Histoire 11

Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.

Histoire 11
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 11
Collège Victor Grignard

La malédiction du sari

Soudain, une femme en sari apparaît dans la chambre, devant Hugo. Elle lui déclare :
- Je sais que ton surnom est H&M et que tes parents travaillent dans le textile.
- Oui !!! Pourquoi ?
- Car j’ai bien connu H&M… je suis morte à cause de cette marque !

Ils se mettent à exécuter une danse traditionnelle bengalaise ; le jeune garçon commence à avoir le tournis : il ne peut pas s’arrêter ! Pendant qu’ils dansent, la dame en sari lui transmet sa tristesse, sa colère et lui envoie des images subliminales du Rana Plaza. Elles commencent à effleurer sa pensée et à torturer sa mémoire, des moments de cette scène horrible lui reviennent : des tremblements qui ébranlent le bâtiment, des femmes qui crient d’effroi, des personnes qui courent, demandant de l’aide, le bâtiment de six étages qui s’effondre comme un château de cartes. Des corps déchiquetés se confondent avec le béton. Des alarmes hurlent de toute part. Des gens suffoquent sous les décombres.
Hugo se sent coupable, comment ne pas réagir à un tel scandale ? Il imagine cette scène se reproduire sous ses yeux. Il y est, un nuage de poussière lui claque la figure et, en s’estompant, laisse sur son passage des corps immobiles nageant dans des flaques de sang, d’autres tentant de s’extraire des ruines. Sans qu’il s’en rende compte, des larmes glissent le long de ses joues. Des larmes de tristesse ou de poussière ?
Hugo, outré par ce qu’il vient de voir, essuie rapidement ses yeux, tente de reprendre ses esprits mais une partie de lui resta connecté à cet autre monde. La douleur est palpable. Il cherche sur le visage de la dame en sari le moindre signe de réconfort, un mot.
Il revient à la réalité, toujours choqué. La femme en sari lui dit :
- Tes parents achètent des vêtements créés par ces ouvrières exploitées au Bengladesh pour les revendre et se faire de l’argent.
- Je... je vais essayer de leur en parler, dit-il en bégayant.
- Tu ne sais pas combien d’ouvrières sont mortes ! Je vais fermer ce foutu magasin pour que tes parents arrêtent.
- Oui mais ce n’est pas leur faute, dit-il avec tristesse. S’ils ne peuvent plus gagner leur vie, on... on sera à la rue !
- T’inquiète pas, je vais faire en sorte de leur trouver un travail encore meilleur et sans danger pour les autres.
- D’accord, je vous fais confiance, dit-il sans être rassuré.
- Je ne vais pas leur faire de mal mais... Si la vérité fait mal, ce ne sera plus mon problème.
Hugo n’a pas le temps de dire un mot : la femme en sari disparaît d’un coup.
La mère entre à cet instant dans la chambre, voit le désordre. Le sari est tombé mais elle ne l’a pas remarqué ; automatiquement, le garçon a cessé de danser. Sa mère s’assoit, le regarde et dit :
- Bon H&M, il faut que je te parle.
- Oui maman.
- Ta prof m’a appelée, elle m’a dit que tu n’avais pas fait tes devoirs et qu’elle t’avait mis une punition.
- Je n’y arrivais pas, j’étais préoccupé.
- Tant pis pour toi, il fallait le faire, tu as eu tout le temps pour ça.
- Oui mais… depuis que papa est parti, le frigo est tout le temps vide, tu ne t’occupes plus de moi, tu travailles toute la journée et quand tu rentres, tu restes dans ta chambre toute la soirée, sans même en sortir parfois !
- Comprends-moi, je suis occupée en ce moment, tu as grandi, tu peux te débrouiller, c’est difficile pour moi de tout faire seule maintenant.
- Pour moi aussi c’est difficile, tu penses qu’à toi ! C’est à cause de toi que papa est parti, tu travaillais trop et maintenant...
H&M se tait, lui décoche un regard sombre et repense à une des discussions de ses parents avant leur séparation.
Il revoit sa mère et son père qui se disputaient dans le salon :
- Tu travailles tout le temps, t’es jamais à la maison.
- Je fais ça pour mon fils !
- Tu dis que tu fais ça pour notre fils mais t’es jamais là pour lui !
Hugo culpabilisait car il pensait que c’était sa faute si ses parents s’étaient séparés.

Il regarde sa mère et voudrait lui claquer la porte au nez quand…
... tout d’un coup, le sari se remet à voler en même temps que tous les autres vêtements dans la chambre. Clémence n’en croit pas ses yeux ! Les vêtements sont vraiment en train de bouger tout seuls. Un des pulls de tissu lui passe sous le nez... Il y a une inscription : "made in Bengladesh". Elle repense à l’accident du Rana Plaza dont parlait la radio. Cela la stupéfie.
Elle reste immobile, un vent froid et glacial traverse la chambre, les vêtements s’immobilisent. Enfin les pulls, les tricots, les shorts, les tee-shirts, volant dans les airs, commencent à chanter une mélodie en bengali.

Histoire 11
Collège Jean Charcot

A quel prix ?

A quel prix ?

Couplet 1
Dans cette ville lointaine pleine de galère et de misère,
Les salaires sont tellement bas qu’ils toucheraient même la terre.
La machine à coudre produit l’horreur et la terreur.
Les passants, les commerçants, les clients en ont peur.
Les requins ont été attirés par le sang et l’profit
Et des patrons s’sont enrichis, au prix d’autres vies.

REFRAIN
Des morts, des morts, des corps, aujourd’hui on s’en veut encore.
Une triste réalité qui nous a tous bouleversés.
Des morts, des morts, des corps, Il aurait suffit d’un rapport
Pour éviter cette calamité, qui a meurtri l’humanité.

Couplet 2
Dans cette usine bien délabrée, les salariés sont mal payés.
Effacés, oubliés, les ouvriers sont maltraités.
Les ventilateurs ont déclenché l’irréparable ;
Les murs ont hurlé de douleur : qui est responsable ?
Les couturiers s’sont révoltés pour défendre leurs droits.
Le Bangladesh est en détresse, encore une fois…

REFRAIN
Des morts, des morts, des corps, aujourd’hui on s’en veut encore.
Une triste réalité qui nous a tous bouleversés.
Des morts, des morts, des corps, Il aurait suffit d’un rapport
Pour éviter cette calamité, qui a meurtri l’humanité.

Couplet 3 :
Bien pliés, emballés et jetés dans des camions ;
Pour des vêtements vite abîmés, c’est trop de pollution !
On a voyagé par la mer, en faisant le tour du monde ;
Et ce sont nos mères qui sont coincées sous les décombres.
Dans la vitrine, j’attire le client pour lui piquer tout son argent ;
C’est quand même impressionnant que les gens achètent autant.

REFRAIN
Des morts, des morts, des corps, aujourd’hui on s’en veut encore.
Une triste réalité qui nous a tous bouleversés.
Des morts, des morts, des corps, Il aurait suffit d’un rapport
Pour éviter cette calamité, qui a meurtri l’humanité.

Histoire 11
Collège Aimé Césaire

Chapitre 4 - Le cauchemar éveillé

Hugo oui, Hugo c’est son prénom. Au moment où je parle une fumée encombre la chambre d’H&M. D’où venait cette fumée ? Une odeur âcre lui pique le nez et lui brûle la gorge. La fumée envahit la pièce en moins d’une seconde. Hugo essaye d’ouvrir la fenêtre mais la poignet est bloquée. « Et si ma mère entrait dans ma chambre ? ».
La fumée s’épaissit et forme une silhouette féminine devant ses yeux. Il semble reconnaître une femme en sari de dos, statique, qui se retourne et se met à crier un nom : « Sohel Rana ». Soudain les lumières de la chambre d’Hugo s’éteignent et l’ampoule se met à clignoter de plus en plus vite. Elle se rallume d’un coup et Hugo aperçoit pendant un bref instant la jeune femme entrain de poignarder un homme devant lui. Il est pétrifié, cette scène lui glace le sang dans ses veines. Elle se retourne et fixe longuement Hugo d’un regard ténébreux. La commissure de ses lèvres s’étire pour former un sourire grand jusqu’aux oreilles, machiavélique. Puis, dans un coup de vent, elle disparaît.
L’air s’épaissit à nouveau et forme un lourd nuage gris. Ses yeux commencent à brûler. Il décide de sortir, il ouvre la porte pour prendre une grande bouffée d’air frais et se rend compte avec horreur de la présence d’un immense cimetière lugubre qui se dresse devant lui. Hugo décide de s’y aventurer, malgré son atroce peur du noir. Il commence à marcher, en suivant un chemin moins effrayant que les autres. Il remarque au sol un morceau de tissu avec un logo familier qu’il s’apprête à ramasser : Louis Vuitton. Au moment où il le prend en main, il entend des bruits de pas et des cris stridents venir de derrière lui. Il se retourne subitement et voit des dizaines de cadavres de femmes, toutes vêtues de saris, qui passent devant lui en l’ignorant. Elles se dirigent vers une tombe et Hugo décide des les suivre. Les femmes se séparent en deux rangées pour laisser place à Hugo. Tout d’un coup le tissu et la tombe s’illuminent. Pris de frayeur et de curiosité, il décide de poser le tissu qu’il avait en main sur celle-ci . Subitement un fantôme vêtue d’un sari blanc illuminé sort de la tombe. Pris de panique, H&M se met à reculer...
Tétanisée, il recule toujours plus, il a peur, il ne pense qu’ a se sauver. Il fait encore un pas en arrière et d’un seul coup, une pierre cède sous son pied. Il s’ engouffre dans un ravin digne d’une scène d’un mauvais film d’ action. Il sent que sa vie touche à sa fin. Son esprit lui joue des tours ? Il voit les derniers instants de son existence défiler sous ses yeux. Il aperçoit la terme ferme, en bas, tout en bas... il la touche du bout de son pied et, comme par enchantement, tout s’arrête net. Non, Il n’ est pas mort, il est juste dans sa chambre.
Il reprend conscience petit à petit. Il regarde inquiet autour de lui et observe que rien a changer. Rassuré, il décide d’aller s’allonger sur son lit. Un mauvais rêve ? Au moment où il se lève, son armoire s’ouvre dans un grincement de porte. Ses vêtements en sortent et se mettent à tourbillonner et se jettent sur lui comme pour l’étrangler.

Histoire 11
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 5 - Les Saris rouges

(Sur l’air de l’Affiche rouge de Leo Ferré)

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Neuf ans déjà que cela passe vite neuf ans
Au Rana Plaza il n’y avait pas d’alarme
La mort n’éblouit pas les yeux des pauvres gens

Vous, femmes, venues d’une misérable campagne
Direction la grand ville il vous faut un travail
Ce voyage, pour nourrir vos familles, une bataille
Pour nos vêtements on vous fait souffrir le bagne
Pour vous souffler il n’aura fallu qu’une entaille

Personne ne semble regarder les références
En les portant tous ces gens sont indifférents
Des tailles pour adultes à celles des enfants
Écrit sous les vêtements fabriqués pour la France
Tous les matins on s’habille différemment

Tout avait la couleur rouge de l’injustice
En cette fin avril sous les mille débris
Combien parmi vous se trouvent au paradis
Innocentes victimes de l’argent et du vice
Hommage à toutes, hommage à celles qui ont péri

Adieu la peine, le plaisir, les clairs matins
Adieu la vie, adieu la lumière et le vent
Je vous les laisse, ces douces joies, mes enfants
Je vous quitte en rêvant pour vous meilleur destin
Que le supplice que j’ai subi si longtemps

Jamais nous n’aurions su sans cet effondrement
Vous, femmes qui travailliez et de vos vies payaient
Venez à nous pour nous réveiller et nous hanter
Comment peuvent encore se supporter les vivants ?
Justice sera-t-elle rendue aux trépassées ?

Elles étaient mille cent vingt et sept aux gravats de l’horreur
Mille cent vingt et sept à jamais amputées de la vie
Mille cent vingt et sept cousant pour les nantis
Mille cent vingt et sept dont on a volé le cœur
Mille cent vingt et sept broyées sous notre mépris

Histoire 11
Violaine Schwartz

Punition bénie

0/20 pour copie non rendue et convocation chez le CPE pour imitation de signature.
Il avait pourtant mis son portable une heure plus tôt pour finaliser son devoir mais il n’a pas sonné, c’est pas de sa faute quand même s’il a un problème de batterie.
Et ensuite, voyant que sa mère n’était toujours pas rentrée (ou déjà repartie ?), errant seul dans l’appartement jonché de cartons, il s’était dit que le mieux finalement, pour justifier ce retard matinal, était d’être malade.
Une bonne gastro, ça arrive aux meilleurs.
Il avait rempli le carnet de liaison bien proprement, signé en bas à l’emplacement requis, remis le carnet au premier pion venu en arrivant tranquillement l’après-midi au collège, mais évidemment, s’il se mettent à téléphoner directement aux parents, on ne peut pas faire de miracle non plus.`
Coup de fil au père.
Coup de fil à la mère.
Et ensuite, ça n’avait pas raté : scène de ménage au téléphone. Hurlements dans le combiné.
C’est comme ça que tu élèves ton fils, je te félicite.
Mais de quoi je me mêle ? Dégage ! Connard.
Et maintenant, sa mère est furieuse contre lui.
Sa mère n’a vraiment pas besoin de ça.
Sa mère est obligée de le punir, comme un bébé.
Samedi, dimanche, sans sortir, voilà, tu es content ?
Oui, il est très content.
Punition bénie.
Hier, samedi, elle est apparue deux fois à la fenêtre, dessinée dans le chambranle comme dans un cadre.
Une fois, en sari rouge.
Une fois, en sari jaune.
Ils se sont regardés longuement, immobiles.
Et puis elle a tiré le rideau, d’un seul coup.
Il ne l’avait jamais vue, auparavant. Il en est certain.
Il en déduit qu’elle vient d’arriver chez la mère Tortue.
Il connaît bien l’appartement d’en face, comme une télé à quelques mètres de son bureau.
Il a vue sur le canapé à fleurs, la table basse recouverte de bibelots très moches.
Tous les jours, à 18 heures, l’heure à laquelle il est censé faire ses devoirs, la vieille dame, dont il ne connaît pas le nom mais qu’il a baptisé Bardot (à cause de son amour pour les animaux) ou Mamie Tortue, ou M’selle SPA, c’est selon les jours et les humeurs, s’installe entre ses coussins brodés et regarde sans doute un jeu télévisé hors cadre. Elle a plusieurs chats, trois ou quatre, et peut-être une tortue, enfin un truc très lent qui se traîne au sol, non identifié. Un hamster obèse et cul de jatte ? Un vieux lapin unijambiste ? Un bébé crocodile ? De tout ce qu’il a imaginé, il penche plutôt pour l’idée de la tortue, plus sympathique quand même.
Il la voit parfois dans la rue en bas de chez lui, avec son manteau tout rapiécé et son cabas antique mais il n’a jamais osé l’aborder, pour lui dire quoi, en fait ? Vous aimez les animaux ?
D’ailleurs, il préfère s’évader dans des constructions imaginaires, à partir d’indices glanés à travers le carreau, bien loin de son quotidien, les cartons de déménagement, les yeux cernés de sa mère, c’est comme un puzzle d’une autre vie à inventer.
Mais cette fois-ci, ça le dépasse, vraiment.
Que fait ce top model dans ce salon vieillot ?
Cette princesse des Mille et une nuits chez Mamie Bardot ?
Une aide à domicile ? Une femme de ménage ?
Certes, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais quand même, ça ne tient pas debout comme hypothèse.
Ou alors, c’est une étudiante étrangère, à qui La Tortue a loué une chambre pour arrondir ses fins de mois ?
Ou une fille au pair mais pour vieux ?
Ou quoi d’autre ?
Un rêve éveillé ?
Elle ressemble étrangement à l’ouvrière de Comment on freine ?
Et si c’était une rescapée de l’accident, hébergée par la vieille dame, qui a grand cœur, il en est certain.
Il a dégoté une paire de jumelle dans un carton étiqueté Gilles (c’est le nom de son père), qui pourrait lui permettre de la voir de plus près mais malheureusement, elle refuse de se montrer depuis ce matin.
Pris de découragement soudain, il se lance dans des recherches sur le net, sur cette fameuse usine qui s’est effondrée, mais où déjà ?
Ah oui, au Bangladesh, il a le corrigé du devoir sous les yeux.
1133 morts. 2000 blessés. L’immeuble s’est écroulé sur les ouvrières au travail.
Les photos sur son écran s’impriment au fond de ses yeux.
Une main se dresse, toute seule, au milieu des ruines, comme dans un film d’horreur.
Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de marques occidentales, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour, Mango, Camaieu.
H&M est soupçonné également même si l’enseigne prétend ne pas connaître cette usine.
H&M regarde son nouveau sweat-shirt, puis il regarde son placard grand ouvert sur un amas d’habits.
Au fond de sa tête, il entend le bruit des machines à coudre, comme un cliquetis de reproches.
Puis tout à coup, une drôle de chanson.

Histoire 11
Collège Victor Grignard

La malédiction du sari

Soudain, une femme en sari apparaît dans la chambre, devant Hugo. Elle lui déclare :
- Je sais que ton surnom est H&M et que tes parents travaillent dans le textile.
- Oui !!! Pourquoi ?
- Car j’ai bien connu H&M… je suis morte à cause de cette marque !

Ils se mettent à exécuter une danse traditionnelle bengalaise ; le jeune garçon commence à avoir le tournis : il ne peut pas s’arrêter ! Pendant qu’ils dansent, la dame en sari lui transmet sa tristesse, sa colère et lui envoie des images subliminales du Rana Plaza. Elles commencent à effleurer sa pensée et à torturer sa mémoire, des moments de cette scène horrible lui reviennent : des tremblements qui ébranlent le bâtiment, des femmes qui crient d’effroi, des personnes qui courent, demandant de l’aide, le bâtiment de six étages qui s’effondre comme un château de cartes. Des corps déchiquetés se confondent avec le béton. Des alarmes hurlent de toute part. Des gens suffoquent sous les décombres.
Hugo se sent coupable, comment ne pas réagir à un tel scandale ? Il imagine cette scène se reproduire sous ses yeux. Il y est, un nuage de poussière lui claque la figure et, en s’estompant, laisse sur son passage des corps immobiles nageant dans des flaques de sang, d’autres tentant de s’extraire des ruines. Sans qu’il s’en rende compte, des larmes glissent le long de ses joues. Des larmes de tristesse ou de poussière ?
Hugo, outré par ce qu’il vient de voir, essuie rapidement ses yeux, tente de reprendre ses esprits mais une partie de lui resta connecté à cet autre monde. La douleur est palpable. Il cherche sur le visage de la dame en sari le moindre signe de réconfort, un mot.
Il revient à la réalité, toujours choqué. La femme en sari lui dit :
- Tes parents achètent des vêtements créés par ces ouvrières exploitées au Bengladesh pour les revendre et se faire de l’argent.
- Je... je vais essayer de leur en parler, dit-il en bégayant.
- Tu ne sais pas combien d’ouvrières sont mortes ! Je vais fermer ce foutu magasin pour que tes parents arrêtent.
- Oui mais ce n’est pas leur faute, dit-il avec tristesse. S’ils ne peuvent plus gagner leur vie, on... on sera à la rue !
- T’inquiète pas, je vais faire en sorte de leur trouver un travail encore meilleur et sans danger pour les autres.
- D’accord, je vous fais confiance, dit-il sans être rassuré.
- Je ne vais pas leur faire de mal mais... Si la vérité fait mal, ce ne sera plus mon problème.
Hugo n’a pas le temps de dire un mot : la femme en sari disparaît d’un coup.
La mère entre à cet instant dans la chambre, voit le désordre. Le sari est tombé mais elle ne l’a pas remarqué ; automatiquement, le garçon a cessé de danser. Sa mère s’assoit, le regarde et dit :
- Bon H&M, il faut que je te parle.
- Oui maman.
- Ta prof m’a appelée, elle m’a dit que tu n’avais pas fait tes devoirs et qu’elle t’avait mis une punition.
- Je n’y arrivais pas, j’étais préoccupé.
- Tant pis pour toi, il fallait le faire, tu as eu tout le temps pour ça.
- Oui mais… depuis que papa est parti, le frigo est tout le temps vide, tu ne t’occupes plus de moi, tu travailles toute la journée et quand tu rentres, tu restes dans ta chambre toute la soirée, sans même en sortir parfois !
- Comprends-moi, je suis occupée en ce moment, tu as grandi, tu peux te débrouiller, c’est difficile pour moi de tout faire seule maintenant.
- Pour moi aussi c’est difficile, tu penses qu’à toi ! C’est à cause de toi que papa est parti, tu travaillais trop et maintenant...
H&M se tait, lui décoche un regard sombre et repense à une des discussions de ses parents avant leur séparation.
Il revoit sa mère et son père qui se disputaient dans le salon :
- Tu travailles tout le temps, t’es jamais à la maison.
- Je fais ça pour mon fils !
- Tu dis que tu fais ça pour notre fils mais t’es jamais là pour lui !
Hugo culpabilisait car il pensait que c’était sa faute si ses parents s’étaient séparés.

Il regarde sa mère et voudrait lui claquer la porte au nez quand…
... tout d’un coup, le sari se remet à voler en même temps que tous les autres vêtements dans la chambre. Clémence n’en croit pas ses yeux ! Les vêtements sont vraiment en train de bouger tout seuls. Un des pulls de tissu lui passe sous le nez... Il y a une inscription : "made in Bengladesh". Elle repense à l’accident du Rana Plaza dont parlait la radio. Cela la stupéfie.
Elle reste immobile, un vent froid et glacial traverse la chambre, les vêtements s’immobilisent. Enfin les pulls, les tricots, les shorts, les tee-shirts, volant dans les airs, commencent à chanter une mélodie en bengali.

Histoire 11
Collège Jean Charcot

A quel prix ?

A quel prix ?

Couplet 1
Dans cette ville lointaine pleine de galère et de misère,
Les salaires sont tellement bas qu’ils toucheraient même la terre.
La machine à coudre produit l’horreur et la terreur.
Les passants, les commerçants, les clients en ont peur.
Les requins ont été attirés par le sang et l’profit
Et des patrons s’sont enrichis, au prix d’autres vies.

REFRAIN
Des morts, des morts, des corps, aujourd’hui on s’en veut encore.
Une triste réalité qui nous a tous bouleversés.
Des morts, des morts, des corps, Il aurait suffit d’un rapport
Pour éviter cette calamité, qui a meurtri l’humanité.

Couplet 2
Dans cette usine bien délabrée, les salariés sont mal payés.
Effacés, oubliés, les ouvriers sont maltraités.
Les ventilateurs ont déclenché l’irréparable ;
Les murs ont hurlé de douleur : qui est responsable ?
Les couturiers s’sont révoltés pour défendre leurs droits.
Le Bangladesh est en détresse, encore une fois…

REFRAIN
Des morts, des morts, des corps, aujourd’hui on s’en veut encore.
Une triste réalité qui nous a tous bouleversés.
Des morts, des morts, des corps, Il aurait suffit d’un rapport
Pour éviter cette calamité, qui a meurtri l’humanité.

Couplet 3 :
Bien pliés, emballés et jetés dans des camions ;
Pour des vêtements vite abîmés, c’est trop de pollution !
On a voyagé par la mer, en faisant le tour du monde ;
Et ce sont nos mères qui sont coincées sous les décombres.
Dans la vitrine, j’attire le client pour lui piquer tout son argent ;
C’est quand même impressionnant que les gens achètent autant.

REFRAIN
Des morts, des morts, des corps, aujourd’hui on s’en veut encore.
Une triste réalité qui nous a tous bouleversés.
Des morts, des morts, des corps, Il aurait suffit d’un rapport
Pour éviter cette calamité, qui a meurtri l’humanité.

Histoire 11
Collège Aimé Césaire

Chapitre 4 - Le cauchemar éveillé

Hugo oui, Hugo c’est son prénom. Au moment où je parle une fumée encombre la chambre d’H&M. D’où venait cette fumée ? Une odeur âcre lui pique le nez et lui brûle la gorge. La fumée envahit la pièce en moins d’une seconde. Hugo essaye d’ouvrir la fenêtre mais la poignet est bloquée. « Et si ma mère entrait dans ma chambre ? ».
La fumée s’épaissit et forme une silhouette féminine devant ses yeux. Il semble reconnaître une femme en sari de dos, statique, qui se retourne et se met à crier un nom : « Sohel Rana ». Soudain les lumières de la chambre d’Hugo s’éteignent et l’ampoule se met à clignoter de plus en plus vite. Elle se rallume d’un coup et Hugo aperçoit pendant un bref instant la jeune femme entrain de poignarder un homme devant lui. Il est pétrifié, cette scène lui glace le sang dans ses veines. Elle se retourne et fixe longuement Hugo d’un regard ténébreux. La commissure de ses lèvres s’étire pour former un sourire grand jusqu’aux oreilles, machiavélique. Puis, dans un coup de vent, elle disparaît.
L’air s’épaissit à nouveau et forme un lourd nuage gris. Ses yeux commencent à brûler. Il décide de sortir, il ouvre la porte pour prendre une grande bouffée d’air frais et se rend compte avec horreur de la présence d’un immense cimetière lugubre qui se dresse devant lui. Hugo décide de s’y aventurer, malgré son atroce peur du noir. Il commence à marcher, en suivant un chemin moins effrayant que les autres. Il remarque au sol un morceau de tissu avec un logo familier qu’il s’apprête à ramasser : Louis Vuitton. Au moment où il le prend en main, il entend des bruits de pas et des cris stridents venir de derrière lui. Il se retourne subitement et voit des dizaines de cadavres de femmes, toutes vêtues de saris, qui passent devant lui en l’ignorant. Elles se dirigent vers une tombe et Hugo décide des les suivre. Les femmes se séparent en deux rangées pour laisser place à Hugo. Tout d’un coup le tissu et la tombe s’illuminent. Pris de frayeur et de curiosité, il décide de poser le tissu qu’il avait en main sur celle-ci . Subitement un fantôme vêtue d’un sari blanc illuminé sort de la tombe. Pris de panique, H&M se met à reculer...
Tétanisée, il recule toujours plus, il a peur, il ne pense qu’ a se sauver. Il fait encore un pas en arrière et d’un seul coup, une pierre cède sous son pied. Il s’ engouffre dans un ravin digne d’une scène d’un mauvais film d’ action. Il sent que sa vie touche à sa fin. Son esprit lui joue des tours ? Il voit les derniers instants de son existence défiler sous ses yeux. Il aperçoit la terme ferme, en bas, tout en bas... il la touche du bout de son pied et, comme par enchantement, tout s’arrête net. Non, Il n’ est pas mort, il est juste dans sa chambre.
Il reprend conscience petit à petit. Il regarde inquiet autour de lui et observe que rien a changer. Rassuré, il décide d’aller s’allonger sur son lit. Un mauvais rêve ? Au moment où il se lève, son armoire s’ouvre dans un grincement de porte. Ses vêtements en sortent et se mettent à tourbillonner et se jettent sur lui comme pour l’étrangler.

Histoire 11
Collège Laurent Mourguet

Chapitre 5 - Les Saris rouges

(Sur l’air de l’Affiche rouge de Leo Ferré)

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Neuf ans déjà que cela passe vite neuf ans
Au Rana Plaza il n’y avait pas d’alarme
La mort n’éblouit pas les yeux des pauvres gens

Vous, femmes, venues d’une misérable campagne
Direction la grand ville il vous faut un travail
Ce voyage, pour nourrir vos familles, une bataille
Pour nos vêtements on vous fait souffrir le bagne
Pour vous souffler il n’aura fallu qu’une entaille

Personne ne semble regarder les références
En les portant tous ces gens sont indifférents
Des tailles pour adultes à celles des enfants
Écrit sous les vêtements fabriqués pour la France
Tous les matins on s’habille différemment

Tout avait la couleur rouge de l’injustice
En cette fin avril sous les mille débris
Combien parmi vous se trouvent au paradis
Innocentes victimes de l’argent et du vice
Hommage à toutes, hommage à celles qui ont péri

Adieu la peine, le plaisir, les clairs matins
Adieu la vie, adieu la lumière et le vent
Je vous les laisse, ces douces joies, mes enfants
Je vous quitte en rêvant pour vous meilleur destin
Que le supplice que j’ai subi si longtemps

Jamais nous n’aurions su sans cet effondrement
Vous, femmes qui travailliez et de vos vies payaient
Venez à nous pour nous réveiller et nous hanter
Comment peuvent encore se supporter les vivants ?
Justice sera-t-elle rendue aux trépassées ?

Elles étaient mille cent vingt et sept aux gravats de l’horreur
Mille cent vingt et sept à jamais amputées de la vie
Mille cent vingt et sept cousant pour les nantis
Mille cent vingt et sept dont on a volé le cœur
Mille cent vingt et sept broyées sous notre mépris