Histoire 10

Prologue

Tout avait commencé un peu plus tôt dans l’année – quand, Tom ne s’en souvient plus trop, les choses se confondent dans sa tête. Autour de janvier peut-être, des rassemblements de collégiens, lycéens et étudiants avaient commencé à secouer l’Europe puis le monde entier.
Au début, Tom, en 4e au collège Jean Moulin de Lyon, s’en fichait un peu de tout ça. Il avait déjà assez à faire avec ses problèmes à la maison, sa mère ne le laissait pas en paix (ou du moins c’est l’impression qu’il avait), et puis il y avait Léa. Léa sa meilleure amie, Léa sa confidente, Léa qu’il regardait, et qui semblait ne pas le voir.
C’est un après-midi comme un autre, un mardi, et Tom est assis avec Mehdi et Léa sur le banc vert juste en face de l’entrée du collège, devant la montée du Gourguillon, dans le quartier de St-Just.
- Vous avez vu ? demande Léa.
- Quoi ? dit Mehdi.
- A Bruxelles, à Berlin, à Londres, partout y a des manifs pour le climat, dit Léa. On n’arrête pas d’en parler, partout. Et nous, là, on est assis sur un banc.
- Ouais, mais c’est notre banc, dit Tom. Il est cool, moi je l’aime bien.
- Merde, mec, dit Léa, nous aussi il faut qu’on fasse quelque chose.
- Oui, mais quoi ? dit Mehdi.
- Manifester, montrer ce qu’on pense. C’est pas énorme, mais c’est déjà ça.
Ils se regardent, les trois amis, un peu dubitatifs. Il fait déjà chaud, ce jour de mars.
- Ok, mais on peut aller acheter un dernier pot de Nutella avant ? dit Tom dans un sourire.

Ça a commencé comme ça, par des trucs cons. Tom voulait plaire à Léa, qui, elle, y croyait à fond – alors il s’est dit ok, moi aussi. Mehdi était inquiet, révolté, en colère, il ne savait pas trop quels mots poser sur ce qui leur arrivait, à tous. Et Léa n’arrivait pas à comprendre comment on pouvait foutre notre propre planète en l’air, comme ça, sans réagir. C’était insensé.
Alors quand le mouvement mondial se mit en place, elle le suivit avec ardeur. Tom et Mehdi aussi, à moitié pour suivre leur amie, à moitié pour la cause qui commençait à sérieusement les préoccuper.
Car chaque jour apportait son lot de nouvelles alarmantes : fonte des glaces, disparition des animaux vertébrés, ouragans, hausse des températures, la Terre craquait de toutes parts.
Ils avaient commencé à lire et chercher des choses sur l’histoire des énergies fossiles, le fonctionnement de l’effet de serre, la dégradation des sols, des mers, à la fois effrayés et fascinés par ce qu’ils apprenaient.
Léa se mit en contact avec les nouvelles organisations militantes, et notamment avec Naomi Lehner, la jeune Allemande qui avait lancé le mouvement Youth for the Future, lequel, en quelques semaines, avait essaimé dans le monde entier. Chaque vendredi, désormais, des milliers de collégiens et lycéens des cinq continents faisaient grève pour protester contre ce qui était en train d’arriver. Ils avaient compris (et Léa aussi) qu’une poignée de personnes (industriels, pétroliers, gérants de grandes entreprises, toutes les pièces maîtresses du système économique mondial) leur avaient volé à tous leur planète, leur futur. Et ça, ils n’étaient pas prêts à l’accepter.

Léa et Naomi commencèrent à échanger sur Telegram, un réseau protégé. Elles parlaient de choses et d’autres, de tout ce qui se passait dans ces nouveaux mouvements, bien sûr, mais aussi de choses plus banales, de leurs vies quotidiennes, de ce qui les amusait. Elles devinrent amies.
Mais bientôt les beaux jours arrivèrent, la fin des cours aussi, un dernier grand rassemblement le 19 juin et ce furent les vacances, chacun repartit dans son coin, Tom dans les Landes, Mehdi dans les Alpes, Léa en Dordogne dans la maison de campagne de ses grands-parents, et Naomi quelque part en Italie. Les jours s’allongèrent. On passa doucement à autre chose.

Histoire 10
Pierre Ducrozet

Le grand départ

2 septembre 2019. Tom, Léa et Mehdi rentrent dans la cour du collège Jean-Moulin. C’est leur premier jour de 3e. Ils marchent les mains dans les poches.
- J’ai plus de nouvelles de Naomi, dit tout à coup Léa.
Tom et Mehdi s’approchent. Elle leur explique. Tout l’été elle a guetté un message sur Telegram. Rien n’est venu. Les autres membres aussi ont commencé à s’inquiéter.
- Elle est partie en vacances, dit Tom. Elle va revenir, tu verras.
Une semaine de cours passe.
Toujours pas de nouvelles.

Léa part ce mardi-là à l’école quand elle voit sur son iPhone le grand titre annoncé par tous les journaux : Naomi Lehner, leader de la fronde étudiante, a disparu. Un avis de recherche international a été lancé.
- Regardez, regardez ! crie Léa en arrivant devant le banc vert.
- Elle a été enlevée, c’est sûr, dit Mehdi, affolé. Elle devenait trop dangereuse.
- Oh oh, on se calme les gars, dit Tom. On respire un bon coup, et on réfléchit.
Vingt minutes plus tard, les trois amis n’y voient pas vraiment plus clair, mais ils décident de se mettre tout de suite à la recherche de Naomi.
Ils contactent les différents membres du groupe Telegram, les parents et amis de Naomi, exploitent la moindre piste : rien.
Pendant ce temps la mobilisation a repris de plus belle, partout les lycéens et les collégiens ont recommencé les grèves, le combat continue.

Et puis un jour, Léa reçoit par mail une invitation à rejoindre un réseau crypté : Gaïa. Elle appuie sur le lien qui est arrivé sur son mail. Dedans, un message l’attend.
« Salut Léa. C’est Naomi. Avant toute chose : tout va bien, ne t’inquiète pas. Je suis à Sumatra, en Indonésie. On est en train d’essayer, avec de nouveaux amis d’ici, d’empêcher de nouvelles plantations de palmiers à huiles, qui détruiraient encore un peu plus la forêt primaire et la biodiversité. J’ai décidé de passer à l’action. J’ai beaucoup parlé l’année dernière, mais rien n’avance. Alors voilà, je suis venue ici pour lancer des mini-foyers de résistance, des pôles d’actions un peu partout. Le réseau que j’ai créé regroupera des centaines de personnes dans le monde entier, qui veulent, eux aussi, commencer à changer ce monde.
Je t’invite vraiment à venir me rejoindre. Sumatra est sublime, je mange des noix de coco, et on avance, Léa, on avance.
Je t’embrasse ! »
Léa repose son téléphone.

- T’es folle, Léa, dit Tom.
- Non, je suis sûre de moi, dit-elle. Il faut qu’on la rejoigne.
Mehdi la regarde.
- Tu as raison, dit-il.
Tom se retrouve comme un con, tout seul. Il veut plaire à Léa, il voudrait qu’elle le trouve courageux, audacieux. Il se lève à son tour.
- Ok les gars.
Mais bon, on le sait, les choses ne sont pas si simples, on ne décide pas en claquant des doigts de partir à l’autre bout du monde, surtout quand on a 14 ans.
- On pourrait tout simplement fuir, comme elle, dit Mehdi.
- Il faut être plus subtil que ça, dit Léa. Tout le monde est sur les dents maintenant. Trouvons une autre manière de faire.
Laquelle ? se demande Tom. Il regarde ses camarades. Il est l’heure d’aller en cours de SVT. Quand tout à coup : biiiing dans sa tête – et ce n’est pas la sonnerie.
A la fin des cours, Tom court jusqu’à la porte d’entrée du collège et disparaît dans la montée du Gourguillon. Il enjambe un pont, les quais, et, arrivé devant le n°16 de la rue de Brest, il sonne.

Le lendemain, Tom s’approche du banc vert.
- C’est bon les gars, dit-il.
- Quoi, demande Mehdi.
- On part en Indonésie.
- Non mais t’es un ouf mec, crie Léa.
Tom leur explique : le grand frère d’un ami d’enfance, Rudi, a fondé il y a des années une ONG qui se charge de tisser des liens entre les enfants du monde entier. Il est allé le voir et lui a dit qu’ils voulaient absolument, ses deux potes et lui, partir en Indonésie faire du volontariat. Il a dit oui, je peux vous aider à partir.
- Mais qu’on ait 14 ans, c’est pas un problème ?
- On partirait dans un groupe d’une dizaine de personnes, dont plusieurs adultes. Aucun souci.
- Oui mais on a école mon vieux ! dit Mehdi. Et nos parents, qu’est-ce qu’ils vont dire, nos parents ?

Deux semaines et des dizaines d’heures de négociations plus tard, ça y est, les trois amis arrivent à leur fin. Les parents de Tom ont comme prévu été les plus difficiles à convaincre, mais en présentant le projet de la meilleure manière possible, avec l’appui de leur professeure d’histoire-géo et celui de Rudi (« plus respectable tu meurs »), ils ont réussi. Voilà le deal : deux semaines, pendant les vacances de la Toussaint, financées par l’ONG de Rudi, encadrés par des adultes, et au sein d’une mission humanitaire précise. Les trois amis font des sauts de joie sur le trottoir.

Vendredi 18 octobre 2019. Tom, Léa et Mehdi sont assis côte à côte dans ce Boeing 747 en direction de Djakarta. Ils n’arrêtent pas de demander des verres de Sprite aux stewards, de regarder sur leurs petites télés le dessin de leur avion qui survole à présent la Turquie. Ils rient, ils rient comme des fous. C’est parti, rendez-vous de l’autre côté du globe, en Indonésie !

Histoire 10
Collège Victor Schoelcher

Sumatra ou l’île meurtrie

Durant le voyage les amis discutent de ce qu’ils vont faire su place.
- Hé les gars on s’organise comment une fois arrivés ?
- Ben on rencontre le responsable de l’association, normalement il a nos noms et il nous attend.
- Ok, ajoute Médhi, mais après ?
Léa réfléchit et explique :
- Il faut retrouver Noamie et l’aider sans son action. On verra su place pour le moment reposons-nous !
Le trio n’arrive pas à fermer l’œil. Ils sont tous pressés d’arriver sur l’île et Médhi ne cesse de regarder à travers le hublot.
C’est alors qu’une hôtesse intervient et sert le repas. Médhi est tout excité de manger enfin.
- Moi je prends le riz au curry !!! S’exclame-t-il. Son ventre crie famine.
Puis enfin, on aperçoit les paysages. Léa reste bouche bée devant tant de beauté. Au loin, l’île de Sumatra apparaît. Elle baigne dans une eau turquoise,, les plages ont l’air sublimes, le sable blanc et doux et la moitié de l’île est recouverte d’arbres. Il s ne voient pas encore le coté sombre de cette île mais bientôt ils comprendront…
C’est alors le moment de l’atterrissage.
« Veuillez vous asseoir et merci d’attacher vos ceintures »
- Enfin sur Terre ! S’écria Médhi rassuré d’être arrivé. A nous la plage et le soleil !!!
- Calme-toi ! rétorque Léa on est là pour retrouver Naomie et pour agir avec elle je te rappelle !
L’engin se pose et le trio sort.
- Waou ! Quelle chaleur !! S’exclame Tom ! C’est dingue comme il fait lourd !
Ils passent la douane et les contrôles sans problème.
Et une fois dans le hall de l’aéroport international de Minangkabau, un homme se dirige vers eux directement.
- Bonjour je suis Eric le responsable de l’association de lutte contre la déforestation, la LCD, on m’a prévenu de votre arrivée et c’est moi qui vous accompagne pour votre séjour. J’espère que vous avez fait bon voyage ?
- Oui, merci, répondent-ils en cœur et Léa ajoute immédiatement :
- Mais où est Naomie ? On peut la voir s’il vous plait ?
L’homme prend un air sombre et peu rassurant.
- Désolé, vous savez... Naomie a disparu depuis plusieurs semaines, on pense qu’elle est au sud de l’île mais nous n’avons pas de nouvelle.
- Pourquoi au Sud ? demande Léa ? Pourquoi ce silence ?
- C’est compliqué vous savez avec les autorités ici, répond Eric. Naomie est très engagée et met les entreprises dans une situation inconfortable. Elle les dérange… amis je vos expliquerai tout.
Et ils s’en vont tous dans un taxi sur les routes escarpées de Minang. Epuisés du voyage ils se laissent conduire et traversent des paysages impressionnants.
Ils aperçoivent de grandes étendues de forets, des plaines, des plages paradisiaques, des arbres gigantesques, des fleurs aux couleurs éclatantes.
- Ca donne trop envie d’enfiler son maillot ! Annonce Médhi. On y va ?
- Bon toi t’as vraiment rien compris, mon pauvre, on est là avant tout pour bosser sur notre projet de sauver l’île de la déforestation et d’abord le plan n°1 c’est de retrouver la trace de Naomie ! Lance Léa énervée de l’attitude de Médhi.
Ce dernier se tait et baisse la tête.
Le trio arrive enfin sur le site de leur séjour. Eric les amène sur un vaste terrain où des tentes sont plantées entourées d’une épaisse forêt luxuriante. Le camp est sommaire et composé de quatre tentes blanches. La plus grosse sert aux organisateurs pour les réunions, et les autres pour le couchage ou pour la préparation des repas.
- Holala !! S’écrit Médhi on va faire du camping ! Lol !
Les autres le dévisagent d’un air perplexe.
Tout autour d’eux le paysage semble paisible, les oiseaux chantent, la nature est calme. Quand tout à coup les oiseaux s’envolent et un gros bruit de moteur retentit. Le trio se regarde apeuré et découvre que derrière la magnifique forêt se cache en réalité un vaste terrain désertique avec des bulldozers en train de détruire les arbres, de les abattre un à un.
- Mais c’est pas possible ! S’affole Léa. On ne peut pas laisser faire ça !
- C’est bien pour ça que vous êtes là, répond Eric. Pour nous aider à stopper le massacre.
Le visage des trois jeunes se fige face à cette nature sacrifiée.
Voilà à présent ils savent pourquoi ils sont là, ils comprennent en voyant cette destruction quel va être leur combat, et ce n’est pas pour la plage de sable blanc comme Médhi semblait le croire… A eux de jouer !

Histoire 10
Collège Victor Schoelcher

Des retrouvailles chaotiques.

Eric proposa aux trois amis de les conduire un peu plus au nord dans une ferme de sauvegarde des animaux. Tom eut un moment d’hésitation. Il y a quelques semaines ils étaient encore au collège et maintenant ils s’engageaient avec d’autres jeunes comme eux pour une cause qui semblait les dépasser. Les images des forêts dévastées le hantaient en permanence. L’homme, aux sourcils broussailleux et au regard sombre, posa une main sur son épaule. Ils seraient bientôt arrivés à destination. Ils pourraient y retrouver Naomi et se reposer après les éprouvantes découvertes qu’ils venaient de faire.
Tom entra en premier dans le bâtiment et rencontra Laura, la responsable vétérinaire. Cette jeune italienne d’une trentaine d’années avait abandonné sa vie confortable pour venir s’occuper d’animaux en détresse souvent blessés et apeurés qui avait dû fuir leur habitat naturel ravagé par les flammes.
Tard dans la soirée, alors que Mehdi cherchait la salle de bain dans l’interminable couloir blanchâtre qui menait au hall d’escalier, il vit la lumière du salon allumée. L’ombre d’une longue silhouette longiligne qui semblait faire les cent pas, attira sa curiosité. Il entendit la voix masculine d’Eric qui semblait nerveux en parlant au téléphone. Quelques mots résonnèrent dans son esprit comme un coup de bourdon : enfants, Naomi, cave … Il rejoignit vite la chambre et décida d’attendre le lendemain pour alerter ses compagnons qui dormaient déjà paisiblement. Tout se bousculait dans la tête de Mehdi pour qui la nuit avait été courte. Naomi était toujours introuvable et Eric semblait très peu digne de confiance. Il réveilla ses amis à l’aube et les informa de la situation. Que faire ? Ils semblaient bien seuls au monde et ils n’avaient pas assez d’argent pour rattacher la police locale à leur cause.
- On fait quoi ? dit Mehdi.
- On reste prudent surtout, suggéra Tom. Eric est peut-être lié à la disparition de Naomi. Après tout, il a bien menti en nous disant que Naomi se trouvait à la ferme.
- Bon, il faut qu’on trouve un moyen de retrouver Naomi, ça ne sert à rien de parler d’Eric maintenant, dit Léa.
Eric interrompit la discussion en rentrant dans la pièce, sans toquer. Peut-être avait-il écouté en cachette leur conversation. Il expliqua aux trois amis qu’il avait réussi à prendre rendez-vous avec un autre membre de la LCD, le soir même, pour retrouver Naomi. Mehdi s’inquiétait et décida d’aller voir Laura. Cette dernière le rassura en disant qu’elle alerterait les secours s’ils n’étaient pas rentrés avant minuit. Quand ils sortirent de la ferme avec Eric, le ciel s’assombrissait. Ils essayèrent au maximum de cacher leurs inquiétudes et leurs soupçons.
Ils ne trouvèrent personne sur le lieu du rendez-vous seulement un hangar abandonné. A l’intérieur, il faisait sombre et humide.
Le choc avait été violent … en ouvrant les yeux Mehdi reconnut le visage délicat de Naomi qui passait sa main sur son front. Les corps inanimés de Tom et Léa étaient allongés à côté de lui. Le jeune reprit peu à peu ses esprits. Ils se souvint du coup brutal qu’il avait reçu sur la nuque. Il frotta son crâne douloureux. La vue des quelques gouttes de sang coagulés sur ses doigts lui donna des vertiges. Heureusement, la voix douce de Naomi le maintenait réveillé :
- Ne t’inquiète pas, ils vont bien ; ils se sont rendormis. Tu es resté inanimé très longtemps. Eric a reçu un appel pour dire à ses hommes d’aller mettre le feu aux forêts des alentours. Il faut absolument que je contacte France Nature Environnement, sinon ils vont finir par brûler toute la forêt de l’île, murmura Naomi. Elle leva la tête en direction de la porte qui venait de s’ouvrir. Une femme qui avait la trentaine, des cheveux bruns, une chemise à carreaux rouges et bleus et des bottes recouvertes de boue, s’approcha.
- Faites vite, le temps presse, sortez d’ici, dépêchez- vous !
- C’était Laura qui avait tenu sa promesse. Lea et Tom, le corps lourd avait du mal à marcher. Tom trébucha dans les escaliers. En entendant le brouhaha, Eric accourut. Laura cria : allez-y, sortez d’ici ! Je vous rejoindrai plus tard ! Le groupe de jeune se sauva.
Les jeunes attendirent quelques minutes à l’extérieur, paralysés par la peur et leurs membres endoloris. Tout à coup, ils entendirent un cri. Les amis retournèrent dans la maison et virent Laura agenouillée et en train de pleurer. En regardant Eric à terre, Tom comprit qu’il avait été mis K.O par la jeune vétérinaire au regard ténébreux. Tom, Léa, Naomi et Mehdi étaient enfin réunis, sains et saufs.

Histoire 10
Collège Laurent Mourguet

4/ D’une ONG à l’autre

- Laura ! crient les quatre adolescents le cœur battant.
- Il... Il ne vous a fait aucun mal ?... La jeune fille semble essoufflée et s’approche des enfants... J’ai enfin réussi à vous retrouver...
Ils se mettent à discuter sauf Tom qui prend des photos en regardant le corps d’Eric au sol. Il lui attache bras et mains puis décide de lui donner des petites claques pour essayer de le réveiller.
- Réfléchis Tom ! crie Léa, il a pris un coup sur la tête ! Il risque pas de se réveiller avant un bon petit moment !
-J’appelle la police ! s’exclame Laura.
Un minute après la sirène se fait entendre. Laura reste près d’Eric pendant que les trois adolescent vont chercher les policiers qui décident de les embarquer avec Eric pour prendre leur déposition.
Au commissariat ils racontent avec l’aide d’un traducteur leurs mésaventures et la trahison d’Eric. Plusieurs heures passent avant qu’un policier ne sorte du bureau.
- Que va-t-il lui arriver ? demande Laura.
- Il va être libéré, nous n’avons aucune preuve contre lui, leur répond le policier, pendant que derrière lui Eric passe, un sourire aux lèvres, et franchit tranquillement la porte du commissariat.
Mehdi se lève énervé :
- Comment pouvez-vous le laisser partir ? Il brûle des forêts pour étendre les plantations d’huile de palme !
- Ne vous inquiétez pas, il est sous surveillance. Ecoutez, je ne devrais pas vous le dire mais nous avons installé un mouchard dans le téléphone du suspect... Ce qu’il faut savoir c’est qu’ici, à Minang, si vous dénoncez une personne qui, de un, vous a fait du mal, et de deux, a tiré profit d’une activité illégale, vous récupérez l’ensemble, je dis bien l’ensemble de ses gains, c’est la loi ici ! Si ce que vous nous avez rapporté est vrai, alors vous allez gagner l’argent récolté par cette organisation. Pour l’instant, nous devons relâcher le suspect. Nous vous tiendrons au courant si nous en apprenons plus, leur dit le policier en les raccompagnant à la porte.
- Attendez. Vous nous dites que vous aller le relâcher ? Même avec TOUTES les preuves qu’on vous a données ? C’est absurde ! dit Tom
- C’est vrai, j’en suis désolé, c’est la loi jeune homme, rétorque le policier..
- Voyez le bon côté des choses, nous allons gagner une grosse somme d’argent ! dit Mehdi
- A quoi bon ? C’est de l’argent sale, de l’argent obtenu au moyen de méthodes que nous combattons ! s’exclame Léa
- Léa, nous pouvons utiliser cet argent pour notre cause ! Rendre à César ce qui lui appartient !

Deux semaines plus tard alors que Laura est en train de préparer le repas dans le coin cuisine de la chambre du motel où le commissaire leur a conseillé de se faire oublier le temps de l’enquête, son téléphone sonne.
- Qui est-ce ? demande Tom, en pleine partie de poker, en posant un as de cœur sur la table,
- Le commissariat, répond Laura.
- C’est pas vrai ! dit Mehdi en se levant brusquement, renversant au passage la table et les cartes.
- Il ont des informations compromettantes sur l’ONG, dit discrètement Laura à Tom, Léa et Mehdi, avant de mettre le haut-parleur.
- J’ai de bonnes nouvelle à vous annoncer : l’ONG LCD a été démantelée grâce à vous, Léa, Tom, Mehdi, Naomi et Laura. Comme convenu, l’argent sera versé sur le compte de Laura en raison de son dépôt de plainte. Cette somme est de 31 millions de dollars.
- 31 MILLIONS D’EUROS ?! crient les cinq individus
- Vous avez bien entendu, 31 millions de dollars. Merci pour votre travail, vous ne sauvez pas seulement notre pays, mais la planète !

- Les amis, dit Noami, rentrons en France, et utilisons cet argent pour créer notre ONG pour défendre la planète !

Histoire 10
Collège Jean Macé

5/ Retour à la case départ

- Les amis, dit Naomi, rentrons en France et utilisons cet argent pour créer notre ONG et défendre notre planète.
- Alors, dit Léa, c’est la fin de l’aventure ? Tout ce qu’on a fait jusqu’ici ne va servir à rien ?
- Mais si enfin, lui rétorqua Naomi, c’est toujours une expérience à prendre, et cela vous a appris tellement de choses que je ne peux pas toutes les énumérer, mais souviens-toi déjà que vous avez pu voir par vous-mêmes les dégâts de la déforestation ; vous avez appris comment fonctionne une ONG ; vous avez appris à sensibiliser des personnes à certaines causes ; vous avez appris à vous battre jusqu’au bout, et même si l’aventure avec Eric laisse un goût amer, vous avez réussi à mettre fin à ses agissements et à récupérer une partie de l’argent. Il faut être fiers de ce que vous avez accompli.
- Moi, je suis d’accord avec l’idée de créer une ONG mais je ne pense pas qu’on sera très efficaces en France. Il faut être sur le terrain pour éviter que des traîtres comme Eric profite de la situation. Et puis à notre âge qui va nous prendre au sérieux ? interrogea Mehdi.
Naomi reprit la parole et ses propos mirent tout le monde d’accord :
- Bon, rentrons en France, les amis. L’aventure se termine ici, mais une autre plus passionnante encore nous attend dans notre pays. Je sais que le comportement d’Eric vous a déçus mais il faut se ressaisir, la justice va faire son travail.
- En route pour la France, crièrent les quatre amis.

Quelques jours plus tard, les amis étaient de retour chez eux. Ils avaient repris leurs habitudes et étaient heureux de raconter leurs aventures à leurs familles. Ils se retrouvèrent une après-midi autour d’une table et tout naturellement, ils échangèrent sur ce qu’ils avaient vécu quand ils s’étaient rendus en Indonésie. Les trois amis étaient d’accord sur le fait de créer une ONG mais ils avaient des doutes sur la façon de s’y prendre. Tom fut le premier à prendre la parole :
- Mais est-ce que les collégiens pourraient s’intéresser à ce genre d’association ?
- Justement, s’exclama Léa. On peut débuter avec une petite association qui agirait à notre niveau. On doit sensibiliser les jeunes de notre collège à la déforestation.
Ils discutèrent longuement de ce nouveau projet et s’accordèrent tous pour fonder une association dans le but d’encourager les établissements scolaires à planter des arbres, à trier les déchets, en un mot à prendre conscience que notre planète pouvait disparaître.

Cela fait maintenant deux ans que les trois amis étaient revenus de leur périple en Indonésie. Ils avaient repris du poil de la bête, ils avaient foi en l’avenir et s’étaient jetés corps et âme dans leur mission. Désormais lycéens, à Saint-Just, ils continuaient le combat. Ainsi, depuis sa création, l’association avait permis la plantation de plus de mille arbres et plus de vingt-cinq écoles et collèges avaient rejoint Tome, Mehdi et Léa qui manifestaient toujours un enthousiasme débordant dans la protection de la planète.

Histoire 10
Pierre Ducrozet

Le grand départ

2 septembre 2019. Tom, Léa et Mehdi rentrent dans la cour du collège Jean-Moulin. C’est leur premier jour de 3e. Ils marchent les mains dans les poches.
- J’ai plus de nouvelles de Naomi, dit tout à coup Léa.
Tom et Mehdi s’approchent. Elle leur explique. Tout l’été elle a guetté un message sur Telegram. Rien n’est venu. Les autres membres aussi ont commencé à s’inquiéter.
- Elle est partie en vacances, dit Tom. Elle va revenir, tu verras.
Une semaine de cours passe.
Toujours pas de nouvelles.

Léa part ce mardi-là à l’école quand elle voit sur son iPhone le grand titre annoncé par tous les journaux : Naomi Lehner, leader de la fronde étudiante, a disparu. Un avis de recherche international a été lancé.
- Regardez, regardez ! crie Léa en arrivant devant le banc vert.
- Elle a été enlevée, c’est sûr, dit Mehdi, affolé. Elle devenait trop dangereuse.
- Oh oh, on se calme les gars, dit Tom. On respire un bon coup, et on réfléchit.
Vingt minutes plus tard, les trois amis n’y voient pas vraiment plus clair, mais ils décident de se mettre tout de suite à la recherche de Naomi.
Ils contactent les différents membres du groupe Telegram, les parents et amis de Naomi, exploitent la moindre piste : rien.
Pendant ce temps la mobilisation a repris de plus belle, partout les lycéens et les collégiens ont recommencé les grèves, le combat continue.

Et puis un jour, Léa reçoit par mail une invitation à rejoindre un réseau crypté : Gaïa. Elle appuie sur le lien qui est arrivé sur son mail. Dedans, un message l’attend.
« Salut Léa. C’est Naomi. Avant toute chose : tout va bien, ne t’inquiète pas. Je suis à Sumatra, en Indonésie. On est en train d’essayer, avec de nouveaux amis d’ici, d’empêcher de nouvelles plantations de palmiers à huiles, qui détruiraient encore un peu plus la forêt primaire et la biodiversité. J’ai décidé de passer à l’action. J’ai beaucoup parlé l’année dernière, mais rien n’avance. Alors voilà, je suis venue ici pour lancer des mini-foyers de résistance, des pôles d’actions un peu partout. Le réseau que j’ai créé regroupera des centaines de personnes dans le monde entier, qui veulent, eux aussi, commencer à changer ce monde.
Je t’invite vraiment à venir me rejoindre. Sumatra est sublime, je mange des noix de coco, et on avance, Léa, on avance.
Je t’embrasse ! »
Léa repose son téléphone.

- T’es folle, Léa, dit Tom.
- Non, je suis sûre de moi, dit-elle. Il faut qu’on la rejoigne.
Mehdi la regarde.
- Tu as raison, dit-il.
Tom se retrouve comme un con, tout seul. Il veut plaire à Léa, il voudrait qu’elle le trouve courageux, audacieux. Il se lève à son tour.
- Ok les gars.
Mais bon, on le sait, les choses ne sont pas si simples, on ne décide pas en claquant des doigts de partir à l’autre bout du monde, surtout quand on a 14 ans.
- On pourrait tout simplement fuir, comme elle, dit Mehdi.
- Il faut être plus subtil que ça, dit Léa. Tout le monde est sur les dents maintenant. Trouvons une autre manière de faire.
Laquelle ? se demande Tom. Il regarde ses camarades. Il est l’heure d’aller en cours de SVT. Quand tout à coup : biiiing dans sa tête – et ce n’est pas la sonnerie.
A la fin des cours, Tom court jusqu’à la porte d’entrée du collège et disparaît dans la montée du Gourguillon. Il enjambe un pont, les quais, et, arrivé devant le n°16 de la rue de Brest, il sonne.

Le lendemain, Tom s’approche du banc vert.
- C’est bon les gars, dit-il.
- Quoi, demande Mehdi.
- On part en Indonésie.
- Non mais t’es un ouf mec, crie Léa.
Tom leur explique : le grand frère d’un ami d’enfance, Rudi, a fondé il y a des années une ONG qui se charge de tisser des liens entre les enfants du monde entier. Il est allé le voir et lui a dit qu’ils voulaient absolument, ses deux potes et lui, partir en Indonésie faire du volontariat. Il a dit oui, je peux vous aider à partir.
- Mais qu’on ait 14 ans, c’est pas un problème ?
- On partirait dans un groupe d’une dizaine de personnes, dont plusieurs adultes. Aucun souci.
- Oui mais on a école mon vieux ! dit Mehdi. Et nos parents, qu’est-ce qu’ils vont dire, nos parents ?

Deux semaines et des dizaines d’heures de négociations plus tard, ça y est, les trois amis arrivent à leur fin. Les parents de Tom ont comme prévu été les plus difficiles à convaincre, mais en présentant le projet de la meilleure manière possible, avec l’appui de leur professeure d’histoire-géo et celui de Rudi (« plus respectable tu meurs »), ils ont réussi. Voilà le deal : deux semaines, pendant les vacances de la Toussaint, financées par l’ONG de Rudi, encadrés par des adultes, et au sein d’une mission humanitaire précise. Les trois amis font des sauts de joie sur le trottoir.

Vendredi 18 octobre 2019. Tom, Léa et Mehdi sont assis côte à côte dans ce Boeing 747 en direction de Djakarta. Ils n’arrêtent pas de demander des verres de Sprite aux stewards, de regarder sur leurs petites télés le dessin de leur avion qui survole à présent la Turquie. Ils rient, ils rient comme des fous. C’est parti, rendez-vous de l’autre côté du globe, en Indonésie !

Histoire 10
Collège Victor Schoelcher

Sumatra ou l’île meurtrie

Durant le voyage les amis discutent de ce qu’ils vont faire su place.
- Hé les gars on s’organise comment une fois arrivés ?
- Ben on rencontre le responsable de l’association, normalement il a nos noms et il nous attend.
- Ok, ajoute Médhi, mais après ?
Léa réfléchit et explique :
- Il faut retrouver Noamie et l’aider sans son action. On verra su place pour le moment reposons-nous !
Le trio n’arrive pas à fermer l’œil. Ils sont tous pressés d’arriver sur l’île et Médhi ne cesse de regarder à travers le hublot.
C’est alors qu’une hôtesse intervient et sert le repas. Médhi est tout excité de manger enfin.
- Moi je prends le riz au curry !!! S’exclame-t-il. Son ventre crie famine.
Puis enfin, on aperçoit les paysages. Léa reste bouche bée devant tant de beauté. Au loin, l’île de Sumatra apparaît. Elle baigne dans une eau turquoise,, les plages ont l’air sublimes, le sable blanc et doux et la moitié de l’île est recouverte d’arbres. Il s ne voient pas encore le coté sombre de cette île mais bientôt ils comprendront…
C’est alors le moment de l’atterrissage.
« Veuillez vous asseoir et merci d’attacher vos ceintures »
- Enfin sur Terre ! S’écria Médhi rassuré d’être arrivé. A nous la plage et le soleil !!!
- Calme-toi ! rétorque Léa on est là pour retrouver Naomie et pour agir avec elle je te rappelle !
L’engin se pose et le trio sort.
- Waou ! Quelle chaleur !! S’exclame Tom ! C’est dingue comme il fait lourd !
Ils passent la douane et les contrôles sans problème.
Et une fois dans le hall de l’aéroport international de Minangkabau, un homme se dirige vers eux directement.
- Bonjour je suis Eric le responsable de l’association de lutte contre la déforestation, la LCD, on m’a prévenu de votre arrivée et c’est moi qui vous accompagne pour votre séjour. J’espère que vous avez fait bon voyage ?
- Oui, merci, répondent-ils en cœur et Léa ajoute immédiatement :
- Mais où est Naomie ? On peut la voir s’il vous plait ?
L’homme prend un air sombre et peu rassurant.
- Désolé, vous savez... Naomie a disparu depuis plusieurs semaines, on pense qu’elle est au sud de l’île mais nous n’avons pas de nouvelle.
- Pourquoi au Sud ? demande Léa ? Pourquoi ce silence ?
- C’est compliqué vous savez avec les autorités ici, répond Eric. Naomie est très engagée et met les entreprises dans une situation inconfortable. Elle les dérange… amis je vos expliquerai tout.
Et ils s’en vont tous dans un taxi sur les routes escarpées de Minang. Epuisés du voyage ils se laissent conduire et traversent des paysages impressionnants.
Ils aperçoivent de grandes étendues de forets, des plaines, des plages paradisiaques, des arbres gigantesques, des fleurs aux couleurs éclatantes.
- Ca donne trop envie d’enfiler son maillot ! Annonce Médhi. On y va ?
- Bon toi t’as vraiment rien compris, mon pauvre, on est là avant tout pour bosser sur notre projet de sauver l’île de la déforestation et d’abord le plan n°1 c’est de retrouver la trace de Naomie ! Lance Léa énervée de l’attitude de Médhi.
Ce dernier se tait et baisse la tête.
Le trio arrive enfin sur le site de leur séjour. Eric les amène sur un vaste terrain où des tentes sont plantées entourées d’une épaisse forêt luxuriante. Le camp est sommaire et composé de quatre tentes blanches. La plus grosse sert aux organisateurs pour les réunions, et les autres pour le couchage ou pour la préparation des repas.
- Holala !! S’écrit Médhi on va faire du camping ! Lol !
Les autres le dévisagent d’un air perplexe.
Tout autour d’eux le paysage semble paisible, les oiseaux chantent, la nature est calme. Quand tout à coup les oiseaux s’envolent et un gros bruit de moteur retentit. Le trio se regarde apeuré et découvre que derrière la magnifique forêt se cache en réalité un vaste terrain désertique avec des bulldozers en train de détruire les arbres, de les abattre un à un.
- Mais c’est pas possible ! S’affole Léa. On ne peut pas laisser faire ça !
- C’est bien pour ça que vous êtes là, répond Eric. Pour nous aider à stopper le massacre.
Le visage des trois jeunes se fige face à cette nature sacrifiée.
Voilà à présent ils savent pourquoi ils sont là, ils comprennent en voyant cette destruction quel va être leur combat, et ce n’est pas pour la plage de sable blanc comme Médhi semblait le croire… A eux de jouer !

Histoire 10
Collège Victor Schoelcher

Des retrouvailles chaotiques.

Eric proposa aux trois amis de les conduire un peu plus au nord dans une ferme de sauvegarde des animaux. Tom eut un moment d’hésitation. Il y a quelques semaines ils étaient encore au collège et maintenant ils s’engageaient avec d’autres jeunes comme eux pour une cause qui semblait les dépasser. Les images des forêts dévastées le hantaient en permanence. L’homme, aux sourcils broussailleux et au regard sombre, posa une main sur son épaule. Ils seraient bientôt arrivés à destination. Ils pourraient y retrouver Naomi et se reposer après les éprouvantes découvertes qu’ils venaient de faire.
Tom entra en premier dans le bâtiment et rencontra Laura, la responsable vétérinaire. Cette jeune italienne d’une trentaine d’années avait abandonné sa vie confortable pour venir s’occuper d’animaux en détresse souvent blessés et apeurés qui avait dû fuir leur habitat naturel ravagé par les flammes.
Tard dans la soirée, alors que Mehdi cherchait la salle de bain dans l’interminable couloir blanchâtre qui menait au hall d’escalier, il vit la lumière du salon allumée. L’ombre d’une longue silhouette longiligne qui semblait faire les cent pas, attira sa curiosité. Il entendit la voix masculine d’Eric qui semblait nerveux en parlant au téléphone. Quelques mots résonnèrent dans son esprit comme un coup de bourdon : enfants, Naomi, cave … Il rejoignit vite la chambre et décida d’attendre le lendemain pour alerter ses compagnons qui dormaient déjà paisiblement. Tout se bousculait dans la tête de Mehdi pour qui la nuit avait été courte. Naomi était toujours introuvable et Eric semblait très peu digne de confiance. Il réveilla ses amis à l’aube et les informa de la situation. Que faire ? Ils semblaient bien seuls au monde et ils n’avaient pas assez d’argent pour rattacher la police locale à leur cause.
- On fait quoi ? dit Mehdi.
- On reste prudent surtout, suggéra Tom. Eric est peut-être lié à la disparition de Naomi. Après tout, il a bien menti en nous disant que Naomi se trouvait à la ferme.
- Bon, il faut qu’on trouve un moyen de retrouver Naomi, ça ne sert à rien de parler d’Eric maintenant, dit Léa.
Eric interrompit la discussion en rentrant dans la pièce, sans toquer. Peut-être avait-il écouté en cachette leur conversation. Il expliqua aux trois amis qu’il avait réussi à prendre rendez-vous avec un autre membre de la LCD, le soir même, pour retrouver Naomi. Mehdi s’inquiétait et décida d’aller voir Laura. Cette dernière le rassura en disant qu’elle alerterait les secours s’ils n’étaient pas rentrés avant minuit. Quand ils sortirent de la ferme avec Eric, le ciel s’assombrissait. Ils essayèrent au maximum de cacher leurs inquiétudes et leurs soupçons.
Ils ne trouvèrent personne sur le lieu du rendez-vous seulement un hangar abandonné. A l’intérieur, il faisait sombre et humide.
Le choc avait été violent … en ouvrant les yeux Mehdi reconnut le visage délicat de Naomi qui passait sa main sur son front. Les corps inanimés de Tom et Léa étaient allongés à côté de lui. Le jeune reprit peu à peu ses esprits. Ils se souvint du coup brutal qu’il avait reçu sur la nuque. Il frotta son crâne douloureux. La vue des quelques gouttes de sang coagulés sur ses doigts lui donna des vertiges. Heureusement, la voix douce de Naomi le maintenait réveillé :
- Ne t’inquiète pas, ils vont bien ; ils se sont rendormis. Tu es resté inanimé très longtemps. Eric a reçu un appel pour dire à ses hommes d’aller mettre le feu aux forêts des alentours. Il faut absolument que je contacte France Nature Environnement, sinon ils vont finir par brûler toute la forêt de l’île, murmura Naomi. Elle leva la tête en direction de la porte qui venait de s’ouvrir. Une femme qui avait la trentaine, des cheveux bruns, une chemise à carreaux rouges et bleus et des bottes recouvertes de boue, s’approcha.
- Faites vite, le temps presse, sortez d’ici, dépêchez- vous !
- C’était Laura qui avait tenu sa promesse. Lea et Tom, le corps lourd avait du mal à marcher. Tom trébucha dans les escaliers. En entendant le brouhaha, Eric accourut. Laura cria : allez-y, sortez d’ici ! Je vous rejoindrai plus tard ! Le groupe de jeune se sauva.
Les jeunes attendirent quelques minutes à l’extérieur, paralysés par la peur et leurs membres endoloris. Tout à coup, ils entendirent un cri. Les amis retournèrent dans la maison et virent Laura agenouillée et en train de pleurer. En regardant Eric à terre, Tom comprit qu’il avait été mis K.O par la jeune vétérinaire au regard ténébreux. Tom, Léa, Naomi et Mehdi étaient enfin réunis, sains et saufs.

Histoire 10
Collège Laurent Mourguet

4/ D’une ONG à l’autre

- Laura ! crient les quatre adolescents le cœur battant.
- Il... Il ne vous a fait aucun mal ?... La jeune fille semble essoufflée et s’approche des enfants... J’ai enfin réussi à vous retrouver...
Ils se mettent à discuter sauf Tom qui prend des photos en regardant le corps d’Eric au sol. Il lui attache bras et mains puis décide de lui donner des petites claques pour essayer de le réveiller.
- Réfléchis Tom ! crie Léa, il a pris un coup sur la tête ! Il risque pas de se réveiller avant un bon petit moment !
-J’appelle la police ! s’exclame Laura.
Un minute après la sirène se fait entendre. Laura reste près d’Eric pendant que les trois adolescent vont chercher les policiers qui décident de les embarquer avec Eric pour prendre leur déposition.
Au commissariat ils racontent avec l’aide d’un traducteur leurs mésaventures et la trahison d’Eric. Plusieurs heures passent avant qu’un policier ne sorte du bureau.
- Que va-t-il lui arriver ? demande Laura.
- Il va être libéré, nous n’avons aucune preuve contre lui, leur répond le policier, pendant que derrière lui Eric passe, un sourire aux lèvres, et franchit tranquillement la porte du commissariat.
Mehdi se lève énervé :
- Comment pouvez-vous le laisser partir ? Il brûle des forêts pour étendre les plantations d’huile de palme !
- Ne vous inquiétez pas, il est sous surveillance. Ecoutez, je ne devrais pas vous le dire mais nous avons installé un mouchard dans le téléphone du suspect... Ce qu’il faut savoir c’est qu’ici, à Minang, si vous dénoncez une personne qui, de un, vous a fait du mal, et de deux, a tiré profit d’une activité illégale, vous récupérez l’ensemble, je dis bien l’ensemble de ses gains, c’est la loi ici ! Si ce que vous nous avez rapporté est vrai, alors vous allez gagner l’argent récolté par cette organisation. Pour l’instant, nous devons relâcher le suspect. Nous vous tiendrons au courant si nous en apprenons plus, leur dit le policier en les raccompagnant à la porte.
- Attendez. Vous nous dites que vous aller le relâcher ? Même avec TOUTES les preuves qu’on vous a données ? C’est absurde ! dit Tom
- C’est vrai, j’en suis désolé, c’est la loi jeune homme, rétorque le policier..
- Voyez le bon côté des choses, nous allons gagner une grosse somme d’argent ! dit Mehdi
- A quoi bon ? C’est de l’argent sale, de l’argent obtenu au moyen de méthodes que nous combattons ! s’exclame Léa
- Léa, nous pouvons utiliser cet argent pour notre cause ! Rendre à César ce qui lui appartient !

Deux semaines plus tard alors que Laura est en train de préparer le repas dans le coin cuisine de la chambre du motel où le commissaire leur a conseillé de se faire oublier le temps de l’enquête, son téléphone sonne.
- Qui est-ce ? demande Tom, en pleine partie de poker, en posant un as de cœur sur la table,
- Le commissariat, répond Laura.
- C’est pas vrai ! dit Mehdi en se levant brusquement, renversant au passage la table et les cartes.
- Il ont des informations compromettantes sur l’ONG, dit discrètement Laura à Tom, Léa et Mehdi, avant de mettre le haut-parleur.
- J’ai de bonnes nouvelle à vous annoncer : l’ONG LCD a été démantelée grâce à vous, Léa, Tom, Mehdi, Naomi et Laura. Comme convenu, l’argent sera versé sur le compte de Laura en raison de son dépôt de plainte. Cette somme est de 31 millions de dollars.
- 31 MILLIONS D’EUROS ?! crient les cinq individus
- Vous avez bien entendu, 31 millions de dollars. Merci pour votre travail, vous ne sauvez pas seulement notre pays, mais la planète !

- Les amis, dit Noami, rentrons en France, et utilisons cet argent pour créer notre ONG pour défendre la planète !

Histoire 10
Collège Jean Macé

5/ Retour à la case départ

- Les amis, dit Naomi, rentrons en France et utilisons cet argent pour créer notre ONG et défendre notre planète.
- Alors, dit Léa, c’est la fin de l’aventure ? Tout ce qu’on a fait jusqu’ici ne va servir à rien ?
- Mais si enfin, lui rétorqua Naomi, c’est toujours une expérience à prendre, et cela vous a appris tellement de choses que je ne peux pas toutes les énumérer, mais souviens-toi déjà que vous avez pu voir par vous-mêmes les dégâts de la déforestation ; vous avez appris comment fonctionne une ONG ; vous avez appris à sensibiliser des personnes à certaines causes ; vous avez appris à vous battre jusqu’au bout, et même si l’aventure avec Eric laisse un goût amer, vous avez réussi à mettre fin à ses agissements et à récupérer une partie de l’argent. Il faut être fiers de ce que vous avez accompli.
- Moi, je suis d’accord avec l’idée de créer une ONG mais je ne pense pas qu’on sera très efficaces en France. Il faut être sur le terrain pour éviter que des traîtres comme Eric profite de la situation. Et puis à notre âge qui va nous prendre au sérieux ? interrogea Mehdi.
Naomi reprit la parole et ses propos mirent tout le monde d’accord :
- Bon, rentrons en France, les amis. L’aventure se termine ici, mais une autre plus passionnante encore nous attend dans notre pays. Je sais que le comportement d’Eric vous a déçus mais il faut se ressaisir, la justice va faire son travail.
- En route pour la France, crièrent les quatre amis.

Quelques jours plus tard, les amis étaient de retour chez eux. Ils avaient repris leurs habitudes et étaient heureux de raconter leurs aventures à leurs familles. Ils se retrouvèrent une après-midi autour d’une table et tout naturellement, ils échangèrent sur ce qu’ils avaient vécu quand ils s’étaient rendus en Indonésie. Les trois amis étaient d’accord sur le fait de créer une ONG mais ils avaient des doutes sur la façon de s’y prendre. Tom fut le premier à prendre la parole :
- Mais est-ce que les collégiens pourraient s’intéresser à ce genre d’association ?
- Justement, s’exclama Léa. On peut débuter avec une petite association qui agirait à notre niveau. On doit sensibiliser les jeunes de notre collège à la déforestation.
Ils discutèrent longuement de ce nouveau projet et s’accordèrent tous pour fonder une association dans le but d’encourager les établissements scolaires à planter des arbres, à trier les déchets, en un mot à prendre conscience que notre planète pouvait disparaître.

Cela fait maintenant deux ans que les trois amis étaient revenus de leur périple en Indonésie. Ils avaient repris du poil de la bête, ils avaient foi en l’avenir et s’étaient jetés corps et âme dans leur mission. Désormais lycéens, à Saint-Just, ils continuaient le combat. Ainsi, depuis sa création, l’association avait permis la plantation de plus de mille arbres et plus de vingt-cinq écoles et collèges avaient rejoint Tome, Mehdi et Léa qui manifestaient toujours un enthousiasme débordant dans la protection de la planète.