ridicule, rembourse-moi ou je reprends tout ça …

De jolis bombers emplissent les containers
Venus par charters des bermudas coton
Toutes les chaussures, les pulls à rayures
Par mer dans les airs, polluent l’atmosphère
Une salopette pour les journées de fête
Rien qu’une mode éphémère pour remplir ton vestiaire

Cette industrie détruit des milliers d’ vies,
On oublie vite ces morts pour confier notre sort
À nos chimères, arrivées d’outremer
À un manteau vert, avec son jean troué
Aux doigts de fées d’enfants exploités
On va continuer à tout dépenser

Mais très très vite,
On reçoit la facture
De nos dernières chaussures,
Qui nous fait regretter.

Alors on cède,
Car il faut qu’on possède,
Et l’on vit comme ça, jusqu’à la prochaine paye
Et l’on vit comme ça, jusqu’à la prochaine paye
Et l’on vit comme ça, jusqu’à la prochaine paye.
ier ici le texte de votre chapitre... (chanson)