SCRIPT | Celia

Aujourd’hui, je suis la cuisine. Plus que la gourmandise que me procurent les odeurs, les saveurs ou la chaleur qui émanent de la pièce, c’est mon corps qui réagit chimiquement lorsque je rentre dans la pièce. Elle et moi ne faisons plus qu’une seule et même entité. Je suis le batteur qui mélange la moutarde à l’huile d’olive, la fourche à trois piques qui décortique le poulet. Je suis le plat à tarte que l’on enfarine. Oui, je dois le reconnaître, j’aime être enfarinée.
La partie que je préfère ? Le frigidaire ! Si la cuisine était un corps, le frigidaire serait son cerveau. Lorsque la porte s’ouvre, c’est un univers des possibles qui se crée. Tout est permis : associer ces crevettes avec cet ananas qui vit dans le froid depuis quelques temps, cet avocat et ce reste de ketchup, cette laitue un peu ridée et ce thon décapité. Cette tomate, laissée seule par ses amies saladifiées sans autres formes de procès, finira par se marier avec ce reste de poulet, et terminera en apothéose : farcie puis chapeautée, elle accomplira son destin de tomate dans l’intestin heureux d’un gourmet.
La cuisine est, enfin, le lieu de coordination de toute la famille, le point de fuite, le théâtre de la dispute : la cuisine est l’hypercentre de cette maison. Elle fait naître les passions, elles crée les conflits et les règle, elle est notre commun.