Histoire 10

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 10
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 10
Cité Scolaire Internationale de Gerland

Chapitre 2 - Made in Bangladesh

Made in Bangladesh

Hugo ouvre les yeux. Il s’était endormi par terre au milieu de ses vêtements. Mais... que s’est-il passé ? Que font ces vêtements par terre ? Et moi, qu’est-ce que je fais ici ?? Il a mal au dos et tout lui semble confus. Il se lève, met une main sur son front brûlant et essaie de rassembler ses idées... en vain. Il regarde les habits un à un, il les reconnaît tous. Il ne savait pas qu’il en avait autant. Mais au lieu de se sentir fier, il ressent un certain malaise, de la culpabilité, de la honte même. Il ne supporte pas cette sensation et n’a plus qu’une idée en tête : les faire disparaître de sa vue.

Il s’apprête à ranger ces vêtements quand son regard tombe sur une étiquette. Il la lit : Made in Bangladesh. Tiens, ce nom lui rappelle quelque chose. Il attrape un autre vêtement : Made in Bangladesh. Puis un autre : Made in India. Encore un autre : Made in Bangladesh... Made in Bangladesh, Made in China, Made in Bangladesh, Made in Vietnam, Made in Bangladesh. Mais c’est quoi le Bangladesh ? C’est où ? Il allume son ordinateur, ouvre un onglet et tape « Bangladesh » sur Google. Il fait défiler les images : des foules entassées, un fleuve sale, des réfugiés se déplaçant avec toutes leurs affaires dans des sacs plastiques, des enfants mal nourris… Mais aussi beaucoup de couleurs et… des femmes en sari.

Sa mère l’appelle. Il sursaute.
- Hugo, je vais à l’atelier. Mets ton blouson, tu viens avec moi !
- Mais... pourquoi ? Soupire-t-il.
- Ne discute pas, tu es puni. Tu as assez fait de bêtises comme ça. Tu vas m’aider à porter les cartons de vêtements.
Il éteint son ordinateur, énervé et frustré de ne pas pouvoir continuer sa recherche.

Hugo entre dans l’atelier. Il y a des cartons partout. Sa mère a reçu les modèles de sa nouvelle collection. Bien qu’il ne soit pas très motivé, il commence à ranger. Il se dirige vers l’arrière boutique, quand soudain il voit la femme au sari. Il laisse tomber le carton. Des robes jaunes à fleurs s’éparpillent sur le sol. Il se baisse et les ramasse. Après avoir remis les robes dans le carton, il relève la tête. Elle n’est plus là. Il ne reste à sa place qu’une robe jaune à fleurs sur un mannequin. Une étiquette dépasse. Made in Bangladesh.

Il sort de l’atelier avec sa mère. Il se sent mal, nauséeux.

De retour dans sa chambre, il s’effondre sur son lit qui l’absorbe aussitôt. Clic. Clic. Clic. Un cliquetis assourdissant résonne sans fin dans sa tête. Il attrape ses écouteurs, les enfonce dans ses oreilles et augmente le son pour étouffer le bruit. Mais soudain, de faibles marmonnements parasitent la mélodie de la chanson. Le volume de leurs plaintes croît jusqu’à recouvrir complètement la chanson. Ce sont des voix de femmes. Elles viennent du placard. Il se lève, s’approche, retire ses écouteurs. Il n’entend plus qu’un brouhaha qui vient de la chambre de sa mère. Il entrouvre la porte et entend plus distinctement : « … inadmissible ! Je ne réglerai pas la facture ! Depuis qu’on travaille avec le Bangladesh, on n’a que des problèmes ! Vos ouvrières ne sont même pas capables de coudre deux manches de la même taille ! »

Histoire 10
Collège Aimé Césaire

Chapitre 3 - A chaque jour suffit sa peine

Jour 1
Histoire numéro 1
Le confort suprême
Dis-moi que tu l’aimes
Je veux un jour numéro
Une suite à l’usine
Supplément mortel

J’ai travaillé seule toute la nuit
Vivre sur mon âme n’est plus permis
9 jours la vie c’est un cauchemar
J’en ai tellement marre
Jour 10
Variation de l’horreur
Que puis-je faire ?
Aller en Enfer ?
Chaque jour
Dépendance à l’horreur
Trop de malheurs

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Jour 2
Histoire numéro 2
Le confort perturbé
Dis-moi qu’il te plaît
Je veux un jour numéro 3
Signe de fierté
Adieu Liberté
Je t’ai fabriqué toute la nuit
User sur mon âme n’est plus permis
9 Jours la vie c’est du velours
Et l’éternité, une fatalité
Jour 6
variation du supplice
Que voudrais-tu faire ?
Sortir d’cette misère
Chaque jour
Dépendance à la vie
Pas de dans ici

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Jour 3
Histoire numéro 3
Le confort suprême
Dis-moi que tu l’aimes
Jeu veux un jour numéro quatre
La consommation
Fait- pas le bonheur
J’y ai pensé toute la nuit
Miser sur mon âme n’est plus permis
6 jours la vie c’est du velours
la nécessité une éternité
Jour 10
Variation du délire
Voudrai-tus l’obtenir
Une belle garde robe ?
Chaque jour
Dépendance à la marque
pas de low cost autour

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Jour 4
Histoire numéro 4
Le confort perturbé
Dis-moi qu’il te plaît
Je veux un jour sans fin
Une suite à Nike
la CB claquée
Je t’ai cherché toute la nuit
Racheter mon âme n’est plus permis
Jour 10
variation des plaisirs
Que voudrais-tu avoir ?
Des baskets Nike ?
Chaque jour dépendance aux marques
Pas de fric autour

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Histoire 10
Collège Georges Brassens

Un bal maudit

Voilà, ce soir, c’est le bal du collège ! Il faut que H&M se décide à demander à sa cavalière de l’accompagner. Il va mettre sa nouvelle tenue trop stylée : ça devrait l’influencer. Il faut qu’elle dise oui ! Il met une heure à se préparer, à s’examiner sous toutes les coutures. Enfin ,il arrive devant chez elle. Hésitant, il entre car elle ne lui ouvre pas la porte eil la trouve en train de coudre. Elle fredonne une chanson, absorbée par son travail. Elle ne l’avait pas vu entrer. H&M, mal à l’aise, l’appelle en s’excusant de s’être permis d’entrer. C’est la premiè fois qu’il invite une fille. Aujourd’hui, il sait ce qu’est l’amour. Il sait qu’elle est celle qu’il a envie de chérir et de protéger plus que tout au monde. Et maintenant, il vas’apprêter à lui avouer ses sentiments. Mais si elle lui dit non ? Ce sera la fin. H&M, hésitant, s’avance vers elle tant bien que mal. Le salon est désordonné : des aiguilles partout sur le sol, des piles de tissus, le sandwich de la veille sur la table. Un vrai bazar ! Et cette odeur, comme l’odeur de la transpiration et du textile neuf. Il ouvre la fenêtre, et prend une bouffée d’air frais.
- Qu’est-ce-que tu veux ? lui dit-elle en brisant le silence.
-  C’est le bal du collège et je voulais justement t’inviter. Depuis le jour où je t’ai vu par la fenêtre, je pense à toi. Je t’aime.
Il s’avance vers elle comme le prince charmant des contes de fées. Il avait appris de son père que pour séduire une fille, il fallait la faire rêver. Elle le regarde d’une façon étrange et il comprend que la technique ne fonctionne pas.
- Je peux pas venir avec toi ce soir.
- Mais...Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Tu ne m’aimes pas ? 
Il panique, elle s’énerve :
- Je ne peux pas venir avec toi parce que j’ai trop de travail ! Si je le fais pas, mon patron va s’énerver contre moi ! De plus, je dois aussi nourrir ma famille qui se trouve au Bangladesh ! Tu comprends maintenant ? 
- Mais comment peux tu refuser ? Tu ne m’aimes pas ? Et puis tu sais quoi laisse tomber, tu comprends rien ! Tu ne veux pas venir à cause de vêtements que tu dois coudre !?
H&M, énervé, marche en direction de la bangladaise afin d’en découdre avec elle sur leur relation. Elle se lève et recule. 
- Tu as peur de moi ! Tu me déchires le cœur !La fenêtre commence à refroidir la pièce. L’air froid n’arrive pas à dissiper la tension, les esprits s’échauffent.
- Franchement, j’avais pas vu la scène comme ça dans ma tête. Je comprends pas. J’ai toujours été gentil, compréhensif. Je comprends pas. Tu m’aimes pas ?
- Tu es mignon ! Mais oui je vois ça. Tu comprends pas. Allez, vas à ta fête dans ton joli costume que j’ai passé ma nuit à coudre pour ta marque préférée ! 
Elle va pour fermer la fenêtre. H&M la bouscule, en colère. La jeune femme trébuche sur un rouleau de tissu. L’appartement s’illumine d’une lumière violette et H&M voit la femme disparaître par dessus la balustrade, son sari blanc se déployant comme une fleur. Puis sur le sol, son amour en sari rouge comme le sang le regarde.

Histoire 10
Collège Jean Macé

Il n’était qu’une fois...

Il n’était qu’une fois

(Sur l’air de Cendrillon du groupe Téléphone)

Soumaiya pour ses dix ans
Est la plus jolie des enfants
Ses parents ne sont pas partants
Qu’elle reste à l’usine pour longtemps
Elle oublie le temps
Dans ce palais d’vêtements
Elle n’a pas le choix, elle aide ses parents
Pour n’pas qu’ils finissent sans argent

Enfant, qui croit au prince charmant
Enfant, qui voit l’monde autrement

Soumaiya pour ses vingt ans
A déjà quitté ses parents
Pour un homme qui lui vole son cœur
Un prince qui reconnaît sa valeur
Soumayia est un diamant
Qui fait confiance à beaucoup d’gens
Sa maman lui dit
« Profite de ton mari
Et ne te tue pas à l’usine
La vie n’rime pas avec machine »

Jeune fille, qui attend le changement
Jeune fille, qui veut d’venir maman

Soumaiya n’a pas écouté
Elle a voulu travailler
Ce jour-là tout se met à trembler
Elle voit sa vie défiler
Alors son cœur s’arrête
Fin de la fête
Il fait tout noir, elle ferme les yeux
Son âme monte alors jusqu’aux cieux
Elle part
Fin de l’histoire

La vie, ce n’est pas un jeu
On ne meurt qu’une fois mais pas deux
Il faut savoir ouvrir les yeux
Chercher à faire de son mieux

Histoire 10
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 10
Cité Scolaire Internationale de Gerland

Chapitre 2 - Made in Bangladesh

Made in Bangladesh

Hugo ouvre les yeux. Il s’était endormi par terre au milieu de ses vêtements. Mais... que s’est-il passé ? Que font ces vêtements par terre ? Et moi, qu’est-ce que je fais ici ?? Il a mal au dos et tout lui semble confus. Il se lève, met une main sur son front brûlant et essaie de rassembler ses idées... en vain. Il regarde les habits un à un, il les reconnaît tous. Il ne savait pas qu’il en avait autant. Mais au lieu de se sentir fier, il ressent un certain malaise, de la culpabilité, de la honte même. Il ne supporte pas cette sensation et n’a plus qu’une idée en tête : les faire disparaître de sa vue.

Il s’apprête à ranger ces vêtements quand son regard tombe sur une étiquette. Il la lit : Made in Bangladesh. Tiens, ce nom lui rappelle quelque chose. Il attrape un autre vêtement : Made in Bangladesh. Puis un autre : Made in India. Encore un autre : Made in Bangladesh... Made in Bangladesh, Made in China, Made in Bangladesh, Made in Vietnam, Made in Bangladesh. Mais c’est quoi le Bangladesh ? C’est où ? Il allume son ordinateur, ouvre un onglet et tape « Bangladesh » sur Google. Il fait défiler les images : des foules entassées, un fleuve sale, des réfugiés se déplaçant avec toutes leurs affaires dans des sacs plastiques, des enfants mal nourris… Mais aussi beaucoup de couleurs et… des femmes en sari.

Sa mère l’appelle. Il sursaute.
- Hugo, je vais à l’atelier. Mets ton blouson, tu viens avec moi !
- Mais... pourquoi ? Soupire-t-il.
- Ne discute pas, tu es puni. Tu as assez fait de bêtises comme ça. Tu vas m’aider à porter les cartons de vêtements.
Il éteint son ordinateur, énervé et frustré de ne pas pouvoir continuer sa recherche.

Hugo entre dans l’atelier. Il y a des cartons partout. Sa mère a reçu les modèles de sa nouvelle collection. Bien qu’il ne soit pas très motivé, il commence à ranger. Il se dirige vers l’arrière boutique, quand soudain il voit la femme au sari. Il laisse tomber le carton. Des robes jaunes à fleurs s’éparpillent sur le sol. Il se baisse et les ramasse. Après avoir remis les robes dans le carton, il relève la tête. Elle n’est plus là. Il ne reste à sa place qu’une robe jaune à fleurs sur un mannequin. Une étiquette dépasse. Made in Bangladesh.

Il sort de l’atelier avec sa mère. Il se sent mal, nauséeux.

De retour dans sa chambre, il s’effondre sur son lit qui l’absorbe aussitôt. Clic. Clic. Clic. Un cliquetis assourdissant résonne sans fin dans sa tête. Il attrape ses écouteurs, les enfonce dans ses oreilles et augmente le son pour étouffer le bruit. Mais soudain, de faibles marmonnements parasitent la mélodie de la chanson. Le volume de leurs plaintes croît jusqu’à recouvrir complètement la chanson. Ce sont des voix de femmes. Elles viennent du placard. Il se lève, s’approche, retire ses écouteurs. Il n’entend plus qu’un brouhaha qui vient de la chambre de sa mère. Il entrouvre la porte et entend plus distinctement : « … inadmissible ! Je ne réglerai pas la facture ! Depuis qu’on travaille avec le Bangladesh, on n’a que des problèmes ! Vos ouvrières ne sont même pas capables de coudre deux manches de la même taille ! »

Histoire 10
Collège Aimé Césaire

Chapitre 3 - A chaque jour suffit sa peine

Jour 1
Histoire numéro 1
Le confort suprême
Dis-moi que tu l’aimes
Je veux un jour numéro
Une suite à l’usine
Supplément mortel

J’ai travaillé seule toute la nuit
Vivre sur mon âme n’est plus permis
9 jours la vie c’est un cauchemar
J’en ai tellement marre
Jour 10
Variation de l’horreur
Que puis-je faire ?
Aller en Enfer ?
Chaque jour
Dépendance à l’horreur
Trop de malheurs

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Jour 2
Histoire numéro 2
Le confort perturbé
Dis-moi qu’il te plaît
Je veux un jour numéro 3
Signe de fierté
Adieu Liberté
Je t’ai fabriqué toute la nuit
User sur mon âme n’est plus permis
9 Jours la vie c’est du velours
Et l’éternité, une fatalité
Jour 6
variation du supplice
Que voudrais-tu faire ?
Sortir d’cette misère
Chaque jour
Dépendance à la vie
Pas de dans ici

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Jour 3
Histoire numéro 3
Le confort suprême
Dis-moi que tu l’aimes
Jeu veux un jour numéro quatre
La consommation
Fait- pas le bonheur
J’y ai pensé toute la nuit
Miser sur mon âme n’est plus permis
6 jours la vie c’est du velours
la nécessité une éternité
Jour 10
Variation du délire
Voudrai-tus l’obtenir
Une belle garde robe ?
Chaque jour
Dépendance à la marque
pas de low cost autour

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Jour 4
Histoire numéro 4
Le confort perturbé
Dis-moi qu’il te plaît
Je veux un jour sans fin
Une suite à Nike
la CB claquée
Je t’ai cherché toute la nuit
Racheter mon âme n’est plus permis
Jour 10
variation des plaisirs
Que voudrais-tu avoir ?
Des baskets Nike ?
Chaque jour dépendance aux marques
Pas de fric autour

C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien
C’est l’habit 1
Celui fait de lin
Celui qu’on repasse quand le monde trépasse
Quand elles travaillent bien
On ne leur donne rien
C’est l’habit 2
Celui que l’on veut
Celui qu’on achète quand on s’apprête
Quand on fait la fête
C’est celui qui me rend bien

Histoire 10
Collège Georges Brassens

Un bal maudit

Voilà, ce soir, c’est le bal du collège ! Il faut que H&M se décide à demander à sa cavalière de l’accompagner. Il va mettre sa nouvelle tenue trop stylée : ça devrait l’influencer. Il faut qu’elle dise oui ! Il met une heure à se préparer, à s’examiner sous toutes les coutures. Enfin ,il arrive devant chez elle. Hésitant, il entre car elle ne lui ouvre pas la porte eil la trouve en train de coudre. Elle fredonne une chanson, absorbée par son travail. Elle ne l’avait pas vu entrer. H&M, mal à l’aise, l’appelle en s’excusant de s’être permis d’entrer. C’est la premiè fois qu’il invite une fille. Aujourd’hui, il sait ce qu’est l’amour. Il sait qu’elle est celle qu’il a envie de chérir et de protéger plus que tout au monde. Et maintenant, il vas’apprêter à lui avouer ses sentiments. Mais si elle lui dit non ? Ce sera la fin. H&M, hésitant, s’avance vers elle tant bien que mal. Le salon est désordonné : des aiguilles partout sur le sol, des piles de tissus, le sandwich de la veille sur la table. Un vrai bazar ! Et cette odeur, comme l’odeur de la transpiration et du textile neuf. Il ouvre la fenêtre, et prend une bouffée d’air frais.
- Qu’est-ce-que tu veux ? lui dit-elle en brisant le silence.
-  C’est le bal du collège et je voulais justement t’inviter. Depuis le jour où je t’ai vu par la fenêtre, je pense à toi. Je t’aime.
Il s’avance vers elle comme le prince charmant des contes de fées. Il avait appris de son père que pour séduire une fille, il fallait la faire rêver. Elle le regarde d’une façon étrange et il comprend que la technique ne fonctionne pas.
- Je peux pas venir avec toi ce soir.
- Mais...Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Tu ne m’aimes pas ? 
Il panique, elle s’énerve :
- Je ne peux pas venir avec toi parce que j’ai trop de travail ! Si je le fais pas, mon patron va s’énerver contre moi ! De plus, je dois aussi nourrir ma famille qui se trouve au Bangladesh ! Tu comprends maintenant ? 
- Mais comment peux tu refuser ? Tu ne m’aimes pas ? Et puis tu sais quoi laisse tomber, tu comprends rien ! Tu ne veux pas venir à cause de vêtements que tu dois coudre !?
H&M, énervé, marche en direction de la bangladaise afin d’en découdre avec elle sur leur relation. Elle se lève et recule. 
- Tu as peur de moi ! Tu me déchires le cœur !La fenêtre commence à refroidir la pièce. L’air froid n’arrive pas à dissiper la tension, les esprits s’échauffent.
- Franchement, j’avais pas vu la scène comme ça dans ma tête. Je comprends pas. J’ai toujours été gentil, compréhensif. Je comprends pas. Tu m’aimes pas ?
- Tu es mignon ! Mais oui je vois ça. Tu comprends pas. Allez, vas à ta fête dans ton joli costume que j’ai passé ma nuit à coudre pour ta marque préférée ! 
Elle va pour fermer la fenêtre. H&M la bouscule, en colère. La jeune femme trébuche sur un rouleau de tissu. L’appartement s’illumine d’une lumière violette et H&M voit la femme disparaître par dessus la balustrade, son sari blanc se déployant comme une fleur. Puis sur le sol, son amour en sari rouge comme le sang le regarde.

Histoire 10
Collège Jean Macé

Il n’était qu’une fois...

Il n’était qu’une fois

(Sur l’air de Cendrillon du groupe Téléphone)

Soumaiya pour ses dix ans
Est la plus jolie des enfants
Ses parents ne sont pas partants
Qu’elle reste à l’usine pour longtemps
Elle oublie le temps
Dans ce palais d’vêtements
Elle n’a pas le choix, elle aide ses parents
Pour n’pas qu’ils finissent sans argent

Enfant, qui croit au prince charmant
Enfant, qui voit l’monde autrement

Soumaiya pour ses vingt ans
A déjà quitté ses parents
Pour un homme qui lui vole son cœur
Un prince qui reconnaît sa valeur
Soumayia est un diamant
Qui fait confiance à beaucoup d’gens
Sa maman lui dit
« Profite de ton mari
Et ne te tue pas à l’usine
La vie n’rime pas avec machine »

Jeune fille, qui attend le changement
Jeune fille, qui veut d’venir maman

Soumaiya n’a pas écouté
Elle a voulu travailler
Ce jour-là tout se met à trembler
Elle voit sa vie défiler
Alors son cœur s’arrête
Fin de la fête
Il fait tout noir, elle ferme les yeux
Son âme monte alors jusqu’aux cieux
Elle part
Fin de l’histoire

La vie, ce n’est pas un jeu
On ne meurt qu’une fois mais pas deux
Il faut savoir ouvrir les yeux
Chercher à faire de son mieux