SCRIPT | Celia

L’orage a formé des milliers de petites gouttelettes sur la vitre de l’œil de bœuf au dessus de la porte d’entrée. Une lumière grise et sépia vient former des reflets et d’étranges volumes sur les formes lisses des vases Galet disposés dans le hall. En haut de l’escalier massif qui descend vers la pièce principale, suspendu sous un plafond invisible, perdu dans l’ombre de sa hauteur, se tient le lustre majestueux à tête de dragon, ses vases en pâte de verre orangés apportent le complément de lumière.
J’ai aimé enfant découvrir au bout de l’escalier, cette pièce immense et lumineuse qui constitue le cœur de l’habitation.
Encore aujourd’hui j’ai l’impression en m’engageant sur la première marche que je me dirige vers une quelconque cave ou encore un espace de travail. L’architecte nous a ménagé une surprise de taille et elle gagne en sensation à chaque nouvelle expérience.
Les marches sont larges, en béton lissé, le noir domine et c’est progressivement que je quitte un domaine pour un autre, que je passe du statut d’invité à celui d’habitant.
Après mon expérience dans la cuisine, j’oublie peu à peu les vestiges laissés ça et là par les hommes de loi, cartons et trieurs à porte coulissantes. La maison reprend forme dans mon esprit, je l’habite à nouveau en arrivant au bas des marches, les souvenirs de plus en plus présent me reviennent par vagues.
Je me retourne d’un quart de tour, j’ai fait ce geste cent fois, je l’ai répété après que ma grand mère me l’ai appris, en cachette de son triste mari, je colle tout mon corps dans un mouvement brusque et tendu, l’épaule et le genou appliqués contre la paroi dans les loges invisibles dont je n’ai jamais perdu l’expérience.
Au lieu de pénétrer dans la pièce principale, je traverse l’étroit passage secret et pivote en même temps que le mur dans la pièce qui n’existe pas.