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Si Salomé avait parfois defié sa mère, elle l’avait aussi toujours crainte. Aussi loin qu’elle puisse se rappeler, la plupart de ses envies enfantines avaient été brutalement stoppées par cette femme sévère, et lui en était resté une forme d’appréhension constante en sa présence.
Ce matin là, sa mère était assise sur la terrasse de la maison, la tête levée vers la glycine en fleur, comme pour vérifier que la beauté de la plante était contenue et, de ce fait, parfaite. Salomé trouvait sa mère belle malgré ses traits durs et figés. En fait elle était belle comme une statue : froide et fascinante.
Le craquement du parquet fit baisser les yeux de la femme vers sa fille.
"Tu as sali ta robe, tu devrais aller en changer, dit-elle.
Salomé ignora poliment la remontrance.
- Je veux aller à l’école.
- Iris est là pour ça, tu le sais bien.
- Iris ne m’apprend rien. Elle ne joue pas.
- Tu dois apprendre à jouer seule, tu sauras bien assez tôt à quel point ça te servira.
- Pourquoi tu ne me laisses pas aller dehors ? s’enquit Salomé.
- Il n’y a rien à apprendre dehors.
- Il y a les autres de mon âge.
- Ces enfants n’ont rien à voir avec toi.
- Je les aime bien. Ils me ressemblent.
- Salomé, je t’ai dit non. De toute façon, nous serons bientôt loin d’eux.
- Comment ça ?
Salomé était inquiète. Son imagination l’avait amenée à créer une amitié lointaine avec ces enfants, et même avec quelques adultes. Elle aimait les voir se heurter à une réalité qu’elle ne parvenait à palper que de manière superficielle. Elle ne pouvait se résoudre à partir sans un mot de cette maison qu’elle connaissait depuis son enfance et dans laquelle elle avait laissées ses empreintes, ses couleurs et ses nuances.
Elle ne le savait pas encore mais elle ne reverrait plus jamais sa ville, son pays et sa mère non plus.