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Prologue

Résumé de la pièce Comment on freine ? Vingt lignes.
Critique de la mise en scène dans le style journalistique. Deux pages format A4.

Hugo souligne d’un beau trait rouge la phrase qu’il vient d’écrire mais en retirant la règle, le rouge, pas sec, bave un peu sur la page blanche.
Tant pis.
Le devoir est à rendre pour le lendemain matin, il est 22 heures et la note compte double.
Faut s’y mettre, faut s’y mettre.
Alors c’était quoi déjà, l’histoire ?
Il était au dernier rang entre Samantha et Nassim, ils ont joué pendant toute la représentation à Rider, sans se faire prendre, la prof est complètement bigleuse.
Alors donc, voilà.
Voilà, voilà, voilà.
H&M, c’est pas possible, au boulot !
C’est son surnom à l’école. Les initiales de son nom.
Hugo Martinet.
Et c’est aussi parce qu’il est plutôt du genre très stylé.
Baskets de marque, tee-shirts aussi.
Il aime les habits et sa mère ne lui refuse rien, même si, parfois, elle a des accès de sévérité, pour faire comme si.
Depuis que Papa est parti, l’appartement est sens dessus dessous et le frigo, assez vide.
Il contemple les lignes bleues de sa copie comme des vagues qui l’emportent au loin, vagues d’écume, déferlantes de sommeil, nager, dormir, c’est quand les vacances ? Et où c’est qu’on va, cette année ? Et est-ce que Papa va revenir ? Et...
Tu te disperses, H&M. Défaut de concentration. Elle a raison, la prof.
Donc, au début, sur la scène, y avait que des cartons de déménagement et pas de vrai décor, c’était pas comme je croyais, le théâtre, et en plus, il se passait rien, y avait que des gens qui parlaient
Mais de quoi déjà ?
Hélyette, la première de la classe, avec qui il a la cote, lui a un peu expliqué l’histoire mais il n’a pas tout retenu car elle a vraiment de trop beaux yeux pour pouvoir l’écouter, sans se déconcentrer.
Dans les cartons, y avait que des habits, et tout à coup, il y a une indienne qui est sortie d’un carton et qui s’est mise à danser, dans une robe rouge de là-bas, mais en fait, elle était pas indienne, elle était plutôt ouvrière, ou plutôt morte, non, plutôt revenante, comme un fantôme, je sais pas mais très jolie.
Bon, c’est pas bon. Je recommence.
Hugo prend une nouvelle copie et réécrit l’intitulé de l’exercice, qu’il souligne, sans baver cette fois.
Ok, maintenant, c’est la bonne. Et ensuite, sous la couette.
Donc, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans un nouvel appartement, et la femme, elle sort de l’hôpital parce qu’elle a eu un accident de voiture le même jour qu’une usine qui s’est effondrée en Inde
Mais non, c’est pas en Inde, c’est où déjà ?
Se souvenant tout à coup qu’il s’agit d’une histoire tirée de la réalité, Hugo enlève son sweat-shirt tout neuf trop cool qu’il adore, regarde l’étiquette intérieure écrite en toutes les langues, ah voilà le français : 100% coton, chlore interdit, made in China.
Mais c’était pas China dans la pièce, c’était quoi déjà ?
Il regarde l’heure, il regarde son lit. Si sa mère était là, elle lui dirait d’aller se coucher et plus vite que ça.
Il finira demain, il mettra son réveil une heure plus tôt, et puis voilà, c’est pas un drame quand même.
Il va pour fermer les volets de sa chambre quand tout à coup, dans l’immeuble d’en face, la fenêtre de Madame Tortue s’illumine d’une lumière violette, presque irréelle. Une femme en sari rouge le regarde sans rien dire. Au même moment, sa lampe de bureau s’éteint brutalement.



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Epilogue
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SCRIPT | Casemate

Antoine suffoquait. Une sueur froide glissait le long de sa colonne vertébrale. Qu’il aurait aimé être ailleurs, loin, très loin.
Une colère ancienne ravivait le feu en lui. Il avait toujours pris les mauvaises décisions, avait toujours emprunté le mauvais chemin, avait toujours choisi les mauvaises solutions. Depuis tout petit.
S’il était là, cette nuit froide et humide, c’était encore parce qu’il n’avait pas su prendre une orientation professionnelle plus adaptée à son caractère, à son humeur bancale.
Cette colère formait une boule à l’intérieur, une boule douloureuse qu’il lui fallait faire jaillir hors de lui, vomir.
Le fusil à la main, il avait envie de tirer. Un coup. Un seul. Juste pour expulser cette douleur.
Il oublia la grange, porta le fusil et le positionna pour tirer en l’air. Le bruit devrait faire fuir les loups. Le chef s’enfuirait. Forcément. Il emmènerait avec lui, dans sa fuite, ses compères.
Antoine plissa les yeux. Sourcils froncés, narines grandes ouvertes, attentif, il faisait maintenant chaque geste en prenant son temps. Il ne recouvrait pas son calme, la colère le paralysait et lui imposait une temporalité nouvelle.
Cette nuit, il allait, pour la première fois, faire quelque chose qu’on n’avait pas décidé pour lui, qu’on ne lui avait pas conseillé, que personne ne lui avait imposé. Cette nuit, il prendrait un fusil et tirerait.
Progressivement, Antoine fit couler le fusil le long de son bras. Il ne visait plus le ciel, il laissait tranquille les étoiles. Non, il ne tirerait pas en l’air. Les étoiles étaient sa lumière. Les étoiles n’étaient pas dangereuses, elles. Au contraire, elles lui permettaient de rêver, de marcher la nuit sur les chemins caillouteux. Elles éclairaient sa vie, ses nuits trop souvent agitées, depuis toujours.
Il visa le loup et, froidement, presque mécaniquement, sans avoir pourtant jamais eu de cours ou de démonstration, il tira.
Le loup fut abattu brutalement. Sans un autre bruit que celui de la balle qui le percuta en plein ventre.
Antoine sourit. La boule qui faisait mal était dorénavant logée dans le loup. Il avait tué le loup mais avait sauvé le reste de brebis encore vivantes. Et il s’était sauvé, lui. Oui.Il était donc capable d’une telle action. Il avait choisi. Il avait fait ce que peu d’hommes font au cours de leur vie. Cette idée le réchauffait.
Un large sourire couvrait alors son visage.
Les loups partaient progressivement. Les brebis restaient silencieuses.
Antoine posa son fusil au sol.
Les loups reviendraient. Ou ne reviendraient pas. Mais lui était là, près.
Cette nuit, il allait peut être bien dormir.

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Fin
Fin
Casemate

2018