SCRIPT | jeu

C’est tout ce qu’il a trouvé à me dire avant de me demander d’attendre ; des yeux de folle ! Non mais est-ce qu’il s’est vu lui avec son regard ennuyeux et soporifique au possible ? Oui je ne trouvais plus aucun mot à lui dire, rien de sensuel en tout cas. C’est tout ce qu’il avait à me dire, alors que nos vies "officielles" étaient ennuyeuses à mourir, c’est sûr que tout pouvait paraître fou à côté. Et puis il voulait que j’attende quoi, que j’attende qui. Lui peut-être bien. D’attendre cette fois de trop, cette fois où faire l’amour devient un test miracle, le minimum vital alors qu’on ne se parle plus ni avant ni après, On voudrait défaire tous ces nœuds qui se sont serrés, lavage après lavage, on n’a plus les mots, ni la force ; on ne sent plus aucun attachement, un vide intersidéral quoi.
Si j’en étais sûre, ça, depuis longtemps déjà. Je n’attendais justement qu’une bonne raison de partir. Elle s’est presque imposée. Certes j’ai tiré sur la gâchette et pas qu’une fois. On avait tellement perdu cette magie, cette folie de nos débuts. Roger, c’était le nom de mon mari, s’était rompu à la tâche et laissé bouffer par son quotidien plein de responsabilités mais ennuyeux à souhait. Par opposition, mon exutoire s’en était allé avec pertes et fracas. Dommage je m’éclatais bien malgré tout avec mon cadavre sexuel exquis, la combinaison faisait son effet et je vais avoir besoin de trouver un nouveau copain de jeu, un amant, un homme prêt à se mettre à nu pour moi et moi me donner à lui, ou elle d’ailleurs, pourquoi pas ? Tiens, et pourquoi pas un triangle amoureux ? Depuis le temps que j’imagine une histoire sensuelle et pleine de surprises, de contradictions, de passion en fait. La fuite s’imposait d’elle-même d’autant plus que tout recommencer prendrait du temps et que la case prison n’était pas prévue au planning. Tout ce pactole perdu pour une histoire de cul, mais je m’en foutais moi de sa deuxième maîtresse. Roger, j’y pense, pour revenir à ces formalités inutiles de départ, je lui ai juste répondu que la folie lui était passée il y a bien trop longtemps. Ce salaud de Félix, aussi beau qu’escroc, n’aurait pas dû me laisser sur le carreau et l’or en barre aurait pu servir autrement qu’à cette pouffiasse qu’il arrosait de liasse de billets juste pour l’entendre crier.
- Les tiens d’yeux ne suivent plus mon regard.